pour seize boursiers étudiant dans la faculté des arts; mais dans la
suite on y ajouta des bourses pour des écoliers en théologie et en
médecine. Vers le milieu du siècle dernier, il étoit composé d'un
principal, qui réunissoit à cette place celle de procureur; de douze
boursiers théologiens, du nombre desquels étoient les quatre chapelains,
et de dix-sept boursiers humanistes et philosophes. Il fut réuni au
collége de Louis-le-Grand, ainsi que les autres colléges sans exercice,
conformément aux lettres-patentes de 1763[391].
[Note 391: On a fait de ses bâtiments un bureau de liquidation.]
_Collége de Navarre_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
Ce collége, célèbre par le nom illustre de sa fondatrice, Jeanne de
Navarre, épouse de Philippe-le-Bel, ne l'est pas moins par le nombre de
grands personnages qu'il a produits. Ce fut huit jours avant sa mort, le
25 mars 1304, que cette princesse en ordonna la fondation par son
testament, ratifié et approuvé le même jour par le roi et par Louis, son
fils aîné. On voit dans les titres qui le concernent, qu'elle y avoit
destiné son hôtel de Navarre, situé rue Saint-André-des-Arcs, et une
somme de 24,000 liv., faisant le fonds de 2,000 liv. de rente[392].
[Note 392: Manusc. de S. Germain-des-Prés, coté 453, fol. 160.]
Suivant ce testament, il devoit y avoir dans ce collége soixante-dix
pauvres écoliers, dont «vingt écoliers enfants, étudiants en grammaire,
trente en logique et philosophie, et vingt en théologie ou divinité. Si
aura chacun des Grammairiens, par semaine de sept jours, 4 sols parisis;
li Artien, 6 sols; et li Théologien, 8 sols.» Il contenoit en outre
diverses dispositions en faveur des maîtres et chapelains. L'évêque de
Meaux et l'abbé de Saint-Denis, exécuteurs testamentaires de la reine,
ayant jugé qu'il étoit plus avantageux de vendre l'hôtel de Navarre, et
d'acheter avec son produit un emplacement plus commode, firent, en
conséquence de cette nouvelle disposition, l'achat de maisons et
jardins situés à la montagne Sainte-Geneviève, et c'est là que le
collége de Navarre fut établi. Des statuts furent dressés pour cet
établissement en 1315; le nombre des maîtres, des chapelains et des
clercs fut augmenté; et vers le milieu du siècle suivant, on admit des
externes et des pensionnaires à partager les leçons qu'y recevoient les
boursiers. Quelques-unes des bourses furent affectées à l'abbaye
Sainte-Geneviève et à la cathédrale, d'autres à la chapelle; en 1635 M.
Fayet, curé de Saint-Paul, en fonda six en faveur des enfants de choeur
de sa paroisse[393].
[Note 393: Les bourses de ce collége furent depuis réduites à trente,
sans y comprendre celles de cette dernière fondation.]
Ce collége souffrit beaucoup des troubles qui désolèrent le règne de
Charles VI; il fut alors presque entièrement ruiné. Charles VII ordonna
qu'il fût rétabli, et Louis XI, en 1464, fit exécuter cette ordonnance.
Depuis il n'a cessé d'être l'objet de la protection particulière de nos
rois, Charles VIII daigna assister, en 1491, à l'un de ses exercices
publics, et lui donna 2,400 liv. pour augmenter sa bibliothèque. Henri
III et Henri IV, au rapport de Matthieu, y firent leurs études avec le
duc de Guise, et Charles IX alla les y visiter. Louis XIII y réunit les
colléges de Boncourt et de Tournay, dans l'intention d'y fonder une
école de théologie; et la même année, le cardinal de Richelieu y établit
une chaire de controverse. On voit ensuite Louis XIV y créer, en 1660,
deux chaires nouvelles, l'une de théologie morale et de cas de
conscience, l'autre qu'il déclara de fondation royale. Son successeur ne
se montra pas moins libéral envers cette maison, dont il répara les
bâtiments, et dans laquelle il créa la chaire de physique expérimentale,
de manière que c'étoit le collége de l'Université qui présentoit le
cours d'enseignement le plus complet. C'étoit aussi celui dans lequel
les premières familles du royaume mettoient de préférence leurs enfants
en pension; de manière que Mézerai a eu raison de dire[394], en parlant
de la reine Jeanne, «qu'elle fonda le noble collége de Navarre et de
Champagne, l'école de la noblesse françoise, et l'honneur de
l'Université de Paris.»
[Note 394: T. V, p. 534.]
La chapelle, bâtie en 1309, ne fut dédiée que le 16 octobre 1373, sous
le nom de saint Louis.
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX ET SCULPTURES.
Près de l'autel, deux tableaux, dont l'un représentoit un _Ecce
Homo_, l'autre une Mère de douleur; sans nom d'auteur.
Un grand candélabre à sept branches sur chaque face, et d'environ
dix pieds de haut. Il servoit de lutrin.
Aux deux côtés de la porte de ce collége, on voyoit les deux
statues de la reine Jeanne et de Philippe-le-Bel son époux.
SÉPULTURES.
Au milieu du choeur, sous la lampe, avoit été inhumé le fameux
Clémengis, docteur de cette maison, recteur de l'Université,
secrétaire de l'antipape Benoît XIII, mort vers 1430[395].
Dans la nef, on lisoit l'épitaphe de Jean Teissier, fameux
grammairien, mort en 1542.
[Note 395: On lisoit sur sa tombe le vers suivant, lequel formoit un jeu
de mots assez puéril:
_Qui lampas fuit ecclesiæ, sub lampade jacet._]
La bibliothèque, fondée par la reine Jeanne, successivement augmentée
par diverses donations, et notamment par l'acquisition de la
bibliothèque du savant Peiresc, étoit riche en manuscrits authentiques
et en anciennes éditions.
Parmi les hommes célèbres qui sortirent de cette école, on distingue
Jean Gerson, chancelier de l'Université dans le quinzième siècle, et
Jacques Bénigne Bossuet, l'un des plus beaux génies dont elle puisse
s'honorer dans le dix-septième[396].
[Note 396: Les bâtiments de ce collége sont occupés maintenant par
l'École polytechnique.]
_Le Séminaire des Trente-Trois_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
La fondation de cet utile établissement est due à M. Claude Bernard, dit
le _Pauvre-Prêtre_, particulièrement connu par sa grande charité. Il
l'avoit déjà souvent exercée envers quelques écoliers dont la bonne
conduite et les talents annonçoient des dispositions heureuses pour
l'état ecclésiastique, mais qui manquoient absolument de tous moyens
d'existence. En 1633 il en rassembla d'abord cinq en l'honneur des cinq
plaies de Notre Seigneur: ce nombre devint ensuite égal à celui des
apôtres; enfin il trouva le moyen de le porter jusqu'à trente-trois, qui
est celui des années que Jésus-Christ, suivant l'opinion la plus
commune, a passées sur la terre. De là le nom qu'on leur donna des
_Trente-Trois-Pauvres-Écoliers_. Ils furent d'abord placés au collége
des _Dix-Huit_, ensuite dans celui de Montaigu, peu après dans une
maison située vis-à-vis ce collége, et nommée l'_hôtel de Marli_. La
reine Anne d'Autriche contribua, par le don qu'elle fit à ces pauvres
écoliers de trente-trois livres de pain par jour, à soutenir cet
établissement, et mérita par là d'en être nommée la fondatrice[397]. Il
ne prit cependant une forme stable qu'environ vingt ans après. Plusieurs
personnes pieuses étoient entrées dans les vues charitables de M.
Bernard; et après sa mort, arrivée le 25 mai 1641, elles se réunirent
encore pour soutenir cette bienfaisante institution. La somme que
produisirent leurs libéralités fut suffisante pour acheter l'hôtel
d'Albiac, situé rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, et le faire
distribuer convenablement. Cette acquisition fut faite en 1654; et l'on
obtint, trois ans après, la permission des grands-vicaires de
l'archevêché pour l'érection de cette maison en séminaire
ecclésiastique, permission qui fut confirmée par des lettres-patentes de
1658.
[Note 397: C'est ce que constatoit l'inscription suivante, gravée sur la
porte: «Ce séminaire de la famille de Jésus-Christ fut fondé par Anne
d'Autriche en 1638.»]
On y procuroit la subsistance et l'instruction à de pauvres écoliers
françois et même suisses, jusqu'à ce qu'ils fussent en état d'être
promus au sacerdoce. On n'exigeoit d'eux rien autre chose, sinon qu'ils
fussent nés de légitime mariage, bien constitués, clercs tonsurés ou en
état de l'être, assez avancés dans leurs études pour pouvoir faire la
philosophie, et dépourvus de tous moyens d'existence. Ce séminaire étoit
conduit par trois directeurs pour le temporel, trois pour le spirituel,
et par un préfet qui étoit à la tête de la communauté[398].
[Note 398: Ce local est occupé aujourd'hui par une pension.]
_Collége de Boncourt_ (rue Bordet).
Ce collége fut bâti, suivant les apparences, sur l'emplacement de
l'hôtel de l'évêque d'Orléans. Pierre de Bécoud, sieur de Flechinel, qui
avoit acquis cet hôtel, en fut le fondateur. On voit par l'acte de
fondation, daté de 1357[399], qu'il affecta sa maison située sur la
montagne Sainte-Geneviève, et quelques dîmes qu'il avoit en Flandre, à
l'établissement et dotation d'un collége «pour huit pauvres écoliers
étudiants en logique et en philosophie, qui auront chacun quatre sous
par semaine; lesquels doivent être pris et élus, toutes fois que le cas
si offerra, en le évesquié de Thérouenne, excepté ce qu'il y a dudit
évesquié au pays de Flandre.» Ces bourses devoient être à la nomination
de l'abbé de Saint-Bertin, à Saint-Omer, et de celui de Saint-Éloi, au
diocèse d'Arras. Le nom de ce fondateur fut depuis altéré et changé en
celui de Beaucourd, Becourt, et enfin Boncourt.
[Note 399: Hist. de Paris, t. III, p. 440.]
Au mois de mars 1638, Louis XIII unit ce collége à celui de Navarre,
qui n'en étoit séparé que par la rue Clopin. L'intention du roi étoit
d'y établir une société de docteurs en théologie à l'instar de celle de
Sorbonne; et en conséquence de cette union, il permit de fermer cette
rue dans une longueur de soixante-quatre toises; mais les supérieurs de
ce dernier collége ne jugèrent pas à propos de profiter de cette
permission, et, pour laisser libre le passage de la rue, se contentèrent
de faire construire une galerie de communication avec le collége de
Boncourt.
Le célèbre Voiture avoit été élevé dans ce collége[400].
[Note 400: Des bâtiments considérables ont été ajoutés à ces deux
colléges réunis; et l'on y a placé l'école polytechnique.]
_Collége de Tournay_ (rue Bordet).
Il étoit voisin du collége de Boncourt, et avoit d'abord servi d'hôtel
aux évêques de Tournay. Aucun auteur ne rapporte, précisément la date de
sa fondation; mais il est certain qu'il existoit au quinzième siècle, et
qu'il y avoit alors une communication entre les deux colléges, au moyen
de laquelle les écoliers de Tournay pouvoient assister à la messe qui se
disoit au collége de Boncourt et aux leçons qui s'y faisoient. Il fut
réuni, en même temps que ce dernier collége, à la maison de Navarre, et
aux mêmes conditions.
_Collége des Écossois_ (rue des Fossés-Saint-Victor).
Ce collége reconnoissoit deux fondateurs: le premier fut David, évêque
de Murrai en Écosse, qui, en 1323, consacra une certaine somme pour
assurer la subsistance de quatre pauvres écoliers de sa nation, un
théologien et trois artiens. Ces quatre boursiers furent d'abord placés
au collége du cardinal Le Moine, qui, en conséquence de cet arrangement,
fut mis en jouissance de leur dotation; mais il se démit dès 1333 de
cette possession et de tous ces droits entre les mains du successeur de
David, et les écoliers écossois furent alors placés dans la rue des
Amandiers. Les choses restèrent dans le même état jusqu'au moment où,
par l'effet du schisme d'Angleterre, on vit arriver en France un grand
nombre de jeunes Écossois forcés d'abandonner leur patrie, où l'exercice
de la religion catholique venoit d'être proscrit, du reste, dénués de
tous moyens de subsistance, et n'en pouvant trouver que dans l'étude et
les diverses carrières qu'elle mettoit à même d'embrasser. Touché de
leur situation, Jacques de Bethwn, archevêque de Glascow et ambassadeur
d'Écosse en France, sut intéresser en leur faveur la reine Marie Stuart:
elle leur fit des pensions, ne cessa point de les protéger même pendant
sa longue captivité, et mérita leur éternelle reconnoissance par le legs
qu'elle leur fit au moment de sa mort. Jacques de Bethwn y ajouta le don
de tous ses biens; et avant sa mort qui arriva en 1603, nomma les
prieurs des chartreux directeurs et administrateurs de cette fondation,
leur donnant pouvoir de choisir les boursiers, de se faire rendre les
comptes, etc., ce qui s'est observé jusque dans les derniers temps.
Avant cette donation, et depuis l'an 1572, époque du décès du dernier
évêque de Murrai, la nomination de ces quatre boursiers avoit été
dévolue à l'évêque de Paris; et ces places avoient souvent été données à
des prêtres écossois dont les études étoient déjà finies. Depuis, M. de
Gondi, archevêque de cette ville, jugea plus utile de réduire les
bourses à deux, et de les réunir à la communauté de l'archevêque de
Glascow[401]; son décret, donné à cet effet en 1639, fut confirmé par
des lettres-patentes enregistrées en 1640. Robert Barclai, principal de
ce collége, acheta, en 1662, une place sur les fossés Saint-Victor, sur
laquelle il fit bâtir la maison dont nous parlons. Elle fut achevée en
1665, et la chapelle en 1672. Cette chapelle est sous l'invocation de
saint André, apôtre, patron de l'Écosse.
[Note 401: Nous parlerons par la suite de cette communauté.]
Cette maison n'étoit pas seulement fondée pour des étudiants; elle étoit
encore destinée à former des missionnaires pour le royaume d'Écosse, de
manière que c'étoit à la fois un collége et un séminaire. Quoique cet
établissement ait toujours été sans exercice, il ne fut cependant point
compris dans le nombre des colléges qui furent réunis, en 1763, au
collége de Louis-le-Grand..
Il est à remarquer que les Écossois dont il étoit rempli étoient réputés
vrais et naturels sujets du roi.
TOMBEAUX.
Dans une urne de bronze doré, élevée sur un monument de marbre,
étoit renfermée la cervelle de Jacques II, roi d'Angleterre, mort
à Saint-Germain-en-Laye en 1701. Ce monument, exécuté par _Louis
Garnier_, étoit dû au zèle du duc de Perth, gouverneur de Jacques
III, qui le fit ériger à ses frais. Il étoit accompagné d'une
épitaphe que nous croyons devoir rapporter:
D. O. M.
_JACOBI II._
_Magnæ Britanniæ, etc. Regis. Ille partis terrá ac mari triumphis
clarus, sed constanti in Deum fide clarior, huic regna, opes, et
omnia vitæ florentis commoda postposuit. Per summum scelus à suâ
sede pulsus, Absalonis impietatem, Architophelis perfidiam, et
acerba Semei convitia, invictâ lenitate et patientiâ, ipsis etiam
inimicis amicus, superavit. Rebus humanis major, adversis
superior, et coelestis gloriæ studio inflammatus, quod regno
caruerit sibi visus beatior, miseram hanc vitam felici, regnum
terrestre coelesti commutavit._
_Hæc domus quam pius princeps labentem substinuit et patriæ
fovit, cui etiam ingenii sui monimenta omnia, scilicet suâ manu
scripta, custodienda commisit, eam corporis ipsius partem quâ
maximè animus viget religiosè servandam suscepit._
_Vixit annos_ LXVIII. _Obiit kal. oct. anno salutis humanæ._ M.
D. CCI. _Jacobus dux de Perth, præfectus institutioni Jacobi III,
magnæ Britanniæ regis, hujus domûs benefactor, mærens
posuit_[402].
[Note 402: On a établi une pension dans les bâtiments de ce collége.]
HÔTELS.
ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.
_Hôtel d'Amboise_ (rue du Pavé-de-la-Place-Maubert).
Cet hôtel, qui avoit pris le nom de la famille d'Amboise à laquelle il
appartenoit, avoit été bâti dans un cul-de-sac qui reçut la même
dénomination; il a subsisté jusqu'au quatorzième siècle.
_Hôtels des abbés de Saint-Vincent de Senlis et de la Couture_ (rue de
la Montagne-Sainte-Geneviève).
On ne sait rien autre chose de ces hôtels, sinon qu'ils existoient tous
les deux dans cette rue vers 1380.
_Hôtel d'Albiac_ (même rue).
Cet hôtel fut acheté par contrat du 7 mai 1654, pour servir de logement
aux pauvres écoliers du séminaire des Trente-Trois.
_Hôtels de Bourbon, de Bavière, de l'évêque d'Orléans et de celui de
Tournay_ (rue Bordet).
De ces quatre hôtels, le premier ne subsiste plus depuis long-temps. On
trouvoit encore, au siècle dernier, des vestiges du second dans un grand
logis habité par des artisans, lequel avoit conservé le nom de _cour de
Bavière_. Les deux autres avoient formé les colléges de Boncourt et de
Tournay.
_Hôtel des comtes de Bar_ (rue Clopin).
On le trouve situé, au treizième siècle, dans cette rue, et attenant la
maison où l'on a bâti le collége de Boncourt, Sauval dit qu'il
appartenoit encore aux seigneurs de cette maison en 1338. Les
cartulaires de Sainte-Geneviève et de Sorbonne en font mention dès 1284
et 1285.
_Maison du Patriarche_ (rue Moufetard).
Ce n'est plus aujourd'hui qu'une cour environnée de vieux bâtiments,
occupés par des artisans. Sauval et Piganiol se sont trompés en disant
qu'elle appartenoit dans le principe à Simon de Cramault, cardinal et
patriarche d'Alexandrie. Jaillot prouve que ses premiers propriétaires
furent Guillaume de Chanac, fondateur du collége de ce nom, et Bertrand
de Chanac, mort en 1404. Ce dernier en fit don au collége fondé par son
parent: depuis l'on voit Simon Cramault, personnage considérable sous le
règne de Charles VI, devenir possesseur de cette maison, qu'il avoit
sans doute acquise, à titre de vente ou d'échange, des écoliers du
collége de Chanac. Elle étoit considérable, et occupoit tout le carré
que forment aujourd'hui les rues Moufetard, de l'Épée-de-Bois, du Noir
et d'Orléans; aussi étoit-elle chargée d'une forte redevance envers
l'abbaye de Sainte-Geneviève, sur le territoire de laquelle elle étoit
située. Le propriétaire ayant cessé de la payer, la maison fut saisie et
vendue. Elle passa, par succession de l'acquéreur, à MM. Canaye, à qui
elle appartenoit en 1561. C'est alors qu'elle fut prêtée ou donnée à
bail aux calvinistes, qui en firent le lieu de leurs assemblées, et
qu'arriva l'événement désastreux de Saint-Médard, dont nous avons déjà
parlé. Le lendemain, la populace irritée se saisit de la maison du
Patriarche, brisa la chaire du ministre, rompit les bancs, brûla le
prêche; et, sans l'activité des magistrats qui arrêtèrent ce désordre,
le feu, qui se communiquoit déjà aux maisons voisines, auroit peut-être
consumé tout le quartier. Jean Canaye, tout innocent qu'il étoit du
tumulte arrivé, fit déclarer au parlement qu'il abandonnoit cette maison
et ses dépendances, pour être vendue au profit des pauvres, ou employée
à toute autre oeuvre de piété que la cour ordonneroit; «désirant que la
mémoire de ce lieu fût à jamais éteinte et hors de sa famille.»[403] Il
ne paroît pas que son offre ait été acceptée, car des titres postérieurs
prouvent que dans le siècle suivant la maison du Patriarche appartenoit
encore aux Canaye; du reste, cette famille possédoit plusieurs maisons
et jardins dans le faubourg Saint-Marcel[404].
[Note 403: Hist. de Paris, t. IV, p. 806.]
[Note 404: Cette maison est presque détruite. La cour est devenue un
marché public.]
_Le Séjour d'Orléans_ (rue d'Orléans).
Cette maison de plaisance, qui fut possédée par Louis de France duc
d'Orléans, n'occupoit pas seulement, ainsi que l'a dit Piganiol, une
partie de la rue à qui elle a donné son nom: tous les titres qui la
concernent prouvent qu'elle s'étendoit jusqu'au cimetière Saint-Médard;
de là, remontant en droite ligne à la rue Censier, elle se prolongeoit
ensuite jusqu'à la Bièvre, et le long de cette rivière jusqu'à la rue
Moufetard, reprenoit plus haut tout le côté gauche de la rue du
Fer-à-Moulin, jusqu'à l'hôtel de Clamart qui alors en faisoit partie;
enfin redescendoit vers la Bièvre, qu'elle côtoyoit jusqu'à la rue
d'Orléans[405].
[Note 405: Il en résulte que ce qu'on appeloit encore, avant la
révolution, _le fief du séjour d'Orléans_, comprenoit tout l'espace
renfermé entre les rues d'Orléans, Moufetard, du Fer-à-Moulin, de la
Muette et du Jardin du Roi, à la réserve du carré qu'occupent l'église,
le cimetière Saint-Médard et les maisons voisines jusqu'à la Bièvre, et
du terrain de l'hôtel de Clamart, lequel contenoit environ soixante
toises carrées.]
Cet hôtel, au milieu du treizième siècle, appartenoit à Jean de
Mauconseil, et s'appeloit l'hôtel de Carneaux. Vers la fin du
quatorzième (en 1386), l'évêque de Beauvais, Milles de Dormans, qui en
étoit alors propriétaire, le vendit à Jean, duc de Berri, qui le céda,
l'année suivante, à Isabeau de Bavière. Cette princesse le donna bientôt
en échange au duc d'Orléans, son beau-frère, pour la maison dite le
Val-de-la-Reine. Ce prince l'augmenta par diverses acquisitions; et
notamment par celle d'un hôtel voisin que possédoit aussi Milles de
Dormans, et qui fut depuis l'hôtel de Clamart. Le séjour d'Orléans passa
ensuite dans la maison d'Anjou-Sicile. Louis II, roi de Sicile, le
possédoit au commencement du quinzième siècle. Ce domaine en sortit
pendant quelque temps, y rentra[406], et fut enfin réuni à la couronne
après la mort de Charles IV d'Anjou, neveu et successeur du roi René,
lequel avait institué Louis XI son héritier universel. Ce prince donna,
en 1483, le séjour d'Orléans à Jacques Louet, trésorier des chartes,
pour en jouir sa vie durant[407]. La famille de Mesme le posséda
ensuite, et en aliéna plusieurs parties. Enfin il devint, en 1649, la
propriété d'un bourgeois de Paris, qui le vendit, en 1663, à l'abbaye
Saint-Geneviève[408].
[Note 406: Marguerite d'Anjou, femme de Henri IV, roi d'Angleterre, s'y
retira peu de temps après la mort de ce prince.]
[Note 407: Mémor. R. fol. 332.]
[Note 408: Il ne reste plus, depuis très-long-temps, aucun vestige de
cet édifice.]
_Hôtels des comtes de Boulogne, de la comtesse de Forebelle, des comtes
de Forez, de Hugues d'Arcies_ (rue du Fer-à-Moulin).
L'hôtel des comtes de Boulogne est le plus ancien des quatre que nous
trouvons dans cette rue. Celui qu'habitoit la comtesse de Forebelle
avoit été acheté par son père en 1221. Les comtes de Forez firent
l'acquisition du leur en 1321[409]; ce furent les religieux de
Sainte-Geneviève qui le vendirent: et dès 1371 il passa dans la maison
de Bourbon, par le mariage d'Anne, dauphine d'Auvergne et comtesse de
Forez, avec Louis II, duc de Bourbon. Enfin Hugues d'Arcies occupoit une
maison dans cette rue, qu'il vendit, en 1378, à Roger d'Armagnac.
[Note 409: Sauval, t. II, p. 66.]
_Hôtel de Clamart_ (rue de la Muette).
Ce vaste bâtiment, qui embrassoit toute cette rue jusqu'au
Pont-aux-Biches, avoit appartenu au comte d'Armagnac, ensuite à
l'archevêque de Reims et à Philbert Paillard, président au parlement,
qui le possédoit en 1378[410]. En 1423 cette maison s'appeloit l'hôtel
de Coupeaux; on la laissoit dès-lors tomber en ruine, et en 1540 il n'en
restoit plus qu'un pressoir, des masures et les jardins qui faisoient
partie des dépendances de l'hôtel d'Orléans. On ignore quand ce bâtiment
fut acquis par M. de Clamart dont il prit le nom; mais le terrier de
l'abbaye de Sainte-Geneviève prouve qu'il le portoit dès 1646[411].
[Note 410: _Ibid._, p. 77.]
[Note 411: Cet hôtel est également détruit depuis long-temps.]
_Séjour de la Reine Blanche_ (rue de la Reine-Blanche).
Sauval dit[412] que la rue de la Reine-Blanche «fut ainsi appelée à
cause qu'on la fit sur les ruines de l'hôtel de la Reine-Blanche, qui
fut démoli en 1392, comme _complice_ de l'embrasement de quelques
courtisans[413] qui y dansèrent, avec Charles VI, ce malheureux ballet
des Faunes si connu[414].» Juvénal des Ursins et Corrozet l'avoient dit
avant lui, et les historiens de Paris ont suivi cette opinion. Cependant
Jean Le Laboureur, autre historien de Charles VI, dit positivement que
ce fut à l'hôtel Saint-Paul que se donna le ballet des Sauvages, et nos
écrivains les plus exacts ont adopté cette opinion. Quoi qu'il en soit,
il est certain qu'il y a eu dans ce lieu un _séjour_ où des jardins
appelés _de la reine Blanche_, et plusieurs titres en font mention. On
ignore si ce nom venoit de Blanche de Bourgogne, femme de
Charles-le-Bel, ou de Blanche d'Évreux, qui avoit épousé Philippe de
Valois, ou enfin de la reine Blanche de Castille, mère de saint Louis.
Cette dernière opinion a été soutenue dans un mémoire manuscrit fait en
1719 par un doyen de Saint-Marcel[415]. Il ajoute que cet hôtel fut
ensuite possédé par une comtesse de Piémont.
[Note 412: Tome I, p. 161.]
[Note 413: Juven. des Urs. Hist. de Charles VI, p. 93.--Corrozet, fol.
134.]
[Note 414: _Voyez_ t. II, p. 516.]
[Note 415: M. Colonne du Lac.]