Consacrés d'abord uniquement à servir d'asile aux écoliers, les plus

considérables d'entre eux devinrent, dès le commencement du quinzième

siècle, des écoles publiques, où des régents, distingués du maître et du

sous-maître, donnèrent des leçons aux boursiers et aux pensionnaires,

leçons auxquelles on ne tarda pas à admettre même des externes. Le

collége de Navarre est le premier dans lequel s'introduisit cette

nouvelle pratique: l'exemple en fut bientôt suivi, et du Boullay assure

que sous le règne de Louis XI il y avoit dix-huit colléges ouverts à

tous pour les leçons de grammaire, de rhétorique et de philosophie. Il

arriva de là que les écoles de la rue du Fouare furent moins

fréquentées, et se virent enfin abandonnées au point de ne plus servir

qu'aux exercices probatoires, nécessaires pour parvenir au degré de

bachelier-ès-arts; usage qui toutefois se conserva long-temps, car dans

le siècle dernier quelques nations y faisoient encore l'examen de leurs

candidats.

COLLÉGES.

_Collége de Chanac_ (rue de Bièvre).

Ce collége se trouve aussi désigné sous les noms de Saint-Michel et de

Pompadour. Du Breul dit[367] «qu'il fut fondé en l'honneur de saint

Michel par Guillaume de Chanac, évêque de Paris, issu de la noble lignée

de Pompadour.» Il est vrai que dans un arrêt de 1510[368], M. Antoine de

Pompadour est qualifié _fondateur_ du collége de Chanac; mais loin que

cette dernière famille dût son origine à la sienne, il est certain qu'il

ne prenoit ce titre que comme descendant de Renaud-Élie de Pompadour,

lequel épousa, en 1355, Galienne de Chanac, unique héritière de cette

maison, dont elle lui transporta tous les droits.

[Note 367: Page 706.]

[Note 368: Hist. de Par., t. IV, p. 622.]

On ignore du reste la date de cette fondation, qu'aucun auteur n'a

donnée, mais qui nécessairement a dû précéder l'année 1348, puisque

Guillaume de Chanac décéda cette même année. Les termes de son testament

annonçoient qu'il avoit destiné sa maison, sise rue de Bièvre, à

l'établissement d'un collége dans lequel on placeroit dix à douze

boursiers; mais la somme qu'il laissa étoit loin de suffire à

l'exécution d'un tel dessein, et les statuts de 1404 prouvent qu'à cette

époque le revenu des maîtres et des élèves étoit si peu de chose, qu'il

étoit impossible qu'il fournît à leur entretien[369]. Leur extrême

pauvreté porta un autre Guillaume de Chanac, évêque de Mende, et le

cardinal Bertrand, patriarche de Jérusalem, à venir à leur secours: ils

donnèrent chacun 500 livres, et ce dernier y ajouta sa maison du

faubourg Saint-Marcel, appelée encore aujourd'hui _maison du

Patriarche_.

[Note 369: Le maître n'avoit alors que 6 sous par semaine, le chapelain

4 sous, et chaque boursier 3 sous.]

Les bourses de ce collége, destinées aux parents du fondateur ou à des

écoliers du diocèse de Limoges, furent suspendues en vertu d'une

conclusion de l'Université du 16 juillet 1729, confirmée par

arrêt[370]. Le trop fameux cardinal Dubois avoit été boursier dans cette

maison.

[Note 370: Ce collége est maintenant habité par des particuliers.]

_Collége du cardinal Le Moine_ (rue Saint-Victor).

Il doit son nom et sa fondation à Jean Le Moine, cardinal, mal à propos

qualifié évêque de Meaux par quelques historiens. Envoyé en France en

qualité de légat par Boniface VIII, pour terminer la fameuse querelle

survenue entre ce pontife et Philippe-le-Bel, il profita du temps que

lui donna sa négociation infructueuse pour exécuter le projet qu'il

avoit formé avant son départ, de fonder un collége à Paris. On a varié

sur la date de cet établissement, qu'il faut fixer avec Jaillot en 1302,

parce que c'est cette année que le cardinal fit acheter la maison, la

chapelle et le cimetière que les Augustins avoient au Chardonnet, pour y

loger ses boursiers; et que, dès l'année suivante, un autre acte, dont

l'objet principal est d'augmenter leur dotation, prouve évidemment

qu'ils étoient déjà établis dans leur demeure. Les lettres de Boniface

VIII qui approuvent cette fondation[371] font voir qu'elle n'étoit

alors composée que de deux maîtres en théologie et de quatre étudiants

dans la faculté des arts; mais, par les statuts, le cardinal ordonna

qu'il y auroit dans ce collége soixante artiens et quarante théologiens;

qu'il seroit nommé _maison du Cardinal_; que la valeur des bourses

seroit fixée en marcs d'argent[372]: enfin il obtint, en 1308, une bulle

du pape Clément V, qui donnoit au chapelain de ce collége la charge des

âmes de tous ceux qui l'habitoient. Cette place devoit être occupée par

un boursier théologien qui la gardoit toute sa vie, conservoit sa

chambre après l'expiration du terme fixé pour sa bourse, et recevoit

alors des honoraires convenables.

[Note 371: Crevier, Hist. de l'univ., t. II, p. 214.]

[Note 372: Il eut égard, dans une telle mesure, aux changements qui

pouvoient survenir dans la monnoie, et qui étoit alors très-fréquents,

sage prévoyance, dont depuis les boursiers ne surent pas profiter. La

bourse de chaque théologien fut fixée à six marcs d'argent pur, poids de

Paris; celle d'un artien à quatre marcs.]

Dès le seizième siècle, il survint des changements dans ce collége. Le

nombre des bourses y étoit alors réduit à quatorze pour les théologiens,

et à quatre pour les artiens. En 1545 le parlement donna un arrêt de

réglement pour y faire une réformation, par lequel il ordonna qu'outre

le grand-maître, le prieur, le curé, les deux chapelains et les

régents, il y auroit à l'avenir dix-huit boursiers théologiens et six

artiens, ce qui a été maintenu jusque dans les derniers temps, si l'on

en excepte la suppression faite en 1765 d'un chapelain.

En 1757 on avoit fait, à cette maison des réparations considérables; le

portail de la chapelle fut reconstruit à neuf; on répara le

maître-autel, et cette chapelle, dédiée d'abord sous le nom de saint

Firmin[373], prit alors celui de saint Jean l'Évangéliste[374].

[Note 373: _Voyez_ pl. 148. Quelques historiens ont cru qu'elle étoit

sous le titre de saint Remi, parce que l'église célébroit le même jour

la mort de ce saint et la translation de saint _Fremi_ ou _Firmin_ son

patron. Cette dernière fête étoit remarquable par des particularités

assez singulières: un boursier, vêtu en Éminence, représentoit, pendant

toute cette journée, la personne du cardinal, et dans cet affublement

assistoit à l'office, suivi d'un aumônier qui portoit son chapeau rouge.

La nation de Picardie y alloit célébrer la première messe, y recevoit

une sportule, et venoit ensuite rendre ses devoirs au prétendu cardinal,

qui lui prodiguoit les dragées et les confitures sèches; de là on se

rendoit à l'église, où souvent celui-ci célébroit pontificalement la

grand'messe. L'Éminence devoit ensuite donner un grand dîner, dans

lequel on continuoit à lui rendre les mêmes honneurs, etc. Cette fête,

connue sous le nom de la _solennité du Cardinal_, avoit été sagement

abolie au commencement du siècle dernier.]

[Note 374: L'église a été détruite. Les bâtiments qui existent encore

ont été changés en habitations particulières; et sur le terrain qui en

dépendoit, il a été établi un chantier qui porte le nom de _Chantier de

la Ville_.]

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, la Vision de Saint-Jean, par Lagrenée.

À gauche de la grille du coeur, un Christ mort; sans nom

d'auteur.

SÉPULTURES.

Le cardinal Le Moine et son frère André Le Moine, évêque de

Noyon, y étoient inhumés dans le même tombeau.

Ce collége étoit une des quatre maisons de théologie de la faculté de

Paris. Il possédoit un terrain très-spacieux, qui s'étendoit depuis la

rue Saint-Victor jusqu'à la porte Saint-Bernard. Parmi les savants qui y

ont professé, on distingue _Turnebe_, _Buchanan_ et _Muret_.

_Le séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet_ (rue Saint-Victor).

Le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet étoit situé immédiatement

au-dessus de la principale porte de l'église du même nom. Ce n'étoit,

dans le principe, qu'une société de dix ecclésiastiques, que l'un

d'eux, M. Adrien Bourdoise avoit réunis en 1612 au collége de Reims, où

il demeuroit. L'objet de cette petite communauté étoit de former des

conférences pour l'utilité des jeunes gens qui se destinoient à la

prêtrise. Il est remarquable que M. Bourdoise n'avoit point encore reçu

les ordres lorsqu'il commença cet utile établissement; et ce ne fut que

l'année suivante qu'il fut élevé à la dignité du sacerdoce, circonstance

qui accrut son autorité parmi ses collègues. Il les avoit si bien

choisis, et ils se montrèrent si disposés à favoriser son projet, qu'ils

ne balancèrent point à le suivre dans les colléges du Mans, du Cardinal

Le Moine et de Montaigu, dans lesquels il fut successivement transféré.

Enfin, après plusieurs épreuves, ces ecclésiastiques se consacrèrent

entièrement, en 1618, à l'instruction des jeunes clercs. On les voit

s'établir, en 1620, dans la maison du sieur Guillaume Compaing, l'un

d'entre eux, et la quitter en 1624 pour former un nouvel établissement

au collége des Bons-Enfants. M. Georges Froger, alors curé de

Saint-Nicolas, reconnoissant des services qu'ils rendoient à sa

paroisse, résolut de se les attacher; et l'on peut lire dans

Sauval[375] les conventions, sous signatures privées, qui furent passées

entre eux le 26 juillet 1631, et rédigées en acte public le 11 octobre

suivant. Cette institution ayant été approuvée par l'archevêque le 24 du

même mois, et autorisée par lettres-patentes dans le mois de février

suivant, ces prêtres acquirent en commun une maison et un jardin

contigu, et cette acquisition fut confirmée par d'autres

lettres-patentes du mois de mai de la même année[376].

[Note 375: Tome III, p. 183, 180.]

[Note 376: L'abbé Lebeuf, Piganiol et plusieurs autres se sont fondés

sans doute sur la date de ces lettres pour placer l'origine du séminaire

Saint-Nicolas en 1632; mais elle est plus ancienne, si l'on considère le

temps et la réunion de ses premiers membres; et postérieure de douze

ans, si l'on n'envisage que l'institution légale du séminaire.]

Ils obtinrent, en novembre 1643, des lettres-patentes qui les

autorisoient à recevoir des legs et des donations. Ce fut peut-être le

refus que fit alors le parlement d'enregistrer ces lettres, qui leur

procura un établissement légal: le 20 avril 1644 l'archevêque ayant

érigé cette communauté en séminaire, fit autoriser cette érection par

lettres-patentes du mois de mai suivant. Le parlement, en les

enregistrant, crut devoir y mettre quelques modifications; le roi en

accorda de nouvelles le 21 mai 1661, qui en ordonnoient l'enregistrement

simple, et le parlement fut forcé de s'y conformer le 25 du même mois.

Cette communauté, enrichie par quantité de donations, augmenta ses

bâtiments, et fit élever, en 1730, une autre maison dans la même rue,

sous le nom de petit-séminaire. On y recevoit, à titre de pensionnaires,

les étudiants qui se destinoient à l'état ecclésiastique. Les dimanches

et fêtes, ils faisoient partie du clergé de la paroisse[377].

[Note 377: Cartul. S. Magl. Lebeuf, t. II, p. 560.]

La bibliothèque étoit composée d'environ quinze mille volumes d'un bon

choix. Il y avoit aussi un cabinet d'histoire naturelle.

_Le collége des Bons-Enfants_ ou _séminaire de Saint-Firmin_ (rue

Saint-Victor).

Les historiens de Paris n'ont rien pu découvrir sur l'origine de ce

collége. Leur incertitude et le défaut de monuments ne permettent pas de

lui assigner une époque plus ancienne que le règne de saint Louis. Ce

qu'il y a de certain, c'est qu'il existoit avant 1247, puisqu'on trouve

dans un testament de cette année que la dame Geneviève fit un legs de 10

sous au collége des Bons-Enfants[378]. Les historiens de l'Église et de

l'Université[379] rapportent une bulle d'Innocent IV donnée à Lyon le 8

des calendes de décembre, l'an 6 de son pontificat, ce qui revient au 24

novembre 1248, par laquelle le souverain pontife, à la réquisition de

Gautier (de Château-Thierri), administrateur de la maison des

Bons-Enfants, leur permet d'avoir une chapelle, et engage l'évêque à la

leur accorder. Gautier, qui n'étoit alors que chancelier de Notre-Dame,

fut élu évêque de Paris l'année suivante, mourut quelques mois après, et

la permission ne fut donnée qu'en 1257 par Renaud de Corbeil, son

successeur. Quelques années après, Mathieu de Vendôme, abbé de

Saint-Denis, y fonda une chapellenie au nom et comme exécuteur du

testament de Gui Renard, médecin du roi[380], et assigna au chapelain

une rente de 15 livres. Une reconnoissance de 40 sous de rente que les

Bons-Enfants devoient à l'évêque, et dont ils passèrent acte au mois de

juillet 1314, prouve qu'il y avoit alors neuf boursiers dans ce

collége[381].

[Note 378: Ce séminaire a été rendu à sa première destination.]

[Note 379: Hist. eccles. Paris, t. II, p. 414.--Hist. univ., t. III, p.

217.]

[Note 380: Grand cartul. de l'évêché, fol. 330, cart. 527 et 528.]

[Note 381: Le sieur Pluyette, qui en fut principal, y fonda deux

bourses par son testament du 4 septembre 1478.]

Cette maison étoit presque abandonnée, lorsque la principalité et la

chapellenie en furent données au célèbre Vincent-de-Paul le 1er mars

1624. C'est là qu'il jeta les premiers fondements de la congrégation de

la Mission, à laquelle le collége fut réuni par décret du 8 juin 1627,

confirmé par lettres-patentes du 15 septembre suivant. Dès-lors la

maison de la Mission fut regardée comme un véritable séminaire, où l'on

formoit de jeunes ecclésiastiques destinés à aller porter la parole de

Dieu dans les campagnes[382]; mais il ne fut établi dans les formes

légales que bien long-temps après, en 1707, par un décret d'érection de

M. le cardinal de Noailles, confirmé par lettres-patentes du mois de

janvier 1714.

[Note 382: Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, qui

avoit autorisé l'établissement des prêtres de la Mission, regardoit leur

maison comme un véritable séminaire, puisque par son mandement du 21

février 1631 il obligea les jeunes élèves de son diocèse qui aspiroient

aux ordres de faire au collége des Bons-Enfants une retraite de dix

jours.]

Le collége des Bons-Enfants n'avoit pas été excepté dans les

lettres-patentes du 21 novembre 1763, qui ordonnoient la réunion au

collége de l'Université de tous les colléges sans exercice. Mais le roi,

par de nouvelles lettres du 22 avril 1773, ordonna que la principalité,

la chapellenie et les terrains et bâtiments de cette maison

demeureroient attachés à la congrégation de la Mission, réunissant les

autres biens et les bourses du collége à celui de Louis-le-Grand,

conformément aux lettres-patentes du 21 novembre 1763, et à l'arrêt du

parlement du 8 mai 1769[383].

[Note 383: L'institution des _Jeunes-Aveugles_ a été établie depuis peu

dans les bâtiments de ce collége.]

* * * * *

La bibliothèque, composée d'environ quinze mille volumes, avoit été en

partie amassée par Julien Barbé, mort supérieur de cette maison.

_Collége de la Marche_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Ce collége reconnoît deux fondateurs, Guillaume de La Marche et Beuve de

Winville. L'oncle du premier, nommé Jean de La Marche, avoit loué, en

1362, le collége de Constantinople[384], situé dans le cul-de-sac

d'Amboise, et fondé dans le cours du siècle précédent; et cette maison,

dans laquelle il n'y avoit plus alors qu'un seul boursier, prit dès ce

moment le nom de _la Petite-Marche_. L'Université, qui avoit donné son

consentement à cette location, consentit ensuite à céder à Guillaume de

La Marche la propriété entière de ce collége, moyennant une redevance

annuelle de 20 livres, dont 14 pour les cens et rentes dont il étoit

chargé, et les 6 livres restantes pour les besoins des pauvres écoliers.

Guillaume affectionna tellement cet établissement, qu'à sa mort, arrivée

en 1420, il laissa la plus grande partie de ses biens pour l'entretien

d'un principal, d'un procureur et de six boursiers. C'est alors qu'on

voit paroître Beuve de Winville, nommé par lui son exécuteur

testamentaire, et qui, joignant ses libéralités aux dons du premier

bienfaiteur, acheta, la même année, les maisons que les religieux de

Senlis avoient à la montagne Sainte-Geneviève, et y fit construire le

collége de la Marche. Il y fonda également un chapelain et six

boursiers; et les associant à ceux de la Petite-Marche, il les réunit

tous dans cette nouvelle demeure. Les actes par lesquels tous ces

arrangements furent approuvés sont datés de 1422 ou 1423[385], et nous

apprennent que, parmi les six boursiers fondés par Guillaume, il devoit

y en avoir quatre de la Marche, qui étoit son pays natal, et deux de

Rosières-aux-Salines en Lorraine. Les boursiers de la fondation de Beuve

de Winville devoient être de Winville ou Voinville, Buxieres et

Buxereule, au bailliage de Saint-Mihiel. Les deux fondations réunies

firent donner à ce collége le nom de la Marche-Winville.

[Note 384: Sur l'origine de ce collége plusieurs historiens ont prétendu

que, peu après la prise de Constantinople, en 1204, le projet de réunir

les églises grecque et latine ayant repris faveur, un des moyens qui

parurent les plus efficaces pour parvenir à ce résultat fut d'envoyer

des professeurs à Constantinople, et d'en faire venir des jeunes gens

qu'on élèveroit à Paris; qu'en conséquence on fonda, en 1206, un collége

qui fut nommé _Collége Grec_ ou _de Constantinople_. Jaillot trouve

cette opinion plausible, mais en même temps entièrement destituée de

preuves: c'est également sans aucune autorité que Sauval a dit «que sous

Urbain V, qui tint le siége depuis 1352 jusqu'en 1362, le cardinal

Capoci fonda, à la rue d'Amboise, un collége que quelques-uns nommoient

le collége de Constantinople, d'autres de Sainte-Sophonie, d'autres de

Sainte-Sophie, etc.» Il est certain qu'Urbain V ne fut élu pape que le

28 octobre 1362, que dès-lors le collége de Constantinople existoit, et

que Jean de La Marche, qui l'avoit pris à loyer au commencement de cette

même année, fit confirmer cette transaction par l'Université le 19

juillet suivant, lorsqu'Innocent VI occupoit encore le siége

pontifical.]

[Note 385: _Gall. Christ._, t. VII, col. 145.]

Depuis cette époque, d'autres personnes y fondèrent des bourses

nouvelles, au nombre de neuf à dix. Elles étoient toutes à la collation

de l'archevêque, qui étoit en même temps proviseur de cette maison[386].

[Note 386: Les bâtiments de ce collége sont maintenant occupés par une

pension.]

Sur l'autel de la chapelle étoit un très-bon tableau, offrant le

sujet de la Présentation de Notre Seigneur au temple; par un

peintre inconnu.

_Collége des Allemands_ (rue du Mûrier, ci-devant rue Pavée).

Ce collége, qui n'existe plus, fut fondé, suivant les historiens de

Paris, en 1353. Il s'étendoit, suivant toutes les apparences, jusqu'à la

rue Traversine, puisque Duboulai, Dubreul, Crevier[387], etc., avancent

qu'il y étoit situé. Cependant, suivant Jaillot, il y a des preuves que

ce collége existoit dès 1348, et qu'il étoit dans la rue Pavée. Le

terrier de Sainte-Geneviève de 1380 énonce, à l'article de cette rue:

«Les écoliers d'Allemaigne pour leur maison qui fut jadis Regnaut de

Cusances.» Le censier de 1540 fait mention, au même endroit, «des

écoliers de la province des pauvres Allemands;» et dans celui de 1603,

on indique une maison, rue du Mûrier, tenant d'une part à la nation

d'Allemagne.

[Note 387: Hist. univ., t. VI, p. 328.]

_Collége d'Arras_ (rue d'Arras).

Ce collége fut fondé par Nicolas le Caudrelier (_alias_ le Cauderlier et

le Candelier), abbé de Saint-Vaast d'Arras en 1332, suivant tous les

historiens de Paris, avant cette époque, suivant Jaillot[388], qui

prouve cette antériorité par les actes mêmes dont ses devanciers se sont

appuyés pour fixer cette date. Il prouve même que cet établissement

existoit avant 1328. Voici du reste comment on en raconte l'origine:

Nicolas Le Caudrelier étoit exécuteur testamentaire de plusieurs

personnes qui l'avoient chargé de quelques legs dont il devoit disposer

pour des actes de piété: il ne crut pouvoir mieux remplir l'intention

des légataires qu'en procurant à quelques pauvres écoliers d'Arras les

moyens de faire leurs études. Ayant joint à cet effet le fruit de ses

épargnes aux sommes dont il étoit dépositaire, il établit son collége,

acheta des terres pour la subsistance des écoliers, et les plaça dans

une maison également acquise à leur intention, et qui étoit située rue

des Murs (aujourd'hui d'Arras). On ne trouve rien qui puisse faire

présumer que par une telle acquisition cet abbé ait eu en vue de se

procurer un domicile à Paris, soit pour lui et ses successeurs, soit

pour ses religieux; mais il étoit naturel qu'il en confiât la

principalité à l'un d'entre eux, ce qui a subsisté jusqu'à la réunion de

ce collége à celui de l'Université[389].

[Note 388: Quart. de la place Maubert, p. 6.]

[Note 389: Les bâtiments de ce collége sont habités par des

particuliers.]

_Collége de Laon_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Divers changements survenus dans ce collége ont trompé plusieurs

historiens sur la véritable date de son origine. L'inscription même

placée sur la porte la fixoit mal à propos à l'année 1314. La vérité est

qu'il fut fondé en 1313 par Gui, chanoine de Laon et trésorier de la

Sainte-Chapelle, ainsi qu'il est prouvé par les lettres de

Philippe-le-Bel, données au mois de janvier de cette année[390]. Elles

nous apprennent que ce Gui de Laon et Raoul de Presle s'unirent ensemble

pour faire cette fondation. Le premier donna 100 liv. de rente amortie

et les maisons qu'il avoit rue Saint-Hilaire (rue des Carmes), ainsi que

celles qu'il avoit ou pourroit avoir entre cette rue et celle du

Clos-Bruneau, dite aujourd'hui Saint-Jean-de-Beauvais. Le second fit don

de 200 liv. de rente; et tous les deux se réservèrent la disposition et

l'administration de leur collége, qu'ils destinèrent à recevoir les

pauvres écoliers des diocèses de Laon et de Soissons.

[Note 390: Hist. univ. Paris, t. VI, p. 167.--Du Breul, p. 666.]

Quelques différents qui survinrent entre ces écoliers provoquèrent, dès

1323, une séparation. Le collége de Laon occupa les logements de la rue

du Clos-Bruneau, où fut depuis le collége de Lisieux. Le collége de

Soissons ou de Presle fut établi dans le terrain qui donnoit sur la rue

Saint-Hilaire, à la charge d'une redevance de 24 liv. de rente envers

l'autre. En 1327, Gui de Laon établit dans le sien un principal, un

chapelain et seize boursiers. Douze ans après, en 1339, Gerard de

Montaigu, depuis avocat-général au parlement, légua aux écoliers de ce

collége sa maison appelée l'_Hôtel du Lion d'or_, rue de la

Montagne-Sainte-Geneviève. Ils y furent transférés en 1340, et l'on

trouve qu'en 1342 Foulques de Chanac permit d'y célébrer le service

divin.

Entre le couvent des Carmes et cet hôtel du Lion d'or, devenu le collége

de Laon, étoit le collége de _Dace_, dont aucun de nos historiens ne

nous fait connoître la fondation. Jaillot, sans rien donner de positif à

ce sujet, nous apprend qu'il existoit dans le treizième siècle, et qu'il

avoit été fondé pour les écoliers de _Dampnemarck_ (Danemarck),

autrement dits _Suesses_; que dans le siècle suivant, ce collége tombant

en ruine, et devenant presque inhabitable, les écoliers du collége de

Laon s'en rendirent propriétaires, au moyen d'un arrangement fait avec

les boursiers qui l'habitoient; et en rétrocédèrent probablement une

partie aux Carmes, qui se trouvoient extrêmement gênés dans leur maison:

car il est certain que ces religieux en possédèrent par la suite une

partie. Du reste, ce fait, peu important en lui-même, est raconté assez

confusément par ce critique, et ne mérite pas la longue discussion qu'il

lui a consacrée.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8) · 第 34 / 38 段