considérables d'entre eux devinrent, dès le commencement du quinzième
siècle, des écoles publiques, où des régents, distingués du maître et du
sous-maître, donnèrent des leçons aux boursiers et aux pensionnaires,
leçons auxquelles on ne tarda pas à admettre même des externes. Le
collége de Navarre est le premier dans lequel s'introduisit cette
nouvelle pratique: l'exemple en fut bientôt suivi, et du Boullay assure
que sous le règne de Louis XI il y avoit dix-huit colléges ouverts à
tous pour les leçons de grammaire, de rhétorique et de philosophie. Il
arriva de là que les écoles de la rue du Fouare furent moins
fréquentées, et se virent enfin abandonnées au point de ne plus servir
qu'aux exercices probatoires, nécessaires pour parvenir au degré de
bachelier-ès-arts; usage qui toutefois se conserva long-temps, car dans
le siècle dernier quelques nations y faisoient encore l'examen de leurs
candidats.
COLLÉGES.
_Collége de Chanac_ (rue de Bièvre).
Ce collége se trouve aussi désigné sous les noms de Saint-Michel et de
Pompadour. Du Breul dit[367] «qu'il fut fondé en l'honneur de saint
Michel par Guillaume de Chanac, évêque de Paris, issu de la noble lignée
de Pompadour.» Il est vrai que dans un arrêt de 1510[368], M. Antoine de
Pompadour est qualifié _fondateur_ du collége de Chanac; mais loin que
cette dernière famille dût son origine à la sienne, il est certain qu'il
ne prenoit ce titre que comme descendant de Renaud-Élie de Pompadour,
lequel épousa, en 1355, Galienne de Chanac, unique héritière de cette
maison, dont elle lui transporta tous les droits.
[Note 367: Page 706.]
[Note 368: Hist. de Par., t. IV, p. 622.]
On ignore du reste la date de cette fondation, qu'aucun auteur n'a
donnée, mais qui nécessairement a dû précéder l'année 1348, puisque
Guillaume de Chanac décéda cette même année. Les termes de son testament
annonçoient qu'il avoit destiné sa maison, sise rue de Bièvre, à
l'établissement d'un collége dans lequel on placeroit dix à douze
boursiers; mais la somme qu'il laissa étoit loin de suffire à
l'exécution d'un tel dessein, et les statuts de 1404 prouvent qu'à cette
époque le revenu des maîtres et des élèves étoit si peu de chose, qu'il
étoit impossible qu'il fournît à leur entretien[369]. Leur extrême
pauvreté porta un autre Guillaume de Chanac, évêque de Mende, et le
cardinal Bertrand, patriarche de Jérusalem, à venir à leur secours: ils
donnèrent chacun 500 livres, et ce dernier y ajouta sa maison du
faubourg Saint-Marcel, appelée encore aujourd'hui _maison du
Patriarche_.
[Note 369: Le maître n'avoit alors que 6 sous par semaine, le chapelain
4 sous, et chaque boursier 3 sous.]
Les bourses de ce collége, destinées aux parents du fondateur ou à des
écoliers du diocèse de Limoges, furent suspendues en vertu d'une
conclusion de l'Université du 16 juillet 1729, confirmée par
arrêt[370]. Le trop fameux cardinal Dubois avoit été boursier dans cette
maison.
[Note 370: Ce collége est maintenant habité par des particuliers.]
_Collége du cardinal Le Moine_ (rue Saint-Victor).
Il doit son nom et sa fondation à Jean Le Moine, cardinal, mal à propos
qualifié évêque de Meaux par quelques historiens. Envoyé en France en
qualité de légat par Boniface VIII, pour terminer la fameuse querelle
survenue entre ce pontife et Philippe-le-Bel, il profita du temps que
lui donna sa négociation infructueuse pour exécuter le projet qu'il
avoit formé avant son départ, de fonder un collége à Paris. On a varié
sur la date de cet établissement, qu'il faut fixer avec Jaillot en 1302,
parce que c'est cette année que le cardinal fit acheter la maison, la
chapelle et le cimetière que les Augustins avoient au Chardonnet, pour y
loger ses boursiers; et que, dès l'année suivante, un autre acte, dont
l'objet principal est d'augmenter leur dotation, prouve évidemment
qu'ils étoient déjà établis dans leur demeure. Les lettres de Boniface
VIII qui approuvent cette fondation[371] font voir qu'elle n'étoit
alors composée que de deux maîtres en théologie et de quatre étudiants
dans la faculté des arts; mais, par les statuts, le cardinal ordonna
qu'il y auroit dans ce collége soixante artiens et quarante théologiens;
qu'il seroit nommé _maison du Cardinal_; que la valeur des bourses
seroit fixée en marcs d'argent[372]: enfin il obtint, en 1308, une bulle
du pape Clément V, qui donnoit au chapelain de ce collége la charge des
âmes de tous ceux qui l'habitoient. Cette place devoit être occupée par
un boursier théologien qui la gardoit toute sa vie, conservoit sa
chambre après l'expiration du terme fixé pour sa bourse, et recevoit
alors des honoraires convenables.
[Note 371: Crevier, Hist. de l'univ., t. II, p. 214.]
[Note 372: Il eut égard, dans une telle mesure, aux changements qui
pouvoient survenir dans la monnoie, et qui étoit alors très-fréquents,
sage prévoyance, dont depuis les boursiers ne surent pas profiter. La
bourse de chaque théologien fut fixée à six marcs d'argent pur, poids de
Paris; celle d'un artien à quatre marcs.]
Dès le seizième siècle, il survint des changements dans ce collége. Le
nombre des bourses y étoit alors réduit à quatorze pour les théologiens,
et à quatre pour les artiens. En 1545 le parlement donna un arrêt de
réglement pour y faire une réformation, par lequel il ordonna qu'outre
le grand-maître, le prieur, le curé, les deux chapelains et les
régents, il y auroit à l'avenir dix-huit boursiers théologiens et six
artiens, ce qui a été maintenu jusque dans les derniers temps, si l'on
en excepte la suppression faite en 1765 d'un chapelain.
En 1757 on avoit fait, à cette maison des réparations considérables; le
portail de la chapelle fut reconstruit à neuf; on répara le
maître-autel, et cette chapelle, dédiée d'abord sous le nom de saint
Firmin[373], prit alors celui de saint Jean l'Évangéliste[374].
[Note 373: _Voyez_ pl. 148. Quelques historiens ont cru qu'elle étoit
sous le titre de saint Remi, parce que l'église célébroit le même jour
la mort de ce saint et la translation de saint _Fremi_ ou _Firmin_ son
patron. Cette dernière fête étoit remarquable par des particularités
assez singulières: un boursier, vêtu en Éminence, représentoit, pendant
toute cette journée, la personne du cardinal, et dans cet affublement
assistoit à l'office, suivi d'un aumônier qui portoit son chapeau rouge.
La nation de Picardie y alloit célébrer la première messe, y recevoit
une sportule, et venoit ensuite rendre ses devoirs au prétendu cardinal,
qui lui prodiguoit les dragées et les confitures sèches; de là on se
rendoit à l'église, où souvent celui-ci célébroit pontificalement la
grand'messe. L'Éminence devoit ensuite donner un grand dîner, dans
lequel on continuoit à lui rendre les mêmes honneurs, etc. Cette fête,
connue sous le nom de la _solennité du Cardinal_, avoit été sagement
abolie au commencement du siècle dernier.]
[Note 374: L'église a été détruite. Les bâtiments qui existent encore
ont été changés en habitations particulières; et sur le terrain qui en
dépendoit, il a été établi un chantier qui porte le nom de _Chantier de
la Ville_.]
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, la Vision de Saint-Jean, par Lagrenée.
À gauche de la grille du coeur, un Christ mort; sans nom
d'auteur.
SÉPULTURES.
Le cardinal Le Moine et son frère André Le Moine, évêque de
Noyon, y étoient inhumés dans le même tombeau.
Ce collége étoit une des quatre maisons de théologie de la faculté de
Paris. Il possédoit un terrain très-spacieux, qui s'étendoit depuis la
rue Saint-Victor jusqu'à la porte Saint-Bernard. Parmi les savants qui y
ont professé, on distingue _Turnebe_, _Buchanan_ et _Muret_.
_Le séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet_ (rue Saint-Victor).
Le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet étoit situé immédiatement
au-dessus de la principale porte de l'église du même nom. Ce n'étoit,
dans le principe, qu'une société de dix ecclésiastiques, que l'un
d'eux, M. Adrien Bourdoise avoit réunis en 1612 au collége de Reims, où
il demeuroit. L'objet de cette petite communauté étoit de former des
conférences pour l'utilité des jeunes gens qui se destinoient à la
prêtrise. Il est remarquable que M. Bourdoise n'avoit point encore reçu
les ordres lorsqu'il commença cet utile établissement; et ce ne fut que
l'année suivante qu'il fut élevé à la dignité du sacerdoce, circonstance
qui accrut son autorité parmi ses collègues. Il les avoit si bien
choisis, et ils se montrèrent si disposés à favoriser son projet, qu'ils
ne balancèrent point à le suivre dans les colléges du Mans, du Cardinal
Le Moine et de Montaigu, dans lesquels il fut successivement transféré.
Enfin, après plusieurs épreuves, ces ecclésiastiques se consacrèrent
entièrement, en 1618, à l'instruction des jeunes clercs. On les voit
s'établir, en 1620, dans la maison du sieur Guillaume Compaing, l'un
d'entre eux, et la quitter en 1624 pour former un nouvel établissement
au collége des Bons-Enfants. M. Georges Froger, alors curé de
Saint-Nicolas, reconnoissant des services qu'ils rendoient à sa
paroisse, résolut de se les attacher; et l'on peut lire dans
Sauval[375] les conventions, sous signatures privées, qui furent passées
entre eux le 26 juillet 1631, et rédigées en acte public le 11 octobre
suivant. Cette institution ayant été approuvée par l'archevêque le 24 du
même mois, et autorisée par lettres-patentes dans le mois de février
suivant, ces prêtres acquirent en commun une maison et un jardin
contigu, et cette acquisition fut confirmée par d'autres
lettres-patentes du mois de mai de la même année[376].
[Note 375: Tome III, p. 183, 180.]
[Note 376: L'abbé Lebeuf, Piganiol et plusieurs autres se sont fondés
sans doute sur la date de ces lettres pour placer l'origine du séminaire
Saint-Nicolas en 1632; mais elle est plus ancienne, si l'on considère le
temps et la réunion de ses premiers membres; et postérieure de douze
ans, si l'on n'envisage que l'institution légale du séminaire.]
Ils obtinrent, en novembre 1643, des lettres-patentes qui les
autorisoient à recevoir des legs et des donations. Ce fut peut-être le
refus que fit alors le parlement d'enregistrer ces lettres, qui leur
procura un établissement légal: le 20 avril 1644 l'archevêque ayant
érigé cette communauté en séminaire, fit autoriser cette érection par
lettres-patentes du mois de mai suivant. Le parlement, en les
enregistrant, crut devoir y mettre quelques modifications; le roi en
accorda de nouvelles le 21 mai 1661, qui en ordonnoient l'enregistrement
simple, et le parlement fut forcé de s'y conformer le 25 du même mois.
Cette communauté, enrichie par quantité de donations, augmenta ses
bâtiments, et fit élever, en 1730, une autre maison dans la même rue,
sous le nom de petit-séminaire. On y recevoit, à titre de pensionnaires,
les étudiants qui se destinoient à l'état ecclésiastique. Les dimanches
et fêtes, ils faisoient partie du clergé de la paroisse[377].
[Note 377: Cartul. S. Magl. Lebeuf, t. II, p. 560.]
La bibliothèque étoit composée d'environ quinze mille volumes d'un bon
choix. Il y avoit aussi un cabinet d'histoire naturelle.
_Le collége des Bons-Enfants_ ou _séminaire de Saint-Firmin_ (rue
Saint-Victor).
Les historiens de Paris n'ont rien pu découvrir sur l'origine de ce
collége. Leur incertitude et le défaut de monuments ne permettent pas de
lui assigner une époque plus ancienne que le règne de saint Louis. Ce
qu'il y a de certain, c'est qu'il existoit avant 1247, puisqu'on trouve
dans un testament de cette année que la dame Geneviève fit un legs de 10
sous au collége des Bons-Enfants[378]. Les historiens de l'Église et de
l'Université[379] rapportent une bulle d'Innocent IV donnée à Lyon le 8
des calendes de décembre, l'an 6 de son pontificat, ce qui revient au 24
novembre 1248, par laquelle le souverain pontife, à la réquisition de
Gautier (de Château-Thierri), administrateur de la maison des
Bons-Enfants, leur permet d'avoir une chapelle, et engage l'évêque à la
leur accorder. Gautier, qui n'étoit alors que chancelier de Notre-Dame,
fut élu évêque de Paris l'année suivante, mourut quelques mois après, et
la permission ne fut donnée qu'en 1257 par Renaud de Corbeil, son
successeur. Quelques années après, Mathieu de Vendôme, abbé de
Saint-Denis, y fonda une chapellenie au nom et comme exécuteur du
testament de Gui Renard, médecin du roi[380], et assigna au chapelain
une rente de 15 livres. Une reconnoissance de 40 sous de rente que les
Bons-Enfants devoient à l'évêque, et dont ils passèrent acte au mois de
juillet 1314, prouve qu'il y avoit alors neuf boursiers dans ce
collége[381].
[Note 378: Ce séminaire a été rendu à sa première destination.]
[Note 379: Hist. eccles. Paris, t. II, p. 414.--Hist. univ., t. III, p.
217.]
[Note 380: Grand cartul. de l'évêché, fol. 330, cart. 527 et 528.]
[Note 381: Le sieur Pluyette, qui en fut principal, y fonda deux
bourses par son testament du 4 septembre 1478.]
Cette maison étoit presque abandonnée, lorsque la principalité et la
chapellenie en furent données au célèbre Vincent-de-Paul le 1er mars
1624. C'est là qu'il jeta les premiers fondements de la congrégation de
la Mission, à laquelle le collége fut réuni par décret du 8 juin 1627,
confirmé par lettres-patentes du 15 septembre suivant. Dès-lors la
maison de la Mission fut regardée comme un véritable séminaire, où l'on
formoit de jeunes ecclésiastiques destinés à aller porter la parole de
Dieu dans les campagnes[382]; mais il ne fut établi dans les formes
légales que bien long-temps après, en 1707, par un décret d'érection de
M. le cardinal de Noailles, confirmé par lettres-patentes du mois de
janvier 1714.
[Note 382: Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, qui
avoit autorisé l'établissement des prêtres de la Mission, regardoit leur
maison comme un véritable séminaire, puisque par son mandement du 21
février 1631 il obligea les jeunes élèves de son diocèse qui aspiroient
aux ordres de faire au collége des Bons-Enfants une retraite de dix
jours.]
Le collége des Bons-Enfants n'avoit pas été excepté dans les
lettres-patentes du 21 novembre 1763, qui ordonnoient la réunion au
collége de l'Université de tous les colléges sans exercice. Mais le roi,
par de nouvelles lettres du 22 avril 1773, ordonna que la principalité,
la chapellenie et les terrains et bâtiments de cette maison
demeureroient attachés à la congrégation de la Mission, réunissant les
autres biens et les bourses du collége à celui de Louis-le-Grand,
conformément aux lettres-patentes du 21 novembre 1763, et à l'arrêt du
parlement du 8 mai 1769[383].
[Note 383: L'institution des _Jeunes-Aveugles_ a été établie depuis peu
dans les bâtiments de ce collége.]
* * * * *
La bibliothèque, composée d'environ quinze mille volumes, avoit été en
partie amassée par Julien Barbé, mort supérieur de cette maison.
_Collége de la Marche_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
Ce collége reconnoît deux fondateurs, Guillaume de La Marche et Beuve de
Winville. L'oncle du premier, nommé Jean de La Marche, avoit loué, en
1362, le collége de Constantinople[384], situé dans le cul-de-sac
d'Amboise, et fondé dans le cours du siècle précédent; et cette maison,
dans laquelle il n'y avoit plus alors qu'un seul boursier, prit dès ce
moment le nom de _la Petite-Marche_. L'Université, qui avoit donné son
consentement à cette location, consentit ensuite à céder à Guillaume de
La Marche la propriété entière de ce collége, moyennant une redevance
annuelle de 20 livres, dont 14 pour les cens et rentes dont il étoit
chargé, et les 6 livres restantes pour les besoins des pauvres écoliers.
Guillaume affectionna tellement cet établissement, qu'à sa mort, arrivée
en 1420, il laissa la plus grande partie de ses biens pour l'entretien
d'un principal, d'un procureur et de six boursiers. C'est alors qu'on
voit paroître Beuve de Winville, nommé par lui son exécuteur
testamentaire, et qui, joignant ses libéralités aux dons du premier
bienfaiteur, acheta, la même année, les maisons que les religieux de
Senlis avoient à la montagne Sainte-Geneviève, et y fit construire le
collége de la Marche. Il y fonda également un chapelain et six
boursiers; et les associant à ceux de la Petite-Marche, il les réunit
tous dans cette nouvelle demeure. Les actes par lesquels tous ces
arrangements furent approuvés sont datés de 1422 ou 1423[385], et nous
apprennent que, parmi les six boursiers fondés par Guillaume, il devoit
y en avoir quatre de la Marche, qui étoit son pays natal, et deux de
Rosières-aux-Salines en Lorraine. Les boursiers de la fondation de Beuve
de Winville devoient être de Winville ou Voinville, Buxieres et
Buxereule, au bailliage de Saint-Mihiel. Les deux fondations réunies
firent donner à ce collége le nom de la Marche-Winville.
[Note 384: Sur l'origine de ce collége plusieurs historiens ont prétendu
que, peu après la prise de Constantinople, en 1204, le projet de réunir
les églises grecque et latine ayant repris faveur, un des moyens qui
parurent les plus efficaces pour parvenir à ce résultat fut d'envoyer
des professeurs à Constantinople, et d'en faire venir des jeunes gens
qu'on élèveroit à Paris; qu'en conséquence on fonda, en 1206, un collége
qui fut nommé _Collége Grec_ ou _de Constantinople_. Jaillot trouve
cette opinion plausible, mais en même temps entièrement destituée de
preuves: c'est également sans aucune autorité que Sauval a dit «que sous
Urbain V, qui tint le siége depuis 1352 jusqu'en 1362, le cardinal
Capoci fonda, à la rue d'Amboise, un collége que quelques-uns nommoient
le collége de Constantinople, d'autres de Sainte-Sophonie, d'autres de
Sainte-Sophie, etc.» Il est certain qu'Urbain V ne fut élu pape que le
28 octobre 1362, que dès-lors le collége de Constantinople existoit, et
que Jean de La Marche, qui l'avoit pris à loyer au commencement de cette
même année, fit confirmer cette transaction par l'Université le 19
juillet suivant, lorsqu'Innocent VI occupoit encore le siége
pontifical.]
[Note 385: _Gall. Christ._, t. VII, col. 145.]
Depuis cette époque, d'autres personnes y fondèrent des bourses
nouvelles, au nombre de neuf à dix. Elles étoient toutes à la collation
de l'archevêque, qui étoit en même temps proviseur de cette maison[386].
[Note 386: Les bâtiments de ce collége sont maintenant occupés par une
pension.]
Sur l'autel de la chapelle étoit un très-bon tableau, offrant le
sujet de la Présentation de Notre Seigneur au temple; par un
peintre inconnu.
_Collége des Allemands_ (rue du Mûrier, ci-devant rue Pavée).
Ce collége, qui n'existe plus, fut fondé, suivant les historiens de
Paris, en 1353. Il s'étendoit, suivant toutes les apparences, jusqu'à la
rue Traversine, puisque Duboulai, Dubreul, Crevier[387], etc., avancent
qu'il y étoit situé. Cependant, suivant Jaillot, il y a des preuves que
ce collége existoit dès 1348, et qu'il étoit dans la rue Pavée. Le
terrier de Sainte-Geneviève de 1380 énonce, à l'article de cette rue:
«Les écoliers d'Allemaigne pour leur maison qui fut jadis Regnaut de
Cusances.» Le censier de 1540 fait mention, au même endroit, «des
écoliers de la province des pauvres Allemands;» et dans celui de 1603,
on indique une maison, rue du Mûrier, tenant d'une part à la nation
d'Allemagne.
[Note 387: Hist. univ., t. VI, p. 328.]
_Collége d'Arras_ (rue d'Arras).
Ce collége fut fondé par Nicolas le Caudrelier (_alias_ le Cauderlier et
le Candelier), abbé de Saint-Vaast d'Arras en 1332, suivant tous les
historiens de Paris, avant cette époque, suivant Jaillot[388], qui
prouve cette antériorité par les actes mêmes dont ses devanciers se sont
appuyés pour fixer cette date. Il prouve même que cet établissement
existoit avant 1328. Voici du reste comment on en raconte l'origine:
Nicolas Le Caudrelier étoit exécuteur testamentaire de plusieurs
personnes qui l'avoient chargé de quelques legs dont il devoit disposer
pour des actes de piété: il ne crut pouvoir mieux remplir l'intention
des légataires qu'en procurant à quelques pauvres écoliers d'Arras les
moyens de faire leurs études. Ayant joint à cet effet le fruit de ses
épargnes aux sommes dont il étoit dépositaire, il établit son collége,
acheta des terres pour la subsistance des écoliers, et les plaça dans
une maison également acquise à leur intention, et qui étoit située rue
des Murs (aujourd'hui d'Arras). On ne trouve rien qui puisse faire
présumer que par une telle acquisition cet abbé ait eu en vue de se
procurer un domicile à Paris, soit pour lui et ses successeurs, soit
pour ses religieux; mais il étoit naturel qu'il en confiât la
principalité à l'un d'entre eux, ce qui a subsisté jusqu'à la réunion de
ce collége à celui de l'Université[389].
[Note 388: Quart. de la place Maubert, p. 6.]
[Note 389: Les bâtiments de ce collége sont habités par des
particuliers.]
_Collége de Laon_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
Divers changements survenus dans ce collége ont trompé plusieurs
historiens sur la véritable date de son origine. L'inscription même
placée sur la porte la fixoit mal à propos à l'année 1314. La vérité est
qu'il fut fondé en 1313 par Gui, chanoine de Laon et trésorier de la
Sainte-Chapelle, ainsi qu'il est prouvé par les lettres de
Philippe-le-Bel, données au mois de janvier de cette année[390]. Elles
nous apprennent que ce Gui de Laon et Raoul de Presle s'unirent ensemble
pour faire cette fondation. Le premier donna 100 liv. de rente amortie
et les maisons qu'il avoit rue Saint-Hilaire (rue des Carmes), ainsi que
celles qu'il avoit ou pourroit avoir entre cette rue et celle du
Clos-Bruneau, dite aujourd'hui Saint-Jean-de-Beauvais. Le second fit don
de 200 liv. de rente; et tous les deux se réservèrent la disposition et
l'administration de leur collége, qu'ils destinèrent à recevoir les
pauvres écoliers des diocèses de Laon et de Soissons.
[Note 390: Hist. univ. Paris, t. VI, p. 167.--Du Breul, p. 666.]
Quelques différents qui survinrent entre ces écoliers provoquèrent, dès
1323, une séparation. Le collége de Laon occupa les logements de la rue
du Clos-Bruneau, où fut depuis le collége de Lisieux. Le collége de
Soissons ou de Presle fut établi dans le terrain qui donnoit sur la rue
Saint-Hilaire, à la charge d'une redevance de 24 liv. de rente envers
l'autre. En 1327, Gui de Laon établit dans le sien un principal, un
chapelain et seize boursiers. Douze ans après, en 1339, Gerard de
Montaigu, depuis avocat-général au parlement, légua aux écoliers de ce
collége sa maison appelée l'_Hôtel du Lion d'or_, rue de la
Montagne-Sainte-Geneviève. Ils y furent transférés en 1340, et l'on
trouve qu'en 1342 Foulques de Chanac permit d'y célébrer le service
divin.
Entre le couvent des Carmes et cet hôtel du Lion d'or, devenu le collége
de Laon, étoit le collége de _Dace_, dont aucun de nos historiens ne
nous fait connoître la fondation. Jaillot, sans rien donner de positif à
ce sujet, nous apprend qu'il existoit dans le treizième siècle, et qu'il
avoit été fondé pour les écoliers de _Dampnemarck_ (Danemarck),
autrement dits _Suesses_; que dans le siècle suivant, ce collége tombant
en ruine, et devenant presque inhabitable, les écoliers du collége de
Laon s'en rendirent propriétaires, au moyen d'un arrangement fait avec
les boursiers qui l'habitoient; et en rétrocédèrent probablement une
partie aux Carmes, qui se trouvoient extrêmement gênés dans leur maison:
car il est certain que ces religieux en possédèrent par la suite une
partie. Du reste, ce fait, peu important en lui-même, est raconté assez
confusément par ce critique, et ne mérite pas la longue discussion qu'il
lui a consacrée.