Piganiol, qui copie ce récit ajoute[328], qu'on ne voit pas que cette

reine ait fait à ce couvent d'autre bien que d'avoir fait bâtir une

maison contiguë, dans laquelle elle se retira quelque temps avant sa

mort, et qu'elle leur donna par des lettres de l'an 1294, avec ses

dépendances, toutefois sous la condition qu'elles ne pourroient, en

aucune manière, l'aliéner, et qu'elles en laisseroient la jouissance à

Blanche sa fille, sa vie durant. Ces faits sont certains, mais il n'est

pas également vrai que Gallien de Pises puisse être regardé comme le

premier fondateur de ce couvent; et il est remarquable que Guillaume de

Nangis, auteur contemporain, cité comme garant de ce fait par Piganiol,

dit précisément le contraire, c'est-à-dire que «ce fut Marguerite de

Provence, femme du très-saint roi Louis, qui _établit_ et _fonda_ à

Saint-Marcel un couvent des soeurs mineures, dans lequel elle mourut en

1295, après y avoir long-temps vécu.» _Hæc Parisiis apud sanctum

Marcellum cænobium sororum minorum in quo honestissimè diu vixit,

constituit et fundavit._ C'est donc à cette reine et non au chanoine de

Saint-Omer qu'il faut attribuer la fondation des Cordelières; et l'on ne

peut douter que cette fondation ne soit antérieure au testament de ce

dernier. C'est du moins ce qu'ont pensé les historiens de la ville, de

l'église et de l'université de Paris, les auteurs du _Gallia

Christiana_, Mézerai, etc.[329]

[Note 328: Tom. V, p. 231.]

[Note 329: Hist de Par., t. 1, p. 464.--_Hist. eccles. Paris._, t. II,

p. 515.--_Hist. univers. Paris._, t. III, p. 468.--_Gall. Christ._, t.

VII, col. 952.--Mézerai, t. V, p. 402.]

Quant à l'autre opinion, qui veut qu'elles soient venues d'abord et

directement de Troyes à Paris, Jaillot ne l'adopte pas; il est plus

vraisemblable, selon lui, que les Cordelières déjà établies à Longchamp,

où Isabelle de France, soeur de saint Louis, les avoit fondées en 1259,

en furent tirées pour aller habiter le couvent du bourg Saint-Marcel, et

que celles de Troyes n'y vinrent qu'après. Il cite à ce sujet plusieurs

actes, d'où il infère que la fondation en fut faite en 1283[330].

[Note 330: Quart. de la place Maubert, p. 78.]

À l'égard de la maison que Marguerite de Provence possédoit près du

monastère des Filles de Sainte-Claire, et dont elle leur fit don, maison

qui depuis fut comprise dans l'enceinte de ces religieuses, le même

critique pense que c'est le _châtel_ que saint Louis avoit en cet

endroit, ainsi qu'il est prouvé par plusieurs actes de ce temps-là; et

que cette princesse avoit pu se le réserver après la mort de son époux,

avec d'autant plus de justice que c'étoit elle-même qui l'avoit fait

bâtir. La donation en fut faite aux religieuses de Sainte-Claire par

Blanche, sa fille, veuve de Ferdinand de La Cerda, fils aîné d'Alfonse

X, roi de Castille et de Léon. Cette princesse fit aussi achever

l'église commencée par sa mère, et mérita d'être comptée au nombre des

bienfaitrices de ce monastère.

Les Cordelières furent maintenues dans la règle de celles de Longchamp,

dont elles avoient été tirées, et reçurent le titre de _Filles de

Sainte-Claire de la Pauvreté-Notre-Dame_. Elles étoient

_urbanistes_[331]; et leur église, dédiée en 1356, l'avoit été sous le

vocable de Saint-Étienne et Sainte-Agnès.

[Note 331: Du Breul faisoit dériver ce nom du mot latin _urbs_; il dit

qu'elles furent ainsi dénommées «non pas pour villoter et ne garder la

clôture, mais pour vivre de possessions comme ceux qui habitent les

villes.» Cette étymologie ridicule n'est point la véritable. Sainte

Claire avoit fondé en 1212 un ordre pour les personnes de son sexe, sur

le plan de celui que saint François-d'Assise avoit institué pour les

hommes: cet ordre étoit d'une austérité qui paroissoit surpasser les

forces humaines; et la pauvreté absolue de ces religieuses, qui ne

vivoient que d'aumônes, les avoit fait nommer _les Pauvres-Dames_. Dix

ans après la mort de cette sainte, arrivée en 1253, le pape Urbain IV

crut devoir adoucir la règle de cet ordre, et permit aux religieuses de

posséder des biens-fonds. Celles qui se maintinrent dans l'observance du

premier institut sont appelées _Clarisses_ ou _religieuses de

Sainte-Claire_; telles sont les filles de l'Ave-Maria, les Capucines,

etc. Les autres qui avoient embrassé la règle mitigée par Urbain IV, en

prirent le nom d'_Urbanistes_.]

Cette église n'avoit rien de fort remarquable. Le cloître, composé d'une

suite d'arcades d'un gothique léger et très-élégant, méritoit plus

d'attention. Il avoit été construit par la princesse Blanche, et l'on y

voyoit ses armes gravées sur les murs en plusieurs endroits[332]. La

salle de ses gardes, sa chambre à coucher, son lit, la chapelle où saint

Louis entendoit la messe, existoient encore dans cette maison au moment

de la révolution. Ces dames possédoient aussi le manteau royal de ce

saint roi, et en avoient fait un ornement complet, qui ne servoit que le

jour où l'on célébroit sa fête. Il étoit de velours bleu, semé de

fleurs-de-lis d'or entourées de semences de perles fines.

[Note 332: _Voy._ pl. 144.]

La tranquillité de ce monastère fut souvent troublée par les événements

politiques, parce qu'il étoit situé hors des murs de Paris. Les troubles

occasionnés par la prison du roi Jean, et la crainte des suites que

pouvoit avoir cette triste catastrophe, obligèrent les Cordelières de se

réfugier dans la ville; les malheurs de la ligue les mirent depuis dans

la nécessité de prendre deux fois le même parti; dans l'année 1590, les

troupes de Henri IV, qui s'étoient établies dans leur maison, la

pillèrent et la détruisirent en grande partie. Enfin la guerre civile

les força encore, en 1652, de l'abandonner une quatrième fois; mais ce

fut pour peu de temps, car elles y rentrèrent au mois d'octobre de la

même année.

Cette communauté a d'abord été régie par des abbesses perpétuelles. Dans

un chapitre provincial tenu à Saint-Quentin en 1629, il fut décidé qu'à

l'avenir elles seroient triennales. En 1674 on jugea à propos de

supprimer le titre même d'abbesse, et elles furent remplacées par des

prieures qu'on élisoit également tous les trois ans[333].

[Note 333: Le couvent des Cordelières est presque entièrement détruit.

Ce qui en reste sert d'atelier à un tanneur.]

LES FILLES ANGLOISES.

Ces religieuses ayant abandonné leur patrie par des motifs de religion,

se réfugièrent à Cambrai, où elles obtinrent une maison en 1623.

Dix-neuf ans après, on leur procura un établissement à Paris dans le

faubourg Saint-Germain. Elle passèrent ensuite au faubourg

Saint-Jacques, et quelques personnes charitables leur ayant acheté, au

champ de l'Alouette, une maison et un terrain propre à construire un

monastère, elles y entrèrent en 1644, et non en 1620, comme le dit

Sauval. Leur établissement, autorisé en 1656 par le cardinal de Retz,

fut confirmé par lettres-patentes en 1674 et 1676, enregistrées le 4

septembre 1681. Ces dames suivoient la règle de Saint-Benoît.

Leur église étoit sous le titre de Notre-Dame de Bonne-Espérance. Une

des principales conditions de leur fondation étoit de prier spécialement

pour le rétablissement de la religion romaine en Angleterre, et pour la

conversion de ceux qui ne la professent pas[334].

[Note 334: Leur église, très-petite, et remarquable uniquement par son

extrême propreté, avoit été rebâtie peu d'années avant la révolution. La

bénédiction du maître-hôtel, érigé aux frais de M. Davignon, secrétaire

du roi, avoit été faite le 14 septembre 1784.]

LES GOBELINS,

OU MANUFACTURE ROYALE DES MEUBLES DE LA COURONNE.

Le nom de _Gobelins_ est celui d'une famille qui s'est rendue assez

célèbre dans l'art de teindre les laines, surtout en écarlate, pour le

faire donner au lieu qu'elle habitoit, à la manufacture qu'on y a depuis

établie, et même à la rivière qui passe en cet endroit: car on l'appelle

indifféremment rivière de Bièvre et rivière des Gobelins. C'est à tort

que la plupart de nos historiens, donnant une origine extrêmement

moderne à cette famille, nous représentent Gilles Gobelin comme le

premier de ce nom qui se soit distingué dans la teinture sous le règne

de François Ier. On trouve que dès les quatorzième et quinzième siècles

il y avoit des drapiers et des teinturiers établis le long de la rivière

de Bièvre; que Jean Gobelin y fit plusieurs acquisitions et y demeuroit

en 1450; que son fils, qui lui succéda, y acquit des biens

considérables, partagés, en 1510, entre ses enfants. Ceux-ci et leurs

héritiers continuèrent encore quelque temps ce genre d'industrie avec le

même succès, et furent enfin remplacés par d'autres fabricants nommés

Canaye. Il faut remarquer que jusqu'alors, et même long-temps après, ces

manufactures n'étant ni privilégiées, ni attachées spécialement au

service du roi, n'étoient soutenues que par la consommation que le

public faisoit des produits de leur industrie: car les manufactures

diverses que Henri IV plaça au palais des Tournelles, à la rue de la

Tisseranderie, aux galeries du Louvre, et celles de haute et basse-lice,

qui furent établies par Louis XIII, n'ont rien de commun avec la maison

des Gobelins. Ce fut vers 1655 qu'un Hollandais nommé Gluc, lequel avoit

succédé aux sieurs Canaye, commença à attirer l'attention par le

perfectionnement qu'il apporta dans ses travaux, perfectionnement qu'il

dut principalement à un habile ouvrier en tapisserie de haute-lice,

qu'il avoit fait venir de Bruges, et qui se nommoit Jean Liansen, dit

Jans. L'illustre protecteur de toute industrie, M. de Colbert, résolut

dès lors de mettre cette manufacture sous la protection spéciale du roi,

et de l'employer uniquement à son service. Il voulut faire plus, et

réunir dans cet endroit, de tous les coins du royaume, les plus habiles

ouvriers en toutes sortes d'arts, peintres, tapissiers, sculpteurs,

orfèvres, ébénistes, etc., afin d'y faire fabriquer tous les meubles

nécessaires à l'ornement et au service des maisons royales. À cet effet

on acheta en 1662 toutes les maisons et jardins qui forment aujourd'hui

le vaste emplacement des Gobelins. Ce ministre y fit construire des

logements et des ateliers pour tous les artistes qu'il y avoit

rassemblés; un édit du roi donna, en 1667, une forme stable à cet

établissement, et Le Brun en fut le premier directeur.

La manufacture des Gobelins a passé jusqu'à présent pour la première de

ce genre qui existe en Europe: la France doit à cet établissement les

progrès extraordinaires que les arts et les manufactures y ont faits

dans l'espace d'un siècle; et la quantité d'ouvrages parfaits et

d'excellents ouvriers qui sont sortis de cette grande école est presque

incroyable. Rien n'égale surtout la beauté des tapisseries qu'on y

exécute, et qui surpassent de beaucoup ce que les Flamands et les

Anglois ont jamais fait de mieux en ce genre.

Ces tapisseries étoient exposées tous les ans dans une grande galerie

pratiquée dans la maison; et la chapelle, située au fond de la seconde

cour, étoit également ornée des plus beaux morceaux de ces mêmes

étoffes. Les sujets qu'elles représentoient étoient ordinairement copiés

d'après les meilleurs tableaux des habiles peintres de l'école

française[335].

[Note 335: La maison des Gobelins a conservé son ancienne destination,

et n'a rien perdu de sa supériorité.]

HÔPITAL GÉNÉRAL,

DIT LA SALPÉTRIÈRE.

Nous avons déjà fait connoître quelles furent les premières mesures que

l'on jugea à propos de prendre sous Louis XIII[336] pour prévenir les

désordres qui pouvoient naître de la trop grande quantité de mendiants

dont la ville de Paris étoit en quelque sorte infestée. La maison de la

Pitié fut le premier asile qu'on leur ouvrit, et dès 1615 Marie de

Médicis imagina de faire, en faveur des enfants des pauvres enfermés, un

hôpital du lieu dit _la Savonnerie_, où s'étoit établie en 1604, et sous

sa protection, une manufacture de tapisserie[337]. Enfin, vers 1622, on

acheta, pour les pauvres vieillards infirmes, l'hôtel de Scipion

Sardini, dont nous ne tarderons pas à parler.

[Note 336: _Voy._ p. 505.]

[Note 337: _Voy._ t. I, 2e part., p. 1048.]

Cependant ces mesures et ces divers dépôts ne tardèrent pas à devenir

insuffisants. Les accroissements considérables de Paris sous Louis XIII

et pendant les premières années de Louis XIV, les troubles qui

accompagnèrent la minorité de ce dernier prince, attirèrent dans cette

capitale une multitude de vagabonds de toutes les parties du royaume, et

y multiplièrent les mendiants à un tel point, que les historiens n'en

font pas monter le nombre à moins de quarante mille. Leur audace

sembloit croître de jour en jour: ils sentoient leurs forces; ils

demandoient avec arrogance des secours dont ils étoient indignes,

quelquefois même employoient la violence pour les arracher, et

offroient, par l'infamie et la crapule de leurs moeurs, un spectacle

odieux et repoussant qu'il étoit impossible de supporter plus long-temps

au milieu d'une aussi immense population. Tout le monde sentoit la

nécessité d'apporter un prompt remède à un tel fléau, et l'exécution en

sembloit dangereuse et presque impossible: car on avoit sujet de

craindre qu'ils ne se portassent aux derniers excès, si l'on tentoit de

les réprimer. M. Pomponne de Bellièvre étoit alors premier président du

parlement: ce grand magistrat, plein de zèle pour le bien public, forma

la résolution de surmonter tous les obstacles qui s'opposoient à la

destruction d'un tel scandale, et reprit avec activité le projet qu'on

avoit déjà formé pour l'établissement d'un hôpital général. Le parlement

en avoit ordonné l'exécution par son arrêt du 16 juillet 1632; mais les

circonstances fâcheuses dans lesquelles on s'étoit trouvé à cette époque

en avoient suspendu l'effet. Louis XIV applaudit au zèle du premier

président, entra dans ses vues, et donna, le 27 avril 1656, un édit pour

l'établissement d'un hôpital général, et un réglement pour tout ce qui

devoit s'y observer. Aux maisons déjà disposées pour recevoir les

mendiants qui voudroient s'y retirer, ce monarque ajouta le château de

Bicêtre et la maison de la Salpétrière avec toutes leurs dépendances. On

travailla aussitôt à disposer ces lieux convenablement à l'usage auquel

on les destinoit; et toutes les mesures de prudence qu'exigeoit ce grand

coup d'autorité ayant été prises, on publia que l'Hôpital général seroit

ouvert, le 7 mai 1657, pour tous les pauvres qui voudroient s'y rendre;

en même temps parut une ordonnance des magistrats qui défendoit, sous

les peines les plus sévères, de demander l'aumône: le succès le plus

complet fut le résultat d'une marche combinée avec tant d'adresse et de

prévoyance.

Tout le monde sait que la maison de la Salpétrière étoit, avant cette

époque, destinée à la préparation du salpêtre, et que c'est de là

qu'elle avoit pris son nom. Dès cette époque, elle avoit une chapelle

sous le titre de Saint-Denis; mais sa nouvelle destination fit naître le

dessein de remplacer cette chapelle par un monument plus considérable.

Cet édifice fut élevé sur les dessins de Libéral Bruant, et fait honneur

à cet architecte. Il se compose d'un dôme octogone de dix toises de

diamètre, percé par huit arcades qui aboutissent à autant de nefs, dont

quatre sont terminées par des chapelles. L'autel, placé au centre, est

disposé de manière à être vu de toutes les nefs, qui forment autant de

divisions, dans lesquelles les femmes sont séparées des filles, et les

hommes séparés des garçons. En dehors est un grand vestibule ou portique

décoré de colonnes ioniques, et d'un attique au-dessus; toute cette

composition est d'une noble simplicité[338]. L'église nouvelle fut

dédiée sous l'invocation de saint Louis.

[Note 338: _Voy._ pl. 145.]

Il régnoit dans cette maison un ordre et une police vraiment admirables:

plus de sept mille pauvres de tout sexe et de tout âge y étoient

abondamment entretenus de toutes les choses nécessaires à la vie, et

rendus utiles par les travaux auxquels on les assujétissoit, travaux qui

étoient proportionnés à leur force et à leur industrie. Il se faisoit un

débit considérable des produits de ces ateliers.

Dans une seconde cour étoit la maison de force pour les femmes et filles

débauchées. Une troisième renfermoit les bâtiments où logeoient les

insensés. Il y avoit de plus une infirmerie, de vastes logements pour

les gens chargés du service, et généralement toutes les commodités et

toutes les distributions nécessaires dans un aussi grand établissement.

L'Hôpital général étoit, pour le spirituel, sous la direction de

vingt-deux prêtres et d'un recteur, répartis dans les principales

maisons qui le composoient, lesquelles étoient au nombre de trois; la

Pitié, qui, comme nous l'avons dit, en étoit le chef-lieu, la

Salpétrière et Bicêtre[339]. Les administrateurs, au nombre de vingt,

avoient leur bureau à la Pitié. La maison du Saint-Esprit et en partie

celle des Enfants-Trouvés étoient réunies à cet établissement[340].

[Note 339: Quoiqu'il n'entre point dans notre plan de parler des

monuments qui ne sont pas renfermés dans l'enceinte de Paris, nous

croyons que quelques détails sur ce fameux château de Bicêtre ne

paroîtront point ici déplacés, et pourront même intéresser la curiosité

de nos lecteurs. C'étoit, dans le principe, une simple maison de

campagne qui appartenoit, en 1204, à l'évêque de Winchester en

Angleterre. Elle en prit le nom, que le peuple ne tarda pas à altérer,

suivant son usage: il l'appela d'abord _Vinchestre_, ensuite _Bichestre_

et _Bicestre_. Cette maison fut depuis rebâtie et embellie par Jean, duc

de Berri, frère de Charles V, qui en étoit devenu propriétaire, et ce

fut là que ce duc et les autres princes ligués contre le duc de

Bourgogne signèrent, en 1410, la paix[339-A] avec leur ennemi. Sa

situation hors des murs de Paris l'exposoit à tous les désastres de la

guerre; et dès l'année suivante, les factieux qui désoloient la France

ayant pillé et ruiné le château de _Bicêtre_, le duc de Berri, qui s'en

étoit dégoûté, le donna au chapitre de Notre-Dame, avec toutes les

terres qui en dépendoient. Les lettres qu'il fit expédier à ce sujet

sont du mois de Juin 1416. On voit que cette donation fut amortie par

Charles VIII en 1441, et par Louis XI en 1464.

Soit que ce château n'ait pas été rétabli par les nouveaux

propriétaires, soit qu'il fût tombé une seconde fois en ruine, il est

certain toutefois que, sous le règne de Louis XIII, il étoit désert et

abandonné; et que ce prince l'acquit en 1632, et y fit construire des

bâtiments où il logea les officiers et les soldats invalides. Bicêtre

fut alors appelé _la commanderie de Saint-Louis_; et l'on y construisit,

en 1634, sous le nom de Saint-Jean, une chapelle, changée, peu de temps

après, en église, sous le même vocable. Enfin Louis XIV ayant conçu,

pour la retraite des militaires invalides, des projets plus grands et

plus dignes d'un roi de France, ce château fut joint, comme nous venons

de le dire, à l'Hôpital général. On le destina d'abord à servir de

demeure aux pauvres, veufs ou garçons, valides ou invalides. Il servoit

aussi de prison pour les jeunes gens débauchés et les vagabonds que la

police croyoit devoir soustraire de la société. Sa destination n'a point

changé, et c'est là aussi que les malfaiteurs condamnés aux galères

attendent le départ de la chaîne.]

[Note 339-A: _Voy._ t. II, 1re part., p. 118.]

[Note 340: L'hôpital de la Salpétrière n'a point changé de

destination.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA SALPÉTRIÈRE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, la Résurrection de Notre-Seigneur; par

_frère André_.

DE L'UNIVERSITÉ.

Il faut se transporter aux premiers temps de la seconde race pour

trouver l'origine de l'Université; non que cette célèbre école eût dès

lors son chef, ses magistrats, ses priviléges, tout ce qui l'a maintenue

florissante jusque dans les derniers jours de la monarchie: il ne faut

point chercher au delà du onzième siècle les premiers éléments de sa

formation en compagnie. Mais on la voit remonter, par une succession

presque continuelle de maîtres et de disciples, jusqu'au célèbre Alcuin,

qui, sous la protection de Charlemagne, fit refleurir dans les Gaules

les sciences et les lettres. Introduites d'abord par les Romains dans

ces contrées barbares qu'elles policèrent, et où elles furent long-temps

en honneur; chassées par les grossiers vainqueurs qui succédèrent à ces

maîtres du monde; jetant à peine quelque lueur foible et incertaine sous

la dynastie agitée et malheureuse des Mérovingiens, elles se virent

enfin rappelées et placées près du trône par ce grand monarque,

politique, guerrier, législateur, et qui semble réunir à lui seul tous

les talents et tous les genres de gloire. Relevée par cette main

puissante, l'école qui, de temps immémorial, existoit dans le propre

palais de nos rois où elle étoit principalement destinée à l'instruction

de la jeune noblesse, reprit une telle vigueur et un tel éclat, «qu'elle

devint, dit Alcuin lui-même, une nouvelle Athènes, préférable à

l'ancienne autant que la doctrine de Jésus-Christ est supérieure à celle

de Platon.» Les savants les plus distingués de l'Europe, attirés par les

caresses et les libéralités de Charlemagne, vinrent de toutes parts y

apporter les trésors de leur doctrine. Animés par un si noble exemple,

les monastères et les cathédrales rouvrirent les anciennes écoles, qui,

de tout temps, y avoient été attachées; et le goût de l'étude se

répandit dans toutes les parties de l'empire. Cette étude comprenoit dès

lors presque toutes les parties des connoissances humaines, mais

seulement dans leurs rapports avec la religion. On apprenoit la

grammaire pour mieux entendre l'écriture sainte, et pouvoir la

transcrire plus exactement. La rhétorique et la dialectique ne

sembloient utiles que parce qu'elles fournissoient des moyens de mieux

pénétrer le sens des Pères, et de réfuter avec plus de ressources et de

clarté les erreurs contraires aux dogmes du christianisme. Les auteurs

païens et surtout les poëtes étoient dédaignés; on condamnoit leur

lecture, et la musique elle-même, que l'on cultivoit avec une sorte de

passion, étoit entièrement renfermée dans le chant ecclésiastique.

C'étoit surtout dans l'école palatine que ce plan d'études avoit été mis

en vigueur, et pendant près de trois siècles on y vit fleurir avec plus

ou moins d'éclat la théologie et tous les arts libéraux, à l'exception

de la médecine, dont il n'est fait presque aucune mention.

Cette école tomba sous Louis-le-Débonnaire, et redevint florissante sous

Charles-le-Chauve. Toutefois les noms de ceux qui la gouvernèrent ne

sont connus que jusqu'à la fin du règne de ce prince; et c'est encore

une question parmi les érudits de savoir si, après lui, l'école palatine

continua de suivre nos rois dans les diverses résidences qu'il leur

plaisoit de choisir, ou si dès lors elle avoit un établissement fixe à

Paris. Il est impossible de rien offrir de positif à ce sujet; mais dès

le neuvième siècle on voit fleurir dans cette ville une école dirigée

par Remi d'Auxerre, élève des disciples d'Alcuin; et soit que cette

école fût une continuation de la première, ou simplement une branche

détachée de ce tronc célèbre, il est certain du moins qu'au moment où

nous perdons de vue l'école royale, celle que gouvernoit Remi se montre

à nos yeux; et de là jusqu'à l'établissement de l'Université, il n'y a

plus ni lacune, ni obscurité dans l'histoire de l'enseignement public.

Robert, comte de Paris, régnoit alors dans cette ville, et protégeoit

les lettres et ceux qui les cultivoient. Remi, qui mourut au

commencement du dixième siècle, laissa des successeurs qui le

remplacèrent dignement, et parmi lesquels il faut distinguer Abbon,

depuis abbé de Fleuri, et Huboldus, chanoine de Liége, lequel ferme la

tradition de l'enseignement à Paris pour le dixième siècle, et la

commence pour le onzième. Cette dernière époque, plus riche que la

précédente en maîtres fameux, nous conduit enfin à Guillaume de

Champeaux, et dès lors les traditions deviennent encore plus

authentiques, et la succession non interrompue des maîtres tout-à-fait

incontestable.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8) · 第 31 / 38 段