élevée de la rue de l'Oursine, un peu au-dessus du couvent des
Cordelières, et suivre le rivage gauche de la Bièvre jusqu'au
Pont-aux-Tripes. En cet endroit la paroisse s'étendoit au delà de la
rivière jusqu'à la rue du Fer-à-Moulin, dont elle avoit le côté gauche,
et tout ce qui suivoit du même côté, laissant à droite la rue de la
Muette et la rue Poliveau, qui étoient de la paroisse Saint-Martin. Elle
s'étendoit ensuite jusque vers les bords de la Seine, puis revenoit à
gauche pour renfermer le jardin royal des Plantes. Elle avoit tout le
côté gauche de la rue Copeaux en remontant; le même côté de la rue
Moufetard en descendant; et quant au côté droit de cette dernière rue,
elle ne le renfermoit que depuis la huitième maison, à partir du coin de
la rue Contrescarpe. Elle entroit alors dans la rue Pot-de-Fer, dont
elle avoit les deux côtés jusqu'à la rue Neuve-Sainte-Geneviève, où elle
commençoit à n'avoir plus que le côté gauche. Au bout de cette rue
Pot-de-Fer elle coupoit la rue des Postes, entroit dans la rue des
Vignes, dont elle avoit le côté gauche, perçoit jusqu'aux murs du
jardin du Val-de-Grâce, et revenoit par la cour Saint-Benoît regagner la
rue de l'Oursine[306].
[Note 306: On voit que cette paroisse sortoit ainsi du quartier dans
lequel elle est située. Elle n'est pas la seule qui offre de telles
irrégularités.]
Cette église prétendoit posséder une relique de saint Pierre, que l'on
conservoit dans la chapelle Saint-Charles.
L'HÔPITAL DE L'OURSINE,
AUTREMENT DIT COMMUNAUTÉ DE SAINTE-VALÈRE.
Il y a sur l'origine et sur l'auteur de cette fondation beaucoup
d'incertitude et d'opinions contradictoires parmi les historiens de
Paris. Dubreul paroît avoir rencontré plus juste[307] que les autres en
disant que cet hôpital fut fondé par la reine Marguerite de Provence,
veuve de saint Louis. Ce qu'il y a de certain c'est qu'au siècle suivant
il appartenoit à Guillaume de Chanac, évêque de Paris, et ensuite
patriarche d'Alexandrie, ce qui lui avoit fait donner le nom
d'_Hôtel-Dieu du Patriarche_[308]. On ignore quand il reçut celui de
_Saint-Martial et de Sainte-Valère_; mais il est probable que ce fut
sous l'épiscopat de Guillaume de Chanac lui-même, ou du moins de
Foulques son neveu. Tous les deux étoient Limousins de naissance, et
devoient être par conséquent portés à étendre le culte d'un saint évêque
de Limoges et d'une vierge qui souffrit le martyre dans cette ville.
[Note 307: p. 401.]
[Note 308: Il ne faut pas le confondre avec la _cour du Patriarche_,
lieu assez vaste, et voisin de celui-ci, qui appartenoit au même prélat.
Des actes rapportés par Jaillot prouvent évidemment que c'étoient deux
édifices différents.]
Cet hôpital fut sans doute abandonné dans les siècles suivants: car on
voit, par un arrêt du parlement de 1559, qu'il fut saisi sur un
particulier nommé Pierre Galland, mis en la main du roi, et destiné à
recevoir les malades attaqués du mal vénérien.
Dès l'année 1576, Nicolas Houel, marchand apothicaire et épicier, avoit
demandé la permission d'établir un hôpital «pour un certain nombre
d'enfants orphelins qui y seroient d'abord instruits dans la piété et
les bonnes lettres, et par après en l'état d'apothicaire, et pour y
préparer, fournir et administrer gratuitement toutes sortes de
médicaments et remèdes convenables aux pauvres honteux de la ville et
des faubourgs de Paris.» Il demandoit à cet effet que le roi lui
abandonnât ce qui restoit à vendre de l'hôtel des Tournelles. Son projet
fut agréé, et il reçut un édit favorable à sa fondation, qui fut placée,
en 1577, dans la maison des Enfants-Rouges; mais dès 1578, soit que le
terrain de cet hôpital ne fût pas assez vaste, soit qu'on trouvât de
l'inconvénient à réunir dans un même local deux établissements
différents, il fut ordonné que l'hôpital du sieur Houel seroit transféré
dans celui de l'Oursine, «désert et abandonné par mauvaise conduite,
tout ruiné, les pauvres non logés, et le service divin non dit ni
célébré.» Ceci fut exécuté dans la même année; le nouveau fondateur fit
construire une chapelle, et acheta vis-à-vis un terrain fort étendu,
qu'il destina à la culture des plantes médicinales, tant indigènes
qu'exotiques. Ce terrain fut agrandi depuis par l'acquisition de
quelques maisons environnantes. C'est aujourd'hui le jardin des
apothicaires.
L'hôpital du sieur Houel, indiqué dans les titres sous le nom de la
_Charité chrétienne_, éprouva, après sa mort, quelques changements.
Henri IV crut qu'il seroit plus convenable d'y placer les officiers et
soldats blessés à son service; et plusieurs édits de ce prince, des
années 1596, 1597, 1600, 1604, ordonnèrent que les pauvres
gentilshommes, officiers et soldats, vieux ou caducs, seront mis en
possession de la maison de la Charité chrétienne, et qu'ils y seront
reçus, nourris, logés et médicamentés. Les dispositions que Louis XIII
fit bientôt après en leur faveur permirent d'employer cet hôpital à
d'autres pieux usages. On le voit successivement occupé par plusieurs
petites communautés de filles, qui ne purent s'y maintenir; depuis, uni
à l'ordre de Saint-Lazare, ainsi que les autres hôpitaux abandonnés,
ensuite remis à l'archevêque de Paris, qui en fit présent à l'hôtel des
Invalides, lequel en a joui jusqu'à la fin de la monarchie[309].
[Note 309: Cet hôpital n'existe plus. La chapelle, dédiée sous le nom de
Saint-Martial et de Sainte-Valère, avoit été détruite long-temps avant
la révolution.]
L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-MARCEL.
L'incertitude, où les anciens historiens nous ont laissés sur la
véritable origine de cette église a fait naître parmi les modernes,
malheureusement trop portés à tout expliquer, une foule de vaines
conjectures. Presque tous ont répété, d'après Corrozet et Dubreul[310],
que ce fut dans le principe une chapelle dédiée par saint Denis sous
l'invocation de saint Clément; que depuis, saint Marcel y ayant été
inhumé, le fameux paladin Roland, comte de Blayes et neveu de
Charlemagne, la fit rebâtir et dédier une seconde fois sous le nom de ce
dernier saint. Tous ces faits ne semblent appuyés que sur une simple
tradition dénuée de preuves, et qui s'est perpétuée, faute de monuments
assez authentiques pour la détruire.
[Note 310: Corrozet, l. II, fol. 112.--Dubreul, p. 392.]
Il est certain que saint Marcel, évêque de Paris, fut enterré en cet
endroit vers l'an 436; mais on ne trouve nulle part qu'on y eût dès lors
édifié une chapelle et formé un cimetière public. La coutume des
Romains, que l'on suivoit encore à cette époque, étoit, comme nous
l'avons déjà dit, d'enterrer les morts hors des villes et sur les grands
chemins; et l'on trouve effectivement que le lieu de la sépulture de
saint Marcel étoit sur le bord de celui qui conduit en Bourgogne. Tout
ce qu'on en peut conclure, sans oser fixer aucune date, c'est que les
chrétiens élevèrent sans doute par la suite une chapelle ou un oratoire
sur son tombeau; que la dévotion des Parisiens et le concours des
peuples, attirés par les miracles qui s'y opéroient, obligèrent bientôt
d'y bâtir des maisons, et qu'ainsi se forma peu à peu le bourg que
Grégoire de Tours appelle simplement le bourg de Paris, _vicus
Parisiensis civitatis_[311].
[Note 311: _De Glor. confess._, cap. 89.]
Il faut également rejeter avec Jaillot l'opinion de Launoy, adoptée par
Sauval, que l'église Saint-Marcel a été la première cathédrale. Pour le
prouver il ne suffit point de supposer, et sans autorités suffisantes,
que saint Denis y a célébré les saints mystères, et de rappeler
l'_Ecclesia senior_ dont parle Grégoire de Tours[312], dénomination par
laquelle il semble désigner l'église dont nous parlons. M. de Launoy
convient lui-même que ce mot peut signifier également une _vieille_
église et l'église _mère_; et la preuve qu'on veut tirer de l'autre
assertion est encore plus foible, ou pour mieux dire tout-à-fait nulle.
L'opinion de Piganiol[313], qui veut que l'endroit où est située
l'église Saint-Marcel fût un cimetière destiné aux évêques et aux
clercs, de même qu'il y en avoit un pour les moines, situé sur
l'emplacement occupé depuis par les religieuses de Saint-Magloire, et un
autre pour le peuple aux SS. Innocents, n'est pas soutenue par de
meilleures raisons, et par conséquent ne peut obtenir aucune autorité.
Si les évêques et les clercs ont eu un lieu particulier pour leur
sépulture, il est vraisemblable qu'on auroit plutôt choisi la montagne
où avoit été enterré Prudence, prédécesseur de Marcel[314], qu'un coteau
beaucoup plus éloigné, et séparé du faubourg par la rivière de Bièvre.
[Note 312: _Ibid._, cap 105.]
[Note 313: Tom. V, p. 223.]
[Note 314: À l'endroit où l'on bâtit, au siècle suivant, l'église de
Saint-Pierre et Saint-Paul, nommée depuis Sainte-Geneviève.]
Il faut donc en revenir à cette première opinion, beaucoup plus
vraisemblable, qu'un oratoire aura été bâti sur la sépulture de
Saint-Marcel, et qu'un bourg se sera formé autour par la suite des
temps. Laissant ensuite de côté toutes les traditions vagues qui fixent
la reconstruction de cette antique chapelle, les unes sous Charlemagne,
les autres sous Louis-le-Débonnaire, il faut arriver au premier titre
qui en parle d'une manière positive; c'est un contrat fait en 811[315]
entre le chapitre de Notre-Dame et Étienne, comte de Paris.
[Note 315: _Hist. eccles. Paris. Tom._ I, p. 304.]
Une charte de Charles-le-Simple, de l'année 918, qui confirme aux
_frères_ de Saint-Marcel la restitution et donation que leur avoit faite
l'évêque Théodulphe de plusieurs maisons ou métairies (_manses_)
situées autour de leur _monastère_, a fait penser à Piganiol et à dom
Félibien que cette église avoit d'abord été desservie par des moines.
Jaillot combat cette assertion, 1º en rappelant la remarque déjà faite,
que le terme de monastère, _monasterium_, _coenobium_, a été souvent
employé pour désigner une église collégiale, et même une paroisse; 2º
que le nom de _frères_ s'appliquoit aux chanoines et aux prêtres qui
vivoient en commun ainsi qu'aux religieux[316]; 3º enfin, et cette
dernière preuve est péremptoire, qu'on ne trouve aucun acte qui fasse
mention des moines de Saint-Marcel ni de l'époque à laquelle on leur
auroit substitué des chanoines; que la charte même de Charles-le-Simple,
confirmée en 1046 par Henri Ier, prouve contre cette assertion,
puisqu'on y trouve le nom d'Hubert, _doyen_ de Saint-Marcel, etc. Une
foule d'autres titres viennent à l'appui de celui-ci, et donnent à
l'opinion de ce critique le dernier degré d'évidence.
[Note 316: On trouve souvent, dans les actes, les chanoines de
Notre-Dame désignés sous le nom de _frères de Sainte-Marie_.]
Quant à la restitution faite à ces chanoines, la charte que nous venons
de citer nous apprend qu'Ingelvin, évêque de Paris, mort en 883, leur
avoit donné quinze maisons près de leur église; que les désastres causés
par les Normands, lorsqu'ils assiégèrent la ville de Paris, forcèrent
Anscheric, un de ses successeurs, à reprendre ces maisons, qu'il donna à
l'un de ses vassaux; et qu'après sa mort Théodulphe jugea à propos
non-seulement de les rendre, mais encore d'en ajouter une de son propre
domaine. Cette propriété de terrains que les évêques de Paris avoient à
Saint-Marcel pourroit faire présumer que ce saint lui-même y avoit sa
maison de campagne, laquelle aura appartenu depuis à ses
successeurs[317]. Ce qu'il y a de certain c'est que les évêques de Paris
ont souvent demeuré au cloître Saint-Marcel. Il existe plusieurs actes
qui sont datés de cet endroit; et anciennement on lisoit l'inscription
_Domus episcopi_ sur la porte de la maison affectée au doyen de cette
collégiale.
[Note 317: Ainsi s'expliqueroit aussi pourquoi il y fut enterré. Les
Romains avoient souvent leur sépulture dans les jardins de leurs maisons
de campagne ou sur le grand chemin qui avoisinoit ces maisons; et cet
usage s'étoit conservé sous les premiers rois de la race Mérovingienne.]
Ce fut vraisemblablement sous l'épiscopat de Gozlin, mort en 886, que la
crainte des profanations, qui marquoient partout le passage des
Normands, fit transporter la châsse de saint Marcel à Notre-Dame. On
croit qu'elle y est restée depuis ce temps, soit que l'on appréhendât de
nouvelles incursions de la part de ces barbares, soit qu'ils eussent
pillé et brûlé l'église d'où elle avoit été retirée. Il paroît que cet
édifice fut rebâti au onzième siècle, et que depuis on n'a fait que le
réparer.
C'étoit un monument qui, du reste, n'avoit rien de remarquable: sous le
maître-autel étoit une chapelle souterraine soutenue sur six piliers, où
il y avoit trois autels. La salle capitulaire étoit située sur la droite
du choeur.
CURIOSITÉS.
SÉPULTURES.
Au milieu du choeur avoit été inhumé le célèbre Pierre Lombard,
dit le maître des sentences, mort en 1164, ainsi que le marquoit
l'épitaphe placée sur sa tombe[318].
[Note 318: Les licenciés en théologie étoient, dit-on, obligés de venir,
pendant leur licence, chanter, le jour de Saint-Pierre, une messe dans
cette collégiale, à six heures du matin.]
Le chapitre de Saint-Marcel avoit la préséance sur les deux autres, qui,
comme lui, étoient qualifiés du nom de _filles_ de M. l'archevêque. Les
canonicats étoient à la nomination de ce prélat. Le chapitre nommoit le
doyen et les chapelains, et avoit en outre le droit de nommer aux cures
de Saint-Martin, de Saint-Hilaire, de Saint-Hippolyte, et à celle de
Saint-Jacques-du-Haut-Pas, conjointement avec le chapitre de
Saint-Benoît.
Sa juridiction s'étendoit autrefois sur le bourg Saint-Marcel, le mont
Saint-Hilaire et partie du faubourg Saint-Jacques; on l'appeloit la
_châtellenie Saint-Marcel_. Cette justice fut supprimée et unie au
châtelet en 1674; mais en 1725 M. Colonne Du Lac obtint que le chapitre
auroit la haute justice dans l'étendue du cloître, et la moyenne dans
tout ce qui composoit sa seigneurie, laquelle s'étendoit assez avant
dans la plaine d'Ivry. L'audience se tenoit dans une maison du cloître.
Le bourg qui s'étoit formé autour de l'église Saint-Marcel, et qui en
avoit reçu le nom, étoit séparé de celui de Saint-Médard par la rivière
de Bièvre. Des lettres de Philippe-le-Bel, données en 1287, prouvent
qu'à cette époque ce lieu n'étoit point encore considéré comme faisant
partie des faubourgs de Paris. Il s'accrut tellement par la suite qu'il
en reçut le nom de _ville_, et c'est sous ce titre qu'il est désigné
dans les lettres-patentes de Charles VI de l'année 1410[319]. Les
faubourgs s'étant eux-mêmes considérablement augmentés dans le quinzième
siècle et les suivants, et ceux qui régnoient de ce côté s'étant
prolongés jusqu'au bourg Saint-Marcel, il commença à être mis lui-même
au nombre des faubourgs de Paris. On le nomme vulgairement
_Saint-Marceau_[320].
[Note 319: On ne doit cependant pas, dit l'abbé Lebeuf, entendre ce
terme dans le sens qu'on lui donne aujourd'hui. _Voy._, sur l'origine
des villes, la première partie du premier volume, p. 79 et 80.]
[Note 320: Le clocher de l'église de Saint-Marcel a été abattu, et l'on
a fait une maison particulière d'une partie du bâtiment.]
L'ÉGLISE SAINT-MARTIN.
Cette petite église étoit située dans le cloître Saint-Marcel, et
dépendoit de cette collégiale. La plupart de nos historiens, trompés par
la date de la dédicace qu'en fit M. de Beaumont, évêque de Paris,
s'accordent à dire qu'elle ne fut érigée en paroisse qu'en 1480. L'abbé
Lebeuf a prouvé, par le Pouillé de 1220, que, dès ce temps-là, elle
étoit église paroissiale. Quant à son origine, on ne peut en déterminer
au juste l'époque. Le plus ancien auteur qui en fasse mention est le
continuateur de la Chronique de Sigebert de Gemblours; il en parle à
l'an 1129, et ne la qualifie que de petite église, _ecclesiola sancti
Martini_; Albéric lui donne le même nom; et une bulle d'Adrien IV, de
1158, en fait également mention sous le simple titre de _chapelle_. En
la considérant sous ce dernier rapport, il seroit possible qu'elle eût
une plus haute antiquité: on sait que l'ancien usage étoit de construire
des chapelles auprès des basiliques, et tout porte à croire que, peu de
temps après la reconstruction de Saint-Marcel, on aura bâti celle-ci, et
qu'on y aura mis un prêtre pour la desservir et pour y administrer les
sacrements aux habitants du cloître[321].
[Note 321: Dans ce cloître la demoiselle d'Abra de Raconis avoit acheté
une maison pour y établir un couvent de Cordelières. Elle la donna, sous
cette condition, aux religieuses de cet ordre, établies rue de
l'Oursine, par contrat du 13 décembre 1628. L'archevêque de Paris ayant
accordé son consentement, elles y envoyèrent quelques religieuses; mais
cette maison ne s'étant pas trouvée propre à recevoir une communauté,
elles en sortirent peu de temps après, et formèrent un autre
établissement, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain.]
Le choeur de cette église fut sans doute reconstruit en 1544, car on
voit que le 12 mai de cette année l'évêque de Mégare obtint la
permission de la bénir. Elle fut considérablement augmentée en
1678[322].
[Note 322: _V._ pl. 148. Cette église a été détruite pendant la
révolution.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-MARTIN.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, un tableau de l'école vénitienne,
représentant l'Assomption de la Vierge.
Près la porte de la sacristie, une Adoration des bergers; copie
de _Rubens_.
Dans la chapelle de la communion, une Résurrection; par un
peintre inconnu.
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HIPPOLYTE.
On ignore en quel temps fut bâtie cette chapelle, et l'époque de son
érection en paroisse n'est pas plus connue; tout ce qu'on sait c'est
qu'elle dépendoit du chapitre de Saint-Marcel, et c'est ainsi qu'elle
est présentée dans la bulle d'Adrien IV, du 26 juin 1158. Plusieurs
historiens ont pensé que c'est à cette époque qu'elle devint église
paroissiale, et l'abbé Lebeuf, qui adopte cette opinion, y a joint
plusieurs réflexions, qu'il présente toutefois comme de simples
probabilités. Il pense que «la paroisse Saint-Hippolyte, dont
l'existence doit remonter jusqu'au douzième siècle, fut érigée _pour le
peuple_ à l'époque où l'on rebâtit Saint-Marcel, et lorsque le village
qui entouroit cette église devint si considérable qu'il mérita le nom de
bourg, et fut séparé de celui de Saint-Médard[323].» Jaillot trouve
avec raison ces conjectures extrêmement hasardées, et même dépourvues de
tout fondement. C'étoit un usage, comme nous l'avons déjà remarqué, de
construire des oratoires dans le voisinage des grandes basiliques, à la
juridiction desquelles elles étoient soumises, et les chapelles de
Saint-Martin et de Saint-Hippolyte peuvent devoir leur origine à cette
dévotion des fidèles; mais il n'en est pas moins vrai que le service se
faisoit constamment dans la grande église; et c'étoit seulement
lorsqu'elle devenoit trop petite pour le grand nombre de paroissiens, ou
que ceux-ci, par l'agrandissement de la ville et des faubourgs, s'en
trouvoient trop éloignés, qu'on érigeoit en aides ou succursales, même
en paroisses, les chapelles bâties sur son territoire. Ainsi donc, sans
contester que celle-ci ait été antérieure au rétablissement de
Saint-Marcel, bâtie dans le même temps ou depuis, on peut présenter à
peu près comme certain qu'elle n'a jamais été une église érigée _pour le
peuple_. Il étoit dans l'obligation d'aller à Saint-Marcel, son église
mère; rien ne pouvoit l'en dispenser; et la proximité même de l'église
Saint-Hippolyte, éloignée seulement de quatre-vingt-dix toises de
l'autre, en est une preuve plus forte encore que tout le reste.
D'ailleurs cette bulle même d'Adrien IV, citée par le savant abbé à
l'appui de son système, ne donne à Saint-Hippolyte que le titre de
_chapelle_, tandis qu'elle désigne avec les qualifications d'_église et
son cimetière_ les _paroisses_ établies sur le territoire de
Saint-Marcel, de manière qu'il faut en conclure précisément le contraire
de ce qu'il a avancé.
[Note 323: Tom. I, p. 303.]
On ne peut donc reculer jusqu'à 1158 l'érection de cette chapelle en
paroisse; mais, sans en fixer positivement la date, on prouveroit
facilement qu'elle jouissoit de ce titre dès 1220; et si l'on s'en
rapporte à un mémoire du chapitre de Saint-Marcel contre le curé de
Saint-Hippolyte, mémoire cité par Sauval[324], il paroîtroit qu'elle ne
l'avoit obtenu qu'en 1215, environ quatre ans auparavant, pour se
conformer à une décision du quatrième concile de Latran[325].
[Note 324: Tom. III, p. 13.]
[Note 325: Le trente-deuxième canon de ce concile ordonnoit aux curés de
desservir eux-mêmes leur paroisse, à moins que la cure ne fût annexée à
une prébende ou à une dignité qui obligeât le curé de servir dans une
plus grande église; auquel cas le concile lui enjoint d'avoir un vicaire
perpétuel, qui recevra une portion congrue sur le revenu de la cure;
telle est l'origine des _portions congrues_: et il paroît assez
vraisemblable de fixer à cette époque l'érection de la cure de
Saint-Hippolyte.]
L'église de Saint-Hippolyte paroissoit avoir été rebâtie en entier dans
le seizième siècle. Le sanctuaire même étoit plus nouveau et d'une
construction très-peu régulière. La tour ou clocher, placée du côté
méridional, ne paroissoit pas avoir plus de cent cinquante ans. Entre le
choeur et le sanctuaire étoient plusieurs tombes taillées à la manière
du douzième et du treizième siècles[326].
[Note 326: Cette église a été presque entièrement démolie pendant la
révolution. Il n'en restoit plus, il y a quelques années, qu'une partie
du mur postérieur.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HIPPOLYTE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, dont le dessin avoit été donné par _Lebrun_,
l'apothéose de saint Hippolyte; par ce peintre célèbre.
Dans la chapelle de la communion, un tableau dont le sujet n'est
pas indiqué; par le même.
Deux petits tableaux de _Le Sueur_, également sans indication de
sujets.
Dans la nef, plusieurs grands tableaux donnés par les
paroissiens, et exécutés par _Boisot_, _Martin_, _Challe_,
_Clément_ et _Briard_.
SÉPULTURES.
Dans une chapelle au fond de l'église, à droite, avoit été inhumé
M. Le Prêtre de Neubourg fils.
CIRCONSCRIPTION.
Elle commençoit au coin supérieur de la rue des Trois-Couronnes, dont
elle avoit tout le côté droit en montant. Elle se portoit ensuite dans
la campagne, d'où elle revenoit enfermer les Gobelins et les
Filles-Angloises, établies au Champ-de-l'Alouette. Elle se prolongeoit
ensuite dans le chemin de Gentilli; l'abbé Lebeuf ajoute qu'anciennement
sa juridiction s'étendoit jusque dans le bourg de Notre-Dame-des-Champs,
dont plusieurs maisons furent détachées, sous le règne de Louis XIII,
pour former la paroisse de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Le curé de
Saint-Hippolyte fut dédommagé de ce démembrement.
La cure de cette paroisse étoit à la nomination du chapitre de
Saint-Marcel.
LES CORDELIÈRES.
La véritable époque de la fondation de ces religieuses à Paris n'est pas
bien connue. La plupart de nos historiens se sont contentés de rapporter
qu'en 1270 Thibauld VII, comte de Champagne et roi de Navarre, établit
et dota des Cordelières près de Troyes; qu'il leur donna des revenus
suffisants, et leur fit bâtir un monastère, dont elles prirent
possession en 1275; que l'endroit qu'elles occupoient n'étant ni sain ni
commode, elles le quittèrent en 1289, pour venir s'établir à Paris au
faubourg Saint-Marcel. Dubreul[327], qui, le premier, nous a fait
connoître ces circonstances de leur établissement; ajoute qu'un chanoine
de Saint-Omer, nommé Gallien de Pises, fut le fondateur de ce nouveau
couvent, au moyen d'un legs qu'il fit à ces religieuses, lequel
consistoit en trois maisons qu'il avoit à _Lorcines_, un pré et une
partie de bois situés dans le même lieu; et qu'il pria humblement la
reine Marguerite de Provence, _en faveur de laquelle il avoit fait cette
dotation_, de vouloir bien se charger _de poursuivre cette affaire_, ce
qu'elle accepta volontiers, etc.
[Note 327: P. 397 et _seqq._]