Au delà de ces fossés l'oeil se repose avec plaisir sur une espèce de

jardin anglois, auquel on a donné le nom de _Vallée suisse_. On y a

parqué un grand nombre d'animaux étrangers, tels que des buffles, des

daims, des chameaux, etc. Ces animaux s'y promènent librement au milieu

de leurs pâturages, ce qui donne à cet endroit une physionomie

particulière. Une multitude d'oiseaux curieux y sont renfermés dans des

volières, tandis que d'autres se baignent dans des pièces d'eau

destinées à leur usage.

Auprès de la volière on a réuni quelques espèces de singes: ils sont

renfermés dans des cages.

À la suite de la vallée suisse se présentent plusieurs maisons servant

de demeures aux professeurs du jardin, et un cabinet d'anatomie comparée

extrêmement curieux[286].

[Note 286: On y plaça, pendant quelques années, le corps du maréchal de

Turenne lorsqu'il fut exhumé du monument que lui avoit élevé la France;

et ce moyen fut le seul que l'on put trouver pour le sauver de la fureur

des révolutionnaires.]

En sortant de la vallée suisse on trouve deux petites collines couvertes

d'arbres toujours verts. Sur l'une d'elles s'élève le cèdre du Liban,

planté, il y a environ cinquante ans, par Bernard de Jussieu. Il étoit

contenu alors dans un petit vase, aujourd'hui il couvre une partie de la

colline de ses vastes branches horizontales.

Un peu plus haut on rencontre une colonne élevée à la gloire de

Daubenton, savant illustre, et qui, avec Buffon dont il étoit le

collaborateur, a le plus contribué à l'avancement et à la gloire de la

science.

Le sommet de cette colline est couronné par un kiosque, d'où l'on

découvre une partie de Paris[287].

[Note 287: Ce kiosque, construit par M. _Verniquet_, architecte du

jardin du Roi, est de forme circulaire, et dans une proportion de treize

pieds de diamètre sur environ vingt-cinq de hauteur. Il est tout en fer,

et revêtu de cuivre. Le dessous, entouré d'un appui, forme un belvédère.

Huit lances y servent de piliers, et supportent un couronnement

pyramidal. Sur la frise de la corniche on lisoit l'inscription suivante:

_Dum lumine et calore sol mundum vivificat, Ludovicus XVI sapientiâ et

justitiâ, humanitate et munificentiâ undique radiat._ M. DCC. LXXXVI.

Cette corniche est surmontée d'un amortissement avec panneaux en

mosaïque à jour. Au-dessus est une lanterne composée de petites colonnes

avec arcades, dont la frise de la corniche porte cette inscription:

_Horas non numero nisi serenas_,

inscription qui avoit rapport à un méridien très-ingénieux, que l'action

du soleil mettoit seule en mouvement, et qui marquoit l'heure de midi

par douze coups frappés sur un tambour chinois. Le marteau de ce

méridien représentoit le globe de la terre, et étoit renfermé dans une

sphère armillaire, posée sur un piédouche, laquelle couronnoit ce petit

édifice.]

En rentrant dans le jardin de botanique on passe auprès des serres, et

l'on visite le milieu du jardin, où sont cultivées, dans différents

parterres, des plantes d'agrément et de curiosité. On y voit aussi

plusieurs pièces d'eau peuplées de plantes et d'oiseaux aquatiques.

Ce jardin qui, avant la révolution, contenoit déjà quarante arpents, a

été depuis considérablement augmenté.

CABINET D'HISTOIRE NATURELLE.

Ce cabinet est renfermé dans un vaste bâtiment qui forme l'entrée

principale du côté de la rue du Jardin du Roi, et le fond de la

perspective à partir de l'extrémité du jardin. L'architecture en est

simple, noble et convenable de tous points à l'objet auquel il est

destiné[288].

[Note 288: _Voyez_ pl. 141.]

_Premier étage._

En entrant à droite, plusieurs salles renfermant une des plus riches

collections minéralogiques que l'on connoisse, classée d'après la

méthode de M. Haüy.

À gauche, une partie de la collection des poissons et des reptiles,

classée d'après la méthode de M. Lacépède.

La bibliothèque est ornée d'une statue de Buffon, de la main de M.

_Pajou_.

_Second étage._

En entrant à droite, les singes, les quadrupèdes et la suite des

poissons. On a suivi pour leur classification l'ordre que MM. Cuvier et

Jeoffroi ont établi dans le tableau des animaux.

À gauche, les oiseaux et quelques quadrupèdes.

Au milieu des salles, dans toute leur longueur, sur des buffets dressés

à cet effet, sont placés les insectes, les coquillages et les

papillons[289].

[Note 289: Une grande partie des richesses du cabinet d'Histoire

Naturelle reste cachée aux yeux du public, faute de place pour les

mettre en évidence.]

LE MARCHÉ AUX CHEVAUX.

Le marché aux chevaux se tenoit autrefois près de la porte Saint-Honoré,

dans un endroit qui depuis a formé une partie du jardin des Capucines;

ce même lieu servoit aussi de marché aux cochons. Un particulier nommé

Jean Baudouin obtint d'abord, en 1627, des lettres du roi qui lui

permirent de transférer ce dernier marché sur la place dont nous

parlons, laquelle se nommoit anciennement _la Folie Eschalart_. Cette

translation éprouva des obstacles, fut arrêtée par des oppositions que

levèrent de nouvelles lettres données en 1659, et enregistrées en 1640.

Par ce dernier arrêt il étoit ordonné que le lieu destiné à ce marché

contiendroit quatre arpents, qu'il seroit entouré de murs, et que

l'impétrant feroit paver les rues qui devoient lui servir d'entrée.

Au mois d'avril de l'année suivante, le sieur Baranjon, apothicaire et

valet de chambre du roi, obtint la permission d'établir au même endroit

un marché aux chevaux le mercredi de chaque semaine, ce qui n'empêchoit

pas qu'on ne continuât tous les samedis de conduire les chevaux au

marché de la porte Saint-Honoré. Ce dernier fut bientôt supprimé, et

depuis l'on n'a point cessé de le tenir dans le lieu dont nous parlons.

C'est un vaste terrain planté d'arbres, formant avenue, et dans lequel

on entre d'un côté par le boulevard, de l'autre par la rue qui en porte

le nom. À l'une de ses extrémités est un pavillon construit en 1760 par

ordre de M. de Sartine, et qui servoit de logement à l'inspecteur de

police chargé de présider à ce marché. On y vendoit des chevaux le

mercredi et le samedi de chaque semaine[290].

[Note 290: _Voy._ pl. 142. Ce marché continue à se tenir au même lieu

et aux mêmes jours qu'avant la révolution.]

MAISON DE SAINTE-PÉLAGIE.

Cette maison étoit destinée aux filles ou femmes débauchées, que les

magistrats vouloient soustraire à la société, et à celles qui s'y

retiroient volontairement. Les bâtiments habités par les premières

portoient le nom de _Refuge_, et ceux qu'occupoient les _filles de bonne

volonté_ furent désignés sous le titre de Sainte-Pélagie. C'est

principalement au zèle et aux libéralités de madame de Miramion que l'on

dut cet utile établissement. Elle avoit essayé de joindre la douceur à

l'autorité, pour retirer du vice sept à huit filles dont la conduite

étoit portée aux derniers excès du scandale. Munie de la permission des

magistrats, elle les avoit placées d'abord dans une maison particulière

au faubourg Saint-Antoine, sous la conduite de deux femmes pieuses,

propres à faire revenir ces filles de leurs égarements. Cet essai

réussit tellement, qu'il lui inspira le dessein d'ériger une maison

publique destinée à ces retraites involontaires. Elle fut secondée dans

des vues si louables par madame la duchesse d'Aiguillon, à laquelle se

joignirent les dames de Farinvilliers et de Traversai. Chacune d'elle, à

l'exemple de madame de Miramion, donna une somme de 10,000 liv. pour le

nouvel établissement, qui, par des lettres-patentes du roi, accordées en

1665, fut établi sous le nom de Refuge, dans des bâtiments dépendants de

la Pitié, et soumis à l'administration de l'Hôpital-général. Sa première

destination fut d'abord uniquement pour les filles qu'on renfermoit par

ordre des magistrats; mais madame de Miramion crut devoir y ouvrir un

asile à celles qui d'elles-mêmes voudroient y mener une vie pénitente,

ce qui donna lieu à cette distinction des _Filles de Bonne-Volonté_, qui

bientôt se présentèrent en très-grand nombre, et auxquelles on assigna

un logement séparé. Ce nombre devint même si considérable, que les

bâtiments de la maison se trouvèrent insuffisants pour les loger, et

qu'on se vit forcé de leur chercher une plus vaste demeure. Madame de

Miramion les plaça au faubourg Saint-Germain, dans un édifice qu'avoit

occupé la communauté dite _de la Mère de Dieu_; mais peu de temps après,

au moyen de nouvelles dispositions qu'on fit dans la maison du Refuge,

et sur la prière des administrateurs de cet établissement, la plupart de

ces filles y retournèrent. Cependant le second asile, confirmé par des

lettres-patentes de l'année 1691, continua de subsister jusqu'au moment

de la révolution.

Jaillot fait observer que, malgré la destination de cette maison, l'on y

a quelquefois fait enfermer des personnes qui n'étoient point coupables

de débauches ou de libertinage, mais que des raisons particulières ne

permettoient pas de mettre dans d'autres couvents, ni de laisser dans la

société[291].

[Note 291: Cette maison étoit divisée en deux parties, celle du côté de

la rue du Puits-de-l'Ermite servoit de refuge aux femmes ou filles

renfermées par ordre du roi. On entroit dans l'autre, destinée aux

femmes de bonne volonté, par la rue Copeau. Elles y payoient pension, et

l'on y élevoit aussi de jeunes demoiselles.

La maison de Sainte-Pélagie est maintenant une prison où l'on renferme

les débiteurs insolvables, et des criminels condamnés aux travaux. Ils

occupent deux parties séparées dans cette maison; et, sous le règne de

Buonaparte, une troisième partie étoit destinée aux prisonniers d'état

pour lesquels il y avoit alors des prisons sur presque tous les points

de la France.]

CURIOSITÉS DE SAINTE-PÉLAGIE.

TOMBEAUX.

Dans la chapelle, érigée pour le service des deux maisons, le

mausolée de dame Madeleine Blondeau, veuve de Messire Michel

d'Aligre, l'une des principales bienfaitrices de Sainte-Pélagie.

Ce tombeau, de la main de _Coysevox_, se composoit d'un

sarcophage en marbre, sur lequel étoit agenouillé le génie de la

religion; derrière s'élevoit une pyramide, terminée par un

enroulement ionique que surmontoit une urne en bronze[292].

Une épitaphe placée vis-à-vis annonçoit qu'Étienne d'Aligre,

second président du parlement, son épouse et leur fille, avoient

été inhumés dans cette même chapelle.

[Note 292: Nous ignorons ce qu'est devenu ce monument; il n'étoit point

au musée des Petits-Augustins.]

LES PRÊTRES DE SAINT-FRANÇOIS-DE-SALES.

M. le cardinal de Noailles ayant supprimé, en 1702, une communauté de

filles appelées les _Filles de la Crèche_, qui s'étoit établie vers

l'année 1656 au carrefour du Puits-l'Ermite, destina la maison qu'elles

occupoient à la communauté des prêtres de Saint-François-de-Sales. Elle

avoit été formée depuis quelque temps[293] par M. Witasse, docteur de

Sorbonne, en faveur des pauvres prêtres de son diocèse, auxquels la

vieillesse et les infirmités ne permettoient plus de remplir les devoirs

de leur saint ministère. M. le cardinal de Noailles, pour assurer la

subsistance de ces prêtres infirmes, dont le nombre étoit assez

considérable, non-seulement leur affecta les biens des religieuses de

la Crèche, mais réunit encore à leur maison la mense priorale de

Saint-Denis-de-la-Chartre, par son décret du 18 avril 1704, confirmé par

lettres-patentes du même mois. Enfin, les religieuses Bénédictines

d'Issi ayant été dispersées en 1751, et leur abbaye réunie à celle de

Gersi, on donna aux prêtres de Saint-François-de-Sales la maison

qu'elles occupoient. Ils en prirent possession en 1753, et conservèrent

cependant celle du Puits-l'Ermite pour leur service d'hospice[294].

[Note 293: Cet établissement ayant été confirmé par lettres-patentes du

mois de janvier 1700, les prêtres qui le composoient furent placés la

même année sur les fossés de l'Estrapade, et en 1702 on les transporta

au carrefour du Puits-l'Ermite, en vertu d'un décret du 1er mars de

cette même année.]

[Note 294: Les bâtiments de cette communauté ont été réunis à l'hôpital

de la Pitié.]

LES RELIGIEUSES HOSPITALIÈRES DE LA MISÉRICORDE DE JÉSUS,

DITES DE SAINT-JULIEN ET DE SAINTE-BASILISSE.

La charité chrétienne avoit fait établir, dans le quartier

Saint-Antoine, une maison hospitalière destinée à servir d'asile et à

fournir des remèdes et des secours aux pauvres femmes ou filles

malades[295]. L'utilité de cet établissement fit naître à M. Jacques Le

Prévost d'Herbelai, maître des requêtes, le dessein d'en former un

entièrement semblable. Il fit à cet effet des propositions aux

religieuses hospitalières de Dieppe; ces dames les ayant acceptées, il

leur assura 1500 liv. de rente par contrat du 18 juin 1652, et leur

procura une maison à Gentilli, où elles furent placées la même année, du

consentement de l'archevêque de Paris. Des lettres-patentes données en

1655, et enregistrées en 1656, les autorisèrent à transférer leur

domicile à Paris; dans les faubourgs Saint-Victor, Saint-Marcel,

Saint-Jacques ou Saint-Michel. Elles avoient déjà acquis, dès 1653, du

sieur Le Begue, la demeure qu'elles ont occupée jusqu'au moment de la

révolution. Cette acquisition consistoit en deux maisons, accompagnées

de cours et de jardins. On y construisit une chapelle et plusieurs

bâtiments; mais comme au commencement du dix-septième siècle ils

tomboient en ruine, le roi les fit réparer et augmenter à ses frais,

sous la direction de M. d'Argenson, alors lieutenant-général de police.

La chapelle de cette maison étoit sous l'invocation de saint Julien et

de sainte Basilisse, dont ces religieuses prirent le nom.

[Note 295: _Voyez_ T. II, 2e partie p. 1244.]

Il y avoit dans cette maison trente-sept lits, dont une partie avoit été

fondée par des particuliers, qui avoient le droit de les faire occuper

_gratis_. On payoit pour les autres 36 fr. par mois[296].

[Note 296: Cet établissement est maintenant habité par des

particuliers.]

CURIOSITÉS.

Sur le maître-autel de leur église, qui étoit petite mais propre,

une Résurrection de Notre Seigneur, par un peintre inconnu.

LES FILLES DE LA CROIX.

Nous ayons déjà parlé de l'origine de cette congrégation[297], destinée

à l'instruction des pauvres filles et à l'éducation des jeunes

demoiselles. La maison qu'occupoient les Filles de la Croix, et dont il

est ici question, faisoit partie du _Petit Séjour d'Orléans_. Jaillot

dit qu'elles acquirent ce lieu, ainsi que la maison voisine, à titre

d'échange, de Marie-Anne Petaut, veuve de René Regnaut de Traversai, par

acte du 13 juillet 1656. Ces filles tenoient les écoles de charité de

la paroisse Saint-Médard, et prenoient aussi des pensionnaires[298].

[Note 297: _Voyez_ t. II, 2e partie p. 1248.]

[Note 298: Cette communauté a été changée en maison particulière.]

L'HÔPITAL NOTRE-DAME DE LA MISÉRICORDE,

DIT LES CENT FILLES.

Louis XIII ayant donné, en 1612, sur la demande des magistrats, des

lettres-patentes pour faire enfermer dans les hôpitaux les pauvres de

tout sexe et de tout âge qui se multiplioient dans Paris d'une manière

effrayante, il se trouva parmi eux un grand nombre de filles orphelines

de père et de mère, et trop jeunes pour se procurer des moyens de

subsistance. M. Antoine Seguier, président au parlement, magistrat aussi

recommandable par ses lumières que par sa piété charitable, forma le

projet d'établir un hôpital spécialement destiné à recevoir ces pauvres

enfants. Il acheta, dans ce dessein, de madame de Mesmes, le 21 mars

1622, une maison appelée le _Petit Séjour d'Orléans_, parce qu'elle

faisoit partie de l'ancien hôtel des ducs d'Orléans, dont nous parlerons

par la suite; et, le 6 avril de l'année suivante, il obtint des

lettres-patentes qui érigeoient cette maison en hôpital, sous le nom de

_Notre-Dame de la Miséricorde_. L'inscription qui fut placée dans la

chapelle portoit que «le 17 janvier 1624, Antoine Seguier fonda et fit

bâtir cet hôpital pour cent pauvres filles, et le dota de 16,000 liv. de

rente.» Il ne fut achevé qu'en 1627, trois ans après la mort du

fondateur. Les filles qu'on y recevoit devoient avoir six ou sept ans au

plus, être nées à Paris de légitime mariage, orphelines de père et de

mère pauvres, et saines d'esprit et de corps. On leur faisoit apprendre

un métier, et l'hôpital leur accordoit une dot, soit pour se marier,

soit pour faire profession religieuse.

Louis XIV, voulant favoriser cet établissement, donna des

lettres-patentes au mois d'avril 1656, enregistrées au parlement le 8

mai de l'année suivante, par lesquelles il ordonnoit que les compagnons

d'arts et métiers qui, après avoir fait leur apprentissage, épouseroient

les filles de cet hôpital, seroient reçus maîtres sans faire de

_chefs-d'oeuvre_ et sans payer aucun droit de réception.

Ces priviléges furent de nouveau confirmés par d'autres

lettres-patentes du mois d'avril 1659, enregistrées le 14 juillet

suivant. Enfin le dernier sceau de l'autorité royale fut mis à cet

établissement par de nouvelles lettres-patentes du mois d'avril 1672,

enregistrées le 18 mai suivant, qui confirment les statuts et réglements

faits pour cet hôpital.

Cette maison étoit administrée sous les ordres du premier président, du

procureur-général et du chef mâle de nom et famille du fondateur, par

une gouvernante et quatre maîtresses.

La reconnoissance fit mettre cette maison sous l'invocation de saint

Antoine, patron du fondateur[299].

[Note 299: Cet hôpital a été changé en maisons particulières.]

CURIOSITÉS DE L'HÔPITAL DE NOTRE-DAME DE LA MISÉRICORDE.

SCULPTURES.

Dans l'église un buste en marbre représentant Antoine Seguier. On

lisoit au-dessous son épitaphe[300].

[Note 300: Ce buste avoit été déposé aux Petits-Augustins.]

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-MÉDARD.

Le silence des anciens auteurs sur l'origine de cette église et sur

l'époque de son érection en paroisse a répandu beaucoup de vague et

d'incertitude sur ce qu'en ont écrit les modernes. Tout ce que Sauval

dit à ce sujet[301], ainsi que sur le bourg Saint-Marcel, est rempli

d'erreurs et d'inexactitude: il cite des chartes qui n'existent point ou

qu'il n'a certainement pas lues; il transpose ou altère les noms; il

brouille les dates. L'abbé Leboeuf, plus exact et plus judicieux, ne

donne cependant que des conjectures adoptées par Jaillot, et d'où il

résulte que, suivant les apparences, le bourg de Saint-Médard se forma

sur la gauche de la Bièvre, à peu près à l'époque à laquelle celui de

Saint-Marcel s'établit sur la droite; que l'éloignement où ceux qui

l'habitoient se trouvèrent de Sainte-Geneviève, mit dans la nécessité

d'y bâtir une chapelle, qui fut détruite par les Normands, et

reconstruite lorsque ce bourg eut été repeuplé. Ce qui prouve sa

dépendance de Sainte-Geneviève[302], c'est que, dans tous les temps,

l'église de Saint-Médard a été desservie par un chanoine de cette

abbaye, et qu'elle n'a pas cessé d'être à la nomination de l'abbé. Dès

le douzième siècle on la trouve, ainsi que le bourg, sous la

dénomination de _Villa et Ecclesia sancti Medardi_, en françois, sous

celui de _Saint-Mart_, _Maart_ et _Mard_. L'abbé Leboeuf pense que ce

nom vient de quelques reliques de saint Médard que les anciens chanoines

de Sainte-Geneviève avoient rapportées du Soissonnois, où les ravages

des Normands dans les environs de Paris les avoient forcés de se retirer

avec le corps de leur saint patron.

[Note 301: Tom. I, p. 433.]

[Note 302: Le territoire de Saint-Médard, depuis la fondation de

l'église des SS. Apôtres par Clovis, a été réputé compris dans la

donation de ce prince faite à cette église. _Pons S. Medardi_ est marqué

dans un état des biens de l'abbaye Sainte-Geneviève fait dans le

douzième siècle, comme étant de ce côté-là les limites de sa justice,

laquelle, du côté opposé, s'étendoit jusqu'à l'église Saint-Étienne dite

_des Grès_, située sur le grand chemin d'Orléans..... On trouve aussi

que l'abbaye Sainte-Geneviève avoit, dans le treizième siècle, à

Saint-Médard, un pressoir pour ses vignes; que l'imposition de la taille

des habitants de ce bourg, pour la guerre de Philippe-le-Hardi contre le

comté de Foix, en 1372, alla en total à la somme de 30 sous.]

Dès le commencement du siècle dernier il n'existoit déjà plus rien dans

cette église de ses premières constructions. Ce qu'il y avoit de plus

ancien dans le bâtiment ne remontoit pas à plus de deux cent cinquante

ans. Les deux bas-côtés de la nef, qui étoit très-étroite, plus

modernes, n'avoient guère que deux siècles d'antiquité. Les désordres et

les profanations que les huguenots exercèrent en 1561 à Saint-Médard,

bien qu'ils n'eussent pas été punis aussi sévèrement qu'ils auroient dû

l'être, devinrent cependant, par plusieurs circonstances que nous ferons

connoître[303], une occasion d'agrandissement pour cette église, à

laquelle on appliqua les amendes auxquelles quelques-uns des coupables

furent condamnés, et les concessions que le zèle religieux fit faire

dans cette circonstance. L'argent qui en provint servit à l'augmenter,

en 1586, du choeur et du rond-point. On y fit, au siècle suivant, de

nouvelles réparations, et le grand autel fut reconstruit en 1655.

[Note 303: _Voy._ l'article de la _maison du Patriarche_.]

Enfin, quelques années avant la révolution, on reconstruisit de nouveau

et cet autel et la chapelle de la Vierge qui termine le rond-point; le

tout sur les dessins de M. Radel, architecte. Ce maître autel étoit

disposé à la romaine; quatre arcades soutenant une voûte plate

formoient la grande chapelle. Tout cela existe encore, et n'a rien de

remarquable[304].

[Note 304: _Voy._ pl. 143.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-MÉDARD.

TABLEAUX.

Dans la chapelle Saint-Denis, Notre-Seigneur au tombeau; par un

peintre inconnu.

Dans la chapelle Saint-Charles, saint Charles-Borromée et

plusieurs figures de Vertus, le tout peint en grisaille et

imitant le relief.

Dans la première chapelle à droite, un très-ancien tableau, peint

sur bois, et dont le fond étoit doré, représentant une Descente

de Croix.

Dans la nef, plusieurs grands tableaux sans nom d'auteur.

STATUES.

Sur l'autel de la chapelle de la Vierge, sa statue en pierre,

posée sur un nuage, et tenant l'Enfant-Jésus.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés,

Clément de Rilhac, avocat du roi au parlement de Paris, mort au

commencement du quinzième siècle[305].

Olivier Patru, de l'académie françoise, mort en 1681.

Pierre Nicolle, auteur des Essais de Morale, mort en 1695.

Jacques-Joseph Dugué, prêtre et auteur d'un grand nombre

d'ouvrages de piété, mort en 1733.

Le célèbre diacre François de Pâris, mort en 1727, âgé de

trente-sept ans. (Il étoit enterré dans le petit cimetière.)

Dans la chapelle Saint-Charles étoit la sépulture de la famille

Davignon.

[Note 305: Il avoit fait construire dans cette église une chapelle, où

plusieurs membres de sa famille furent depuis enterrés, et dans laquelle

sa veuve fonda une chapellenie.]

CIRCONSCRIPTION.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8) · 第 29 / 38 段