On ne peut donc rien avancer de positif sur la première origine de la

chapelle Saint-Victor; mais il est certain du moins qu'elle existoit

avant 1108, puisque Guillaume de Champeaux s'y retira cette même année,

avec quelques-uns de ses disciples, et qu'il y jeta les premiers

fondements de cette école célèbre, qui depuis produisit tant de grands

hommes, dont plusieurs sont encore regardés aujourd'hui comme les

lumières de l'Église. Quant à l'abbaye proprement dite, tout porte à

croire qu'elle fut fondée par Louis-le-Gros: car on possède une charte

de ce prince, datée de 1113, par laquelle il déclare qu'il a voulu doter

des chanoines réguliers dans l'église du bienheureux Victor: _In

ecclesiâ beati Victoris... canonicos regulariter viventes ordinari

volui_[272]. L'existence de la chapelle avant celle de l'abbaye est

donc bien constatée; mais on ne trouve aucune preuve de deux autres

opinions adoptées successivement par beaucoup d'historiens; 1º qu'il y

ait eu dans cet endroit des moines noirs de Marseille, c'est-à-dire des

Bénédictins; 2º que Hugues de Saint-Victor leur ait substitué, par ordre

du roi, des chanoines réguliers de Saint-Ruf, de la ville de Valence.

Jaillot, qui les réfute avec beaucoup de solidité, rejette également une

conjecture de l'abbé Lebeuf, qu'il est inutile de rapporter ici[273].

[Note 272: Dans l'épitaphe de ce roi, ce lieu est appelé _vetus

cella_[272-A] (Dubreul, p. 405), et Robert du Mont, auteur contemporain,

dit que Guillaume de Champeaux établit un monastère de clercs dans un

endroit où il y avoit une chapelle de saint Victor martyr. (_De Immutat.

ord. monarch._, cap. 5.)]

[Note 272-A: On appeloit _celle_, une petite maison, une ferme, une

métairie appartenant à un monastère: on nommoit un religieux pour y

résider, veiller à la culture, recueillir les fruits et percevoir les

revenus. Comme quelques-unes de ces _celles_ étoient considérables, on

donna alors des adjoints au religieux cellerier, pour l'aider dans ses

travaux, et chanter avec lui l'office divin. L'assemblée

d'Aix-la-Chapelle, tenue en 817, ayant ordonné par le vingt-sixième

article (Pleury, Hist. ecclés., liv. 46, p. 18) qu'il y eût au moins six

religieux ou chanoines dans cet établissement, les _celles_ devinrent de

petits monastères, et le religieux qui étoit à leur tête prit le nom de

_prieur de ses frères_. Ainsi, de simple agent ou procureur, il devint

le chef de sa communauté. Telle est probablement l'origine de la plus

grande partie des prieurés. À qui appartenoit la _celle_ de

Saint-Victor? on n'en sait rien.]

[Note 273: Il faut également rejeter l'opinion qu'avant la fondation de

Louis-le-Gros cette église ne fut qu'un _reclusoir_ où se renfermoient

quelques personnes par zèle de dévotion. On parle effectivement d'une

recluse nommée _Basilla_, qui se renferma dans une cellule près de

Saint-Victor, y mourut et y fut inhumée. Mais cette tradition, déjà fort

incertaine elle-même, ne prouveroit rien relativement à l'origine du

monastère, puisque l'on sait qu'il y avoit de ces reclusoirs auprès de

plusieurs autres églises de Paris.]

Au milieu de toutes ces traditions confuses ce que nous savons de

certain, c'est qu'au douzième siècle il existoit une _celle_ et une

chapelle de Saint-Victor, et que Guillaume de Champeaux choisit ce lieu

pour s'y retirer avec quelques-uns de ses disciples. Il étoit

archidiacre de Paris. Son éloquence et ses lumières l'avoient rendu

célèbre, et il le devint encore davantage pour avoir été le maître

d'Abailard, qui depuis fut son rival, et s'immortalisa à la fois, et

très-malheureusement pour lui, par ses écrits et par ses amours. Nous

aurons occasion de parler par la suite de cette rivalité fameuse et de

ses effets: peut-être contribua-t-elle à dégoûter du monde Guillaume de

Champeaux, à le faire renoncer à son archidiaconé, et à lui faire

prendre, dans la maison de Saint-Victor, l'habit de chanoine régulier.

Qu'il y ait été poussé par ce motif purement humain, ou par le désir de

mener une vie plus tranquille et plus parfaite, il n'en est pas moins

vrai qu'à la prière de plusieurs personnes considérables, qui

gémissoient de voir d'aussi rares talents enfouis dans l'obscurité d'un

cloître, il ne tarda pas à y reprendre ses anciens exercices

scolastiques. De nouveaux disciples se portèrent en foule aux leçons

d'un si habile maître; et telle fut la première source de la célébrité

de la maison de Saint-Victor, dont les membres, formés dans son école,

furent bientôt appelés de toutes parts pour instruire, éclairer, édifier

et former des établissements nouveaux sur le modèle de cette

congrégation. On voit ensuite, en 1113, Guillaume de Champeaux élevé par

son mérite à l'épiscopat de Châlons; et la même année, dans cette même

ville, Louis-le-Gros se déclara fondateur de la maison de Saint-Victor,

la dota des biens énoncés dans la charte dont nous avons déjà parlé,

biens qu'il augmenta depuis par un diplôme donné à Paris en 1125. À ces

libéralités ce prince ajouta, en faveur des chanoines, le privilége de

se choisir un abbé, sans requérir le consentement ni l'autorité du roi,

disposition qui fut confirmée en 1114, par une bulle du pape Pascal II.

Piganiol[274] prétend que la chapelle de cette église, dédiée à

_Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle_, étoit l'église qui fut construite par

Louis-le-Gros, à l'endroit même où étoit l'ancienne chapelle de

Saint-Victor. Jaillot, dont le texte est ici un peu obscur, semble faire

entendre que ce monarque, dont les bienfaits furent le premier fondement

de la prospérité de ce monastère, ne fut point cependant le fondateur de

son église. Les Annales manuscrites de Saint-Victor, qu'il avoit lues,

n'en faisoient point mention, et le Nécrologe de cette église en

attribuoit l'honneur à Hugues, archidiacre d'Alberstat, chanoine de

cette maison, et oncle de Hugues de Saint-Victor. Cette église, réparée

en 1448 par Jean Lamasse, trentième abbé de Saint-Victor, et en partie

par les libéralités de Charles VII, fut ensuite presque entièrement

rebâtie sous le règne de François Ier. La première pierre y fut mise le

18 décembre 1517 par Michel Boudet, évêque de Langres; celle du choeur

fut posée par Jean Bordier, alors abbé de Saint-Victor, qui fit réparer

tous les anciens édifices de cette maison, et construire des murs autour

de l'enceinte.

[Note 274: Tom. V, p. 262.]

L'église étoit un monument d'architecture gothique, dont la proportion

eût semblé assez bonne, si la grande élévation et la largeur de la nef

n'eussent pas présenté un contraste choquant avec les dimensions trop

basses et trop étroites des bas côtés[275]. Elle n'avoit point été

achevée du côté de l'entrée, et il y restoit deux arcades à construire,

imperfection qu'on avoit essayé de masquer par un portail construit

seulement en 1760. Cette composition bizarre, exécutée dans le plus

mauvais goût de l'architecture alors en usage pour les édifices sacrés,

faisoit regretter l'ancien portail, d'une construction gothique, mais

hardie et légère, et que l'on avoit été forcé d'abattre, parce qu'il

menaçoit ruine.

[Note 275: _Voyez_ pl. 139.]

Les parties de l'ancienne église conservées dans la nouvelle étoient la

tour ou le clocher, et ce vieux portail dont nous venons de parler; deux

arcades d'une chapelle placée derrière le grand autel; une chapelle

souterraine, pratiquée sous celle-là, et dédiée à la Vierge. La chapelle

Saint-Denis, qui existoit encore au fond du chevet, étoit d'un gothique

élégant qui sembloit remonter jusqu'au douzième siècle, à l'exception du

sanctuaire construit dans le quinzième. Elle étoit éclairée par deux

croisées en ogives, hautes et étroites, offrant à leur sommet des

arrières-voussures très-bien exécutées. Par ce mélange bizarre que l'on

faisoit quelquefois dans le seizième siècle des divers genres

d'architecture, le jubé de l'église étoit porté sur des colonnes

corinthiennes cannelées, et en même temps flanqué de deux tourelles

gothiques, formant des cages d'escaliers.

Le grand cloître, très-spacieux et ouvert d'un côté par d'étroites

arcades, que portoient de petites colonnes groupées, offroit dans sa

construction un travail de la fin du douzième siècle et du commencement

du treizième. Au bout du second cloître on voyoit une chapelle dite de

l'infirmerie, qui, par l'élégance de ses colonnades et le travail des

vitrages du fond annonçoit également un gothique du treizième siècle: le

réfectoire, les dortoirs, l'infirmerie étoient du seizième.

Le buffet d'orgue étoit estimé, ainsi que les cloches, que l'on comptoit

au nombre des plus belles et des plus harmonieuses de Paris.

CURIOSITÉS DE L'ABBAYE SAINT-VICTOR.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, un très-bon tableau, représentant

l'adoration des Mages; par _Vignon_.

Autour du sanctuaire, quatre tableaux, par _Restout_,

représentant:

1º David obtenant, par ses prières, la cessation de la peste;

2º La résurrection du Lazare;

3º Melchisédech allant au-devant d'Abraham victorieux, et

offrant pour lui le pain et le vin;

4º Une cène.

Dans l'ancien choeur, derrière le maître-autel, quelques paysages

peints à fresque dans la manière du _Guaspre_. Ils étoient placés

entre les vitraux qui terminoient le rond-point de cette église.

Plusieurs de ces vitraux, et notamment ceux de la chapelle

Saint-Clair, étoient estimés des amateurs de ce genre de peinture

pour la vivacité des couleurs.

Dans deux chapelles collatérales, substituées vers les derniers

temps au jubé, deux médaillons peints à fresque, représentant

saint Louis et la Madeleine; par _Robin_.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans le choeur de l'église avoient été inhumés:

Maurice de Sully, évêque de Paris, mort en 1196.

Étienne de Senlis, évêque de Paris, mort en 1141 ou 1142.

Burchard, évêque de Meaux, mort en 1134.

Étienne de La Chapelle, évêque de Meaux, mort en 1174.

Geoffroy de Tressy, évêque de Meaux, mort en 1213.

Jean, évêque de Paneade en Palestine, mort dans le douzième

siècle.

Dans la chapelle Saint-Denis:

Pierre Le Mangeur, théologien célèbre, mort en 1185.

Arnou, évêque de Lisieux, mort vers le même temps.

Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, mort en 1248.

Renaud de Corbeil, évêque de Paris, mort en 1268.

Pierre Lizet, premier président du parlement de Paris, mort

en 1554.

Dans la chapelle de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle,

Odon, qui, de prieur de Saint-Victor, fut fait abbé de

Sainte-Geneviève, lorsque la régularité s'y introduisit au milieu

du douzième siècle.

Près de la porte d'entrée à droite,

Le célèbre Hugues de Saint-Victor, mort en 1140.

Dans la chapelle dite de l'infirmerie:

Guillaume Baufet ou d'Orillac, évêque de Paris, mort en 1319.

Guillaume de Chanac, évêque de Paris, mort en 1348.--Sa statue,

en marbre, étoit couchée sur son tombeau[276].

Dans le cloître,

Le fameux Santeuil, chanoine régulier de cette abbaye, et l'un

des plus grands poëtes latins des temps modernes[277].

Plusieurs autres personnages illustres, entre lesquels on doit

distinguer le Père Maimbourg, ex-jésuite, auteur de plusieurs

ouvrages; Ismaël Bouillaud, également célèbre par son esprit et

par sa science; Henri du Bouchet, conseiller au parlement, et

l'un des bienfaiteurs de cette maison avoient aussi leur

sépulture dans l'église ou dans le cloître.

[Note 276: Elle a été déposée depuis aux Petits-Augustins.]

[Note 277: Sa tombe étoit ornée de deux épitaphes, dont nous citerons

seulement la première, composée par le célèbre Rollin.

_Quem superi præconem, habuit quem sancta poëtam

Relligio, latet hoc marmore Santolius.

Ille etiam heroas, fontesque, et flumina et hortos

Dixerat: at cineres quid juvat iste labor?

Fama hominum merces sit versibus æqua profanis:

Mercedem poscunt carmina sacra Deum._

_Obiit anno Domini_ M. DC. XCVII. _nonis augusti. ætatis_ LXVI.

_professionis_ XLIV.]

La bibliothèque de Saint-Victor n'étoit d'abord composée, comme celle

des autres maisons religieuses, que de manuscrits des Pères de l'église

et des auteurs scolastiques. Le P. Lamasse, abbé de cette maison,

l'augmenta. Nicaise de Lorme, l'un de ses successeurs, y fit de

nombreuses additions, et la plaça dans un nouveau bâtiment qu'il fit

construire à cet effet en 1496. Elle devint ensuite publique, par les

soins et par la libéralité de M. du Bouchet qui, par son testament du 27

mars 1652, légua sa bibliothèque à la maison de Saint-Victor, et laissa

un fonds annuel pour son entretien, à condition que: «L'un des religieux

se trouvera aux jours marqués à la bibliothèque, pour avoir soin de

bailler et de remettre les livres après que les étudiants en auront

fait[278].» Elle devint plus considérable encore par le don que M.

Cousin, président de la cour des monnoies, fit de la sienne en 1707.

Elle fut augmentée de nouveau par plusieurs autres donations, et

spécialement par celle de M. du Tralage, qui l'enrichit d'un recueil

immense de dessins, mémoires, cartes géographiques. Le tout formoit une

collection remarquable par le choix et le nombre des livres, surtout par

dix-huit à vingt mille manuscrits, parmi lesquels il y en avoit de

très-précieux[279]. Peu de temps avant la révolution, on avoit construit

un nouveau bâtiment pour placer cette bibliothèque; lequel a été détruit

avant d'être entièrement achevé.

[Note 278: Le buste en marbre de ce bienfaiteur étoit placé à l'entrée

de la bibliothèque, avec une inscription.]

[Note 279: On y voyoit une Bible manuscrite du neuvième siècle, un

Tite-Live du douzième; beaucoup de manuscrits orientaux, entre autres un

Alcoran, dont un ambassadeur turc reconnut l'authenticité dans le siècle

dernier, en le baisant, et en apposant sur le premier feuillet un

certificat écrit de sa propre main.]

Les jardins de cette abbaye étoient immenses. Sous le grand dortoir

régnoit une salle basse, soutenue par des piliers gothiques, qu'on

disoit être l'école où Abailard avoit enseigné la théologie. Une autre

particularité digne de remarque, c'est que les évêques de Paris avoient,

au treizième siècle, un appartement à Saint-Victor, où ils se retiroient

chaque année, et demeuroient plusieurs jours: on en a la preuve dans les

hommages qu'ils y ont reçus, et dans plusieurs de leurs actes qui sont

datés _apud sanctum Victorem in aula episcopi_, ou _in domo episcopi ad

S. Victorem_.

Enfin cette maison possédoit une grande quantité de reliques

très-vénérées et très-authentiques, dont la liste a été donnée par

l'abbé Lebeuf. Aucune maison religieuse de Paris n'étoit dans une

relation plus intime avec la cathédrale, dont elle observoit toutes les

coutumes: aussi le chapitre y faisoit-il plusieurs stations dans le

courant de l'année, et de même les chanoines de Saint-Victor officioient

plusieurs fois par an à la cathédrale, etc.[280].

[Note 280: L'abbaye Saint-Victor a été détruite entièrement pendant la

révolution.]

LES NOUVEAUX CONVERTIS.

Le zèle pour la conversion des protestants étoit grand dans le

dix-septième siècle, et fit naître plusieurs associations de personnes

vertueuses et charitables, qui ne se contentoient pas de ramener aux

lumières de la religion ces malheureux égarés; mais qui cherchoient

encore à procurer des moyens d'existence à ceux qui en étoient

dépourvus. Dès l'an 1632, le Père Hyacinthe, capucin, avoit conçu ce

pieux dessein; et ses soins avoient formé une société dont le but étoit

de se consacrer au soulagement et à l'instruction des hérétiques. Des

vues si louables déterminèrent M. Jean-François de Gondi, archevêque de

Paris, à autoriser cette association, sous le nom de _Congrégation de la

propagation de la foi_, et sous le vocable de l'_Exaltation de la

croix_. Ses lettres furent données le 6 mai 1634; et cette société,

formée en faveur des deux sexes, reçut l'approbation du pape Urbain

VIII, le 3 juin de la même année. Des lettres-patentes du roi

confirmèrent cet établissement en 1635. Les assemblées se tinrent

d'abord au couvent même des capucins de la rue Saint-Honoré, dans une

chapelle que l'on voyoit encore, avant sa destruction, dans la cour de

ce monastère. Le succès en fut tel, que l'on pensa à séparer les hommes

d'avec les femmes, ce qui forma deux communautés. Celle des hommes fut

établie d'abord dans une maison qu'on loua dans l'île Notre-Dame. Il y

demeurèrent jusqu'en 1656, qu'ils furent transférés dans la rue de

Seine, en vertu d'un arrêt du Conseil; et là ils occupèrent deux maisons

contiguës, dont ils avoient fait l'acquisition. Les bâtiments de cette

communauté n'avoient rien de remarquable, et leur chapelle n'avoit

d'autre ornement qu'un _Christ_ placé sur le maître-autel.

L'HÔPITAL DE LA PITIÉ.

La multitude innombrable de pauvres qui inondoit Paris au commencement

du dix-septième siècle ayant fait naître de justes craintes que la

tranquillité publique n'en fût troublée, Louis XIII donna, en 1612,

l'ordre de les renfermer; et les magistrats s'occupèrent dès-lors

d'exécuter cette mesure, et de se procurer des logements assez vastes

pour contenir tous ces malheureux. Nous parlerons successivement de ces

diverses acquisitions. La première qui fut faite est celle de l'hôpital

dont nous parlons. On acheta d'abord une grande maison, jardin et jeu de

paume, où pendoit pour enseigne la _Trinité_, entre la rue du Battoir et

celle du jardin du Roi; on joignit par la suite à cet emplacement les

maisons et jardins de la rue Sainte-Anne, situés entre ces deux rues,

ainsi qu'une partie de la rue du Puits-l'Ermite. D'autres maisons de la

rue Copeau, et qui étoient alors séparées de la rue Françoise par une

ruelle nommée Denys-Moreau, furent aussi achetées et réunies à cet

hôpital, de sorte que le terrain des _pauvres enfermés sous le nom de

Notre-Dame-de-Pitié_, finit par former dans ce quartier une espèce d'île

entre les rues du jardin du Roi, d'Orléans, des Fontaines, la place du

Puits-l'Ermite et les rues du Battoir et Copeau. On y plaça d'abord de

pauvres enfants des deux sexes, ensuite seulement des petits garçons qui

y étoient élevés avec le plus grand soin. On leur apprenoit à lire et à

écrire jusqu'au moment de leur première communion; et, après l'avoir

faite, ils en sortoient pour être mis en apprentissage[281].

[Note 281: Cet établissement n'a point changé de destination.]

Cette maison pouvoit être regardée comme le chef-lieu de l'hôpital

général; et c'est là que ses administrateurs tenoient leurs assemblées.

Le bâtiment, vaste et bien distribué pour un semblable établissement,

n'a rien que de très-simple dans sa construction. L'église, également

très-spacieuse, est composée de deux nefs qui font équerre.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA PITIÉ.

TABLEAUX.

En face de la chaire, une Descente de croix, que l'on attribuoit

à _Daniel de Volterre_.

Dans une chapelle, de petits enfants à genoux devant une sainte;

par _Louis Boullongne_.

Sur le devant de la tribune de l'orgue, la Conversion de saint

Paul, par un peintre inconnu.

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, un groupe représentant la Vierge qui pleure

sur le corps de son fils, dont un ange soutient la tête; sans nom

d'auteur.

Le même sujet, dans un médaillon placé sur la porte de la

sacristie.

JARDIN ET CABINET DU ROI.

«Dès le temps de Henri IV, dit Fontenelle, on s'étoit aperçu que la

botanique, si nécessaire à la médecine, devoit être étudiée, non dans

les livres des anciens, où elle est fort confuse, fort défigurée et fort

imparfaite, mais dans les campagnes; réflexion qui, quoique très-simple

et très-naturelle, fut assez tardive. On avoit vu aussi que le travail

d'aller chercher les plantes dans la campagne étoit immense, et qu'il

seroit d'une extrême commodité d'en rassembler le plus grand nombre

qu'il se pourroit dans quelque jardin, qui deviendroit le livre commun

de tous les étudiants, et le seul livre infaillible. Ce fut dans cette

vue que Henri IV fit construire à Montpellier, en 1598, le jardin des

plantes, dont l'utilité se rendit bientôt très-sensible, et qui donna

un nouveau lustre à la Faculté de médecine de cette ville. M. de La

Brosse, piqué d'une louable jalousie pour les intérêts de la capitale,

obtint du roi Louis XIII, par un édit de 1626, que Paris auroit le même

avantage. Il fut fait intendant de ce jardin, dont il étoit proprement

le fondateur[282].»

[Note 282: Fontenelle, Éloge de M. Fagon.]

Il faut donc rejeter ce que dit Germain Brice[283], sans en apporter

aucune preuve, que le projet d'un jardin de plantes médicinales ayant

été formé à Paris sous le règne de Henri IV, Jean Robin, aux soins

duquel il avoit été confié, commença à le faire exécuter au lieu où nous

le voyons aujourd'hui. Le fait est que ce jardin ne subsistoit pas même

en 1626, comme l'avance cet auteur et plusieurs autres; seulement on

trouve qu'au mois de janvier de cette année, Louis XIII accorda au sieur

Herouard, son premier médecin, des lettres-patentes portant l'ordre de

former un établissement de ce genre; mais cet acte ne donne pas même la

désignation du lieu: il y est dit seulement qu'il sera construit «en

l'un des faubourgs de cette ville de Paris ou autres lieux proche

d'icelle, de telle grandeur qu'il sera jugé propre, convenable et

nécessaire.»

[Note 283: Tom. II, p. 374.]

Ce projet n'eut point alors son exécution. Depuis, MM. Bouvard, premier

médecin, et Gui de La Brosse, médecin ordinaire, ayant jeté les yeux sur

le terrain de Coupeaux, le jugèrent convenable pour cet objet. Il

consistoit alors en 14 arpents, y compris la butte qui s'étoit

successivement formée par l'amas des gravois et des immondices qu'on y

avoit anciennement transportés. Cette voirie, située d'abord au

carrefour de Coupeaux, où elle étoit encore en 1303, avoit été reculée

depuis jusqu'à l'endroit où se trouve cette butte qui en avoit été

formée. En 1535 on en fit une autre à côté de celle-ci, à l'endroit où

est aujourd'hui la terrasse. La voirie des bouchers étoit au bas de

cette dernière.

Cette butte et ses dépendances, qui, dans le principe, appartenoit à

l'abbaye Sainte-Geneviève, étoit devenue, par plusieurs mutations, la

propriété d'un particulier nommé Voisin, et ne contenoit alors qu'un peu

plus de deux arpents. Le roi en fit faire l'acquisition en 1633; celle

des terrains voisins ne fut faite qu'en 1636. Alors Gui de La Brosse,

qui, dès l'année précédente, avoit obtenu des lettres-patentes portant

confirmation de l'établissement du jardin du Roi, fit construire les

logements nécessaires et les salles convenables pour les démonstrations

de botanique, de chimie, d'astronomie et d'histoire naturelle. Il

obtint de l'archevêque, le 20 décembre 1639, la permission d'avoir une

chapelle; elle fut accordée avec tous les priviléges dont jouissent

celles des colléges de fondation royale ou particulière.

Telle est l'origine d'un établissement qui aujourd'hui n'a pas son

pareil dans le monde. Ce fut en 1739 que le célèbre Buffon fut nommé

intendant du jardin du Roi; on lui doit son accroissement et la plus

grande partie des richesses qu'il renferme. Bientôt il l'étendit

jusqu'aux bords de la Seine; le cabinet d'histoire naturelle, formé des

cabinets de Tournefort et de Vaillant, fut successivement enrichi de

productions nouvelles rassemblées des quatre parties du monde, et chaque

voyageur se fit un honneur d'y déposer ce qu'il avoit pu recueillir de

plus précieux.

Nous allons donner ici une courte description du jardin et du cabinet,

l'espace ne nous permettant pas d'en tracer une notice détaillée, qui

fourniroit elle seule la matière de plusieurs volumes[284].

[Note 284: Nous croyons devoir donner la description de ce jardin tel

qu'il est aujourd'hui.]

_Jardin de Botanique._

En entrant par la rue de Buffon, dans une grande cour, on laisse

derrière soi les bâtiments qui renferment le cabinet d'histoire

naturelle, et l'on entre dans le jardin, fermé par une grille de fer. Il

offre les dispositions suivantes:

À droite, plusieurs allées d'arbres étrangers qui se prolongent jusqu'au

bord de la Seine.

À gauche, le jardin de botanique: il est classé selon la méthode de

Jussieu[285]. À la suite de ce jardin, l'école pratique d'agriculture.

Elle se compose, 1º des arbres fruitiers; 2º des plantes potagères ou

qui concernent les arts. Toutes les grilles en fer qui entourent cette

partie du jardin, sont sorties des forges de Buffon, et ont été faites

aux dépens de Louis XV.

[Note 285: _Voyez_ pl. 140.]

À la suite de ce jardin on trouve la ménagerie, dont la construction

grossière et le délabrement semblent indignes d'un aussi magnifique

établissement.

Les serres et une orangerie sont séparées du jardin botanique par des

fossés, où l'on a placé des ours de différentes espèces.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8) · 第 28 / 38 段