Cette maison, composée d'un proviseur, de deux professeurs en théologie,

d'un procureur, d'un sous-prieur, d'un sacristain et des étudiants,

étoit la résidence du procureur-général de l'ordre. Les abbés de

Cîteaux, de Clairvaux et de Pontigny y avoient chacun leur hôtel.

Les Bernardins prétendoient posséder depuis 1251 le crâne de saint

Jean-Chrysostôme, que le pape Alexandre VI avoit envoyé à Clairvaux. Il

y avoit, en 1497, dans leur église, une chapelle de Saint-Yves, qui

étoit un titre[245].

[Note 245: L'église et le monastère ont été détruits.]

L'ÉGLISE SAINT NICOLAS DU CHARDONNET.

Cette église a pris son nom du fief du Chardonnet, sur le territoire

duquel elle est bâtie. Ce fief s'étendoit entre la Seine et la Bièvre,

depuis le clos Mauvoisin, c'est-à-dire depuis la rue de Bièvre, où il

finissoit, jusqu'à l'ancien canal de la rivière de Bièvre, tel qu'il

subsiste aujourd'hui. Ce fut en 1230 que Guillaume d'Auvergne, évêque de

Paris, ayant obtenu de l'abbaye Saint-Victor cinq quartiers de terre, y

fit bâtir une chapelle[246], que l'on doit regarder comme la première

époque de la fondation de Saint-Nicolas. Il est vrai que les historiens

de Paris ne fixent qu'en 1243 l'érection de cette chapelle en église

paroissiale[247]; mais Jaillot les a réfutés avec sa critique ordinaire,

et, soutenu des titres les plus authentiques, il prouve jusqu'à

l'évidence que la cure de Saint-Nicolas existoit avant 1243, et que ces

historiens ont pris la construction d'une nouvelle église, ou

l'agrandissement de celle qui existoit déjà depuis treize ans, pour

l'époque de l'érection d'une chapelle en cure[248].

[Note 246: L'abbé Leboeuf, sur la foi de l'étiquette de l'acte de vente,

s'est cru autorisé à dire que cette chapelle appartenoit aux Bernardins.

S'il s'étoit donné la peine de lire l'acte même, il auroit facilement

reconnu que cette chapelle, que Guillaume III fit bâtir au Chardonnet en

1230, n'a pu avoir d'autre destination que celle que nous lui donnons,

c'est-à-dire que ce fut simplement une fondation pieuse, telle qu'on en

faisoit si souvent dans ces temps-là, à laquelle on joignoit

ordinairement une maison pour servir de logement au prêtre chargé de la

desservir. (_Voyez_ DU BOULAI et JAILLOT.)]

[Note 247: Tom. I, p. 283.]

[Note 248: Quart. de la place Maubert, p. 144.]

Le même critique attaque avec un égal succès ceux qui veulent lui donner

une plus haute antiquité que cette année 1230; il démontre parfaitement

que Dubreul, Malingre et Sauval ont eu tort de citer une bulle qu'ils

attribuent à Alexandre III, et dont ils se sont appuyés pour avancer que

cette église existoit dès 1166. Cette bulle, qui fait mention d'une

rente de 25 liv., affectée aux clercs de matines à Notre-Dame sur les

revenus de la cure de Saint-Nicolas du Chardonnet, ne peut être que du

pape Alexandre IV, lequel fut élu le 25 décembre 1254; et toutes les

circonstances qui accompagnent cet acte concourent à fortifier cette

démonstration[249].

[Note 249: _Ibid._ L'auteur des _Tablettes de Paris_ s'est trompé, dans

le sens contraire, en indiquant cette église comme une chapelle bâtie

en 1247, et érigée en paroisse en 1300.]

L'église de Saint-Nicolas du Chardonnet fut dédiée par Jean de Nant,

évêque de Paris, le 13 mai 1425. Trompé par cette date, Dubreul a cru

qu'elle avoit été rebâtie vers ce temps-là; mais on ne trouve aucun

indice qui puisse donner quelque poids à une semblable opinion. Il faut

remarquer que cette église étoit d'abord située le long du canal de la

Bièvre; mais ce canal ayant été supprimé, et l'église commençant à

tomber en ruine, on prit, en 1656, le parti d'en construire une nouvelle

à côté de l'ancienne, et dans une direction opposée: elle n'étoit pas

achevée lorsqu'elle fut bénite, le 15 août 1667, par M. de Péréfixe,

alors archevêque de Paris.

À ne juger de cette église que comparativement avec les autres monuments

de ce genre, élevés à Paris dans les dix-septième et dix-huitième

siècles, on peut dire qu'à l'intérieur elle est bien bâtie et d'une

ordonnance régulière. Sa nef est décorée d'un ordre _composé_, dont le

chapiteau, d'une invention singulière, et formé d'un seul rang de

feuilles, imite celui qu'on appelle communément chapiteau _attique_; du

reste, les travaux repris en 1705, et continués jusqu'en 1709, furent de

nouveau suspendus à cette époque, et laissés imparfaits jusqu'à nos

jours; de manière qu'il manque, pour l'entier achèvement du monument,

une travée entière, le portail principal du côté de la rue Saint-Victor

et le clocher.

Le seul portail qui existe est collatéral, et se trouve situé sur la rue

des Bernardins. Il est traité dans cette forme pyramidale dont les

édifices sacrés nous offrent de si fréquents exemples, et orné de deux

ordres de pilastres, ionique et corinthien, le premier couronné d'un

fronton, le second surmonté d'un comble à la mansarde. À cette

incohérence d'ornements rassemblés sans goût et sans nécessité, l'auteur

de ce portail a joint la licence vraiment inconcevable de ne pas donner

à l'ordre supérieur la dimension qu'il doit avoir. C'est ainsi

généralement que l'on traitoit l'architecture à une époque où l'école

n'avoit aucune marche sûre, aucun principe constant; et où chaque

artiste, dédaignant l'imitation, seule lumière des beaux-arts, croyoit

pouvoir se livrer sans inconvénient à tous les caprices de son

imagination[250].

[Note 250: _Voy._ pl. 148.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE St-NICOLAS DU CHARDONNET.

TABLEAUX.

Dans la chapelle de la Vierge, la Résurrection de Jésus-Christ;

par _Verdier_. À droite, une Assomption; par _Robin_.

Sur les autels placés à l'entrée du choeur, un saint Ambroise et

le Baptême de Notre-Seigneur; par _de Peters_, peintre en

miniature.

Dans la chapelle de la Communion, les Pélerins d'Émmaüs; par un

peintre inconnu.

Un saint Antoine; par un peintre inconnu.

Le Miracle de la manne et le Sacrifice de Melchisédech; par

_Coypel_.

Le Sacrifice d'Abraham et Élysée dans le désert, par _Francisque

Millet_.

Dans la chapelle qui servoit de sépulture à la famille

d'Argenson, la Construction du temple de Jérusalem; par un

peintre inconnu.

Dans la chapelle de Saint-Charles, saint Charles-Borromée; par

_Lebrun_[251]. Le plafond de cette chapelle étoit peint par le

même artiste.

Dans une autre chapelle, le martyre de saint Denis; par

_Jeaurat_.

Dans la dernière chapelle, une sainte Catherine; par _Le

Lorrain_.

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, un _Ecce Homo_ et une Vierge en marbre.

Au-dessus de la porte du choeur, un Christ en bois, avec la

statue de la Vierge et celle de saint Jean, également en bois,

exécutés sur les dessins de Lebrun; par _Poultier_.

TOMBEAUX.

Dans la chapelle à côté de la sacristie avoit été inhumé Jean de

Selve, premier président du parlement de Paris, mort en 1529.

La chapelle de Saint-Jérôme renfermoit le tombeau de Jérôme

Bignon, avocat-général au parlement de Paris. Deux vertus, la

Justice et la Tempérance, étoient représentées assises sur un

cénotaphe, au-dessus duquel s'élevoit le buste de ce magistrat.

Ces figures étoient de la main d'_Anguier_. Sur le soubassement

du mausolée on voyoit un saint Jérôme en bas-relief, de la main

de _Girardon_[252].

La famille d'Argenson avoit sa sépulture dans une chapelle de

cette église; on y voyoit le buste de Marc-René de Voyer de

Paulmy d'Argenson, garde des sceaux de France[253].

Dans la chapelle Saint-Charles avoit été inhumée la mère de _Le

Brun_. Le tombeau de cette dame, exécuté par _Tuby_ et

_Colignon_, d'après les dessins de son fils, étoit le monument de

cette église qui avoit le plus de réputation, et l'un de ceux que

les étrangers visitoient avec le plus d'empressement[254].

Sous la croisée de la même chapelle on voyoit le mausolée de cet

artiste célèbre; par _Coysevox_[255].

[Note 251: Ce tableau jouissoit d'une grande réputation. Nous ignorons

s'il existe encore; mais il est certain qu'on ne le trouve point dans la

collection du Musée Français, où sont réunis les meilleurs tableaux des

églises de Paris.]

[Note 252: Rien de plus médiocre que ce monument. Les deux figures

d'_Anguier_ n'ont aucun caractère; le saint Jérôme de _Girardon_ est

ignoble et d'une grande mollesse d'exécution. (Déposé aux

Petits-Augustins.)]

[Note 253: Ce buste se voyoit aux Petits-Augustins.]

[Note 254: Cette dame y est représentée soulevant la pierre de son

tombeau, et élevant les yeux vers un ange qui sonne de la trompette. Le

monument entier est bien au-dessous de sa renommée: la figure de la

femme ne manque pas d'une certaine vérité d'exécution, surtout dans les

bras et dans les mains; mais les formes en sont mesquines, l'expression

vague et sans noblesse, la draperie lourde et sans vérité. L'ange,

également dépourvu de style et de beauté, entouré d'une draperie

chiffonnée et du plus mauvais goût, nous semble encore plus médiocre.

Cette dernière figure n'est qu'en stuc; tout le reste du monument est en

marbre. (Déposé dans le même Musée.)]

[Note 255: Son buste, placé sur un piédouche, est porté par un

soubassement qui renferme son épitaphe, et surmonté d'une pyramide. Sur

un socle placé à la base du monument, sont assises deux figures en

bas-relief, de grandeur de nature, dont l'une, qui représente la Piété,

a les yeux tournés vers le buste, tandis que l'autre, dont les attributs

indiquent la Peinture, baisse la tête, et semble pleurer la mort de ce

grand artiste. Ces deux figures, sans être d'un très-grand style, sont

agréables et pleines d'expression, surtout celle de la Peinture. Les

draperies, disposées dans le système de l'école de ce temps, n'ont pas

un jet très-sévère ni très-élégant, mais cependant ne sont pas

dépourvues de vérité. Au total, ce monument est digne d'être remarqué,

et peut être mis au nombre des bons ouvrages de Coysevox. (Déposé

également aux Petits-Augustins.)]

Cette église, assez riche en beaux ornements et en vases sacrés de grand

prix, dont quelques-uns même étoient enrichis de diamants, possédoit en

outre plusieurs morceaux de la vraie croix. Cette précieuse relique

étoit exposée, dans les grandes fêtes, à la vénération des fidèles.

CIRCONSCRIPTION.

Cette paroisse, de figure oblongue, comprenoit autrefois dans sa

circonscription toute la rue des Bernardins, et, laissant la Seine à

gauche, remontoit jusqu'au pont sur la Bièvre, au delà de la porte

Saint-Bernard. Après avoir suivi la rue de Seine, dont elle avoit les

deux côtés et les maisons situées au coin d'en haut à main gauche, sans

toucher au jardin du roi, elle reprenoit à la première maison qui fait

le coin de la rue Copeau, vis-à-vis de la fontaine de Saint-Victor,

continuoit des deux côtés de la rue en rentrant dans Paris, puis

remontoit de la rue des Fossés Saint-Victor jusques et inclus le carré

entier de la rue des Boulangers, et la rue Clopin inclusivement. Elle

renfermoit encore les deux côtés de la rue d'Arras, et la moitié de

celle de Versailles, dont elle avoit le côté droit en descendant, puis

continuoit à droite jusqu'à l'église paroissiale, en laissant à la

paroisse Saint-Étienne ce qui est à gauche dans la rue Saint-Victor.

La porte Saint-Bernard, le château de la Tournelle et la moitié du pont

du même nom étoient sur le territoire de cette paroisse; mais l'abbaye

Saint-Victor, quoique située dans son étendue, avoit sa paroisse

particulière[256].

[Note 256: L'église Saint-Nicolas du Chardonnet a été rendue au culte.]

LES RELIGIEUSES ANGLOISES

Ce sont des chanoinesses régulières réformées de l'ordre de

Saint-Augustin, qui vinrent en France au commencement de 1633, et

obtinrent, au mois de mars de cette même année, des lettres-patentes qui

leur permettoient de s'établir à Paris ou dans les faubourgs.

Jean-François de Gondi, archevêque de cette ville, y joignit son

consentement, sous certaines conditions, dont la principale étoit qu'on

n'y recevroit que des filles nées de pères et mères anglois. Elles se

logèrent d'abord au faubourg Saint-Antoine[257] et ensuite sur les

fossés Saint-Victor. Soeur Marie Tresduray, leur abbesse, obtint, en

1655, de nouvelles lettres-patentes qui leur accordoient la permission

de recevoir parmi elles des filles françoises et des états alliés de la

France. Ces lettres furent enregistrées le 7 septembre de la même année,

à la charge néanmoins que lesdites abbesse et religieuses ne pourroient

avoir à la fois plus de dix françoises professes. La maison qu'elles

occupoient et qu'elles avoient fait reconstruire avoit appartenu à

Jean-Antoine Baïf, poète célèbre dans le seizième siècle. C'est là qu'il

avoit établi, comme nous l'avons déjà dit, cette académie de

musique[258] dont les concerts attiroient ce qu'il y avoit de plus

considérable à la cour, et que Charles IX et Henri III honorèrent

souvent de leur présence. Il rassembloit aussi dans cette maison les

beaux esprits de son temps, et l'on peut regarder ces réunions comme le

premier modèle des sociétés savantes qui ont donné naissance à nos

diverses académies.

[Note 257: _Voyez_ t. II, 2e partie, p. 1269.]

[Note 258: _Voyez_ t. II, 2e part., p. 720.]

La maison de ces religieuses portoit le nom de _Notre-Dame-de-Sion_.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES FILLES ANGLOISES.

TABLEAUX ET SÉPULTURES.

Dans cette église, qui est fort propre, et à laquelle on arrive

par un escalier de trente-cinq marches, sur le maître-autel,

Joseph d'Arimathie et les Saintes-Femmes ensevelissant le corps

de N. S.; par un peintre inconnu.

Au côté gauche de cet autel, près la croisée, Jésus-Christ

portant sa croix; également sans nom d'auteur.

On remarque aussi du même côté les épitaphes de plusieurs

seigneurs anglois inhumés dans cette église[259].

[Note 259: Les Filles Angloises habitent encore leur maison, et n'ont

pas cessé de l'habiter un seul instant pendant la révolution.]

LES PRÊTRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.

Cet institut doit son origine à César de Bus, écuyer. Plein de zèle pour

la propagation de la foi, et voyant avec douleur combien l'instruction

chrétienne étoit négligée, il forma la résolution de s'associer quelques

ecclésiastiques animés des mêmes sentiments, et d'en former une sorte de

congrégation apostolique, destinée surtout à parcourir les campagnes, à

visiter les dernières classes du peuple, et à y répandre les vérités de

la religion catholique[260]. Le projet de cet établissement fut formé à

l'Isle, dans le comtat Vénaissin, le 29 septembre 1592, et approuvé

l'année suivante par l'archevêque d'Avignon. Placés d'abord dans

l'église de Sainte-Praxède de cette capitale du Comtat, ces prêtres

furent ensuite transférés dans celle de Saint-Jean-le-Vieux de la même

ville, et le succès de leurs travaux eut tant d'éclat que Clément VIII

confirma leur établissement par sa bulle du 23 décembre 1597, et qu'ils

obtinrent, treize ans après, en 1610, la permission de s'introduire en

France.

[Note 260: Hist. des ord. Monast., t. IV, p. 236 et seqq.]

Le vénérable César de Bus étant mort le 15 avril 1607, ses disciples,

dans l'intention de donner une entière stabilité à leur congrégation,

désirèrent la rendre régulière. Paul V, cédant à leurs voeux, les unit

et les incorpora, par son bref du 11 avril 1616, à la congrégation des

_clercs réguliers de Saint-Mayeul_, établis en Italie, et communément

appelés _Somasques_. Mais cette union, quoique approuvée par Louis XIII

en 1617, ne subsista que l'espace de trente années. Innocent X, par sa

bulle du 30 juillet 1647, sépara ces deux congrégations, et remit celle

de la doctrine chrétienne dans l'état où elle avoit été approuvée par

Clément VIII[261].

[Note 261: On voit, par un bref d'Alexandre VII du 26 septembre 1659,

qu'il permit aux membres de cette congrégation de faire les trois voeux

simples et d'y joindre la promesse de stabilité, déclarant cependant

qu'ils pourroient en être dispensés par le chapitre général, etc. En

1726 le roi, en confirmant cette congrégation dans son état de

sécularité, ordonna que ceux qui auroient fait les voeux simples ne

seroient plus admis, après l'âge de vingt-cinq ans, à recueillir aucune

succession ni en ligne directe ni en ligne collatérale. (JAILLOT.)]

Ces pères, qui, comme nous l'avons dit, avoient eu, dès l'an 1610, des

lettres-patentes par lesquelles leur établissement en France étoit

autorisé, obtinrent encore, en 1626, de Jean-François de Gondi,

archevêque de Paris, la permission de se fixer dans cette capitale et

dans tout son diocèse. Le père Vigier, en conséquence de cette

permission, acheta, le 16 décembre 1627, de Julien Joly, ecclésiastique

du diocèse du Mans, une grande et vieille maison, appelée hôtel de la

_Verberie_, et située rue des Fossés Saint-Victor. Selon Jaillot, ces

pères s'y établirent de suite, et firent construire, par parties, les

bâtiments qu'ils occupoient encore avant la révolution. Leur chapelle

étoit sous l'invocation de saint Charles Borromée. On remarque, comme

une chose singulière, que, dans cette chapelle, il y avoit tous les ans

sermon et salut en l'honneur du bon larron.

En 1705 M. Miron, docteur en théologie de la maison de Navarre, légua sa

bibliothèque aux pères de la doctrine chrétienne, à condition qu'elle

seroit publique. Elle étoit composée de plus de vingt mille volumes,

parmi lesquels il y avoit des éditions rares et les manuscrits du savant

abbé Lebeuf.

Cette maison de Paris étoit devenue le chef-lieu de la congrégation. Le

supérieur-général, qu'on élisoit tous les six ans, y faisoit sa

résidence avec son conseil[262].

[Note 262: La maison de ces religieux est maintenant habitée par des

particuliers.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES PRÊTRES DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, saint Charles-Borromée; par _Vouet_,

Dans les chapelles voisines:

Le roi David; par un peintre inconnu.

Les quatre Évangélistes; par un peintre inconnu.

Les quatre Pères de l'Église; également par un peintre inconnu.

LES FILLES DE LA CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME.

Pierre Fourrier, chanoine de Saint-Augustin, curé de Mataincourt en

Lorraine, et la dame Alix Leclerc, jetèrent, en 1597, les premiers

fondements de cette société. Ce ne fut d'abord qu'une petite communauté

séculière, destinée à instruire la jeunesse, à l'instar des filles de

Sainte-Ursule. Le succès de cet institut engagea madame d'Aspremont à le

faire transférer en 1601 à Saint-Mihiel. Ce premier établissement fut

bientôt suivi de plusieurs autres; mais il n'eut une forme stable et

régulière qu'en 1617, époque à laquelle Alix et ses compagnes prirent

l'habit religieux. Dès l'an 1615 elles avoient obtenu du pape Paul V la

permission d'ériger leurs maisons en monastères, et d'y vivre en

clôture, sous la règle de saint Augustin. Ce fut de l'un de ces

monastères, établi à Laon en 1622, que sortirent les religieuses qui

formèrent à Paris la maison dont nous parlons. Tout ce que Sauval et

Piganiol[263], son copiste, disent à ce sujet est un tissu

d'inexactitudes: les autres historiens de Paris ont gardé le silence.

L'erreur des premiers provient sans doute de ce qu'ils ont ignoré qu'il

y a eu trois émigrations différentes des religieuses de la congrégation

de Notre-Dame, et qu'elles sont venues toutes trois du monastère de

Laon.

[Note 263: Sauval, t. I, p. 679.--Piganiol, t. V, p. 199.]

Celles qui font le sujet de cet article ne vinrent à Paris qu'en 1643.

Le 9 juin de cette année elles obtinrent de l'archevêque la permission

de s'établir sur la paroisse Saint-Jean en Grève[264], au Marais.

Cependant Jaillot, qui avoit consulté leurs titres, pense qu'elles n'y

formèrent aucun établissement; ce qui le prouveroit, c'est que, la ville

y ayant donné son consentement, elles achetèrent, le 4 octobre 1644,

deux maisons rue Saint-Fiacre, au coin de celle des Jeux-Neufs, et qu'au

mois de janvier 1645 Sa Majesté leur accorda des lettres-patentes,

confirmées le 10 août 1664.

[Note 264: On voit, par l'acte de cet établissement, que M. Philibert

Brichanteau, évêque de Laon, leur avoit donné, le 11 mars précédent,

1000 liv. de rente. Jacques Duval, valet de chambre du roi et de la

reine, et Catherine Oudin, sa femme, contribuèrent à leur dotation par

un don de 600 liv. de rente qu'ils leur firent le 12 du même mois. Ce

fut à la faveur de cette dotation que M. l'archevêque, suivant le

commandement et instantes prières de la reine, permit leur

établissement.]

M. Imbert Porlier, recteur de l'hôpital général, sous la direction

duquel elles s'étoient mises, et qui demeuroit à la Pitié, ayant senti

toute l'utilité de cet établissement, forma le dessein de placer ces

religieuses dans le quartier qu'il habitoit. En conséquence, le 15

octobre 1673, il acquit la maison de Montauban, qui s'étendoit jusqu'à

la rue du faubourg Saint-Victor, et, le 28 octobre de l'année suivante

la communauté fut transférée dans cette maison, dont ce généreux

protecteur leur fit présent par contrat du 18 avril 1681, ainsi que de

quelques petites maisons et jardins qu'il possédoit déjà dans le

quartier. L'année suivante elles acquirent une maison et un jardin

contigu à leur terrain, et firent bâtir une église, qui fut bénite le 15

août 1688. Depuis, toutes ces acquisitions furent amorties par

lettres-patentes du mois d'août 1692[265].

[Note 265: Cette maison est maintenant habitée par des particuliers.]

L'ABBAYE DE SAINT-VICTOR.

Il est peu de maisons religieuses dont la célébrité soit constatée par

un plus grand nombre de monuments, et dont l'origine présente plus

d'incertitude et d'obscurité. Les annales manuscrites de cette maison

font mention d'un monastère existant avant le douzième siècle; la

Chronique d'Alberic[266] parle d'un prieuré de moines noirs de

Marseille; et l'on trouve dans un autre écrit très-ancien[267] que des

chanoines réguliers étoient établis hors de la ville de Paris, dans un

lieu où il y avoit une chapelle de Saint-Victor. On cite à ce sujet une

charte de Philippe Ier, datée de l'an 1085, et souscrite par _Anselme_,

abbé de Saint-Victor de Paris. Les historiens de Paris, et Duboulay[268]

concluent, d'après cette charte, de l'existence de l'abbaye à cette

époque. L'abbé Lebeuf[269], au contraire, va jusqu'à nier l'existence de

la charte. La critique de Jaillot[270] a jeté de grandes lumières sur

cette discussion. Il prouve d'abord, contre l'abbé Lebeuf, que cette

charte existe bien réellement, ensuite, contre ses adversaires, qu'elle

est absolument étrangère aux moines de Saint-Victor et qu'on peut même

douter de son authenticité; mais que, dans tous les cas, la souscription

du prétendu _Anselme_, abbé de ce monastère, ne peut avoir été apposée

que sur une copie, parce qu'elle est accompagnée de celle de plusieurs

autres personnages bien connus[271], qui ne vivoient que cent cinquante

ans après cette date de 1085; et cette démonstration, qu'il pousse

jusqu'à l'évidence la plus complète, lui sert même à rectifier le nom de

cet abbé de Saint-Victor, mal à propos nommé _Anselme_ par une erreur de

copiste, et qui se nommoit réellement _Ascelin_.

[Note 266: _Ad annum_, 129.]

[Note 267: La Chronique de Jumièges.]

[Note 268: Hist. de Par., t. I, p. 145.--Hist. univ. Paris, t. II, p. 24

et 39.]

[Note 269: Tom. II, p. 542.]

[Note 270: Quart. de la place Maubert, p. 161.]

[Note 271: Ces personnages sont frère André, abbé de Saint-Magloire, et

frère Thibaut, abbé de Sainte-Geneviève. Or, il est aisé de prouver

qu'en 1085 Hilgotus étoit doyen de Sainte-Geneviève, Haimon, abbé de

Saint-Magloire, et qu'il n'y en avoit point alors à Saint-Victor. André

étoit abbé de Saint-Magloire en 1248. On a une bulle d'Innocent IV,

adressée, en 1249 à Thibaut, abbé de Sainte-Geneviève, et _Ascelin_

étoit, dans ce même temps, abbé de Saint-Victor.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8) · 第 27 / 38 段