Paris, 29 août 1870.
Chère amie, merci de votre lettre. Je suis toujours très-souffrant
et très-nerveux. On le serait à moins; je vois les choses en noir.
Depuis quelques jours, cependant, elles se sont un peu améliorées. Les
militaires montrent de la confiance. Les soldats et les gardes mobiles
se battent parfaitement; il paraît que l'armée du maréchal Bazaine a
fait des prodiges, bien quelle se soit toujours battue un contre trois.
Maintenant, demain, aujourd'hui peut-être, on croit à une nouvelle
grande bataille. Ces dernières affaires ont été épouvantables. Les
Prussiens font la guerre à coups d'hommes. Jusqu'à présent, cela leur
a réussi; mais il paraît qu'autour de Metz, le carnage a été tel, que
cela leur a donné beaucoup à penser. On dit que les demoiselles de
Berlin ont perdu tous leurs valseurs. Si nous pouvons reconduire le
reste à la frontière, ou les enterrer chez nous, ce qui vaudrait mieux,
nous ne serons pas au bout de nos misères. Cette terrible boucherie,
il ne faut pas se le dissimuler, n'est qu'un prologue à une tragédie
dont le diable seul sait le dénoûment. Une nation n'est pas impunément
remuée comme a été la nôtre. Il est impossible que de notre victoire
comme de notre défaite ne sorte une révolution. Tout le sang qui a
coulé ou coulera est au profit de la République, c'est-à -dire du
désordre organisé.
Adieu, chère amie; restez à P..., vous y êtes très-bien. Ici, nous
sommes encore très-tranquilles; nous attendons les Prussiens avec
beaucoup de sang-froid; mais le diable n'y perdra rien. Adieu encore. .
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