CCCXVI

Paris, mardi 29 septembre 1868.

Chère amie, l'important, c'est que cette lecture ne vous ait pas

fatiguée. Est-il possible que vous n'ayez pas deviné tout de suite

combien cet ours était mal léché? Pendant que je lisais, je voyais bien

sur votre visage que vous n'admettiez pas ma donnée. Il me faut donc

subir la vôtre. Croyez-vous que le lecteur, moins timoré que vous,

acceptera ce conte de bonne femme, _du regard?_ Ainsi, c'est un simple

regard de l'ours qui a rendu folle cette pauvre femme et qui a valu Ã

monsieur son fils ses instincts sanguinaires. Il sera fait selon votre

volonté. Je me suis toujours bien trouvé de vos conseils; mais, cette

fois, vous abusez de la permission.

Je pars pour Montpellier samedi prochain. J'espère vous dire adieu deux

ou trois fois auparavant.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 161 / 183 题