Château de Fontainebleau, 4 août 1868.
Chère amie, je suis ici depuis une quinzaine de jours en assez bon
état, trouvant que l'oisiveté la plus complète est très-bonne pour
le corps et l'âme. Notre dernière promenade m'a laissé un très-doux
souvenir. Et à vous? Ici, je me promène un peu, je ne lis guère, et je
respire assez bien. Le ciel et les arbres me font plaisir à voir. Il
n'y a personne au château, c'est-à -dire une trentaine de personnes au
plus, dont les seuls étrangers au service, avec moi, sont des cousins
et cousines de l'impératrice, aimables, et que j'ai connus à Madrid.
J'avais gardé pour vous un exemplaire de _Fumée_, deuxième édition.
à mon retour à Paris, dans une semaine, je pense, je le mettrai chez
vous, ou je vous l'enverrai, si vous l'aimez mieux. J'avais apporté ici
de quoi travailler; mais, comme on n'est jamais sur d'avoir une heure
à soi, je ne fais rien du tout. J'ai fait une copie d'un portrait de
Diane de Poitiers, d'après le Primatice; elle est représentée en Diane
habillée d'un carquois, et il est évident qu'elle a posé, et que, des
pieds jusqu'à la tête, tout est portrait. Même, si j'ose le dire, il
résulte de l'examen de ses jambes qu'elle attachait ses jarretières
au-dessous du genou, selon la mode du temps, qui a été abandonnée (à ce
que j'ai entendu dire). Je vous montrerai cela, car ce portrait a une
importance historique. Adieu, voici l'heure du déjeuner. Je vous envie
les petits poissons que vous mangez peut-être en ce moment. Veuillez me
dire ce que c'est que ce rocher élevé à Boulogne, près de l'endroit où
l'on débarque. Cela m'a paru une monstruosité.