CCCXIII

Paris, 16 juin 1868.

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Je suppose que vous avez à peu près le même temps que nous,

c'est-à-dire très-beau, et que vous n'avez pas à souffrir de l'excès

d'humidité, qui est le mauvais côté de P... Ici, le commencement

d'été est ravissant. Je suis allé avant-hier au bois de Boulogne,

où j'ai vu les toilettes les plus mirobolantes. J'ai rencontré une

fort belle personne, mise d'une façon très-extraordinaire et avec les

cheveux d'une belle couleur aurore. J'aurais juré que c'était quelque

demoiselle de la rue de Breda. J'ai fini par reconnaître en elle la

femme d'un général, qui avait autrefois les cheveux châtain foncé. Les

mœurs font des progrès singuliers. Un monsieur fort bien dans le monde

vivait maritalement avec la femme d'un autre monsieur. Rentrant chez

lui, il la trouve avec un troisième monsieur; sur quoi, il va trouver

le mari et lui dit: «Je sais que vous désirez avoir des preuves de

criminelle conversation pour obtenir une séparation de corps d'avec

votre femme. Je vous apporte ces preuves.» Il lui remet un paquet

de lettres, et ils se séparent en se donnant des marques d'estime

réciproque. Il ne paraît pas qu'on l'ait mis à la porte de son club ni

d'aucun salon où il allait.

M. Tourguenief vient de m'envoyer une nouvelle très-courte, mais

très-jolie, qui s'appelle _le Brigadier._ On la traduit en ce moment,

et, si on m'envoie des épreuves, je vous en ferai part. Les romans

anglais deviennent si horriblement ennuyeux, que je n'y puis mordre.

Il me semble qu'il n'y a plus ici que M. Ponson du Terrail, mais les

feuilletons sont trop courts.

Je crois que j'irai à Londres à la fin du mois; j'espère vous voir Ã

Hastings et à Paris vers la fin de juillet. Adieu, chère amie.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 158 / 183 题