Paris, 16 juin 1868.
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Je suppose que vous avez à peu près le même temps que nous,
c'est-à -dire très-beau, et que vous n'avez pas à souffrir de l'excès
d'humidité, qui est le mauvais côté de P... Ici, le commencement
d'été est ravissant. Je suis allé avant-hier au bois de Boulogne,
où j'ai vu les toilettes les plus mirobolantes. J'ai rencontré une
fort belle personne, mise d'une façon très-extraordinaire et avec les
cheveux d'une belle couleur aurore. J'aurais juré que c'était quelque
demoiselle de la rue de Breda. J'ai fini par reconnaître en elle la
femme d'un général, qui avait autrefois les cheveux châtain foncé. Les
mÅurs font des progrès singuliers. Un monsieur fort bien dans le monde
vivait maritalement avec la femme d'un autre monsieur. Rentrant chez
lui, il la trouve avec un troisième monsieur; sur quoi, il va trouver
le mari et lui dit: «Je sais que vous désirez avoir des preuves de
criminelle conversation pour obtenir une séparation de corps d'avec
votre femme. Je vous apporte ces preuves.» Il lui remet un paquet
de lettres, et ils se séparent en se donnant des marques d'estime
réciproque. Il ne paraît pas qu'on l'ait mis à la porte de son club ni
d'aucun salon où il allait.
M. Tourguenief vient de m'envoyer une nouvelle très-courte, mais
très-jolie, qui s'appelle _le Brigadier._ On la traduit en ce moment,
et, si on m'envoie des épreuves, je vous en ferai part. Les romans
anglais deviennent si horriblement ennuyeux, que je n'y puis mordre.
Il me semble qu'il n'y a plus ici que M. Ponson du Terrail, mais les
feuilletons sont trop courts.
Je crois que j'irai à Londres à la fin du mois; j'espère vous voir Ã
Hastings et à Paris vers la fin de juillet. Adieu, chère amie.