CCC

Paris, vendredi 30 avril 1867.

Chère amie, je suis bien fâché de vous savoir entourée de malades.

Cela me fait craindre que vous ne pensiez pas à moi, qui le suis plus

que jamais par le temps qu'il fait. Ne viendrez-vous pas me soigner un

de ces jours? Je suis allé cependant à l'Exposition; je n'ai pas été

ébloui. Il est vrai qu'il pleuvait à verse et qu'il m'a été impossible

d'aller voir les bêtises amusantes qui sont, dit-on, dans le jardin.

J'ai vu quelques beaux objets chinois, trop chers pour ma bourse; des

tapis russes, tous déjà vendus. Il faudra qu'un de ces matins vous

me meniez là et me guidiez dans mes acquisitions. Vous me paraissez

très-enchantée de ce bazar: peut-être que votre enthousiasme éveillera

le mien. Le temps pluvieux et sombre me fait beaucoup de mal. Je n'ose

plus sortir et je vis comme un ours. Je meurs d'envie d'aller vous

voir un soir, mais j'ai la conviction que je serais obligé de passer

la nuit sur la première marche de votre escalier. Savez-vous quelque

livre amusant à lire pour mes soirées? En attendant mieux, j'écris,

pour le _Journal des Savants_, un article sur la princesse Sophie, sœur

de Pierre le Grand. Je ne sais si cela vous amusera. Je vous le lirai

prochainement.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 145 / 183 题