CCCI

Mercredi, 26 juin 1867.

Chère amie, n'eût-il pas mieux valu m'apporter vous-même votre bouquet?

vous m'avez fait grande peine en me l'envoyant. Je suis toujours

très-grippé; mais comment se guérir avec le temps que nous avons!

Lisez le discours de Sainte-Beuve[1]; il vous amusera. Il est

impossible d'avoir plus d'esprit. Mais, s'il voulait ce qu'il

demandait, il a pris le meilleur moyen de se faire refuser. Je ne sais

ce qu'il advient de son commerce d'épigrammes avec M. Lacaze, mais je

crains que cela ne finisse par de la poudre. Il est impossible de se

représenter l'expression de haine et de mépris profond de sa figure

lorsqu'il lisait, car il a lu, ce qui a nui un peu à l'effet.

Je vous ai fait mes compliments de condoléance pour la perte de

votre porte-monnaie à l'Exposition. Rendez-moi la pareille, car j'ai

laissé le mien dans une voiture. Je demande partout des billets pour

la cérémonie du 1er juillet. Je ne veux accepter pour vous que les

meilleures places, et n'en puis trouver.

[1] À propos des bibliothèques populaires, séance du Sénat du 25 juin

1867.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 146 / 183 题