Paris, 24 juin 1866.
Que devenez-vous? Il paraît que le choléra est très-fort à Amiens.
Je ne sais ce qu'on nous réserve au Luxembourg, et peut-être le
sénatus-consulte dont on nous menace m'obligera-t-il de rentrer ici
jusqu'au milieu du mois. J'ai acheté, pour me consoler, les vingt-sept
volumes des _Mémoires du XVIIIe siècle_, que je vais faire relier. Y
a-t-il dans tout cela quelque chose qui vous plaise? Votre Klincksieck
n'a rien de ce qu'on lui demande. Je vais aller chez Vieweg, qui aura
peut-être mon affaire. Malheureusement, l'édition des _Mémoires de F.
Auguste_, qui a paru à Leipzig, est entre les mains de M. de Bismark.
J'ai reçu avec surprise le livre que vous m'avez renvoyé. Je craignais
que vous ne le missiez avec ceux que vous m'avez déjà enlevés. Quand
viendrez-vous en choisir un autre? Malgré la chaleur, je suis assez
souffrant.
Vous me demandiez l'autre jour d'où me venaient mes connaissances dans
le dialecte des bohémiens. J'avais tant de choses à vous dire, que j'ai
oublié de vous répondre. Cela me vient de M. Borrow; son livre est un
des plus curieux que j'aie lus. Ce qu'il raconte des bohémiens est
parfaitement vrai, et ses observations personnelles sont tout à fait
d'accord avec les miennes, excepté sur un seul point. En sa qualité
de _clergyman_, il a fort bien pu se tromper là où, en ma qualité de
Français et de laïque, je pouvais faire des expériences concluantes. Ce
qui est très-singulier, c'est que cet homme, qui a le don des langues
au point de parler le dialecte des Cali, ait assez peu de perspicacité
grammaticale pour ne pas voir, au premier abord, qu'il est resté dans
ce dialecte beaucoup de mots étrangers à l'espagnol. Lui, prétend que
les racines seules des mots sanscrits se sont conservées. . . . . .
. . . . . . . . . . . .
J'aime bien l'odeur de cette essence, moins cependant depuis que je
sais que cet ami qui vous l'a donnée vous voit si souvent.