Paris, 5 juillet 1865.
Chère amie, je commençais à craindre que vous n'eussiez été foudroyée
comme madame Arbuthnot, ou que vous n'eussiez été mangée par quelque
ours. Je vous croyais certainement au fin fond du Tyrol, lorsque j'ai
reçu votre lettre de ***. Selon moi, il vaut mieux voyager par les
longs jours qu'en automne; mais, enfin, rien ne vous empêche de voir
Munich en septembre. Vous aurez soin seulement de vous pourvoir de
vêtements très-chauds, parce que le temps change très-brusquement dans
cette grande, vilaine et très-haute plaine de Munich. Rien de plus
facile que ce voyage. Vous pouvez y aller par Strasbourg ou, si vous
voulez, par Bâle. Je crois qu'à présent on va en chemin de fer jusqu'Ã
Constance. Vous pouvez, en tout cas, y arriver en bateau à vapeur. De
Constance, vous vous embarquerez sur le lac pour Lindau: Lindau est
une fort jolie petite ville; et, de là à Kempten, c'est une suite de
dioramas admirables. Vous pouvez prendre le chemin de fer pour aller
droit à Munich, ou bien vous arrêter en route entre Lindau et Kempten.
De Kempten à Munich, il n'y a qu'une plaine fort laide. Vous irez Ã
l'hôtel de _Bavière_ et non chez Maullich, où on m'a volé mes bottes.
Un valet de place ou le Guide des étrangers vous fera voir tout ce
qu'il y a de digne d'attention. Les peintures du palais, d'après les
Niebelungen, sont assez intéressantes; mais il faut des permissions
particulières. Tout le reste est ouvert à tout le monde. Vous
regarderez, pour m'en rendre compte, les nouvelles propylées de feu mon
ami Klenze. Vous regarderez, dans le musée des antiques, le fronton du
temple d'Ãgine et le groupe de marbre dont je vous ai parlé. Les vases
grecs sont très-curieux, les tableaux de la Pinacothèque également. Les
fresques de Cornélius et autres faux originaux vous feront lever les
épaules. Allez boire de la bière dans les jardins publics, où, pour
quelques sous, vous entendrez de bonne musique. Vous ferez bien d'aller
faire des courses dans le Tyrol bavarois, Ã Tegernsee, etc., si vous
avez le temps. En allant à Salzbourg (ce dont je vous félicite), vous
irez voir, si cela vous convient, la mine de sel de Hallein. Il n'y a
rien à voir à Innsbruck que le paysage et les statues de bronze de la
cathédrale. Dans tous ces pays-là , vous pouvez vous arrêter dans les
plus petits villages, sûre d'y trouver un lit et un dîner tolérable. Je
voudrais partager ce plaisir avec vous.
Nous avons ici des histoires toutes plus scandaleuses les unes que les
autres. . . . . . . .
Tout cela est fort édifiant et fait craindre que la fin du monde ne
soit proche. Achetez-vous des bas verts à Salzbourg ou à Innsbruck, si
vous en trouvez qui vous aillent. Les jambes bavaroises sont grosses
comme mon corps. Adieu, chère amie; prenez bien soin de vous et
amusez-vous. N'oubliez pas de me donner de vos nouvelles. . .
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