CCLXXIV

Paris, vendredi 12 décembre 1863.

Chère amie, j'allais vous écrire quand j'ai reçu votre lettre. Vous

vous plaignez d'être enrhumée, mais vous ne savez pas ce que c'est que

de l'être. Il n'y a qu'une personne enrhumée, en ce moment, à Paris, et

cette personne, c'est moi. Je passe ma vie à tousser et à étouffer, et,

si cela dure, vous aurez bientôt à faire mon oraison funèbre. Je pense

fort à Cannes, et ce n'est que sous son soleil que je guérirai. Il faut

auparavant que je vote cette longue et filandreuse adresse que notre

président, si digne de son nom, nous a composée. . . . . . . .

. . . . . . . . . . . .

Connaissez-vous Aristophane? Cette nuit, ne pouvant dormir, j'ai pris

un volume que j'ai lu tout entier et qui m'a très-amusé. J'ai une

traduction pas trop bonne à vos ordres. Il y a des choses qui feront

beaucoup de peine À votre pruderie, mais qui vous intéresseront,

surtout maintenant que vous avez appris quelque chose des mœurs

antiques dans Cicéron. Adieu. . . .

. . . . . . . . . . . .

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 119 / 183 题