CCLXVIII

Paris, vendredi 12 juin 1863.

Chère amie, j'apprends avec grand plaisir votre retour en France, et

avec encore plus de plaisir votre intention de revenir bientôt à Paris.

Il me semble que vous vous êtes mise en frais de coquetterie vraiment

extraordinaire pour avoir ainsi exploité cet infortuné Bucci. Si je

vous avais donné une lettre pour lui selon mon intention, vous auriez

emporté toute sa boutique, sans avoir recours aux procédés d'enjôlement

qui vous sont familiers. Au fond, c'est un fort brave homme qui a

conservé un culte pour Bayle, dont il était la seule ressource pendant

son exil à Civita-Vecchia. Il eût été mieux de le faire parler du

gouvernement pontifical. S'il avait été aussi sincère qu'il s'est

montré galant, il vous en aurait plus appris à ce sujet que tous les

ambassadeurs qui sont à Rome. Le fort et le fin de ces renseignements

consiste, au reste, à vous apprendre ce que vous n'ignorez pas,

j'espère. . . . . . .

Je pars le 21 pour Fontainebleau, ce qui m'empêchera peut-être d'aller

en Angleterre, comme je me l'étais proposé, à la fin de ce mois. J'y

reste jusqu'au 5 juillet, c'est-à-dire jusqu'à la fin du séjour. Je

pense que vous serez revenue la semaine prochaine, et que je vous

verrai avant mon départ. J'espère que cela vous déterminera à vous

hâter un peu, si besoin est. Vous ne me parlez pas de votre santé.

Je suppose que, malgré la mauvaise cuisine papale, vous revenez en

bon point. J'ai été presque toujours grippé plus ou moins, poussif

par-dessus le marché, comme à mon ordinaire. Le séjour de Fontainebleau

va m'achever, selon toute apparence. Je vous dirai pourquoi je n'ai pas

cherché à esquiver cet honneur.

Je pense à faire un petit voyage en Allemagne cet été pour aller voir

les propylées de Munich, de mon ami M. Klenze, et aussi pour prendre

des eaux qu'on me conseille, bien que cela ne m'inspire pas grande

confiance. Comme je ne m'habitue pas à être malade, je tiens beaucoup Ã

guérir et je ne veux pas qu'il y ait de ma faute si je n'y parviens pas.

Vous n'avez pas osé lire probablement _Mademoiselle de la Quintinie_

pendant que vous étiez en terre sainte. Cela est médiocre. Il n'y a

qu'une scène assez jolie. Je ne sache rien de nouveau qui soit digne

de votre colère en fait de romans. Chmielniçki en est à son cinquième

article, que je corrige, et ce ne sera pas le dernier. Je vous donnerai

les épreuves, si vous voulez et si vous pouvez les lii*e non corrigées.

Adieu, chère amie; je voudrais bien vous décider à faire diligence.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 113 / 183 题