Paris, vendredi 12 juin 1863.
Chère amie, j'apprends avec grand plaisir votre retour en France, et
avec encore plus de plaisir votre intention de revenir bientôt à Paris.
Il me semble que vous vous êtes mise en frais de coquetterie vraiment
extraordinaire pour avoir ainsi exploité cet infortuné Bucci. Si je
vous avais donné une lettre pour lui selon mon intention, vous auriez
emporté toute sa boutique, sans avoir recours aux procédés d'enjôlement
qui vous sont familiers. Au fond, c'est un fort brave homme qui a
conservé un culte pour Bayle, dont il était la seule ressource pendant
son exil à Civita-Vecchia. Il eût été mieux de le faire parler du
gouvernement pontifical. S'il avait été aussi sincère qu'il s'est
montré galant, il vous en aurait plus appris à ce sujet que tous les
ambassadeurs qui sont à Rome. Le fort et le fin de ces renseignements
consiste, au reste, Ã vous apprendre ce que vous n'ignorez pas,
j'espère. . . . . . .
Je pars le 21 pour Fontainebleau, ce qui m'empêchera peut-être d'aller
en Angleterre, comme je me l'étais proposé, à la fin de ce mois. J'y
reste jusqu'au 5 juillet, c'est-à -dire jusqu'à la fin du séjour. Je
pense que vous serez revenue la semaine prochaine, et que je vous
verrai avant mon départ. J'espère que cela vous déterminera à vous
hâter un peu, si besoin est. Vous ne me parlez pas de votre santé.
Je suppose que, malgré la mauvaise cuisine papale, vous revenez en
bon point. J'ai été presque toujours grippé plus ou moins, poussif
par-dessus le marché, comme à mon ordinaire. Le séjour de Fontainebleau
va m'achever, selon toute apparence. Je vous dirai pourquoi je n'ai pas
cherché à esquiver cet honneur.
Je pense à faire un petit voyage en Allemagne cet été pour aller voir
les propylées de Munich, de mon ami M. Klenze, et aussi pour prendre
des eaux qu'on me conseille, bien que cela ne m'inspire pas grande
confiance. Comme je ne m'habitue pas à être malade, je tiens beaucoup Ã
guérir et je ne veux pas qu'il y ait de ma faute si je n'y parviens pas.
Vous n'avez pas osé lire probablement _Mademoiselle de la Quintinie_
pendant que vous étiez en terre sainte. Cela est médiocre. Il n'y a
qu'une scène assez jolie. Je ne sache rien de nouveau qui soit digne
de votre colère en fait de romans. Chmielniçki en est à son cinquième
article, que je corrige, et ce ne sera pas le dernier. Je vous donnerai
les épreuves, si vous voulez et si vous pouvez les lii*e non corrigées.
Adieu, chère amie; je voudrais bien vous décider à faire diligence.