Cannes, 1er mars 1862.
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Vous êtes bien bonne de penser à mon livre au milieu de tous vos
ennuis; si vous pouvez me l'avoir pour mon retour, cela me fera grand
plaisir, mais ne vous donnez pas trop de peine pour cela.
La fête de ma cousine m'est absolument sortie de la tête. Je ne m'en
suis souvenu l'autre jour que lorsqu'il n'était plus temps. Nous en
causerons ensemble à mon retour, s'il vous plaît: cela devient tous
les ans plus difficile, et j'ai épuisé les bagues, les épingles, les
mouchoirs et les boutons. C'est le diable d'inventer quelque chose de
nouveau!
Cela n'est pas moins difficile pour les romans. Je viens de lire en
ce genre de telles rapsodies que cela mérite vraiment des châtiments
corporels. Je vais passer trois jours à Saint-Césaire, dans les
montagnes, au-dessus de Cannes, chez mon docteur, qui est un
très-aimable homme; à mon retour, je penserai sérieusement à me mettre
en route pour Paris. Je ne regrette pas de ne point avoir assisté
à tout le tapage qui s'est fait au Luxembourg, et qui était digne
d'écoliers de quatrième. Je regrette encore moins de n'avoir pas pris
part aux élections, ou tentatives d'élections académiques, qui ont eu
lieu l'autre jour. Nous voilà en proie aux cléricaux, et bientôt, pour
être admis comme candidat, il faudra produire un billet de confession.
M. de Montalembert en a donné un de catholicisme à un de mes amis, qui
n'est que Marseillais, mais qui a le bon sens de se laisser faire.
Jusqu'à présent, ces messieurs ne sont pas très-difficiles; mais il est
à craindre qu'ils ne le deviennent avec le temps et le succès.
Vous ne pouvez vous rien imaginer de plus joli que notre pays par
le beau temps. Ce n'est pas celui d'aujourd'hui, car, par grand
extraordinaire, il pleut depuis ce matin; tous les champs sont couverts
de violettes et d'anémones, et d'une quantité d'autres fleurs dont je
ne sais pas le nom.
Adieu, chère amie. à bientôt, j'espère. Je désire vous retrouver en
aussi bonne condition que je vous ai laissée il y a plus de deux mois.
Ne maigrissez ni ne grossissez, ne vous désolez pas trop et pensez un
peu à moi. Adieu.