CCLI

Paris, 2 novembre 1861.

J'ai de si mauvais yeux, que je ne vous ai pas reconnue tout de suite

l'autre jour. Pourquoi venez-vous dans mon quartier sans m'en prévenir?

La personne qui était avec moi m'a demandé qui était cette dame qui

avait de si beaux yeux.--J'ai passé tout mon temps à travailler

comme un nègre pour mon maître, que j'irai voir dans huit jours.

La perspective de huit jours de culottes courtes m'effraye un peu.

J'aimerais mieux les passer au soleil. Je commence à y penser. D'autre

part, la session dont on nous menace me fait enrager. Je ne comprends

pas pourquoi on ne fait pas en été les affaires publiques.

. . . . . . . . . . . .

J'ai un livre pour vous qui n'est pas trop bête. Ma mémoire s'en va, et

j'ai fait relier un volume dont j'avais déjà un exemplaire. Vous voyez

ce que vous y gagnerez.

Mon torticolis est à peu près passé; mais j'ai veillé si tard, ces

jours passés, que je suis tout nerveux et éreinté. Quand nous nous

verrons, nous causerons métaphysique. C'est un sujet que j'aime

beaucoup, parce qu'il ne peut pas s'épuiser.

Adieu, chère amie.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 95 / 183 题