CCXLII

Paris, 15 mai 1861. Sénat.

Chère amie, je suis si occupé depuis quelques jours, que j'ai toujours

remis à vous écrire. Je voudrais vous demander de me rendre ma visite.

Je suis en proie, en ce moment même, aux harengs que les veaux

marins de Boulogne ont suscités pour nous tourmenter, et j'attends

les Maronites pour achever. Cela veut dire que nous nous disputons

et très-aigrement à propos de harengs dans cet établissement[1] et

que nous sommes menacés de séances tous les jours. Au reste, cela ne

durera pas longtemps, j'espère. Je travaille toutes les nuits et j'ai

le bonheur d'en être aux supplices qu'on fait subir à mon héros. Vous

voyez que je suis près de la fin. Cela est long, pas très-amusant et

très-horrible. Je vous ferai lire cela quand ce sera imprimé. Que

pensez-vous de _Macaulay?_ Est-ce aussi bien que le commencement?

Est-il vrai que tous les pécheurs de harengs de Boulogne soient des

voleurs qui vont acheter des harengs pris par les Anglais et qui

prétendent les avoir pris eux-mêmes? Est-il vrai aussi que les harengs

ont été séduits par les Anglais et qu'ils ne passent plus le long de

nos côtes?

[1]Le Sénat.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 84 / 183 题