Paris, 15 mai 1861. Sénat.
Chère amie, je suis si occupé depuis quelques jours, que j'ai toujours
remis à vous écrire. Je voudrais vous demander de me rendre ma visite.
Je suis en proie, en ce moment même, aux harengs que les veaux
marins de Boulogne ont suscités pour nous tourmenter, et j'attends
les Maronites pour achever. Cela veut dire que nous nous disputons
et très-aigrement à propos de harengs dans cet établissement[1] et
que nous sommes menacés de séances tous les jours. Au reste, cela ne
durera pas longtemps, j'espère. Je travaille toutes les nuits et j'ai
le bonheur d'en être aux supplices qu'on fait subir à mon héros. Vous
voyez que je suis près de la fin. Cela est long, pas très-amusant et
très-horrible. Je vous ferai lire cela quand ce sera imprimé. Que
pensez-vous de _Macaulay?_ Est-ce aussi bien que le commencement?
Est-il vrai que tous les pécheurs de harengs de Boulogne soient des
voleurs qui vont acheter des harengs pris par les Anglais et qui
prétendent les avoir pris eux-mêmes? Est-il vrai aussi que les harengs
ont été séduits par les Anglais et qu'ils ne passent plus le long de
nos côtes?
[1]Le Sénat.