Glenquoich, 22 août 1860.
Je suis sans nouvelles de vous. . . . . .
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Ce n'est pas chose facile de partir d'ici. Outre les gens qui vous
retiennent, il y a les difficultés matérielles, les jours de bateaux
à vapeur pour aller gagner par les lacs les extrémités des chemins
de fer. Nous avons ici un temps presque toujours détestable, mais
qui n'empêche pas les gens de sortir. On est si habitué à la pluie,
que, lorsqu'il ne tombe pas des hallebardes, on croit qu'on peut se
promener. Les sentiers sont quelquefois des torrents, on ne voit pas
les montagnes à cent pas de soi, mais on rentre en disant: _Beautiful
walk._ Ce qu'il y a de pire en ce pays-ci, c'est un moucheron appelé
_midge_; et des plus vénimeux. Ils sont très-friands de mon sang
et j'ai la figure et les mains dévorées. Je suis ici avec deux
demoiselles, l'une blonde et l'autre rousse, toutes les deux avec
une peau de satin, et les horribles midges préfèrent s'attaquer Ã
moi. Notre principal amusement est la pêche. Elle a l'avantage que
les midges craignent l'eau et ne se hasardent jamais sur le lac.
Nous sommes ici quatorze personnes. Dans la journée, chacun s'en va
de son côté. Le soir, après le dîner, chacun prend un livre ou écrit
des lettres. Causer et chercher à s'amuser les uns par les autres est
chose inconnue aux Anglais. Je voudrais bien savoir quelque chose de
vos projets. Ãcrivez-moi à Londres dès que vous recevrez cette lettre.
Dites-moi quand vous partez et si je pourrai vous dire adieu. Je tiens
pour certain que vous ferez vos efforts pour que nous puissions passer
quelques heures ensemble avant votre grand voyage. L'air des Highlands
me fait du bien. Il me semble que je respire mieux que je ne faisais
avant de venir ici. Je ne puis me résigner à manger, et c'est le grand
plaisir dans ce temps de pluie et de brouillards. Nos chasseurs nous
tuent des cerfs sur les montagnes, souvent des grouses, et nous avons
tous les jours des oiseaux très-bons. Je soupire pour une soupe maigre
ou pour dîner seul chez moi ou à Saint-Chéron avec vous; ce dernier
souhait ne se réalisera pas, j'en ai bien peur. Je ne sais si je vous
ai dit que j'avais pour vous un voile bleu. J'ai eu le courage de ne
pas m'en servir pour vous le rapporter frais. Si vous saviez quelles
montagnes les _midges_ vous dessinent sur la figure, vous apprécieriez
la force d'âme dont j'ai fait preuve. Adieu.