Château de Fontainebleau, 12 juin 1860.
Pourquoi ne m'avez-vous pas écrit? Vous auriez dû le faire pour
beaucoup de raisons. On m'a retenu ici pour cette semaine. J'espère
bien vous retrouver à Paris, car vous aurez sans doute prolongé votre
villégiature si le temps vous a aussi maltraitée que nous. Cependant,
nous avons fait quelques jolies promenades dans les bois, entre deux
ondées; tout est d'un vert d'épinards uniforme, et, quand il n'y a
pas de soleil, c'est médiocre. Il y a des rochers et des bruyères qui
auraient leur mérite si l'on s'y promenait en tête-à -tête, en causant
de toute sorte de choses comme nous savons faire; mais nous allons
en longue file de chars à bancs où l'on n'est pas toujours très-bien
appareillé pour l'amusesement réciproque. Il n'y a pas, d'ailleurs, de
république où l'on soit plus libre, ni de châtelain et de châtelaine
plus aimables pour leurs hôtes. Avec tout cela, les journées ont
vingt-quatre heures, dont on passe au moins quatre en pantalon collant,
ce qui semble un peu dur dans ce temps de mollesse et de mauvaises
habitudes.
Je me suis enrhumé horriblement les premiers jours de mon arrivée. Au
reste, comme à brebis tondue Dieu mesure le vent, je n'ai plus eu mes
douleurs dès que je me suis mis à tousser.
Je n'admets pas un instant que vous ne m'attendiez pas. Il serait
absurde d'aller à la mer avant que le temps se fût mis au beau et
surtout au chaud. Engagez vos amis à la patience; j'en ai beaucoup
aussi, et, entre autres, celle de redire cent fois la même chose à une
personne qui ne veut guère entendre. Adieu. . . . .
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