Mardi soir, 1er mai 1860.
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Le bal de l'hôtel d'Albe était splendide. Les costumes étaient
très-beaux; beaucoup de femmes très-jolies et le siècle montrant
de l'audace. 1° On était décolleté d'une façon outrageuse par en
haut et par en bas aussi. Ã cette occasion, j'ai vu un assez grand
nombre de pieds charmants et beaucoup de jarretières dans la valse.
2° La crinoline est en décadence. Croyez que, dans deux ans, les
robes seront courtes et que celles qui ont des avantages naturels se
distingueront de celles qui n'en ont que d'artificiels. Il y avait des
Anglaises incroyables. La fille de lord ***, qui est charmante, était
en nymphe dryade, ou quelque chose de mythologique, avec une robe qui
aurait laissé toute la gorge à découvert si on n'y eût remédié par un
maillot. Cela m'a semblé presque aussi vif que le décolletage de la
maman, dont on pénétrait tout l'estomac d'un coup d'Åil. Le ballet
des _Eléments_ se composait de seize femmes, toutes assez jolies, en
courts jupons et couvertes de diamants. Les Naïades étaient poudrées
avec de l'argent qui, tombant sur leurs épaules, ressemblait à des
gouttes d'eau. Les Salamandres étaient poudrées d'or. Il y avait une
mademoiselle Errazu merveilleusement belle. La princesse Mathilde était
en Nubienne, peinte en couleur bistre très-foncé, beaucoup trop exacte
de costume. Au milieu du bal, un domino a embrassé madame de S..., qui
a poussé les hauts cris. La salle à manger avec une galerie autour,
les domestiques en costume de pages du XVIe siècle, et de la lumière
électrique, ressemblait au festin de Balthazar dans le tableau de
Wrowthon. L'empereur avait beau changer de domino, on le reconnaissait
d'une lieue. L'impératrice avait un bournous blanc et un loup noir
qui ne la déguisait nullement. Beaucoup de dominos, et, en général,
fort bêtes. Le duc de *** se promenait en arbre, vraiment assez bien
imité. Je trouve qu'après l'histoire de sa femme, c'est un déguisement
un peu trop remarquable. Si vous ne savez pas l'histoire, la voici en
deux mots: sa femme, qui est une demoiselle *** (dont, par parenthèse,
la mère devait être ma marraine, à ce qu'on m'a dit), est allée chez
Bapst, et a acheté une parure de soixante mille francs, en disant
qu'elle la renverrait le lendemain si elle ne lui convenait pas. Elle
n'a rien renvoyé, ni argent ni parure. Bapst a redemandé ses diamants:
on lui a répondu qu'ils étaient partis pour le Portugal, et, en fin
de compte, on les a retrouvés au Mont-de-Piété, d'où la duchesse de
*** les a retirés pour quinze mille francs. Cela fait l'éloge du temps
et des femmes! Autre scandale. Au bal de M. d'Aligre, une femme a été
pincée _black and blue_ par un mari, non moins ombragé de panaches que
M. de ***, mais plus féroce. La femme a crié et s'est évanouie; tableau
général! On n'a pas jeté le jaloux par la fenêtre, ce qui eût été la
seule chose sensée à faire.
Adieu.