CCXVIII

Samedi 14 avril 1860.

. . . . . . . . . J'ai mené depuis Pâques une vie fort dissipée: je

suis allé deux fois au bal et j'ai dîné en ville tous les jours. Ce

bal, où je devais étrenner ce domino avec une _baretta_ vénitienne, est

remis au 24, parce qu'on juge en ce moment en Espagne les complices

d'Ortega, parmi lesquels il y a deux parents de l'impératrice. S'ils

sont fusillés, ce qui est fort dans les façons de faire du pays, je

crois que le bal sera entièrement abandonné, et j'en serai pour mon

domino. J'ai beaucoup vu Ortega, qui est, par parenthèse, un charmant

garçon, la coqueluche des belles dames de Madrid. J'ai très-grand peur

qu'il ne s'en tire pas. Cependant, on dit qu'il y a toujours du remède

quand il s'agit de jolis garçons. . . . . . .

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 57 / 183 题