Paris, dimanche soir, 12 mars 1860.
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Je trouve que votre air de Paris est bien lourd et j'ai toujours la
migraine. Je n'ai encore vu personne et je n'ose sortir le soir. Il me
semble que ce doit être bien extraordinaire de faire des visites à dix
heures du soir.
Point de nouvelles du livre de mon ami M. de Gobineau; décidément,
il doit vous rester sur la conscience. Indiquez-moi quelque roman Ã
lire. J'en éprouve un grand besoin. Pendant que j'étais à Cannes,
j'ai lu un roman de Bulwer: _What will he do with it?_ qui m'a paru
sénile au dernier point. Il y a pourtant quelques jolies scènes et un
très-bon sermon. Quant au héros et à l'héroïne, ils dépassent tout ce
que l'usage permet dans le genre niais. Un livre qui m'a beaucoup plus
amusé, c'est l'ouvrage de M. de Bunsen sur l'origine du christianisme
et sur _tout_, pour parler plus exactement. Mais cela s'appelle
_Christianity und Mankind_ y cela n'a que sept volumes de sept à huit
cents pages. M. de Bunsen se dit très-chrétien et il traite le Vieux et
le Nouveau Testament par-dessous la jambe. . . . . . .
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J'ai appris aujourd'hui qu'il y a eu, dans un des derniers bals
masqués, une femme qui a eu le courage de paraître en costume de 1806
sans crinoline, et que cela a produit un très-grand effet.