Paris, samedi 30 juillet 1859.
Je resterai à Paris jusqu'au 15 août; après quoi, probablement,
j'irai passer quelques jours dans les Highlands. Mais il reste bien
entendu que vous aurez la préférence sur tout, et, tel jour que vous
m'indiquerez, vous pouvez m'attendre avec sécurité. Vous voyez que je
suis précis; tâchez de l'être un peu dans vos réponses. Il paraît que
vous ne pouvez plus vivre sans montagnes et sans forêts séculaires.
Je m'imagine que le soleil vous a brunie et engraissée. Je serai,
d'ailleurs, bien charmé de vous voir, quelle que vous soyez, et vous
pouvez être sûre d'être traitée avec une grande tendresse. Je vois,
par vos lettres, que vous passez le temps très-gaiement en promenades
et divertissements de tout genre. Je cherche à deviner quel peut-être
le mérite relatif d'un habitant du Pas-de-Calais ou d'un Grenoblois.
Tout considéré, je pencherais pour le premier, parce qu'il fait moins
de bruit et qu'il n'a jamais eu de parlement pour lui persuader qu'il
avait de l'esprit et qu'il avait une importance politique. J'ai connu
cependant deux Grenoblois hommes d'esprit, mais ils avaient passé leur
vie à Paris. Je n'ai aucune idée de ce que peuvent être les femmes. Il
n'y a pas assez longtemps que j'ai renoncé aux peintures du cÅur humain
pour ne pas prendre intérêt à l'état des esprits au temps présent . . .
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Je suis toujours malade et quelquefois je soupçonne que je suis sur le
grand railway menant outre-tombe. Tantôt cette idée m'est très-pénible,
tantôt j'y trouve la consolation qu'on éprouve en chemin de fer:
c'est l'absence de responsabilité devant une force supérieure et
irrésistible. . .
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