Paris, 21 juillet 1859.
Ma lettre d'hier s'est croisée avec la vôtre. C'est-à -dire, ce n'était
pas une lettre que ce que vous m'avez envoyé, mais une papillote
très-inconvenante. J'imagine sans peine la vie très-dissipée que vous
menez là -bas, maintenant que vous êtes rassurée sur votre frère. Je
suis très-souffrant, à cause de l'horrible chaleur et du manque absolu
de sommeil et d'appétit. Je ne doute pas que, sous ces deux rapports,
vous ne soyez très-avantageusement partagée. Il me semble parfois que
je marche à grands pas vers le monument. Cette idée est quelquefois
assez importune et je voudrais bien m'en distraire. C'est une des
raisons pour lesquelles je désirerais tant vous voir. Vous recevrez
mes deux lettres à la fois. J'espère que vous y ferez une réponse
catégorique et formelle.
Je lis les _Lettres de madame du Deffand_, qui vous amuseront fort.
C'est la peinture d'une société très-aimable, pas trop frivole,
beaucoup moins qu'on ne le croit généralement. Ce qui me frappe, comme
très-différent de l'époque présente, c'est d'abord l'envie de plaire,
qui est générale, et les frais que chacun se croit obligé de faire.
En second lieu, c'est la sincérité et la fidélité des affections.
C'étaient des gens beaucoup plus aimables que nous, et surtout que
vous, que je n'aime plus du tout. Adieu; je suis de trop mauvaise
humeur aujourd'hui pour vous en écrire davantage. Mes palpitations
m'ont repris depuis quelques jours et je suis horriblement nerveux et
faible.