Cannes, 8 octobre 1858.
Vos coquilles sont arrivées ici sans encombre. Je serai à Paris
mercredi ou jeudi prochain. Quand vous voudrez vos commissions, vous
viendrez les chercher. Je suis revenu de Florence par terre et me
suis fort bien trouvé de cette résolution. La route à partir de la
Spezzia est magnifique, autant sinon plus que la route de Gênes à Nice.
J'emporte un souvenir très-doux de Florence. C'est une belle ville.
Venise n'est que jolie. Quant aux ouvrages d'art, il n'y a pas de
comparaison possible. Il y a à Florence deux musées sans égaux. Quand
vous irez à Pise, je vous recommande l'hôtel de la _Grande-Bretagne._
C'est la perfection du confort. J'ai fait la folie insigne, sur la
foi d'un journal de Nice, d'aller voir une caverne à stalactites
découverte par un lapin. Cela se trouve dans les environs d'un lieu
nommé la Colle, en France, mais à deux pas de la frontière. On m'a fait
ramper sur la terre pendant une heure pour voir des cristallisations
plus ou moins ridicules, des carottes ou des navets pendants de la
voûte.--J'ai trouvé ici un désert complet, tous les hôtels sont vides,
pas un Anglais dans les rues. Cependant, ce serait le moment d'y aller
passer quelques jours. Le temps est superbe, justement assez chaud pour
qu'on trouve l'ombre avec plaisir, mais le soleil n'est plus du tout
dangereux. Dans deux mois, tout cela sera plein et il y aura un vent du
nord des plus désagréables. Les voyageurs sont des moutons très-bêtes.
Vous ai-je parlé des cailles au riz qu'on mange à Milan?... C'est
ce que j'ai trouvé de plus remarquable dans cette ville. Cela vaut
le voyage. Je revois ce pays-ci avec plaisir après en avoir vu tant
d'autres qui passent pour magnifiques. Les montagnes de l'Estérel m'ont
paru plus petites que les Alpes, mais leurs profils sont toujours les
plus gracieux qu'on puisse voir. C'est assez parler de voyage.
Quelles sont vos intentions pour cet automne? Prétendez-vous vous
renfermer dans vos montagnes du Dauphiné? Avec vous, on ne sait jamais
à quoi s'en tenir.--_You look one way and row another._--Adieu. . . . .
. . .