CLXXXVII

Cannes, 8 octobre 1858.

Vos coquilles sont arrivées ici sans encombre. Je serai à Paris

mercredi ou jeudi prochain. Quand vous voudrez vos commissions, vous

viendrez les chercher. Je suis revenu de Florence par terre et me

suis fort bien trouvé de cette résolution. La route à partir de la

Spezzia est magnifique, autant sinon plus que la route de Gênes à Nice.

J'emporte un souvenir très-doux de Florence. C'est une belle ville.

Venise n'est que jolie. Quant aux ouvrages d'art, il n'y a pas de

comparaison possible. Il y a à Florence deux musées sans égaux. Quand

vous irez à Pise, je vous recommande l'hôtel de la _Grande-Bretagne._

C'est la perfection du confort. J'ai fait la folie insigne, sur la

foi d'un journal de Nice, d'aller voir une caverne à stalactites

découverte par un lapin. Cela se trouve dans les environs d'un lieu

nommé la Colle, en France, mais à deux pas de la frontière. On m'a fait

ramper sur la terre pendant une heure pour voir des cristallisations

plus ou moins ridicules, des carottes ou des navets pendants de la

voûte.--J'ai trouvé ici un désert complet, tous les hôtels sont vides,

pas un Anglais dans les rues. Cependant, ce serait le moment d'y aller

passer quelques jours. Le temps est superbe, justement assez chaud pour

qu'on trouve l'ombre avec plaisir, mais le soleil n'est plus du tout

dangereux. Dans deux mois, tout cela sera plein et il y aura un vent du

nord des plus désagréables. Les voyageurs sont des moutons très-bêtes.

Vous ai-je parlé des cailles au riz qu'on mange à Milan?... C'est

ce que j'ai trouvé de plus remarquable dans cette ville. Cela vaut

le voyage. Je revois ce pays-ci avec plaisir après en avoir vu tant

d'autres qui passent pour magnifiques. Les montagnes de l'Estérel m'ont

paru plus petites que les Alpes, mais leurs profils sont toujours les

plus gracieux qu'on puisse voir. C'est assez parler de voyage.

Quelles sont vos intentions pour cet automne? Prétendez-vous vous

renfermer dans vos montagnes du Dauphiné? Avec vous, on ne sait jamais

à quoi s'en tenir.--_You look one way and row another._--Adieu. . . . .

. . .

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 26 / 183 题