CLXXXVIII

Paris, 21 octobre 1858.

Me voici de retour dans cette ville de Paris, où je suis assez furieux

de ne pas vous rencontrer. Il commence à faire froid et triste, et il

n'y a encore personne. J'ai quitté Cannes avec un temps admirable qui

est allé toujours grisonnant devant moi à mesure que je m'avançais vers

le Nord. Plaignez-moi: j'ai acheté un lustre à Venise qui m'est arrivé

avant-hier avec trois pièces cassées. Le juif qui me l'a vendu s'est

engagé à me remplacer la casse; mais quel moyen de le contraindre? Je

n'ai pas encore pu m'habituer à dormir dans mon lit. Je suis étranger

ici et je ne sais que faire de mon temps. Tout serait fort différent si

vous étiez à Paris.

J'ai rapporté de Cannes cette bête étrange, le prigadion, dont je

vous ai fait le portrait. Elle est vivante, mais je crains que vous

ne la trouviez plus de ce monde. Cela vit de mouches, et les mouches

commencent à manquer. J'en ai encore une douzaine que j'engraisse. Mes

amis m'ont trouvé maigri. Il me semble que je suis un peu mieux de

santé qu'avant mon départ. . . . . . . .

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 27 / 183 题