Interlaken, 3 juillet 1858.
Je sors des neiges éternelles et je trouve votre lettre en arrivant
ici. Vous ne me donnez pas votre adresse à G..., et cependant il
me semble que c'est là que je dois vous écrire. J'espère que vous
aurez l'esprit d'aller à la poste ou que la poste aura celui de vous
l'apporter. Notre voyage a été jusqu'ici assez favorisé par le temps.
Nous n'avons eu de la pluie qu'au Grimsel, ce qui nous a obligés de
passer deux nuits dans ce magnifique entonnoir. Le passage a eu ses
difficultés. Il y avait beaucoup de neige, et de la nouvelle. Je suis
tombé dans un trou avec mon cheval; mais nous nous en sommes retirés
sans autre inconvénient que d'avoir trop frais pendant une heure ou
deux. Une dame yankee, que nous avons rencontrée a fait au même endroit
une culbute très-pittoresque. Je suis brûlé et je pèle depuis le front
jusqu'au cou. J'ai visité le glacier du Rhône, ce que je ne vous
engage pas à faire; mais c'est jusqu'à présent ce que j'ai vu de plus
beau. J'en ai un dessin assez exact que je vous montrerai. J'espère
vous rencontrer à Vienne en octobre. C'est un très-jolie ville, avec
des antiquités romaines que j'aurai du plaisir à vous démontrer et Ã
revoir avec vous. Donnez-moi vos commissions pour Venise. Je ne sais
pas trop par quel chemin j'irai à Innspruck, si par le lac de Constance
ou bien par Lindau et peut-être Munich. Mais certainement je passerai
par Innspruck, car je vais à Venise par Trente et non par le vulgaire
Splugen. Ainsi, écrivez-moi à Innspruck sans trop lambiner. . . . . . .
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