CLXXIX

Londres, _British Museum_, 3 mai 1858.

Je crois que je serai à Paris mercredi matin.

Je suis tombé mercredi dans un assez drôle de guêpier. On m'a invité

à un dîner du _Literary fund_, présidé par lord Palmerston, et j'ai

reçu, au moment d'y aller, l'avis de me préparer à débiter un speech,

attendu qu'on associait mon nom à un toast à la littérature de l'Europe

continentale. Je me suis exécuté avec le contentement que vous pouvez

imaginer, et j'ai dit des bêtises en mauvais anglais, pendant un gros

quart d'heure, à une assemblée de trois cents lettrés ou soi-disant

tels, plus cent femmes admises à l'honneur de nous voir manger des

poulets durs et de la langue coriace. Je n'ai jamais été si saoul de

sottise, comme disait M. de Pourceaugnac.

Hier, j'ai reçu la visite d'une dame et de son mari qui m'apportaient

des lettres autographes de l'empereur Napoléon à Joséphine. On voudrait

les vendre. Elles sont fort curieuses, car il n'y est question que

d'amour. Tout cela est très-authentique, avec du papier à tête et les

timbres de la poste. Ce que je comprends difficilement, c'est que

Joséphine ne les ait pas brûlées aussitôt après les avoir lues. . . . .

. . . . . . .

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 18 / 183 题