CLXXX

Paris, 19 mai 1858.

On nous fait mener une ennuyeuse vie au Luxembourg. J'en suis excédé.

Je suis également consterné du temps qu'il fait. On me dit que cela est

très-profitable pour les pois. Je vous félicite donc, mais je trouve

qu'il ne devrait pleuvoir que sur les propriétaires. Je vous ai fort

accusée de m'avoir pris un livre (c'est ma seule propriété) que j'ai

cherché comme une aiguille, et que j'ai enfin découvert ce matin dans

un coin, où je l'avais fourré moi-même pour le mettre en sûreté. Mais

cela m'a fait faire plus de mauvais sang que le livre ne valait. Je

suis toujours malade depuis mon retour, c'est-à-dire que je n'ai ni

faim ni sommeil. Avant que vous partiez pour si longtemps, il me faut

absolument un second portrait. Quant à cela, il ne s'agit que d'une

demi-heure de patience, s'il est besoin de patience quand on sait qu'on

fait du plaisir aux gens. Je suis du voyage de Fontainebleau et ne

reviendrai que le 29.--Je voudrais que nous pussions causer longuement

avant ce départ. Il me semble qu'il y a un siècle que cela ne nous est

arrivé.

Lettres à une inconnue, Tome Deuxième Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 19 / 183 题