de l'autre dans la cour abbatiale. Nous avons déjà fait observer
qu'elle devoit ce nom au cardinal de Furstenberg, qui aliéna, en 1699,
plusieurs places vagues, dépendantes de son abbaye, à la charge d'y
faire bâtir. Elle se nomme maintenant rue de Gunzbourg.
_Rue de La Chaise._ Elle traverse de la rue Grenelle dans celle de
Sèvre. On l'appeloit anciennement _Chemin_ ou _petite rue de la
Maladrerie_. Les copistes en ont défiguré le nom en écrivant _la
Chèze_, _la Chaire_, _la Chaîne_; quelques plans l'indiquent sous le
nom de rue des _Teigneux_, à cause de l'hôpital qui y étoit situé.
_Rue Childebert._ Elle a été percée dans l'ancien enclos de l'abbaye
Saint-Germain. Les embellissements faits au palais abbatial, et les
rues ouvertes par le cardinal de Furstenberg, ayant fait naître aux
religieux le projet de tirer parti d'un terrain inutile qui rendoit
leur cour irrégulière, ils firent élever, du côté de la rue
Sainte-Marguerite, plusieurs bâtiments contigus et uniformes, qu'ils
firent continuer en retour parallèlement à la rue Saint-Benoît,
jusqu'à cette entrée de leur monastère, laquelle donnoit alors sur
cette rue; ce qui forma trois rues nouvelles, dont la principale fut
appelée Childebert, du nom du fondateur de l'abbaye. La première
pierre de ces édifices fut posée par le cardinal de Bissi, abbé de
Saint-Germain, le 11 avril 1715[384].
[Note 384: Depuis les changements faits dans tout ce terrain, la rue
Childebert communique d'un bout à la rue Sainte-Marthe, de l'autre à
la petite rue Sainte-Marguerite.]
_Rue des Ciseaux._ Elle traverse de la rue Sainte-Marguerite à la rue
du Four. Ce nom vient d'un hôtel appelé _des Ciseaux_, dont il est
fait mention dans les titres de Saint-Germain en 1453, et dans
plusieurs actes postérieurs. Le procès-verbal de 1636 la nomme rue des
_Fossés-Saint-Germain_.
_Rue du Colombier._ Elle commence à la rue de Seine, et finit au coin
de celle des Petits-Augustins. Ce n'étoit anciennement qu'un chemin
entre l'abbaye Saint-Germain et le Pré-aux-Clercs. Jaillot dit avoir
vu quelques titres qui indiquoient une maison dite _le Colombier,
près les murs de l'abbaye_[385]; et Sauval prétend que[386], suivant
un registre du trésor des chartes, à l'année 1317 et suivantes, il est
fait mention d'une maison et dépendances sises à Saint-Germain, au
lieu nommé le _Colombier_; d'où l'on peut inférer que c'est de là que
cette rue a tiré son nom. En 1585, on l'appeloit rue _du
Pré-aux-Clercs_. Cette rue, ou plutôt ce chemin, étoit auparavant plus
reculé du côté de la rivière, parce que Charles V ordonna de creuser
des fossés autour de l'abbaye; mais comme par la suite ils furent
jugés inutiles, les religieux les firent combler, excepté dans une
longueur de cent toises, qu'ils réservèrent pour faire un vivier.
C'est sur l'espace qu'avoit occupé ce vivier, et qui depuis fut aussi
rempli, qu'en 1585 le bailli de Saint-Germain fit faire l'alignement
d'un nouveau chemin. Il y eut d'abord à ses deux extrémités des portes
qui se fermoient la nuit; et, le jour, les gens de pied pouvoient
seuls y passer. On trouve depuis que les religieux permirent à des
particuliers d'y bâtir; et peut-être furent-ils troublés dans la
jouissance de ce terrain par les écoliers de l'Université; car, en
1641, le parlement rendit un arrêt pour que les bâtiments commencés
fussent continués[387]. Ce sont les maisons que nous voyons dans cette
rue et dans celle des Marais.
[Note 385: _Quartier Saint-Germain-des-Prés_, p. 36.]
[Note 386: T. I, p. 127.]
[Note 387: 2e invent., fº 48.]
_Rue Saint-Dominique._ Elle commence au haut de la rue Taranne, et
finissoit jadis à la barrière des Invalides; mais depuis elle fut
prolongée jusqu'à l'extrémité du Gros-Caillou. Avant que les religieux
de Saint-Dominique vinssent s'y établir, on l'appeloit _Chemin des
Vaches_, parce qu'on les conduisoit par-là, au Pré-aux-Clercs et à la
plaine de Grenelle. Dans un titre de 1542 elle porte ce nom et celui
de _la justice_, parce qu'alors celle de Saint-Germain étoit située à
son extrémité. Les Dominicains obtinrent, en 1643, du bailli de
Saint-Germain, la permission de mettre, aux deux bouts de ce chemin,
un marbre avec cette inscription, _rue Saint-Dominique, jadis des
Vaches_.
_Rue du Dragon_, voyez _rue du Sépulcre_.
_Cour du Dragon._ Elle est située à l'extrémité de la rue de l'Égout,
presqu'en face de la rue Sainte-Marguerite, et donne de l'autre bout
dans celle du Sépulcre. Au milieu du dix-septième siècle, il y avoit
en cet endroit une Académie royale. Madame Crozat en ayant fait
l'acquisition, y fit construire plusieurs maisons et ouvrir un passage
de communication. On l'appela _cour du Dragon_, sans doute par
allusion à celui que l'on voit sous les pieds de Sainte-Marguerite, et
qu'on a sculpté au-dessus de la principale porte de cette cour; on la
fermoit encore des deux côtés à la fin du siècle dernier.
_Rue de Durnstein_, voyez _rue de l'Échaudé_.
_Rue de l'Échaudé._ Nous avons déjà eu occasion de remarquer qu'on
appelle ainsi une île de maisons en forme triangulaire, qui donne sur
trois rues; aussi celle-ci aboutit-elle aux rues de Bourbon-le-Château,
du Colombier et de Seine. En 1541, elle n'étoit désignée que sous le nom
de «ruelle qui va du guichet de l'abbaye à la rue de Seine,» et en 1549,
«ruelle qui descend de l'abbaye à la rue de Seine[388].» Malgré cette
désignation, il faut observer qu'elle ne passoit pas alors la rue du
Colombier, et que la partie qui se prolonge au-delà n'a été continuée
qu'en 1586. Ce fut sur une place triangulaire, de cinq toises de long
sur trois toises un pied de large, donnée à cens, dans cette même année,
par le cardinal de Bourbon à un particulier nommé Geoffroy Lambert[389],
qu'on permit, en 1608 seulement, d'élever les maisons dont elle est
formée. On ignore quand cette rue a commencé à porter le nom de
l'Échaudé; mais elle est ainsi désignée sur le procès-verbal de 1636. La
plupart des plans ne la distinguent pas du cul-de-sac du _Guichet_, dont
elle fait la continuation. Ce cul-de-sac tiroit son nom du guichet de
l'abbaye, qui étoit situé à son extrémité. La rue et le cul-de-sac
portent aujourd'hui le nom de _Durnstein_.
[Note 388: _Arch. de Saint-Germain._]
[Note 389: _Id._, 2e invent, fº 82.]
_Rue de l'Égout._ Elle aboutit au carrefour Saint-Benoît et à la rue
du Four. Ce nom est dû à un égout, lequel y passe encore. Elle fut
anciennement nommée rue _Forestier_, ensuite _de la Courtille_, parce
qu'elle conduisoit à la Courtille ou clos de l'abbaye Saint-Germain.
Au quinzième siècle, on l'appeloit rue de _Tarennes_, et ce nom lui
venait de ce qu'elle régnoit le long d'une grande maison dite l'hôtel
de _Tarennes_: on lui donnoit encore cette dénomination en 1523[390].
On l'appeloit rue de l'Égout, dès le commencement du dix-septième
siècle.
[Note 390: _Arch. de Saint-Germain._]
_Rue d'Erfurt_, voyez _Petite rue Sainte-Marguerite_.
_Rue de Fréjus_, voyez _rue de Monsieur_.
_Rue de Furstenberg._ On avoit donné ce nom au passage qui conduit de
la rue du Colombier au palais abbatial. Nous avons déjà dit que cette
rue fut ouverte en 1699. On la nomme maintenant rue de _Wertingen_.
_Rue de Grenelle._ Elle commence à la Croix-Rouge, et finit à
l'extrémité du Gros-Caillou. À l'endroit où étoit situé le château de
Grenelle, et sur l'emplacement qu'occupe l'hôtel de l'École militaire,
étoit anciennement une garenne appartenant à l'abbaye Saint-Germain.
Les titres latins la nomment _Garanella_; les traducteurs ont corrompu
ce nom en écrivant _Guernelles_, _Guarnelles_, _Guarnelle et
Grenelle_. Lorsqu'on eut relevé et redressé ce chemin, on l'appela
simplement le _chemin Neuf_, le _chemin de Garnelle_, enfin rue _de
Grenelle_.
_Rue de Guénégaud._ Elle aboutit au quai de Conti et à la rue
Mazarine. Le duc de Nevers ayant fait bâtir un hôtel sur une partie du
terrain qu'avoit occupé celui de Nesle, la princesse Marie de Gonzague
de Clèves, sa veuve, obtint, en 1641, des lettres-patentes portant
permission de vendre le terrain et les matériaux de cet hôtel à des
particuliers, pour y bâtir des maisons et pour y percer des rues.
Henri de Guénégaud, ministre et secrétaire d'état, fut un des
acquéreurs: il fit construire l'hôtel qui portoit son nom, et qui le
donna ensuite à la rue, pratiquée le long de son jardin. Au bout de
cette rue est un égout: c'est en cet endroit que passoit autrefois le
mur de l'enceinte de Philippe-Auguste.
_Rue Saint-Guillaume._ Elle commence à la rue des Saints-Pères, et,
retournant en équerre, aboutit à la rue Saint-Dominique, vis-à-vis
celle des Rosiers. Cette situation lui a quelquefois fait donner, dans
cette partie, le nom de _rue Neuve des Rosiers_: c'est ainsi qu'elle
est indiquée dans le procès-verbal de 1636. Ce n'étoit autrefois qu'un
petit chemin qui tournoit autour d'une butte, sur laquelle il y avoit
en 1368 un moulin qui fut reconstruit en 1509: c'est pourquoi, sur un
plan manuscrit, elle est nommée rue _de la Butte_.
_Rue de Gunzbourg_, voyez _rue Cardinale_.
_Rue Hillerin-Bertin._ Elle traverse de la rue de Grenelle dans celle
de Varennes. On n'a pas moins varié sur le nom de cette rue que sur la
manière de l'écrire. Elle est successivement indiquée dans les plans,
rue _Villeran_, _des Bohêmes_, _Guilleri-Bertin_, _Hillorai_,
_Hillorain-Bertin_, _Valeran Hillorain_, _de Saint-Sauveur_,
_Villerin_. Son véritable nom est celui qu'elle porte; elle le devoit
au sieur d'Hillerin, qui possédoit en cet endroit plusieurs pièces de
terre, dont il vendit une partie au roi pour l'emplacement des
Invalides.
_Rue Jacob._ Elle commence au bout de la rue du Colombier, au coin de
celle des Petits-Augustins, et finit à celle des Saints-Pères.
Plusieurs plans ne la distinguent point de la rue du Colombier, dont
elle fait la continuation. Cette rue doit le nom qu'elle porte à
l'hôtel de Jacob, que la reine Marguerite avoit fait voeu de faire
bâtir. Le terrain sur lequel on l'ouvrit, s'appeloit anciennement
_l'Oseraie_; il contenoit, en 1344, trois arpents, et étoit contigu à
celui que l'on nommoit _la Saumonerie_, lequel s'étendoit le long de
_la petite Seine_.
_Rue des Marais._ Elle traverse de la rue de Seine dans celles des
Petits-Augustins. L'espace qu'elle occupe, faisoit partie du _petit
Pré-aux-Clercs_, que l'Université aliéna en 1540. Comme ce terrain
étoit couvert de marais, c'est-à-dire de jardins fruitiers et
potagers, on en donna le nom à la rue qu'on y ouvrit.
_Rue Sainte-Marguerite._ Elle commence au carrefour des rues de Buci,
des Boucheries et du Four, et finit à la rue de l'Égout. On la bâtit
sur l'ancien fossé que l'abbé Richard avoit fait faire, en 1368,
autour de l'abbaye, et qui fut comblé en 1636, en vertu d'une
transaction passée entre les religieux et Henri de Bourbon, leur abbé.
Ce concordat est du premier juillet 1635, et fut homologué au
parlement, le 26 février de l'année suivante.
Avant l'existence du fossé remplacé par cette rue, il y avoit, sur ce
même emplacement, une ancienne rue, dont Sauval a fait mention, et qui
se nommoit rue _Madame la Valence_[391]. On la désignoit ainsi en
1412, et elle conservoit encore ce nom en 1368, lorsqu'on la
détruisit. Piganiol, qui n'a point compris ici le texte de Sauval,
l'accuse mal à propos d'erreur et de contradiction[392].
[Note 391: T. 1, p. 149, et t. 3, p. 126.]
[Note 392: T. 8, p. 86. JAILLOT, _quartier Saint-Germain_, p. 57.]
_Petite rue Sainte-Marguerite._ On a donné ce nom à l'espace qui
conduit de la porte de l'abbaye Saint-Germain, rue Sainte-Marguerite,
à celle de l'église. Elle fut bâtie en 1715, partie sur le jardin de
l'abbé, partie sur le terrain qu'il avoit cédé aux religieux. On la
nomme aujourd'hui rue d'_Erfurt_.
_Rue Sainte-Marie._ Cette rue traverse de la rue de Bourbon dans celle
de Verneuil. Elle doit, sans doute, son nom à la chapelle de la Vierge
qu'on voyoit en cet endroit, au siècle dernier, et sur l'emplacement
de laquelle elle fut ouverte, avant 1674.
_Rue Sainte-Marthe._ C'est une de celle qu'on ouvrit en 1715,
lorsqu'on fit à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés les changements dont
nous avons parlé. Celle-ci commence à la porte située dans la rue
Saint-Benoît, et retournant en équerre, finit à la rue Childebert. Le
nom qu'elle porte lui fut donné par reconnoissance, en l'honneur de D.
Denis de _Sainte-Marthe_, alors général de la congrégation de
Saint-Maur.
_Rue Mazarine._ Elle aboutit d'un côté au carrefour des rues Dauphine,
Saint-André, des Fossés-Saint-Germain et de Buci; de l'autre, à la rue
de Seine. Elle prit le nom qu'elle porte du collége Mazarin, lequel
en occupe une partie: auparavant, on l'appeloit rue _du Fossé_ ou _des
Fossés_; c'est ainsi qu'elle est désignée, sur presque tous les plans
du dix-septième siècle; cependant elle n'a pas été bâtie sur le fossé
même de l'enceinte de Philippe-Auguste, mais sur le chemin qui le
bordoit, et qu'on appeloit anciennement rue _des Buttes_. Ce nom lui
venoit de plusieurs élévations, formées en cet endroit par les débris
de deux tuileries voisines. On les aplanit ensuite, et l'on en fit un
lieu d'exercice pour ceux qui apprenoient à tirer de l'arc. Le retour
d'équerre que forme cette rue pour aboutir à la rue de Seine, est
indiqué sous le nom de _Traversine_ dans un terrier de 1540; et dans
le procès-verbal de 1636, il est nommé rue _de Nesle_ et petite rue
_de Nesle_, parce qu'il conduisoit directement à la porte et à l'hôtel
de ce nom.
_Rue de Monsieur._ Cette rue, ouverte depuis 1780, donne, d'un bout,
rue de Babylone, de l'autre, rue Plumet. On la nomme aujourd'hui rue
de _Fréjus_.
_Rue de Nevers._ Elle commence au quai de Conti, et aboutit à la rue
d'Anjou. Ce n'étoit au treizième siècle qu'une ruelle qui servoit de
passage aux eaux et aux immondices de la maison des frères Sachets, et
du jardin du collége Saint-Denis. Dans un acte de 1571,[393] elle est
simplement indiquée «ruelle par laquelle on entre et sort du quai et
jardin de l'hôtel St.-Denis.» On la fermoit à ses deux extrémités,
circonstance qui l'avoit fait nommer rue _des Deux Portes_. Dans le
procès-verbal de 1636, on lui a donné le nom de _Nevers_, parce
qu'elle régnoit le long des murs de l'hôtel qui portoit ce nom.
[Note 393: _Arch. de Saint-Germain._]
_Rue d'Olivet._ Elle aboutit à la rue de Traverse et à celle des
Brodeurs. Plusieurs plans l'indiquent _petite rue de Traverse_. Le
territoire dit _d'Olivet_, sur lequel elle est située, lui en a fait
donner le nom.
_Rue Saint-Père_, vulgairement dite _des Saints-Pères_. Elle commence
au quai Malaquais et finit à la rue de Grenelle. Son véritable nom est
rue _Saint-Pierre_, qu'elle avoit pris, parce que la chapelle
Saint-Pierre y étoit située: le peuple altéra ce nom en l'appelant
_Saint-Père_, et par une seconde altération, des _Saints-Pères_. On
voit, par les titres de Saint-Germain, qu'elle portoit, ainsi que la
rue Saint-Dominique, et par la même raison, le nom de _Chemin_ et de
rue _aux Vaches_. Dans plusieurs titres de la même abbaye, elle est
nommée, avant le milieu du seizième siècle, rue de la _Maladrerie_, de
_l'Hôpital de la Charité_, _de l'Hôtel-Dieu appelé la Charité_, alias
la _Satinat_. Ce nom ne venoit pas de l'hôpital de la Charité que nous
y voyons aujourd'hui, parce qu'il n'y étoit pas encore établi, qu'il
n'étoit pas même institué; mais d'un hôtel-Dieu qu'on avoit commencé à
construire sur le bord de la rivière, presque vis-à-vis cette rue. Il
est marqué sur le plan de Saint-Victor, publié par d'Heuland. Le
procès-verbal de 1636 désigne cette rue, sous la dénomination vague de
«rue des Jacobins réformés, allant de la Charité au Pré-au-Clercs;»
mais on la voit sous le nom de _Saint-Père_ dès 1643, sur le plan de
Boisseau. En 1652, le plan de Gomboust lui donne déjà celui _des
Saints-Pères_.
_Rue de la Planche._ Elle donne d'un bout dans la rue du Bac, de
l'autre dans celle de la Chaise; sur les plans du dix-septième siècle,
elle n'est point distinguée de la rue de Varennes dont elle fait la
continuation. Son nom actuel lui vient du sieur Raphaël de La Planche,
trésorier général des bâtiments de Henri IV, à qui ce prince avoit
donné des lettres de privilége pour l'établissement d'une manufacture
de tapisseries de haute-lice. Comme cette manufacture étoit située, en
1640, dans la rue de la Chaise, au coin de celle de Varennes, on donna
le nom de la _Planche_ à la partie de cette dernière rue qu'occupoient
ses ateliers: elle l'a toujours conservé depuis.
_Rue Plumet._ Elle commence à la rue des Brodeurs et aboutit aux
nouveaux boulevarts. Sur les plans de la Caille et autres, elle est
déjà nommée _Plumet_; et ce nom, répété dans des actes authentiques,
est écrit encore aujourd'hui à ses deux extrémités; mais Jaillot
prétend que le véritable nom est _Blomet_, et qu'elle est indiquée
ainsi dans tous les titres de l'abbaye.
_Rue de Poitiers._ Elle aboutit au quai d'Orsai ou à la Grenouillère,
et à la rue de l'Université. Elle ne fut ouverte qu'à la fin du
dix-septième siècle; et on la trouve sous le nom de _Potier_ dans tous
les plans de ce temps-là.
_Rue des Rosiers._ Elle traverse de la rue Saint-Dominique à celle de
Grenelle. Il paroît qu'elle fut ouverte au commencement du
dix-septième siècle. On la nommoit alors rue _Neuve des Rosiers_. Il
est probable qu'elle fut percée sur un terrain où les roses étoient
abondantes, ce qui lui en aura fait donner le nom. Elle a pris le nom
de la _rue St.-Guillaume_, dont elle est la continuation.
_Rue Rousselet._ Elle donne, d'un bout dans la rue Blomet ou Plumet,
de l'autre, dans celle de Sèvre. Ce n'étoit en 1672 qu'un simple
chemin de traverse qu'on nommoit alors rue des _Vachers_ ou des
_Vaches_. Elle porte encore ce dernier nom, en 1714, sur divers plans.
Cette rue doit sa dénomination actuelle à un particulier nommé
_Rousselet_, qui y fit bâtir des maisons.
_Rue du Sabot._ Elle aboutit à la rue du Four, et à la petite rue
Taranne. Dès le quinzième siècle, il y avoit dans le carré qu'elle
forme avec la rue de l'Égout un clos appelé le clos _Copieuse_ et
depuis _l'Hermitage_. Ce nom de _Copieuse_ venoit des propriétaires de
ce clos, ainsi nommés, et plusieurs fois mentionnés dans les titres de
Saint-Germain. Ils l'avoient fait donner également au chemin qui
régnoit le long de leur domaine. Dans le terrier de l'abbaye de 1523
on lit: «Maison rue du Four, faisant le coin de la rue _Copieuse_, où
pend le sabot.» C'est de cette enseigne que lui vient le nom qu'elle
porte aujourd'hui.
_Rue de Seine._ Elle va de la rue de Buci au quai Malaquais. Ce
n'étoit autrefois qu'un chemin qui descendoit du bourg Saint-Germain à
la rivière, dont cette rue a pris le nom. Après la clôture de
Philippe-Auguste, on la nomma comme auparavant: «Chemin du
Pré-aux-Clercs, chemin tendant de la porte de Buci au Pré-aux-Clercs,
chemin de la porte de Buci à la Seine, rue qui tend du pilori au
«Pré-aux-Clercs; enfin rue de Seine.» Elle fut percée en 1545, d'après
deux arrêts rendus à ce sujet, à la réquisition du cardinal de
Bourbon, alors abbé de Saint-Germain-des-Prés.
_Rue du Sépulcre._ Elle aboutit à la rue de Taranne et à celle de
Grenelle. Ce nom lui vient d'une maison appelée _le Petit Sépulcre_,
située à côté de l'hôtel Taranne, une ruelle entre deux. Elle étoit
ainsi nommée, parce qu'elle avoit été donnée aux chanoines du
Saint-Sépulcre, dès le commencement du quinzième siècle. On la nomme
aujourd'hui _rue du Dragon_.
_Rue de Taranne._ Elle commence au carrefour Saint-Benoît et finit à
la rue des Saints-Pères. Sauval[394] et Piganiol se sont probablement
trompés, en la désignant, en 1531, sous le nom de rue _aux Vaches_,
parce qu'elle faisoit la continuation de celle de Saint-Dominique.
Jaillot trouve que, dès le quatorzième siècle, on la nommoit rue de la
_Courtille_, parce que ce chemin régnoit le long de la courtille ou
clos de l'abbaye Saint-Germain. On la trouve aussi sous le nom de
_Forestier_. Au siècle suivant elle fut appelée _de Tarennes_, parce
que Jean et Christophe de Tarennes y avoient plusieurs maisons et
jardins, sur partie desquels fut construite la cour du Dragon dont
nous avons déjà parlé.
[Note 394: SAUV., t. I, p. 163; PIGAN., t. 8, p. 293.]
_Petite rue Taranne._ Cette rue, qui aboutit à la rue de l'Égout et à
celle du Sépulcre, doit aussi cette dénomination à l'hôtel de
Tarennes; et c'est la ruelle, d'abord indiquée _sans nom_ qui séparoit
cet hôtel de celui du Sépulcre.
_Rue de Traverse._ Elle est ainsi nommée, parce qu'elle traverse de la
rue Plumet dans celle de Sèvre. Sur le second plan de Bullet elle est
appelée _de Traverse_ ou _de la Plume_.
_Rue de Varennes_ ou _de Varanne_. Elle commence rue du Bac, au bout
de la rue de la Planche, et finit au nouveau cours, en face des
Invalides. Sur un plan manuscrit de 1651, on lit rue de _la Varenne_
ou _du Plessis_: c'est le nom d'un particulier.
_Rue de Verneuil._ Elle donne d'un bout dans la rue des Saints-Pères,
de l'autre dans celle de Poitiers. Elle doit ce nom à Henri de
Bourbon, duc de Verneuil, abbé de Saint-Germain, et fut percée sur le
grand Pré-au-Clercs vers 1640.
_Rue de l'Université._ Elle aboutit à la rue des Saints-Pères et à
l'extrémité du Gros-Caillou. Plusieurs plans lui donnent le nom de
_Sorbonne_, que porte la rue Saint-Dominique dans quelques titres.
Jaillot pense que cette double dénomination vient peut-être de ce que
le peuple, confondant assez ordinairement l'Université avec la
Sorbonne, a pu l'appeler indifféremment des deux manières, parce
qu'effectivement elle fut bâtie sur le Pré-aux-Clercs que l'Université
aliéna en 1639. Anciennement et même encore en 1529 ce n'étoit qu'un
chemin nommé le chemin _des Treilles_, parce qu'il conduisoit à l'île
des Treilles, dite depuis l'île _Maquerelle_ ou _aux Cygnes_.
_Rue de Wertingen_, voyez _rue de Furstenberg_.
QUAIS.
_Quai de Conti._ Il commence au bout du pont Neuf, et finit au
pavillon du collége Mazarin, près de la rue de Seine. Au dix-septième
siècle on l'appeloit quai _Guénégaud_, à cause de l'hôtel que M. de
Guénégaud, secrétaire d'état y avoit fait construire: auparavant on le
nommoit quai _de Nesle_, parce que l'hôtel de Nesle y étoit situé.
_Quai Malaquais._ Il fait la continuation du quai de Conti depuis la
rue de Seine jusqu'à celle des Saints-Pères. Tous les titres de
l'abbaye portent que l'espace qu'il occupe se nommoit le _port
Malaquest_; et l'on trouve que l'endroit où étoit établi le bac,
remplacé depuis quelques années par le pont des Arts, s'appeloit en
1530 _le Heurt du port aux Passeurs_. Jaillot dit avoir vu qu'en 1641
il étoit désigné sous le nom de quai de _la Reine Marguerite_.
_Quai des Théatins._ Ce quai doit son nom aux religieux qui s'y sont
établis; et, commençant à la rue des Saints-Pères, vient finir à la
rue du Bac. Nous avons souvent parlé du grand Pré-aux-Clercs sur
lequel il a été construit. (Il se nomme maintenant quai _de
Voltaire_.)
_Quai d'Orsai._ Avant l'établissement des Théatins, tout l'espace qui
s'étend jusqu'à la rue du Bac faisoit la continuation du quai
Malaquais et en portoit le nom. Les bâtiments qui s'élevèrent
successivement le long de la rivière et au delà du pont Royal,
commencèrent à former un autre quai, qui devoit se prolonger jusqu'à
l'avenue des Invalides. Cet espace auquel sa situation marécageuse
avoit fait donner le nom de _la Grenouillère_, qu'il portoit encore à
la fin du siècle dernier, offroit un point de vue très désagréable au
jardin des Tuileries situé vis-à-vis. M. Boucher d'Orsai, prévôt des
marchands, fut autorisé, par arrêt du conseil du 18 octobre 1704, «à
faire continuer le quai de la Grenouillère, de ligne droite de dix
toises de largeur, dans toute son étendue depuis le pont Royal et
l'encoignure de la rue du Bac jusqu'à la rencontre du boulevart, etc.»
Des obstacles suspendirent l'exécution de ce projet qu'un second arrêt
fit revivre en 1707. On y fixoit la largeur du trottoir à huit pieds,
et la longueur du quai à quatre cents toises ou environ; et le roi y
déclaroit que le quai seroit nommé quai _d'Orsai_. En conséquence, M.
d'Orsai, accompagné du corps de ville, en posa la première pierre le 3
juillet 1708. Toutefois, malgré ces deux arrêts, l'ouvrage demeura
imparfait jusqu'au commencement de la révolution[395].