prolonger ce quai, jusque vis-à-vis l'École militaire.]
RUES DU GROS-CAILLOU.
Le Gros-Caillou est coupé dans sa longueur par les rues
Saint-Dominique, de l'Université et de Grenelle; et dans sa largeur
par quatre autres rues:
_Rue de la Boucherie._ Elle est ainsi nommée, parce qu'elle conduit à
la boucherie des Invalides[396].
[Note 396: Entre cette rue et l'esplanade des Invalides, est une rue
nouvelle appelée rue _de Nicolet_, qui donne sur le bord de l'eau.]
_Rue Neuve-de-l'Église._ Elle a été percée vis-à-vis de l'église à
laquelle elle conduit.
_Rue Saint-Jean_ ou _des Cygnes_. Elle avoit été ouverte devant le
pont qui servoit de communication avec l'île des Cygnes[397].
[Note 397: Entre cette rue et celle de la Boucherie est un cul-de-sac
nommé _de_ l'_Étoile_. En face de la même rue on en a ouvert une autre
qui se nomme rue _de la Pompe_, et qui aboutit également à la
rivière.]
_Rue de la Vierge._ Elle est voisine de la chapelle qui porte ce
nom[398].
[Note 398: Une nouvelle rue, percée à peu de distance de celle-ci, se
nomme rue _du Vert-Buisson_. Il y a encore dans ce quartier deux rues
nommées grande et petite rue _Chevert_, et plusieurs autres rues
jusqu'à présent sans nom.]
_Rue de la Comète._ C'est une rue nouvelle ouverte depuis 1780,
laquelle donne d'un bout rue Saint-Dominique, de l'autre rue de
Grenelle, près de la boucherie.
AVENUES DES INVALIDES ET DE L'ÉCOLE MILITAIRE.
_Avenue de la Bourdonnaie._ Elle commence à celle de la Motte-Piquet,
à l'angle de l'École Militaire, longe la partie orientale du
Champ-de-Mars, et vient finir sur le quai.
---- _De Breteuil._ Commençant au point central de l'église des
Invalides, elle vient aboutir à la rue de Sèvres.
---- _De Lowendal._ Elle prend naissance à l'avenue de Tourville,
longe la partie méridionale de l'École Militaire, et se termine à la
barrière qui porte le nom de ce monument.
---- _De la Motte-Piquet._ Elle commence à l'esplanade des Invalides,
est interrompue par le Champ-de-Mars, et va finir de l'autre côté à
des jardins potagers.
---- _De Saxe._ Elle commence au centre méridional de l'École
Militaire, traverse la place de Breteuil, et finit à la rue de Sèvres.
---- _De Ségur._ De même que l'avenue de Breteuil, elle prend
naissance au point central de l'église des Invalides, et suivant une
direction divergente, vient aboutir à l'avenue de Saxe.
---- _De Suffren._ Elle commence à l'avenue de Lowendal, longe la
partie occidentale de l'École Militaire, et vient finir sur le quai.
---- _De Tourville._ Commençant au boulevart des Invalides, elle longe
la partie méridionale de l'hôtel, et vient aboutir à l'angle de
l'École Militaire.
---- _De Villars._ Elle commence, comme les avenues de Breteuil et de
Ségur, au point central de l'église des Invalides, et va aboutir, en
divergeant, au boulevart qui porte le même nom.
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS, DEPUIS 1789.
ÉGLISE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
Ce monument, qui tient une place si importante parmi les antiquités de
Paris, menaçoit ruine, il y a quelques années, et à un tel point,
qu'il y avoit lieu de craindre qu'il ne s'écroulât, et que le danger
parût assez grand pour y suspendre le service divin; on assure même
qu'il fut mis en question si on ne le démoliroit pas, pour le
remplacer par un autre édifice: un meilleur avis a heureusement
prévalu. L'antique édifice, étayé de toutes parts par une opération de
charpente des plus ingénieuses et des plus hardies, a pu être repris
en sous-oeuvre jusque dans ses fondations; et l'église de
Saint-Germain, scrupuleusement restaurée dans son ancienne forme et
dans tous les détails de ses constructions[399], se trouve ainsi
conservée pour plusieurs siècles.
[Note 399: On a seulement abattu les deux petites tours carrées qui
s'élevoient des deux côtés de l'église, vers la croisée, parce que la
voûte en étoit trop surchargée.]
DÉCORATIONS NOUVELLES.
Les deux autels des chapelles pratiquées dans les croisées ont
été enrichies de colonnes en marbre; on a également élevé un
nouvel autel dans la chapelle de la Vierge qui occupe le
rond-point de l'église. La nef est décorée de plusieurs
peintures, parmi lesquelles il faut remarquer le très beau
tableau de M. Steuben, représentant saint Germain qui distribue
des aumônes.
Dans les diverses chapelles, ont été replacés quelques-uns des
tombeaux qu'on y voyoit avant la révolution, ceux de Casimir, roi
de Pologne, des deux Douglas, de Louis de Castellan; plusieurs
tables de marbre noir portant des inscriptions latines y ont été
élevées à la mémoire de Nicolas-Boileau Despréaux, de Jean
Mabillon, de Bernard de Montfaucon, etc.
LES PETITS AUGUSTINS.
On sait que l'église et le cloître de ce couvent ont servi, pendant la
révolution, de dépôt aux tombeaux et autres monuments de sculptures
que l'on avoit enlevés aux églises, et que c'est ainsi que ces
monuments ont été préservés d'une entière destruction. Depuis la
restauration, presque tous ont été rendus aux saintes demeures qui en
avoient été dépouillées; quelques-uns ont été transportés au cimetière
du Père-la-Chaise; et ce qui en reste encore sera, dit-on, déposé dans
la salle des Thermes, que l'on restaure à cet effet.
L'Académie de peinture, sculpture et architecture, est maintenant
établie dans ce couvent.
PALAIS DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
La façade de ce palais, qui remplace, du côté de la rivière,
l'ancienne façade si mesquine du palais Bourbon, se compose d'une
décoration de douze colonnes avec fronton, imitée, comme tant
d'autres, du célèbre monument d'Agrippa[400]. On critiqua beaucoup,
dans le temps, la hauteur prodigieuse du perron, l'espace trop
resserré des entre-colonnements, et les portes trop étroites qui en
étoient la conséquence nécessaire: ces critiques qui sont justes
n'empêchent pas que ce monument, dû à feu M. Poyet, ne soit d'un bel
effet.
[Note 400: Le Panthéon.]
Les sculptures du fronton représentoient, dans le principe, Buonaparte
à cheval, au milieu d'un groupe de personnages indiquant le commerce
et les arts. Cette figure a été remplacée par une statue colossale qui
nous semble être celle de _la Loi_; elle est accompagnée, d'un côté,
par la Justice qui tient un glaive à la main, de l'autre par la Force,
sous les traits d'Hercule armé de sa massue. Les figures symboliques
du commerce, des arts, des deux principales rivières de Paris, la
Seine et la Marne, se groupent autour de ces trois principales
figures.
SAINT-THOMAS D'AQUIN.
Cette église a été décorée de deux nouveaux tableaux: Saint-Thomas
d'Aquin apaisant une tempête par ses prières, par M. Scheffer; une
descente de croix par M. Guillemot. Ce sont des morceaux fort
remarquables; ils lui ont été donné par la ville, le premier en 1723,
le second en 1719.
ÉGLISE DES INVALIDES.
Tous les ornements intérieurs du dôme ont été redorés à neuf, depuis
quelques années. Dans la nef de l'église, sont deux tombeaux; celui du
comte de Guibert, mort en 1786: il se compose d'une pyramide ornée
d'un trophée d'armes; celui du maréchal duc de Coigni, mort en 1821:
il offre un cippe accompagné de lances, d'épées, de guirlandes de
cyprès.
ÉGLISE DE SAINT-PIERRE.
Cette église, commencée avant la révolution, dans la partie de la rue
Saint-Dominique qui traverse le Gros-Caillou, et ensuite démolie,
vient d'être rebâtie sur son ancien emplacement. La façade se compose
de six colonnes d'ordre toscan, dont quatre forment un porche, élevé
sur cinq marches et supportant un fronton. La porte de l'église se
trouve placée entre les deux dernières colonnes, et sur un second
plan. Un campanille en bois, que surmonte une croix dorée, couronne
cet édifice, dont l'aspect est d'une élégante simplicité.
L'intérieur offre, de chaque côté, sept arcades que soutiennent six
colonnes également d'ordre toscan, et auxquelles correspondent autant
de pilastres, qui supportent les arcs-boutants des voûtes de la nef.
Dans le choeur, dont la forme est circulaire, est placé le seul autel
qui existe dans cette église. La voûte est ornée de caissons peints,
imitant la pierre.
NOUVEL HÔTEL DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
Ce grand et bel édifice, élevé jusqu'à la moitié du second rang des
colonnes, et dont les travaux ont été interrompus depuis quelques
années, se doit composer, du côté de la rue de Bourbon où est son
entrée, d'un portique en arcades qui embrassera toute la largeur de la
cour principale, et se liera à d'autres portiques dont cette cour sera
entourée; à droite et à gauche des cours de service donneront des
dégagements commodes sur les rues de Belle-Chasse et de Poitiers. La
disposition et la distribution du plan sont combinées de manière que
les voitures puissent arriver jusqu'aux pieds des escaliers qui
conduiront aux appartements du ministre, et dans les diverses
divisions du ministère.
La façade d'entrée, sur la rue de Bourbon, se développe sur une
longueur de 115 mètres; elle se compose de deux avant-corps, qui font
saillie sur la partie du milieu, occupée par le portique dont nous
venons de parler.
Du côté du quai, l'autre façade présente un avant-corps de 90 mètres,
et deux arrière-corps reculés, de 20 mètres. Dans cet avant-corps,
doivent être pratiqués: au rez-de-chaussée les cabinets de travail et
un vaste appartement de réception, au premier étage le logement du
ministre et de sa famille.
Les deux parties, en arrière-corps, semblent avoir été conçues, pour
tenir éloignées du reste et en quelque sorte isolées, toutes les
pièces destinées à la représentation, aux cabinets et bureaux
particuliers du ministre, et celles qui composent ses appartements.
Les deux façades auront la même hauteur dans tout le pourtour de
l'édifice, et seront couronnées du même entablement. Leur décoration
sera formée par deux ordres d'architecture, disposés à peu près comme
les deux premiers de la cour du palais Farnèse: et l'on voit que
l'intention de l'architecte a été de rappeler, dans sa composition, le
caractère de ces grandes et somptueuses habitations dont la Rome
moderne est ornée.
MANUFACTURE ROYALE DES TABACS.
Elle est située au Gros-Caillou, sur le quai et près de la pompe à
feu. C'est un bâtiment qui n'a rien de remarquable.
HOSPICE LE PRINCE.
Cet hospice, situé au Gros-Caillou, presque en face de l'église
Saint-Pierre, et qui a reçu le nom de son fondateur, a été créé en
1819 pour un certain nombre de femmes âgées et infirmes. En
remplissant les deux conditions de payer une modique somme d'argent et
d'apporter un petit mobilier, elles y sont nourries et entretenues,
leur vie durant. La maison est administrée par des Soeurs de la
Charité.
HÔPITAL MILITAIRE DE LA GARDE.
Il est situé dans la rue Saint-Dominique.
HOSPICE D'ENGHIEN.
Il est situé dans la rue de Babylone.
FONTAINES.
FONTAINE DES INVALIDES.
Elle se compose d'un piédestal carré, qui s'élève au milieu du bassin
circulaire, et sur lequel on avoit placé le lion de Saint-Marc. Ce
monument ayant été rendu à la ville de Venise, le piédestal a été
démoli et remplacé par une gerbe de fleurs-de-lys dorées, par laquelle
l'eau jaillit dans le bassin.
FONTAINE DE LA RUE DE SÈVRES.
Elle a été construite, près des incurables, par M. Bralle. Cette
fontaine se compose d'un massif à parois inclinés, couronné de
l'entablement ordinaire des temples d'Égypte; au milieu est une figure
égyptienne, dans l'attitude symétrique de l'Antinoüs, et qui verse de
l'eau de deux vases qu'elle tient, dans chacune de ses mains. Cette
figure a été exécutée par M. Beauvallet.
FONTAINE DE MARS.
Cette fontaine qui s'élève, vis-à-vis l'hôpital militaire de la garde,
offre d'un côté la figure en pied de ce dieu, de l'autre celle
d'Hygie, ou la déesse de la santé. Ces deux figures sont encore de M.
Beauvallet.
RUES ET PLACES NOUVELLES.
_Rue de l'Abbaye._ Elle longe le côté septentrional de l'église, et
aboutit, d'un côté à la rue Saint-Germain-des-Prés, de l'autre à la
rue Bourbon-le-Château.
_Rue des Acacias._ Elle commence à la rue de Vaugirard, et vient
aboutir à la rue Plumet.
_Rue Amélie._ Cette rue, percée presque en face de la rue Saint-Jean,
aboutit, d'un côté à la rue Saint-Dominique, de l'autre, à la rue de
Grenelle[401].
[Note 401: Des lettres-patentes du 6 septembre 1772, enregistrées au
parlement de Paris le 23 août 1774, avoient ordonné l'ouverture de
cette rue, par suite de cessions de terrain faites à cet effet. Elle
fut donc ouverte, et l'on y construisit quelques habitations; mais,
long-temps encore, elle ne forma qu'un cul-de-sac, dont l'entrée étoit
dans la rue Saint-Dominique: à son autre extrémité, le propriétaire
l'avoit fait fermer par des barricades en planches.
Ce ne fut qu'en 1822, et sur la requête de M. Pilian de Laforest, qui
venoit d'acquérir une maison dans cette rue, qu'un arrêt du préfet de
la Seine ordonna qu'elle seroit achevée. Depuis son ouverture,
autorisée en 1772, jusqu'à son entier achèvement en 1824, elle n'étoit
indiquée, sur les plans de Paris, que sous le nom de rue _projetée_.
Ce fut à cette époque qu'elle reçut celui d'_Amélie_, l'un des prénoms
de la fille de ce même M. Pilian de Laforest, à qui l'on en doit
l'ouverture. On se plut à accorder cet honneur à la mémoire de cette
jeune personne, morte en 1823, à la fleur de son âge, et dont la vie
si courte avoit été un modèle de toutes les vertus chrétiennes.]
_Rue Barthélemy._ Elle longe le côté méridional de l'Abattoir de
Grenelle.
_Rue Bayard._ Elle fait la continuation de la rue Duguesclin, au côté
nord de la caserne de la poudrière.
_Rue Neuve Belle-Chasse._ Elle aboutit d'un côté à la rue
Saint-Dominique, de l'autre à la rue de Grenelle.
_Place de Breteuil._ C'est le nom que l'on a donné à l'espace
circulaire où se croisent les deux avenues, qui commencent, l'une en
face de l'hôtel des Invalides, l'autre en face de l'École Militaire.
_Rue de la Bourdonnaie._ Elle longe le côté septentrional de l'École
Militaire.
_Passage Dauphine._ Ce nouveau passage percé dans la rue Dauphine, en
face de la rue Christine, vient aboutir dans la rue Mazarine.
_Rue Duguesclin._ Elle longe le côté nord de la caserne de la
poudrière, et vient donner dans la rue Bayard, avec laquelle elle fait
un angle.
_Place Dupleix._ C'est ainsi que l'on nomme le carré pratiqué devant
l'ancienne poudrière.
_Rue Dupleix._ Elle commence à la barrière de Grenelle, et aboutit à
l'avenue de Suffren.
_Rue d'Estrées._ Elle commence à la place de Fontenoy, et vient finir
au boulevard des Invalides.
_Place de Fontenoy._ C'est l'espace demi-circulaire qui a été pratiqué
devant l'École Militaire.
_Place Saint-Germain-des-Prés._ Elle est située devant l'église qui
porte le même nom.
_Rue Saint-Germain-des-Prés._ Elle aboutit d'un côté à la place
ci-dessus mentionnée, de l'autre à la rue des Petits-Augustins.
_Rue Kléber._ Elle commence au bord de l'eau, vers la barrière des
Cunettes, et finit près de l'École Militaire.
_Rue Malar._ Elle est ouverte dans la rue Saint-Dominique, à peu de
distance de l'église du Gros-Caillou, et vient aboutir dans la rue de
l'Université.
_Rue des Paillassons._ Elle traverse les Marais, et aboutit à la
barrière du même nom.
_Rue Pérignon._ Elle longe le côté nord de l'abattoir de Grenelle.
_Passage du Pont-Neuf._ Il été ouvert, depuis peu, rue Mazarine, en
face de la rue Guénégaud, et vient aboutir dans la rue de Seine.
_Place Saint-Thomas d'Aquin._ Elle a été pratiquée devant l'église qui
porte ce nom.
_Rue Saint-Thomas d'Aquin._ Elle aboutit d'un côté à cette place, de
l'autre à la rue Saint-Dominique.
_Rue Saint-Vincent de Paul._ Elle donne d'un bout sur la place
Saint-Thomas d'Aquin, de l'autre dans la rue du Bac[402].
[Note 402: Les marais situés à l'extrémité de ce quartier sont
traversés par plusieurs ruelles _sans nom_, où sont éparses quelques
petites habitations. L'une donne sur la place Dupleix, une autre dans
l'avenue de Suffren, deux dans l'avenue de Lowendal, une autre sur la
place de Fontenoy, deux dans l'avenue de Saxe.]
ABATTOIRS DE PARIS.
Les opérations sanglantes des bouchers se faisoient, il y a encore
peu d'années, dans l'intérieur même de Paris; et l'on appeloit
_tuerie_ l'endroit où l'on assommoit et égorgeoit le bétail, et où il
étoit coupé par quartiers, avant d'être distribué au public. La police
de Paris, à laquelle il faut accorder de s'être extrêmement
perfectionnée, dans tout ce qui touche à l'ordre matériel et à la
salubrité de cette ville immense, a pensé, avec juste raison, qu'il
convenoit de rejetter, si non hors de son enceinte, du moins à ses
extrémités, ces foyers d'infection, et le spectacle dégoutant de ce
carnage. Des emplacements aérés ont donc été choisis sur divers points
très rapprochés des barrières; et sur ces emplacements, se sont
élevés, sous le nom d'_abattoirs_ (mot nouveau inventé pour des
établissements d'une espèce toute nouvelle) d'immenses boucheries, où,
sous les yeux de quelques préposés, les bouchers amènent le bétail
qu'ils ont acheté, l'_abattent_ et le partagent pour la consommation
journalière, mettent leurs cuirs en réserve, et fondent leurs suifs,
avant de les livrer au commerce.
Ces édifices sont au nombre de cinq; et leurs dimensions, qui ne sont
pas les mêmes, ont été déterminées, d'après les besoins des diverses
parties de la ville auxquelles ils correspondent. Les abattoirs du
Ménil-Montant et de Montmartre sont les plus considérables; après,
vient celui de Grenelle; ceux de Mousseaux et de Villejuif sont d'une
moindre étendue.
Tous ayant été conçus dans un même système, et offrant ainsi, dans
l'ensemble et dans les détails, beaucoup de ressemblance, il suffira
d'en décrire un seul, pour donner une idée exacte des autres: nous
choisirons celui du Ménil-Montant.
Cet abattoir est situé sur un terrain incliné, dont la pente, quoique
douce et presque insensible, contribue cependant beaucoup, et à la
salubrité de cet établissement, et à l'effet général des fabriques
dont il se compose. Tout l'espace compris entre les quatre rues, au
milieu desquelles il est isolé, forme un trapézoïde, dans lequel est
inscrit un parallélogramme de 215 mètres de face sur 190 de
profondeur, l'architecte ayant judicieusement négligé quelques
irrégularités qu'il lui sera facile de masquer, soit par des
plantations, soit par quelques bâtimens de service. Une grille, de
plus de 100 pieds de développement, appuyée sur deux pavillons où sont
placés les bureaux de l'administration, forme l'entrée principale de
cet édifice. Elle s'ouvre sur un espace libre, dont l'aspect est moins
celui d'une cour que d'une place publique; et en effet, du centre de
cet espace, l'oeil embrasse la totalité des bâtimens qui, au nombre de
vingt-trois, composent l'ensemble de l'abattoir.
À droite et à gauche de cette cour immense, large de 97 mètres, et sur
ses grands côtés dont la longueur est de 146, s'élèvent quatre
bâtiments doubles, séparés par une voie qui traverse tout le terrain,
parallèlement à la façade principale. Ce sont ces bâtiments qui ont
reçu plus particulièrement le nom d'_Abattoirs_: ils ont, chacun, 47
mètres de longueur sur 32 de largeur. Une cour dallée en pente pour
l'écoulement des immondices, les sépare dans le sens de leur
longueur, en deux corps semblables, qui, l'un et l'autre, renferment
huit abattoirs à l'usage des bouchers. Chaque abattoir reçoit l'air et
le jour par deux grandes arcades, percées, l'une vis-à-vis de l'autre,
dans les murs de face. Au dessus, on a ménagé de vastes abris, pour y
sécher les peaux et y déposer les suifs en branche; et afin que ces
lieux, quoique extrêmement aérés, demeurâssent toujours frais, on a
donné une projection considérable à la saillie des toitures plates,
dont ils sont recouverts.
On trouve, derrière ces abattoirs, deux bergeries qui leur sont
parallèles, et à leur extrémité, en retour d'équerre, deux étables.
Ces bâtiments renferment, chacun, un abreuvoir particulier, leur
grenier à fourrage, et complètent, de chaque côté de la cour, les deux
principales masses d'édifices qui forment l'établissement.
Au fond de cette cour, dans laquelle on a construit un abreuvoir
commode, et pratiqué deux parcs pour la première distribution du
bétail, s'offrent deux pavillons isolés, destinés à la fonte des
suifs. Ils sont traversés, dans leur longueur, par un large corridor
qui donne accès à quatre fonderies séparées, au-dessous desquelles
sont des caves voûtées, servant de rafraîchissoirs. Dans ces mêmes
pavillons sont placées les _échauderies_, pour les têtes et pieds de
moutons.
Au delà de ces fondoirs, et sur une ligne parallèle au mur de clôture,
ont été construits deux longs bâtiments, divisés en un assez grand
nombre de magasins particuliers, tant au rez de chaussée qu'au premier
étage. Ils sont élevés sur des caves où l'on tient les cuirs en vert;
la partie supérieure est destinée aux peaux de veaux et de moutons.
Enfin, dans la partie la plus élevée du terrain, précisément en face
de l'entrée, on a établi un double réservoir, tout en maçonnerie: il
est porté sur deux rangs de voûtes en berceau, sous lesquelles sont
des remises. Les eaux y sont montées au moyen d'une pompe à feu,
placée entre les deux bassins, qui ont ensemble 76 mètres de longueur.
Toutes ces constructions ont été commencées au mois d'avril 1810, sur
les desseins de M. Happe, qui en est l'architecte.
Il ne faut point chercher ici de nombreux détails de décorations: les
convenances d'un édifice de ce genre les rejettent. On n'y doit
exiger, et l'on n'y trouve en effet, d'autre luxe que celui qu'on a pu
mettre dans le choix et dans l'emploi des matériaux. Excellents
moëllons liés avec un bon mortier, belles pierres bien appareillées,
bois sains coupés à vive-arrête, c'est avec ces éléments, mis à la
disposition d'un architecte habile, que l'on est toujours sûr de faire
des édifices remarquables, quelle que soit d'ailleurs leur
destination; et l'on pourroit presque dire, quel que soit le goût de
leur architecture. Que l'on ajoute à ce genre de mérite, une grande,
belle et commode distribution des diverses parties, la concordance et
la variété pittoresque des masses, et l'on aura une juste idée des
_Abattoirs_ de Paris, qui doivent être comptés au nombre de ses
monuments d'utilité publique, les plus remarquables.
FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE DU QUATRIÈME VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES.
QUATRIÈME VOLUME.--DEUXIÈME PARTIE.
QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
Paris sous la régence et sous Louis XV Page 1
Quartier Saint-Germain-des-Prés 373
L'hôtel des Monnoies 374
Le collége Mazarin 384
Les Augustins réformés 391
Les Frères de la Charité 397
Les Enfans teigneux 401
L'abbaye royal de Saint-Germain-des-Prés 402
Bailliage de l'abbaye 420
Prison de l'abbaye 421
Le séminaire des Missions-Étrangères 422
Les Convalescents 425
Les Filles de la Conception 426
Les Filles Sainte-Marie ou de la Visitation 428
Les Jacobins réformés 430
Les Théatins 435
Le Pont-Royal 439
Chapelle de la Vierge 440
Les Chanoinesses du Saint-Sépulcre 441
Les Petites-Cordelières 442
L'abbaye de Notre-Dame-de-Pentemont 443
Les Carmélites 447
Les Filles de Sainte-Valère 448
Les Filles de Saint-Joseph de la Providence 449
Le Palais Bourbon 450
L'hôtel royal des Invalides 453
L'École-Militaire 463
Le Champ de Mars 469
L'Hôpital des Gardes-Françoises 470
Le Château de Grenelle _Id_.
Hôtels 471
Le Gros-Caillou 484
Fontaines, Boulevards et Barrières 497
Rues, Places et Avenues du quartier Saint-Germain-des-Prés 503
Monuments nouveaux 527
Table générale des Matières 543
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
TABLE GÉNÉRALE
DES MATIÈRES
DU TABLEAU DE PARIS.
Les tomes sont indiqués par les chiffres romains: I, II, III, IV; _a_,
marque la première partie; _b_, la seconde. Les chiffres arabes
indiquent la pagination.
A.
_Abailard_, III, _a_, 553.
_Abattoir_ de Villejuif, III, _a_, 661.
_Abattoirs_ de Paris, leur nombre, IV, _b_, 536.
--Description, 537.
_Abbaye_ Notre-Dame-aux-Bois, IV, _a_, 292.
_Abbés_ de Saint-Vincent de Senlis (hôtel des), III, _a_, 615.
_Abbés_ de Saint-Denis, leur hôtel, III, _b_, 709.