De l'autre côté, et au dessous des Tuileries, étoit l'île ou _les

mottes de la Saumonnière_; toutes ces îles existoient encore au milieu

du quinzième siècle. Vers ce temps-là, la rivière cessa de séparer

l'île des Vaches de celle des Treilles; mais on continua de les

distinguer, et long-temps après, on disoit encore l'île _Maquerelle_

dite _des Treilles_, ou l'île _des Treilles_ dite _Maquerelle_.

Insensiblement plusieurs parties de ce terrain furent abandonnées par

les propriétaires qui n'en retiroient presque rien; les canaux ou

fossés se comblèrent, et ce lieu devint une espèce de promenade

publique. On s'y promenoit à pied, et en voiture au commencement du

dix-septième siècle; les soldats y faisoient l'exercice; ce qui

détermina les propriétaires à le mettre en jardinage. Les deux îles

ainsi confondues contenoient vingt arpents et demi, qui, en 1645,

furent vendus 60,000 liv. à M. de Guénégaud, secrétaire d'État.

À l'égard de l'île de Bucy, elle étoit située plus bas, vis-à-vis d'Issy

et du port de Javel. Dans un acte de 1529, cité par Jaillot, elle est

désignée sous le nom d'île _de Bucy_ ou _le Pressouer-aux-Vaches_, nom

qu'on a peut-être corrompu ou altéré en disant _le Passeur_ ou _le

Pasteur-aux-Vaches_, qui ne se trouve point dans les actes originaux.]

[Note 368-A: Il y a grande apparence que cette île avoit pris son nom

des vignes qu'on y avoit anciennement plantées.]

Le bac des Invalides, pour la communication du quartier Saint-Germain

avec le faubourg Saint-Honoré, étoit situé près de cette île. Il fut

concédé, pour la première fois, en 1542, par les religieux de

Saint-Germain, à qui il appartenoit.

FONTAINES.

_Fontaine de Conti._ Cette fontaine existoit encore, vers le milieu du

siècle dernier, près de l'emplacement où depuis on a bâti l'hôtel des

Monnoies. Elle n'avoit point d'inscription, quoique ce fût pour elle

que Santeul eût fait celle-ci:

_Sequanides flebant imo sub gurgite nymphæ,

Cùm premerent densæ pigra fluenta rates:

Ingentem Luparam nec jam aspectare potestas,

Tarpeii cedat cui domus alta Iovis.

Huc alacres, rex ipse vocat, succedite, nymphæ;

Hinc Lupara adverso littore tota patet[369]._

[Note 369: Nous citerons la traduction de cette inscription, non

qu'elle soit élégante, ni même fort exacte, mais parce qu'elle est de

Pierre Corneille:

C'est trop gémir, nymphes de Seine,

Sous le poids des bateaux qui cachent votre lit,

Et qui ne vous laissoient entrevoir qu'avec peine

Ce chef-d'oeuvre étonnant dont Paris s'embellit,

Dont la France s'enorgueillit;

Par une route aisée aussi bien qu'imprévue,

Plus haut que le rivage un roi vous fait monter,

Qu'avez-vous plus à souhaiter?

Nymphes, ouvrez les yeux, tout le Louvre est en vue.]

_Fontaine de l'abbaye Saint-Germain._ Cette fontaine, située dans un

angle, près de la porte de l'abbaye qui conduit à la rue

Sainte-Marguerite, fut construite aux frais des religieux, pour la

commodité des habitants de ce quartier. Elle fournit de l'eau de la

Seine, et l'on y lisoit cette inscription:

_Me dedit urbs claustro, claustrum me reddidit urbi:

Ædibus addo decus, faciles do civibus undas._

Un puits situé à l'angle opposé avoit aussi une inscription conçue en

ces termes:

_Quam puteus non dat sanctæ tam proximus ædi,

A Christo vivam poscere monstrat aquam._

_Fontaine de la Charité._ Cette fontaine, située dans la rue Taranne,

à peu de distance de l'église de la Charité, fournit de l'eau

d'Arcueil, et offroit l'inscription suivante, composée par Santeuil:

_Quem pietas aperit miserorum in commoda fontem,

Instar aquæ, largas fundere monstrat opes._

_Fontaine de Grenelle._ Cette fontaine, construite aux frais de la

ville, et achevée en 1739, sous la prévôté de M. Turgot, est un

monument remarquable par sa masse et par la richesse de sa décoration.

Elle s'élève sur un plan demi-circulaire de quinze toises de largeur

sur six de hauteur, et présente une ordonnance de pilastres, de

niches, de croisées feintes, avec un entablement surmonté d'un

acrotère. L'avant-corps, qui occupe le milieu de la façade, se compose

de quatre colonnes ioniques, accouplées deux à deux et couronnées

d'un fronton. Ce morceau d'architecture fut élevé sur les dessins et

sous la conduite d'Edme Bouchardon, le meilleur sculpteur de son

temps, qui lui-même exécuta toutes les figures, tous les bas-reliefs,

et même quelques-uns des ornements dont il est décoré.

Sur un socle de glaçons que soutient l'avant-corps, sont trois

statues. On reconnoît d'abord la ville de Paris dans celle qui s'élève

au milieu: couronnée de tours et assise sur la proue d'un vaisseau.

Les deux autres, couchées au milieu, des roseaux, et appuyées sur des

urnes, représentent la Seine et la Marne. Ces trois figures sont en

marbre blanc. Dans les niches pratiquées sur les ailes, sont placées

les quatre Saisons en pierre de Tonnerre; chacune est accompagnée d'un

bas-relief indiquant ses divers attributs. Les armes de la ville

s'élèvent au milieu de ces quatre niches; et deux mascarons fixés sur

la partie avancée du soubassement donnent de l'eau de la Seine.

Si l'on considère en elle-même toute cette sculpture, elle est d'un

style bien mesquin et d'une bien médiocre exécution; le monument

n'offre pas non plus un grand caractère d'architecture; mais ces

figures sont des chefs-d'oeuvre, comparées aux productions ignobles de

la plupart des sculpteurs d'alors; et si l'on compare également

l'édifice aux constructions bisarres qui se faisoient à la même

époque, on y trouvera une certaine pureté de lignes et d'ensemble, qui

devoit sembler extraordinaire à la plupart des architectes du siècle

de Louis XV. Il n'en est pas moins vrai que, dépouillé de sa

sculpture, ce monument n'offriroit qu'un bien médiocre intérêt: des

portes, des croisées lui donnent l'aspect d'une habitation

particulière; le soubassement, trop élevé pour l'ordonnance, la fait

paroître grêle; et la décoration générale n'indique pas plus une

fontaine que tout autre édifice. Ces deux maigres filets d'eau qui

sortent par les deux mascarons contribuent encore à détruire, sous ce

rapport, toute espèce d'illusion[370].

[Note 370: _Voyez_ pl. 209.]

Sur une table de marbre noir on lit l'inscription suivante:

_Dum Ludovicus XV, populi amor et parens optimus, publicæ

tranquillitatis assertor, gallici imperii finibus innocuè

propagatis, pace Germanos Russosque inter et Ottomanos feliciter

conciliatâ, gloriosè simul et pacificè regnabat, fontem hunc

civium utilitati urbisque ornamento consecrârunt præfectus et

ædiles, anno Domini_ M. D. CC. XXXIX.

Une autre inscription offre les noms des officiers municipaux alors en

exercice.

_Fontaines des Incurables._ C'est un simple tuyau qui sort de cet

hôpital, et qui fournit de l'eau d'Arcueil.

BARRIÈRES.

Barrière du Bord-de-l'Eau[371].

---- des Ministres[372].

---- de l'École-Militaire.

---- de l'Observatoire[373].

[Note 371: Maintenant barrière de la _Cunette_.]

[Note 372: Maintenant barrière de Grenelle.]

[Note 373: Cette barrière est aujourd'hui fermée.]

NOUVEAUX BOULEVARDS.

Les boulevards qui entourent la partie méridionale de Paris, ne furent

entièrement achevés qu'en 1761. Ils commencent à la rue de Grenelle,

et forment, à quelque distance de leur origine, une patte d'oie qui

unit leur contre-allée en dehors avec le quinconce des Invalides. De

là les allées, tirées partout en ligne droite, traversent l'extrémité

de la rue de Babylone, la rue Plumet[374], un terrain qui servoit de

dépôt aux boues du quartier Saint-Germain, la rue de Sèvre, celle de

Vaugirard, et, passant ensuite le long du clos des Chartreux, se

prolongent jusqu'à la rue d'Enfer, vis-à-vis celle de la Bourbe et le

monastère de Port-Royal. Il fallut les arrêter là, parce que l'on

n'aurait pu les prolonger sans violer le territoire de ce monastère,

et peut-être sans détruire son église, ainsi que beaucoup d'autres

édifices.

[Note 374: On a établi à cet endroit, en dehors du rempart, un puisard

qui reçoit toutes les eaux des environs.]

On prit alors le parti d'aplanir une ancienne butte, dite du

Mont-Parnasse, et de former un embranchement qui traverse la chaussée

du Bourg-la-Reine, et que termine une demi-lune. De là cette promenade

se continue, et toujours par des lignes droites, jusqu'à la barrière

Saint-Jacques, passe ensuite au-dessus de la rue des Capucins et de la

rue de Seine; traverse le Clos-Payen, où sont deux ponts de pierre

jetés sur deux branches de la rivière de Bièvre; sortant de ce clos,

forme un angle qui conduit à la barrière de Fontainebleau et de

Choisy-le-Roi; enfin vient aboutir en droite ligne au bord de la

Seine, en face de la rue Contrescarpe et du jardin de l'Arsenal,

laissant en dehors l'hôpital de la Salpétrière.

Ces boulevards, composés, comme ceux du nord, d'une grande allée pour

le passage des voitures, et de deux contre-allées, suivent ainsi les

murs d'enceinte de la ville, depuis la rivière jusqu'à la rue d'Enfer,

et de là rentrent dans son intérieur pour partager en deux le faubourg

Saint-Germain jusqu'à l'hôtel des Invalides, parcourant dans leur

totalité un espace de trois mille six cent quatre-vingt-trois

toises[375]. Moins variés que ceux de la partie septentrionale, moins

riches en monuments et en aspects pittoresques, beaucoup moins

fréquentés des promeneurs, ils offrent, par une sorte de compensation,

des arbres plus élevés, un ombrage plus agréable et plus épais.

[Note 375: Les anciens boulevards n'ont que deux mille quatre cents

toises de longueur.]

Dans ce grand circuit qu'ils décrivent, leur nom change aussi

plusieurs fois, et dans l'ordre suivant:

Depuis le bord de l'eau, du côté du jardin des Plantes, jusqu'à la

barrière de Fontainebleau, _boulevard de l'Hôpital_.

Depuis la barrière de Fontainebleau jusqu'à celle de Gentilli,

_boulevard des Gobelins_.

Depuis la barrière de Gentilli jusqu'à celle d'Enfer, _boulevard

Saint-Jacques_.

Depuis la barrière d'Enfer jusqu'à la jonction du boulevard du

Mont-Parnasse, _boulevard d'Enfer_.

Depuis la rue d'Enfer jusqu'à la rue de Sèvre, _boulevard du

Mont-Parnasse_.

Depuis la rue de Sèvre jusqu'à la rue de Grenelle, _boulevard des

Invalides_.

BARRIÈRES NOUVELLES DE PARIS.

Il n'est pas besoin de dire que les barrières de Paris étoient

autrefois beaucoup plus rapprochées du centre qu'elles ne le sont

aujourd'hui, et qu'elles en ont été successivement éloignées, à mesure

que la ville elle-même a étendu sa circonférence. Ces barrières sont

maintenant à mille huit cents toises de distance d'une borne militaire

placée, comme point central, près de l'église Notre-Dame.

Jusqu'en 1787, ces limites de la capitale n'étoient autre chose que

des murailles informes et grossières, ou de foibles cloisons de

planches mal assemblées; les recettes se faisoient dans de simples

guérites de bois; et l'on ne s'étoit encore occupé, dans cette grande

opération, que du résultat utile le plus important, la perception des

droits d'entrée. Ce fut M. de Calonne, alors ministre des finances,

qui, sur la demande des fermiers généraux, conçut le projet de

renfermer la ville dans une enceinte, projet dont l'exécution devoit

offrir le double avantage d'opposer un obstacle efficace à l'audace

des fraudeurs, et d'orner Paris d'un grand nombre de monuments utiles.

M. Le Doux, architecte de la ferme générale, fut chargé de cette vaste

entreprise.

Cet artiste, doué d'une imagination féconde, ardente, et même exaltée,

conçut la plus haute idée de la mission dont il se vit chargé: il

s'agissoit de bâtir près de soixante monuments[376] pour

l'embellissement d'une ville que l'on regardoit déjà comme la plus

belle du monde. Aucun architecte n'avoit encore rencontré une occasion

aussi favorable de montrer à l'Europe l'étendue et la variété de son

talent; aussi Le Doux donna-t-il un libre essor à toute la fougue de

ses conceptions. Avec une rapidité sans exemple, il enfanta une

multitude de projets dont la plupart eurent presque simultanément

leur exécution; et dans ce travail immense, il ne fut gêné ni par la

lenteur des moyens pécuniaires, ni par la demande d'un devis et de

soumissions au rabais, ni par aucune des circonstances qui dérangent

souvent les projets les plus heureusement conçus.

[Note 376: Les barrières de Paris sont effectivement au nombre

d'environ soixante; mais il n'y en avoit que vingt-quatre principales,

conduisant aux principales grandes routes, où l'on payât et acquittât

les droits de toutes les denrées qui entroient dans la ville, pour la

consommation de ses habitants. Ces barrières étoient celles de

Saint-Victor, Saint-Marcel, l'Oursine, Saint-Jacques, Saint-Michel,

des Carmes, Saint-Germain, la Conférence, Chaillot, du Roule, la

Ville-Lévêque, Montmartre, Sainte-Anne, Saint-Denis, Saint-Martin, la

Croix-Faubin, Picpus, Rambouillet. Les autres étoient des traverses et

des communications. Cependant les monuments élevés par Le Doux sont au

nombre de quarante-trois.

Il y avoit aussi deux entrées par eau, l'une à la Rapée, l'autre

vis-à-vis les Invalides.]

Le Doux construisit, d'abord, cette grande muraille qui renferme la

ville dans une enceinte d'environ douze mille toises; ensuite il

éleva, à la rencontre de toutes les grandes routes qui y aboutissent,

des édifices de grandeur et de caractères différents; il construisit

encore, aux angles que forme le mur d'enceinte, des pavillons

d'observation, et dans les intervalles, le long du mur en dehors, des

guérites en pierre et en brique, pour y placer des sentinelles; enfin

cette immense clôture fut entourée d'un large boulevard, orné de trois

allées plantées d'arbres, et formant ce qu'on appelle un _chemin de

ronde_. Les réclamations nombreuses qui, pendant le cours de ces

travaux, s'élevèrent contre l'énormité de la dépense, un arrêt même du

conseil d'état, qui ordonnoit l'examen des plans et des dépenses

faites et à faire, n'apportèrent que peu de changement aux ouvrages

commencés; et à l'exception de deux ou trois barrières qui n'ont point

été achevées, et dont les pierres taillées sont encore éparses sur le

terrain, l'architecte termina ses constructions dans l'état où on les

voit aujourd'hui.

Elles ont essuyé bien des critiques: quelques personnes ont pensé qu'à

la place de ce haut mur d'enceinte, qui masque le point de vue et

semble, en quelque sorte, arrêter la libre circulation de l'air, on

eût mieux fait de pratiquer un fossé qui n'eût pas eu ce double

inconvénient et auroit peu coûté. D'autres ont trouvé peu convenable

que l'artiste eût donné des caractères si différents et même si

opposés à des bâtiments qui ont tous la même destination. On pourroit

ajouter encore qu'il a sacrifié la distribution et les commodités de

l'intérieur à l'effet pittoresque du dehors; mais, quoi qu'il en soit

de ces observations plus ou moins fondées, on ne peut nier qu'il

convenoit, pour l'embellissement d'une ville telle que Paris, que des

édifices, élevés à chacune de ses entrées, fussent d'un grand

caractère; et qu'on ne pouvoit éviter la monotonie dans un si grand

nombre de monuments, presque tous construits dans les mêmes

proportions, qu'en s'efforçant d'en varier beaucoup les formes et

l'ordonnance. Il en résulte que Le Doux mérite des éloges pour la

fécondité extraordinaire qu'il a montrée dans ses diverses

compositions, pour les idées neuves et heureuses qui s'y font

remarquer; et qu'il ne lui a manqué que de savoir réprimer ces écarts

d'imagination, qui lui ont fait prendre quelquefois la bizarrerie

pour l'originalité.

Parmi ces édifices, dont il seroit inutile et même fastidieux de

répéter ici la nomenclature en donnant de chacun une description

particulière, il en est plusieurs qui se font distinguer par un accord

heureux de parties, par une pureté de style qui les mettent au nombre

des monuments les plus élégants de Paris. Nous citerons entre autres,

1º la barrière du Trône, composée de deux corps de bâtiments offrant

une dimension de sept toises de largeur sur chaque face, et de

cinquante pieds d'élévation. Dans l'intervalle de ces deux édifices,

placés de front à cinquante toises de distance l'un de l'autre,

s'élèvent deux colonnes d'ordre dorique, de soixante-quatre pieds, sur

un soubassement qui leur sert de piédestal: cette composition est sage

et d'un aspect imposant. 2º La barrière de Fontainebleau, qui se

compose également de deux corps de bâtiments pareils, placés en regard

de chaque côté de la route: les cinq arcades de ce pavillon forment un

porche couvert pour le corps-de-garde pratiqué dans son intérieur, et

présentent ainsi une façade d'un effet simple, gracieux et piquant. 3º

La barrière Saint-Martin, que nous considérons comme la plus belle de

toutes: on peut même dire que, par son caractère et par l'importance

de son architecture, elle annonce une autre destination que celle

d'une simple barrière; on croiroit plutôt que l'artiste a voulu

construire un édifice destiné à servir de douane, et propre, par sa

position entre deux routes (celles de Pantin et de la Villette), à

faire également le service de l'une et de l'autre. Il se compose d'un

plan carré, dont les quatre faces présentent chacune un péristyle de

huit pilastres isolés. L'étage circulaire, placé au dessus du

soubassement[377], offre une galerie percée de vingt arcades, d'où

l'on peut facilement observer les opérations d'emballage et de

transport. Des logements sont pratiqués dans l'espèce d'attique qui

règne au dessus de cette galerie. Une cour circulaire occupe le milieu

du bâtiment. Les sculptures qui devoient orner ce monument n'ont point

été exécutées.

[Note 377: Ce soubassement a quinze toises de largeur sur chaque face:

la rotonde a douze toises de diamètre.]

«Cette architecture, pleine de force et de grâce, dit M. Le Grand,

n'est ni égyptienne, ni grecque, ni romaine; c'est de l'architecture

françoise: elle est neuve, et l'artiste n'en a puisé le goût et les

formes que dans son imagination.[378]»

[Note 378: Les trois planches que nous joignons ici, offrent des vues

exactes des quarante-trois monuments composés et exécutés par _Le

Doux_; mais l'espace dans lequel le graveur étoit renfermé ne lui

ayant pas permis de développer ceux qui se composent d'un double

pavillon, nous avons eu soin, pour les faire reconnoître, de les

marquer d'un *. (_Voyez_ p. 212, 213, 214.)]

RUES ET PLACES

DU QUARTIER SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.

_Rue Abbatiale ou de l'Abbaye._ Elle aboutit d'un côté à la cour

abbatiale, dont elle tiroit son nom, et de l'autre à la boucherie du

Petit-Marché. Le cardinal de Furstenberg, abbé de Saint-Germain-des-Prés,

aliéna, en 1699, plusieurs places de l'enclos abbatial, à la charge par

les acquéreurs d'y faire bâtir des maisons. Elle formèrent trois rues,

qu'on nomma _Abbatiale_, _Cardinale_ et _de Furstenberg_.

_Rue des Deux-Anges._ Elle forme une équerre qui aboutit dans les rues

Jacob et Saint-Benoît. On la connoissoit, dès le commencement du

dix-septième siècle, sous ce nom qu'elle devoit à deux statues d'anges

placées à ses deux extrémités.

_Rue d'Anjou._ Elle aboutit, d'une part à la rue Dauphine, de l'autre

à celle de Nevers. On l'ouvrit, en 1607, ainsi que les rues Dauphine

et Christine. Le nom qu'elle porte lui fut donné en l'honneur de

Jean-Baptiste Gaston de France, duc d'Anjou, fils de Henri IV.

_Rue des Petits-Augustins._ Elle traverse du quai Malaquais à la rue

du Colombier, et fut ouverte sur le _petit Pré-aux-Clercs_. Ce pré,

qui comprenoit deux arpents et demi, avoit été donné, en 1368, à

l'Université, à titre d'indemnité ou d'échange du terrain que les

religieux de Saint-Germain s'étoient vus obligés de prendre, pour

faire creuser des fossés autour de leur abbaye. Il étoit séparé du

grand pré par un canal de quatorze toises de large qui aboutissoit à

ces fossés; ce canal s'appeloit la _Petite-Seine_, et traversoit le

terrain qui servit depuis de cloître aux Petits-Augustins. C'est par

cette raison que le nom de _Petite-Seine_ fut d'abord donné à la rue

dont nous parlons, lorsqu'on commença à bâtir sur le petit pré, après

avoir comblé le canal. Elle le portoit encore en 1640, quoique les

Petits-Augustins, qui lui ont enfin donné le leur, y fussent déjà

établis depuis vingt-sept ans.

_Rue de Babylone._ Elle commence à la rue du Bac, et aboutit aux

nouveaux boulevards. Elle s'appeloit d'abord rue _de la Fresnaie_,

ensuite _petite rue de Grenelle_ ou _de la Maladrerie_, ce qui dura

jusqu'en 1669[379]. On la trouve indiquée pour la première fois, en

1673, sous celui qu'elle porte aujourd'hui. Elle le doit à Bernard de

Sainte-Thérèse, évêque de Babylone, lequel y possédoit plusieurs

maisons et jardins, sur l'emplacement desquels fut construit le

séminaire des Missions-Étrangères.

[Note 379: _Archiv. de Saint-Germain_, 2e inv., fº 92, vº.]

_Grande rue du Bac._ Elle aboutit, d'un côté, sur le quai des

Théatins, vis-à-vis le Pont-Royal, de l'autre, à la rue de Sèvre. Ce

nom lui vient d'un bac établi vis-à-vis, par lettres-patentes données

en 1550[380]. Il subsista jusqu'en 1632, qu'un particulier nommé

Barbier fit construire un pont de bois pour servir de communication du

faubourg Saint-Germain aux Tuileries. Sur quelques-uns de nos plans

cette rue est nommé _du Barc_.

[Note 380: _Reg. de la ville_, fº 147.]

_Rue de Beaune._ Elle aboutit au quai des Théatins et à la rue de

l'Université. Sauval lui donne le nom de rue _du Pont_,[381] lequel

est populaire, et ne se trouve que sur un plan de 1651. Auparavant et

après, elle a toujours été nommée rue de Beaune.

[Note 381: T. I, p. 115.]

_Rue de Belle-Chasse._ Elle aboutit au quai d'Orsai et à la rue

Saint-Dominique. Ce nom est dû à un terrain situé en face de cette

rue. Elle ne fut d'abord percée que pour communiquer du Pré-aux-Clercs

à la rue Saint-Dominique, appelée alors le _chemin aux Vaches_. On l'a

continuée depuis jusqu'au quai d'Orsai.

_Rue Saint-Benoît._ Elle commence au bout des rues Jacob et du

Colombier, et aboutit au carrefour Saint-Benoît et à la grande rue

Taranne. Cette rue n'étoit autrefois qu'un chemin qui longeoit le

fossé de l'abbaye; lorsque ce fossé eut été comblé, et qu'on eut élevé

des maisons sur le clos de ce monastère, on y conserva un petit fossé

pour l'écoulement des eaux, ce qui lui fit donner le nom _des Égouts_

et de _l'Égout_, qu'elle conserve encore dans la partie qui aboutit à

la rue du Four. Ce canal fut voûté et couvert en 1640. La rue fut

alors appelée des _Fossés-Saint-Germain_; mais lorsque, l'année

suivante, l'hôtel de Bourbon eut été aliéné, et qu'on eut ouvert une

porte de l'abbaye dans les nouveaux murs de clôture, le carrefour et

la rue reçurent les noms de Saint-Benoît, parce que l'abbaye étoit

sous la règle de ce saint.

_Rue de Blomet_, voyez _rue Plumet_.

_Rue de Bourbon._ Elle aboutit à la rue des SS. Pères et à celle de

Bourgogne. Cette rue fut percée, vers l'an 1640, sur le grand

Pré-aux-Clercs, et ainsi nommée en l'honneur de Henri de Bourbon,

alors abbé de Saint-Germain.

_Rue de Bourbon-le-Château._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Buci,

de l'autre à l'entrée de la rue Abbatiale. Son nom lui vient du

cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain, qui construisit en 1586 le

palais abbatial, que le cardinal de Furstenberg fit depuis réparer.

Sur un plan de 1652, elle est nommée _du Petit-Bourbon_.

_Rue de Bourgogne._ Elle aboutit à la rue de Varennes et à la

Grenouillère ou quai d'Orsai. Louis XIV ordonna, par arrêt de son

conseil du 23 août 1707, que cette rue seroit ouverte et nommée rue de

Bourgogne: elle fut alignée et commencée peu de temps après,

discontinuée ensuite, enfin reprise en exécution des arrêts du conseil

du 1er décembre 1713 et 15 mars 1717, et prolongée dans sa longueur

actuelle, en vertu de lettres-patentes du 18 février 1720.

_Rue des Brodeurs._ Elle va, d'un bout à la rue de Sèvre et de

l'autre à celle de Babylone. Il en est fait mention dans un bail à

cens, fait en 1642, et qui se trouvoit dans le cartulaire de

Saint-Germain[382]. En 1644 on la trouve sous le nom de rue du _Lude_,

et sous les deux noms, dans un plan de 1676. Dans le titre cité

ci-dessus, elle est appelée de _Brodeval derrière les Incurables_.

Est-ce une faute de copiste ou une appellation populaire? c'est ce

qu'on ne peut décider. Cette rue se bornoit d'abord à la rue Plumet;

mais, en vertu des lettres-patentes citées dans l'article précédent,

elle fut continuée jusqu'à la rue de Babylone[383].

[Note 382: Fº 139.]

[Note 383: Dans cette rue, est un cul-de-sac situé en face de la rue

_Plumet_, et qui porte le nom de cette dernière rue.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8) · 第 29 / 39 段