Cet hôtel, l'un des plus vastes et des plus magnifiques parmi ceux qui

faisoient l'ornement de l'ancien Paris, occupoit une grande étendue de

terrain: les rues de Nevers, d'Anjou et Guénégaud, ont été, en partie,

percées et bâties sur son emplacement. Il se prolongeoit le long de la

rivière, jusqu'à la porte et à la tour nommées _Philippe-Hamelin_,

dites depuis _de Nesle_, et à la place desquelles on a bâti le

pavillon gauche du collége Mazarin. En 1308, Amauri de Nesle le vendit

5000 liv. à Philippe-le-Bel; Charles V le donna au duc de Berri, son

oncle, en 1380. Charles VI, qui confirma ce don en 1385, y joignit

deux tuileries et deux arpents et demi de terre, pour agrandir _le

séjour de Nesle_, maison de plaisance qui étoit séparée de l'hôtel

par le fossé de l'enceinte de Philippe-Auguste[350]. On trouve ensuite

qu'en 1446, Charles VII donna cet hôtel à François, duc de Bretagne,

son neveu. Il passa ensuite en 1461 au comte de Charolois[351].

[Note 350: C'est ce séjour que le commissaire Delamare a pris pour

l'hôtel de Nesle, qu'il place, par erreur, hors de la ville.]

[Note 351: Chamb. des comptes, mémorial L, fº 172, et K, fº 140.]

Henri II ayant ordonné, par un édit de 1552, que le pourpris, maison

et place du _grand Nesle_, seroient vendus et délivrés par lots,

portions et places aux plus offrants et derniers enchérisseurs, le duc

et la duchesse de Nivernois en firent l'acquisition en 1580, et

obtinrent de l'abbé de Saint-Germain qu'il fût érigé en fief, sous la

condition de foi et hommage, et d'une redevance annuelle de 50 sols

parisis. Jaillot dit avoir lu l'acte de foi et hommage rendu par le

duc de Nevers le 3 août 1618, «pour _l'hôtel de Nevers_ anciennement

appelé hôtel _de Nesle_[352].»

[Note 352: _Quartier Saint-Germain-des-Prés_, p. 68.]

Ce ne fut qu'en 1646, et sur la réquisition de M. de Guénégaud,

secrétaire d'état, qui en étoit alors propriétaire, que l'abbé et les

religieux de Saint-Germain consentirent à transiger pour l'extinction

de ce titre de fief. Madame Anne-Marie Martinozzy, veuve d'Armand de

Bourbon de Conti, en devint ensuite propriétaire en 1670. Les princes

de Conti et de La Roche-sur-Yon l'augmentèrent en 1679, par

l'acquisition qu'ils firent du petit hôtel Guénégaud. Enfin, en 1718,

madame la princesse de Conti acheta, sur le quai, une maison joignant

cet hôtel, et qui porta depuis le nom de _petit hôtel de Conti_.

L'hôtel de Nevers étoit dès-lors connu sous ce nom, qu'il a porté

jusqu'à sa destruction. Dans le temps qu'il appartenoit à M. de

Guénégaud, il avoit été réparé et embelli, dans toutes ses parties,

par François Mansart.

Depuis long-temps, le corps municipal désiroit pour ses assemblées un

lieu plus vaste et plus commode que l'ancien hôtel-de-ville: il jeta

les yeux sur le terrain qu'occupoit l'hôtel de Conti; et la permission

de l'acquérir lui ayant été donnée par Louis XV, un arrêt du conseil,

donné en 1750, en fixa le prix à 1,600,000 liv.; mais des obstacles

forcèrent de renoncer au projet de bâtir en cet endroit une maison

municipale, et l'on y éleva, comme nous l'avons déjà dit, l'hôtel des

Monnoies, qui existe aujourd'hui.

Sur les deux vues que nous donnons de l'hôtel de Nesle, celle qui le

représente du côté du jardin, copiée d'après une gravure ancienne et

de la plus grande rareté, le montre sans doute tel qu'il étoit, après

l'acquisition qu'en avoient faite les ducs de Nevers. On y reconnoît

en effet le caractère de l'architecture du seizième siècle, et ce

dessin donne l'idée d'un immense et somptueux édifice. L'autre vue,

plus moderne, offre la porte à laquelle il avoit donné son nom, et la

masse extérieure de ses bâtiments; mais il est difficile d'y

reconnoître les constructions régulières tracées sur le premier

dessin[353].

[Note 353: _Voyez_ pl. 206 et 207.]

HÔTEL DE LA REINE MARGUERITE (rue de Seine).

Cette princesse le fit bâtir, sur une portion du petit pré aux clercs,

qu'elle avoit acquise, et quitta l'hôtel de Sens pour venir l'habiter.

Ceux qui ont pu voir encore cet hôtel, dans le dix-septième siècle,

disent qu'il étoit composé de trois corps de logis contigus, de

jardins qui s'étendoient jusqu'à la rue des SS. Pères, et de plusieurs

allées d'arbres plantés le long de la rivière, qu'on appeloit _le

cours de la reine Marguerite_[354]. Sauval se trompe lorsqu'il avance

que «la veuve de Jean-Baptiste de Budes, comte de Guébriant, maréchal

de France, acheta un hôtel à la rue de Seine, bâti sur les ruines du

palais de la reine Marguerite[355]». Les titres démentent cette

assertion: 1º l'hôtel dont il s'agit n'ayant été bâti au plus tôt

qu'en 1606, ne pouvoit être en ruine, trente-sept ans après sa

construction. 2º S'il fut acquis par la veuve du maréchal de

Guébriant, ce ne put être avant 1643, puisque le maréchal ne mourut

que dans le courant de cette année; mais un rôle de taxes, fait en

1639 et cité par Jaillot[356], marque que les trois corps de logis,

formant l'hôtel de la reine Marguerite, appartenoient à madame de

Vassan, et qu'ils étoient alors occupés par le président Séguier. Cet

hôtel fut acquis en 1718 par MM Gilbert de Voisins.

[Note 354: SAUVAL, t. 2, p. 250.]

[Note 355: _Ibid._, p. 157.]

[Note 356: _Quartier Saint-Germain_, p. 79.]

HÔTEL DE BEAUVAIS (rue de Grenelle).

Cet hôtel, qui, vers la fin du dix-septième siècle, fut changé en

maison religieuse[357], est remarquable par deux particularités:

l'une, qu'en 1685, il servit de logement au doge et aux quatre

sénateurs de Gênes, lorsqu'ils vinrent faire au roi les satisfactions

qu'il avoit exigées de leur république; l'autre que, dans la

métamorphose qu'il éprouva, la salle de bal fut conservée et changée

en église. Après que le monastère des Petites-Cordelières eut été

supprimé, on vendit l'emplacement qu'il occupoit à des particuliers,

qui y élevèrent de nouveaux bâtiments.

[Note 357: _Voyez_ p. 442.]

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

HÔTEL DE LA ROCHEFOUCAULD (rue de Seine).

Sauval, en parlant de cet hôtel, dit[358] «que Louis III de Bourbon,

premier comte de Montpensier, qui devint dauphin d'Auvergne par son

mariage, et ses descendants, avoient un hôtel dans cette rue, qu'ils

vendirent à Henri de La Tour, duc de Bouillon, maréchal de France, et

qui a passé ensuite au duc de Liancourt.» Ceci paroît exact; mais il

ajoute que, «tant que ces princes logèrent là, leur hôtel fut appelé

_l'hôtel Dauphin_, qui donna le nom à la rue; et bien que depuis,

changeant de maître, il eût été appelé l'hôtel _de Bouillon_ et

l'hôtel _de Liancourt_, la rue s'est toujours appelée et s'appelle

encore la rue _Dauphine_.» Jaillot combat cette seconde partie de son

récit, démentie par tous les plans de Paris, dont aucun, depuis quatre

siècles, n'offre la rue de Seine sous le nom de rue Dauphine. Les

titres ne présentent également rien qui puisse appuyer une semblable

assertion.

[Note 358: T. 2, p. 67 et 120.]

M. François, duc de La Rochefoucauld, ayant épousé, en 1659,

Jeanne-Charlotte du Plessis-Liancourt, fille unique du duc de

Liancourt, devint, par ce mariage, propriétaire de l'hôtel dont nous

parlons: on lui donna dès-lors le nom de La Rochefoucauld, qu'il

n'avoit point cessé de porter jusqu'à ce jour[359].

[Note 359: Cet hôtel vient d'être démoli; et sur l'emplacement très

vaste qu'occupoient les bâtiments, il vient d'être percé une rue

nouvelle, dont les constructions ne sont pas encore entièrement

achevées.]

C'étoit un édifice d'assez belle apparence qui, du côté de la cour,

présentoit un carré de bâtiments décoré d'un ordre dorique en

pilastres et bizarrement couronné de grandes croisées à la mansarde,

avec tout le luxe d'ornement employé dans l'architecture du

dix-septième siècle. Mais ce qui méritoit plus d'attention, c'étoit le

jardin dessiné, dit-on, dans le siècle dernier, par le peintre

_Robert_, et sans contredit l'un des jardins particuliers les plus

agréables et les plus pittoresques qu'il y eût à Paris.

HÔTEL MAZARIN (quai Malaquais).

Cet hôtel appartenoit, dans l'origine, à la princesse de Conti, qui

l'échangea pour l'hôtel Guénégaud. Il passa successivement aux ducs de

Créqui, de La Trémouille et de Lauzun. On le voit rentrer ensuite dans

la maison de Conti, par l'acquisition qu'en fit mademoiselle de La

Roche-sur-Yon. Après sa mort, cet édifice fut loué pour les écuries de

la dauphine; acquis depuis par le duc de Mazarin, il passa ensuite

dans la famille de Juigné, dont il portoit le nom, au commencement de

la révolution.

HÔTEL DE BOUILLON (même quai).

Cet hôtel, bâti pour un trésorier de l'épargne, nommé Macé-Bertrand de

La Basinière, fut acquis depuis par M. de Bouillon. C'est un bel

édifice, dans une très-belle position.

HÔTEL DE SALM (rue de Lille, ci-devant de Bourbon).

Cet hôtel, que l'on cite avec raison au nombre des édifices les plus

remarquables de Paris, a plutôt les apparences d'un monument public

que d'une habitation construite pour un particulier. Sa porte

d'entrée, établie sur la rue, offre la forme d'un arc de triomphe,

flanqué de chaque côté par une colonnade d'ordre ionique, laquelle

s'appuie à des corps de bâtiments avancés, dont la masse est parallèle

à celle de la porte, et qui, par leur attique orné de bas-reliefs, se

rattachent à la décoration et au motif de l'ensemble.

La colonnade se réunit, dans l'intérieur de la cour, à celle des ailes

ou parties latérales, et forme tout autour un promenoir couvert et

continu qui aboutit à un frontispice en colonnes d'ordre corinthien,

annonçant le corps de logis principal et donnant entrée au

vestibule[360].

[Note 360: _Voyez_ pl. 208.]

La partie que nous venons de décrire, modèle de grâce et d'élégance,

est aussi la plus parfaite de l'édifice. Le reste consiste en cours

adjacentes et en un corps d'habitation, qui, se prolongeant sur le

quai, se termine par une partie demi-circulaire et deux corps de

bâtiments continus. On regrette que cette façade ne réponde, ni par sa

décoration ni par son élévation, au reste du monument[361].

[Note 361: _Voyez_ pl. 211. L'administration de la Légion-d'Honneur

est établie dans cet hôtel.]

AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.

Il n'est aucun quartier de Paris qui en contienne un plus grand

nombre. La plupart, bâtis dans le dix-septième siècle et au

commencement du dix-huitième, sont vastes et magnifiques, mais plus

remarquables par la solidité de leur construction, et par cet air de

grandeur que présente la masse de leurs bâtiments, que par l'élégance

ou la sévérité de leur architecture. La description de ces édifices,

qui, généralement n'ont point à l'extérieur un caractère déterminé, et

dont la décoration intérieure a subi tant de changements depuis la

révolution, deviendroit embarrassante pour nous, et sans doute

fastidieuse pour nos lecteurs: nous nous bornerons à en donner une

nomenclature la plus exacte possible.

Hôtel d'Aiguillon, rue de l'Université.

---- Amelot, même rue.

---- d'Angennes, rue de Varennes.

---- des Archives de l'ordre de Saint-Lazare, rue de Monsieur.

---- d'Avaray, rue de Grenelle.

---- d'Avrincourt, rue Saint-Dominique.

---- de Bandeville, rue des Saints-Pères.

---- de Barbançon, rue de Babylone.

---- de Beaupréau, rue de l'Université.

---- de Benonville, rue Belle-Chasse.

---- de Bentheim, rue de Bourbon.

---- de Béthune, rue Saint-Guillaume.

---- de Béthune-Charost, rue de Bourbon.

---- de Béthune-Pologne, rue de la Chaise.

---- de Bezenval, rue de Grenelle.

---- de Biron, rue de Varennes.

---- de Bois-Geslin, même rue.

---- de Bréant, rue de Grenelle.

---- de Brienne, rue Saint-Dominique.

---- de Brissac, rue de Grenelle.

---- de Broglie, rue de la Planche.

---- de Broglie, rue Belle-Chasse.

---- de Broglie, grand et petit, rue de Varennes.

---- de Cassini, rue de Babylone.

---- de Castellane, rue de Grenelle.

---- de Castries, rue de Varennes.

---- de Caumont, rue de Grenelle.

---- de Chabannes, rue des Saints-Pères.

---- du Châtelet, rue de Grenelle.

---- de Châtillon, rue de Babylone.

---- de Choiseul, quai des Théatins.

---- de Choiseul Praslin, rue de Bourbon.

---- de Mademoiselle de Condé, abbesse de Remiremont, rue de Monsieur.

---- du prince de Conti, rue de Grenelle.

---- de Créqui, même rue.

---- de Croy, rue de Bourbon.

---- de Damas d'Anlezy, rue de Babylone.

---- de Dillon, rue Saint-Dominique.

---- des Écuries de la Reine, rue de Bourgogne.

---- des Écuries de Monsieur, rue de Monsieur.

---- des Écuries de la comtesse d'Artois, rue des Saints-Pères.

---- de Feuquières, rue de Grenelle.

---- de Galiffet, rue du Bac.

---- de Gensac, rue de l'Université.

---- de Goubert, rue de l'Université.

---- de Grammont, rue de Bourbon.

---- de Guerchi (deux), rue de Belle-Chasse.

---- de Guines, rue de Varennes.

---- d'Harcourt (deux), rue de Grenelle.

---- de Jarnac, rue de Monsieur.

---- de Jaucourt, rue de Varennes.

---- de Kunsky, rue Saint-Dominique.

---- de La Briffe, quai des Théatins.

---- de La Châtre, rue de l'Université.

---- de Lamoignon, rue de Grenelle.

---- de La Rochefoucauld, rue de Varennes.

---- de La Salle, rue de Grenelle.

---- de La Trémouille, rue de Belle-Chasse.

---- de Lautrec, quai Malaquais.

---- de Lignerac, rue Saint-Dominique.

---- de Ligny, rue du Bac.

---- de Luynes, rue Saint-Dominique.

---- de Maillebois, rue de Grenelle.

---- de Mailly, rue de l'Université.

---- de Matignon (grand), rue de Varennes.

---- de Matignon (grand et petit), rue Saint-Dominique.

---- de Maupeou, rue de l'Université.

---- de Maurepas, rue de Grenelle.

---- de Mesgrigni, même rue.

---- de Mirabeau[362], rue de Seine.

[Note 362: Cet hôtel a été bâti sur les ruines de celui de la reine

Marguerite.]

---- de Mirepoix, rue Saint-Dominique.

---- de Molé, rue de Belle-Chasse.

---- de Monaco, rue Saint-Dominique.

---- de Montboissier, rue de Verneuil.

---- de Montesquiou, même rue.

---- de Montmorenci, rue de Bourbon.

---- de Montmorenci-Tingri, rue de Varennes.

---- de Montmorin, rue Plumet.

---- de Mortemart, rue Saint-Guillaume.

---- de Narbonne-Pelet, rue de la Planche.

---- de Noailles-Mouchy, rue de l'Université.

---- de Novion, rue de la Planche.

---- d'Orsai, rue de Varennes.

---- de Périgord, rue de l'Université.

---- de Phelippeaux, rue de Grenelle.

---- de Polignac, rue des Saints-Pères.

---- de Pons, rue de Taranne.

---- de Queuille (la), rue de Babylone.

---- de Rochechouart, rue de Grenelle.

---- de Rohan, rue de Varennes.

---- de Rohan-Chabot, même rue.

---- de Rohan-Montbazon, rue de l'Université.

---- du Roure, rue Saint-Dominique.

---- du Roure, rue de Bourbon.

---- de Saumeri, rue de Belle-Chasse.

---- de Seignelai, rue Saint-Dominique.

---- de Senectère, rue de l'Université.

---- de Sens, rue de Grenelle.

---- de Seysseval, rue de Bourbon.

---- de Soyecourt (grand), rue de l'Université.

---- de Soyecourt (petit), rue de Belle-Chasse.

---- de Tessé, quai des Théatins.

---- de Valbelle, rue du Bac.

---- de Vaudecourt, quai des Théatins.

---- de Vaudreuil, rue de la Chaise.

---- de Villeroi, rue de l'Université.

HÔTEL DES MOUSQUETAIRES-GRIS (rue de Beaune).

On sait que la première compagnie de cette troupe fut créée en 1622,

par Louis XIII, sous le nom de _Grands Mousquetaires du roi pour sa

garde_. On les logea d'abord chez les habitants du faubourg

Saint-Germain, tandis que l'on cherchoit un emplacement pour leur

bâtir un hôtel. La halle du Pré-aux-Clercs, plus connue sous le nom de

la _halle Barbier_, parut propre à l'exécution de ce projet: ce ne fut

toutefois qu'en 1659 que le roi donna ordre à la ville d'acheter cette

halle, qui comprenoit le carré borné par les rues de Beaune, de

Bourbon, du Bac, et de Verneuil, ainsi que les vingt-six échoppes ou

maisons bâties au pourtour, et d'y faire élever les bâtiments

nécessaires. On voit ensuite, par deux arrêts du conseil de 1707 et

1715, que cet édifice, achevé seulement en 1671, commençoit déjà à

menacer ruine. Il fut question alors d'en rebâtir un nouveau sur une

grande place achetée par le roi, rue de Bourgogne, et sur le quai

d'Orsai; mais ce terrain ne se trouvant pas assez spacieux, il fallut

renoncer à ce projet, et l'on se contenta de rebâtir à neuf l'ancien

hôtel, tel qu'on l'a vu jusqu'au commencement de la révolution[363].

[Note 363: Sur l'emplacement de cet hôtel on a construit un marché qui

se nomme le marché _Boulainvilliers_.]

POMPE À FEU.

Cette pompe à feu, établie au Gros-Caillou, sur le bord de l'eau, est

composée d'un corps de bâtiments décoré d'arcades, et offre dans sa

masse un aspect peu différent de l'édifice du même genre, que nous

avons décrit dans le premier volume de cet ouvrage. Elle fournit de

l'eau aux Invalides, à l'École militaire, et aux maisons du faubourg

Saint-Germain.

GROS-CAILLOU.

À l'extrémité du quartier Saint-Germain et le long de la rivière, est un

terrain couvert de maisons et de jardins, que l'on nomme _le

Gros-Caillou_. Piganiol dit[364] «que son nom très-ancien étoit _la

Longray_, et que le moderne vient d'un caillou énorme qui servoit

d'enseigne à une maison publique de débauche.» Jaillot[365], qui trouve

avec raison cette opinion très singulière, surtout parce qu'elle est

avancée sans la moindre preuve, observe que le Gros-Caillou n'occupe

qu'une partie du terrain que l'on nommoit effectivement _la Longue

Raie_, il y a trois ou quatre cents ans, parce qu'il s'étendoit depuis

la rue de Bourgogne jusqu'à l'endroit où sont aujourd'hui les barrières,

formant dans ce long espace une lisière très étroite. À l'égard de

_l'énorme caillou_ qui servoit d'enseigne à une maison de débauche, il

ne pense pas même qu'une semblable assertion mérite d'être réfutée, et

se contente de dire que ce gros caillou étoit une borne naturelle qui

servoit à distinguer les limites des seigneuries de Sainte-Geneviève et

de Saint-Germain-des-Prés; ce qui est constaté par un plan manuscrit.

[Note 364: T. 8, additions, p. 339.]

[Note 365: _Quartier Saint-Germain_, p. 82.]

Le terrain du Gros-Caillou s'étant insensiblement couvert de maisons,

et l'administration des sacrements y devenant, par la trop grande

distance des lieux, également pénible pour le curé de Saint-Sulpice et

pour ses paroissiens, on pensa à y faire construire une succursale

entre les rues de Grenelle et de Varennes, ce qui fut définitivement

arrêté dans une assemblée générale de la paroisse, tenue le 18 août

1652. Mais le terrain destiné à l'exécution de ce projet, et qui

appartenoit à la fabrique, ayant été vendu en 1686 par arrêt du

conseil, ce n'est qu'en 1735 qu'on put songer à la construction du

monument, et qu'on obtint de l'archevêque et de l'abbé de

Saint-Germain la permission définitive de faire bâtir une chapelle au

Gros-Caillou. Toutefois, les moyens des habitants ne répondant point à

leur zèle, ce projet eût encore échoué pour la seconde fois, si le roi

ne leur eût permis une quête de trois ans, tant pour la construction

de la chapelle que pour l'achat des vases sacrés et les honoraires du

desservant. La première pierre en fut posée le 19 mars 1738, et

l'Église fut achevée le 11 août suivant. Quoiqu'elle eût été bénite

sous le titre de _l'Assomption de la Vierge_, et que les habitants lui

eussent donné celui de _Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance_, les registres

de l'archevêché l'offrent sous la dénomination de _Saint-Pierre du

Gros-Caillou_, succursale de Saint-Sulpice. Au commencement de la

révolution on travailloit à la construction d'une Église plus grande,

dont M. Chalgrin étoit l'architecte, et qu'on avoit le projet d'ériger

en cure[366].

[Note 366: Les premières constructions de cette église, restées

imparfaites, ont été depuis entièrement démolies. (_Voyez_ l'article

_Monuments nouveaux_.)]

L'ÎLE MAQUERELLE OU DES CYGNES.

Vis-à-vis le Gros-Caillou, étoit une île assez grande, qu'un très

petit courant d'eau séparoit du rivage, et qu'on y a réunie en

comblant cet espace. Cette île s'étoit formée par la réunion de

plusieurs autres, et par des atterrissements, que l'amas des sables et

les dégradations de ces petites îles avoient occasionnés. On nommoit

île _de Grenelle_ celle qui faisoit face à _la Longue Raie_; elle

s'accrut depuis par l'adjonction de l'île _des Treilles_, qui étoit

au-dessus, et de l'île _aux Vaches_, qui étoit au-dessous. Dès 1494,

on l'appeloit île _Maquerelle_, nom dont on n'a pu découvrir jusqu'à

présent ni l'origine ni l'étymologie[367]. Jaillot dit avoir lu, dans

les archives de l'abbaye Saint-Germain, que la plus grande partie de

cette île étoit en prés, et que les soldats alloient s'y exercer, ce

qui causa un assez grand dommage pour que les religieux prissent la

résolution de l'affermer à divers particuliers, qui séparèrent leurs

portions par des haies, des fossés, ou des rigoles, ce qui formoit

autant de petites îles. Ce lieu fut destiné, dans le seizième siècle,

et par arrêt, à servir de sépulture aux pauvres décédés à

l'Hôtel-Dieu; mais cet arrêt ne fut point exécuté. Le nom d'île des

Cygnes lui vient de ce qu'au commencement de ce siècle, on y avoit

placé quelques oiseaux de cette espèce[368].

[Note 367: Jaillot pense que cette île a pu servir de rendez-vous pour

terminer par le duel des querelles particulières, et qu'elle a pu en

tirer son nom; mais il observe qu'alors il faudroit écrire

_Ma-Querelle_. Il auroit mieux fait, selon nous, de renoncer à

chercher cette étymologie, que d'en présenter une aussi bisarre, et

qu'il ne soutient d'aucune preuve.]

[Note 368: L'état de la Seine étoit autrefois bien différent de ce qu'il

est aujourd'hui, et nous pensons qu'une courte description de ce que les

traditions nous en font connoître se trouvera bien placée ici et s'y

fera lire avec intérêt. Cette rivière, dont les bords n'étoient point

resserrés, comme aujourd'hui, par des quais, étendoit alors ses eaux sur

une plus grande surface, et formoit un assez grand nombre d'îles ou

atterrissements, emportés depuis par la violence des débordements, ou

détruits lorsqu'on rétrécit le lit du fleuve, pour la facilité de la

navigation. Indépendamment des îles dont nous avons parlé, et qui

s'étendoient depuis l'Arsenal jusqu'à la pointe occidentale de la Cité,

il s'en présentoit d'abord deux autres qui se prolongeoient

parallèlement depuis les Augustins jusqu'à la tour de Nesle; on y

blanchissoit des toiles: et la Seine couvroit tout le terrain jusqu'à

l'endroit où depuis l'on a bâti la chapelle du collége Mazarin.

Vis-à-vis, et du côté du Louvre, il y avoit encore quelques petites

îles, mais peu considérables, et qui paroissent ne point avoir eu de

dénomination particulière. Plus bas étoit l'île _aux Treilles_[368-A].

Vis-à-vis l'emplacement du palais Bourbon, au delà duquel elle se

prolongeoit, cette île étoit séparée, par un petit bras d'eau, d'un

autre atterrissement, qu'on appeloit, en 1250, l'île _de Seine_, et qui

fut depuis l'île _aux Vaches_, dont nous venons de parler; celle-ci

étoit située vis-à-vis de Chaillot. Le long de ces deux îles s'en

étendoit une troisième, longue et étroite, appelée l'île de

_Hiérusalem_. Toutes ces îles étoient, partie en pâtures, et partie en

saussaies et oseraies. Elles étoient louées ou acensées à divers

particuliers, qui, pour marquer les limites de leurs possessions, les

entouroient de petits fossés ou rigoles, souvent remplis d'eau, lesquels

formoient autant d'îles particulières, qu'on désignoit par les noms de

leurs possesseurs ou autres: de là les îles _à Prunier_, de _la

Garenne_, de _Long-Champ_, _Merdeuse_, de _la Pierre_, de _Bucy_, du

_Passeur_ et _Pasteur-aux-Vaches_, etc. Elles étoient mentionnées et

décrites dans un registre de Saint-Germain-des-Prés, qui en contenoit la

recette depuis 1489 jusqu'à 1521.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8) · 第 28 / 39 段