Les petits appartements, avec leur jardin particulier, étoient situés

à l'extrémité de cette terrasse, du côté des Invalides.

L'HÔTEL ROYAL DES INVALIDES.

Dès long-temps, la sollicitude de nos rois s'étoit étendue sur les

vieux soldats qui, après avoir consumé leurs plus belles années au

service de l'État, se trouvoient, par l'âge et par les infirmités,

dans l'impossibilité de pourvoir à leurs besoins, et souvent réduits à

mendier leur pain. Henri IV avoit projeté de former un établissement

en leur faveur; et, sous son règne, on en plaça un certain nombre, rue

de l'Oursine, dans la maison de la Charité chrétienne. Animé du même

esprit, et voulant exécuter avec plus de grandeur le plan conçu par

son père, Louis XIII y destina le château de Bicêtre, qui tomboit

alors en ruine: en 1634 on y fit, par son ordre, des réparations

considérables; on y ajouta de nouveaux bâtiments, et cette maison fut

appelée la _commanderie de Saint-Louis_. La mort de ce prince, et les

troubles qui la suivirent, arrêtèrent ce dessein, et Louis XIV disposa

de cette maison en 1656 en faveur de l'Hôpital général[331]. Ce fut

alors qu'il conçut l'idée d'une fondation encore plus vaste et plus

magnifique; ainsi que nous l'avons déjà dit, il y eut, dans le plan de

ce monument et dans son exécution, plus d'ostentation que de

véritable utilité[332]. Les premiers fondements en furent jetés en

1671, au plus fort de la guerre; et cependant, dès 1674, il étoit déjà

très avancé et en état de recevoir des soldats. Alors le monarque

donna son édit de fondation, dans lequel cette maison fut qualifiée

_d'hôtel royal des Invalides_. L'église, commencée presque en même

temps, ne fut achevée que trente ans après, et dédiée en 1706 par M.

le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, sous le titre et

l'invocation de _Saint-Louis_. Deux architectes unirent leurs talents

dans cet immense travail: Libéral Bruant construisit tous les

bâtiments d'habitation et la première église; Jules-Hardouin Mansart

éleva la seconde église ou le dôme.

[Note 331: Vers ce temps-là, M. et madame Berthelot avoient fait

bâtir, rue de la Lune, une maison assez spacieuse, qu'ils consacrèrent

à recevoir cinquante soldats estropiés. (_Voyez_ t. 2, 1re part., p.

526.) Il y avoit aussi dans la rue de Sèvre un hôpital destiné au même

usage, mais seulement pour un très petit nombre d'individus.]

[Note 332: _Voyez_ 1re part. de ce volume, p. 80.]

Le vaste emplacement de l'hôtel des Invalides a dix-huit mille sept

cent quarante-quatre toises de surface. Il est divisé sur la longueur,

qui est de cent trente toises, et sur une profondeur de soixante-dix

toises, en cinq parties principales: celle du milieu offre une grande

cour de trente-deux toises de largeur sur cinquante-deux de

profondeur; de chaque côté sont deux autres cours, chacune de quinze

toises sur vingt-deux et demi, toutes entourées de grands corps de

bâtiments, et au delà desquelles sont de vastes terrains servant de

promenoirs. Le surplus de la profondeur de l'enceinte est occupé, au

milieu, par les églises, qui sont isolées, et, de chaque côté, par des

cours et jardins entourés de bâtiments, au-delà desquels sont encore

de vastes terrains clos de murs.

Le premier corps de bâtiment, du côté de la rivière, est précédé d'une

avant-cour fermée d'une grille et entourée de fossés. La grande face

de ce bâtiment a cent deux toises de longueur et présente trois

avant-corps: celui du milieu est décoré de pilastres ioniques, qui

reçoivent un grand arc dans lequel étoit autrefois un bas-relief

représentant la statue équestre de Louis XIV, accompagnée de la

Justice et de la Prudence, par Coustou le jeune. La statue a été

détruite[333]: on a laissé subsister les deux autres figures.

[Note 333: Elle a été rétablie.]

Cette façade présente trois étages de croisées au-dessus du

rez-de-chaussée, dont les ouvertures sont en arcades; des deux côtés

de la porte sont les statues de Mars et de Minerve, exécutées par le

même sculpteur[334].

[Note 334: _Voyez_ pl. 200.]

La première cour, dite, avant la révolution, _cour royale_, est

entourée, tant au rez-de-chaussée qu'au premier étage, de portiques

ouverts en arcades, et formant des avant-corps au milieu de chacune

des quatre faces et dans les angles. L'avant-corps du fond, qui

conduit à l'église, est décoré de deux ordres de colonnes ioniques et

composites, l'un sur l'autre, et couronnés d'un fronton. Toutes les

autres faces des bâtiments, sur les cours et sur les jardins, sont

régulièrement percées d'un grand nombre de croisées, sans autre

décoration que l'entablement. Il y a, dans tout ce plan et dans son

exécution, autant de grandeur que de simplicité[335].

[Note 335: _Voyez_ pl. 201.]

L'intérieur du grand corps de bâtiment, du côté de la rivière, est

divisé de la manière suivante. Le pavillon du milieu offre, au

rez-de-chaussée, un vestibule; au premier, une bibliothèque servant

aussi de chambre de conseil; l'aile gauche est occupée par le

gouverneur et l'état-major; la droite par les médecins et chirurgiens

en chef; le surplus sert de logement aux soldats et officiers, ainsi

qu'aux divers usages de la maison. Les réfectoires sont ornés de

peintures à fresque par Martin, et de six tableaux de Parrocel,

représentant des traits pris dans les diverses campagnes de Louis XIV.

La première église, destinée aux personnes de la maison, se compose

d'une grande nef et de deux bas-côtés. Elle a un porche d'entrée, un

sanctuaire et deux sacristies ou chapelles par lesquelles on

communique à la seconde église: la nef est décorée d'un grand ordre de

pilastres avec entablement corinthien: les bas-côtés sont du même

ordre, mais beaucoup plus petits: les deux églises ont un autel

commun.

Cette seconde église, dite le _dôme_, doit être considérée du côté du

midi, si l'on veut jouir de tout l'effet qu'elle peut produire. Le

portail de ce dôme a trente toises de largeur sur seize de hauteur; il

est élevé sur un perron de plusieurs marches, et décoré des ordres

dorique et corinthien, enrichis l'un et l'autre de tous les ornements

qu'ils peuvent admettre. Un troisième ordre de quarante colonnes

corinthiennes règne au pourtour du tambour de cette vaste

construction, et supporte un attique qui reçoit la coupole. Cette

dernière partie est elle-même surmontée d'une lanterne au dessus de

laquelle s'élève une aiguille, terminée par une croix[336].

[Note 336: _Voyez_ pl. 202.]

Ce morceau d'architecture jouit en France d'une grande réputation; et

l'on ne peut disconvenir que sa forme svelte et élégante ne se dessine

agréablement à une très grande distance, et même lorsqu'on s'en

rapproche assez pour jouir à la fois du dôme et du portail. Mais quel

que soit alors l'effet imposant de l'ensemble, l'amateur éclairé

reconnoît aussitôt que ce portail est d'une trop petite masse, et

trop subdivisé dans ses parties pour servir d'empattement à une

décoration d'une hauteur si colossale. C'est alors qu'il faut plus que

jamais déplorer ce malheureux esprit de système qui égara, dans le

dix-septième siècle, tant d'artistes doués des plus heureuses

dispositions, leur fit dédaigner la route ouverte par les anciens, et

préférer, à l'imitation de ces modèles uniques du grand et du beau,

les productions froides et bizarres de leur imagination désordonnée.

Ils prétendoient créer un goût _françois_, une architecture

_françoise_, et gâtèrent ainsi à grands frais tout ce qu'ils firent,

et même ce qu'ils avoient d'abord le plus heureusement conçu, par la

manie de vouloir innover et perfectionner.

L'intérieur présente également un mélange de beautés et de défauts.

C'est là surtout que Louis XIV prétendit déployer toute sa

magnificence: il y employa les plus habiles artistes, voulut qu'on

n'épargnât ni les soins ni la dépense; et en effet, la blancheur de la

pierre, la profusion et le fini précieux des ornements de sculpture,

les peintures du dôme, la richesse des marbres qui forment le

pavement, le superbe baldaquin de l'autel, modèle de celui qui devoit

être exécuté en bronze doré d'or moulu, frappent d'admiration tous les

étrangers[337].

[Note 337: _Voyez_ pl. 203.]

La disposition du plan est ingénieuse; et l'effet des quatre chapelles

que l'on aperçoit du centre de la rotonde a quelque chose de

séduisant. On est également frappé de l'effet magique et

extraordinaire que produit l'autel placé dans le sanctuaire élevé que

l'on a pratiqué entre le dôme et l'église. Toutefois la réunion des

deux édifices par cette ouverture commune établie à l'extrémité de

l'église et à la circonférence du dôme auroit plus de grandeur, si

elle étoit un peu moins resserrée.

Lorsqu'on arrive du côté de l'église, on est fâché que le sol du dôme

soit aussi renfoncé, et l'on ne peut se dissimuler que cette

construction, placée au centre, auroit encore plus de majesté. Si l'on

entre au contraire par le dôme, on est étonné qu'il ne soit pas

précédé d'une nef, ou du moins d'un très grand vestibule: de quelque

côté qu'on se place, on ne peut jouir de l'ensemble; ce sont toujours

deux monuments contigus qu'il faut considérer l'un après l'autre, ce

qui laisse quelque chose à désirer. «On ne peut excuser cette

disposition extraordinaire, dit un habile architecte[338], qu'en

considérant l'église comme appartenant à la maison et formant la

chapelle destinée aux vieux militaires qui l'habitent, et le dôme

comme une chapelle royale où Louis XIV se plaisoit à joindre les

actions de grâces qu'il rendoit au Dieu des armées, à celles de ses

compagnons d'armes. Dès lors, on est moins surpris de trouver de ce

côté un portail et des avenues superbes, puisque toute la pompe royale

devoit se déployer avant d'entrer dans ce dôme, dont la porte ne

s'ouvroit que pour le monarque.»

[Note 338: Feu M. Legrand.]

CURIOSITÉS DE L'HÔTEL DES INVALIDES.

TABLEAUX.

Dans la première voûte du dôme, distribuée en douze parties

égales, les douze Apôtres peints à fresque; par _Jouvenet_.

Dans la seconde coupole, l'apothéose de saint Louis; par

_Lafosse_.

Entre les arcs-doubleaux, les quatre Évangélistes; par le même.

Dans la voûte du sanctuaire, le mystère de la Trinité et

l'Assomption de la Vierge; par _Noël Coypel_.

Dans les embrasures des fenêtres, des groupes d'Anges formant des

concerts; par _Louis_ et _Bon Boulongne_.

Dans la chapelle Saint-Grégoire, divers événements de la vie de

ce père de l'Église; par M. _Doyen_. (Ces peintures avoient été

faites quelques années avant la révolution pour remplacer celles

de _Le Brun_, que l'humidité avoit détruites.)

Dans la chapelle Saint-Jérôme, la vie, la mort et l'apothéose de

ce saint; par _Boulongne_ aîné.

Dans la chapelle Saint-Augustin, les principaux événements de la

vie de ce saint évêque; par _Boulongne_ le jeune.

Dans la chapelle Saint-Ambroise, les principaux événements de sa

vie; par _Boulongne_ aîné.

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, six colonnes torses, groupées trois à trois,

entourées d'épis de blé, de pampres, de feuillages, et portant

quatre faisceaux de palmes qui se réunissoient pour soutenir le

baldaquin: les figures d'amortissement et les autres ornements

par _Vanclève_ et _Coustou_ jeune.

Sur la face de cet autel, au midi, la Sépulture du Sauveur; par

_Vanclève_.

Au dessus de l'entablement des vingt-quatre pilastres composites

qui ornent l'intérieur du dôme, les portraits en médaillons de

douze rois de France: Clovis, Dagobert, Childebert, Charlemagne,

Louis-le-Débonnaire, Charles-le-Chauve, Philippe-Auguste,

Saint-Louis, Louis XII, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV.

Dans la chapelle Saint-Grégoire, la statue de ce saint, par _Le

Moyne_; sainte Émilienne sa tante, par _Dhuez_; sainte Silvie sa

mère, par _Caffieri_; au dessus de la porte, saint Louis servant

les pauvres, bas-relief par _Le Gros_.

Dans la chapelle de la Vierge, sa statue par _Pigale_; la

translation faite par saint Louis de la couronne d'épines,

bas-relief par _Vanclève_.

Dans la chapelle Saint-Jérôme, sa statue, par _Adam_ aîné; sainte

Paule, par _Granier_; sainte Eustochie sa fille, par _Dieu_; des

groupes de prophètes, bas-reliefs, par _Coustou_ l'aîné; le pape

bénissant saint Louis, bas-relief par l'_Espingola_; des Anges au

dessus de la porte, par _Vanclève_.

Dans la chapelle Saint-Augustin, la statue du saint, par _Pajou_;

saint Alipe, par _Mazière_; sainte Monique, par _François_.

Dans la chapelle Sainte-Thérèse, la statue de la sainte, par _Le

Moyne_; deux anges en plomb, par le même et par _Lapierre_.

Dans la chapelle Saint-Ambroise, sa statue par _Slodtz_; saint

Satyre son frère, par _Bertrand_; sainte Marcelline sa soeur, par

_Le Pautre_.

Sur les portes qui communiquent du dôme dans les chapelles,

quatre bas-reliefs représentant: 1º un Ange armé d'un bouclier,

par _Coustou_ aîné; 2º un Ange portant un casque, par _Coyzevox_;

3º un Ange chargé d'un étendard, par _Vanclève_; 4º un Ange

tenant la sainte ampoule, par _Flamen_.

Dans les niches de la façade méridionale, deux statues

colossales: saint Louis, par _Coustou_ aîné, d'après un modèle de

_Girardon_; Charlemagne, par _Coyzevox_[339].

[Note 339: Ces deux statues avoient été déposées, pendant la

révolution, dans le jardin du Musée des Petits-Augustins.]

Sur la balustrade, les huit Pères des Églises grecque et latine:

1º saint Basile et saint Ambroise, par _Poultier_; 2º saint Jean

Chrysostôme et saint Grégoire-le-Grand, par _Mazeline_; 3º saint

Grégoire de Nazianze et saint Athanase, par _Coyzevox_; 4º saint

Jérôme et saint Augustin, par _Hurtrelle_.

Sur le fronton et dans diverses parties du portail, plusieurs

groupes de figures allégoriques: 1º quatre vertus couchées: la

Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force, par _Coyzevox_;

2º la Foi et la Charité accompagnant les armes de France; 3º

quatre autres vertus: la Constance, l'Humilité, la Confiance et

la Magnanimité, sans nom d'auteur.

La chaire, exécutée sur les dessins de _Vassé_, formoit une

espèce de dais supporté par deux palmiers; l'amortissement

offroit la couronne de France soutenue par des chérubins[340].

[Note 340: On avoit transporté dans les combles immenses de cet hôtel

tous les plans déposés d'abord dans la grande galerie du Louvre, que

l'on destinoit, dès avant la révolution, à former un Muséum.]

* * * * *

On compte dans cette maison environ trois mille soldats et officiers,

tous nourris et entretenus convenablement suivant leurs grades et

leurs infirmités. Deux compagnies, chacune de cent hommes, y montent

journellement la garde.

Avant la révolution, le ministre de la guerre, ou, à son défaut, le

contrôleur général, présidoit le conseil qui se tenoit tous les

jeudis.

Les revenus de l'établissement se composoient de pensions que payoient

les abbayes en raison de la renonciation faite par le roi au droit des

_oblats_[341]: on y ajouta depuis trois deniers pour livre sur toutes

les dépenses de la guerre.

[Note 341: Ces oblats, fort anciens dans l'église, étoient des

moines-lais que le roi plaçoit dans chaque abbaye de sa nomination,

pour y être nourris et entretenus. Cette faveur tomboit ordinairement

sur des soldats estropiés.]

Une grande place en demi-lune précède l'entrée de l'avant-cour; et

toute l'esplanade, qui s'étend jusqu'à la rivière, forme une promenade

plantée d'arbres, dont on est redevable à M. le comte d'Argenson,

ministre de la guerre. Les allées pratiquées sur l'esplanade

méridionale, et qui se prolongent jusqu'à l'École militaire, ont été

percées, peu de temps avant la révolution, sous la direction de feu M.

Brongniart, architecte des Invalides.

Les PP. de Saint-Lazare gouvernoient le spirituel de cette maison,

dont l'état-major étoit composé d'un gouverneur, d'un lieutenant du

roi et d'un major[342].

[Note 342: Lorsque le roi entroit aux Invalides, la garde ordinaire

cessoit ses fonctions, pour être relevée sur-le-champ par une

compagnie de ces vieux soldats. Cela fut ainsi décidé, dès les

premiers temps que Louis XIV alla visiter cet établissement. Les

Invalides qui se pressoient autour de lui, se voyant repoussés un peu

brusquement par la garde, parurent sensibles à cette espèce d'affront:

le roi s'en aperçut, et avec cette bonté qui lui étoit naturelle, il

déclara qu'il vouloit qu'on traitât plus doucement ses anciens

serviteurs et qu'il étoit en sûreté au milieu d'eux. Ils composèrent

dès ce moment sa garde, et cet usage s'est perpétué sous ses

successeurs. (L'hôtel des Invalides n'a point changé de

destination.)]

L'ÉCOLE MILITAIRE.

Ce monument fut construit par Louis XV, en faveur de la noblesse

pauvre de son royaume. L'édit de fondation, donné au mois de janvier

1751, porte que S. M. établit l'hôtel de l'École royale et militaire

en faveur de cinq cents jeunes gentilshommes, pour y être entretenus

et élevés dans toutes les sciences convenables et nécessaires à un

officier. Pour fournir aux dépenses de cette École, le monarque

accorda le bénéfice d'une loterie, et y annexa les revenus de l'abbaye

de Laon alors vacante; on choisit, dans la plaine de Grenelle, un

vaste terrain[343], à peu de distance de l'hôtel des Invalides; et

tandis que l'édifice s'élevoit sur les dessins de Gabriel, architecte

du roi, l'École s'organisoit provisoirement dans le château de

Vincennes. Quatre-vingts élèves y entrèrent en 1753; et dès 1756, ils

purent être transférés, en beaucoup plus grand nombre, dans leur

nouvelle et magnifique demeure. La première pierre de la chapelle fut

bénite par l'archevêque de Paris, en présence du roi qui la posa au

même instant. Ceci n'arriva qu'en 1769.

[Note 343: Ce terrain étoit anciennement une garenne appartenant à

l'abbaye de Saint-Germain. De là est venu par corruption le nom de

_Grenelle_, comme nous le dirons en son lieu.]

Toute l'étendue des bâtiments, cours et jardins, est comprise dans un

parallélogramme de deux cent vingt toises de largeur sur cent trente

de profondeur, précédé et entouré de grandes avenues plantées

d'arbres: l'entrée opposée est par le Champ-de-Mars.

La façade de ce dernier côté est décorée d'un seul avant-corps de

colonnes corinthiennes; au centre est un vestibule à quatre rangs de

colonnes d'ordre toscan, ouvert de trois portes sur les deux faces. À

gauche de ce vestibule, on trouve la chapelle, dont la voûte, en arc

surbaissé, est portée par des colonnes corinthiennes, engagées dans

les murs[344].

[Note 344: _Voyez_ pl. 205.]

Le principal corps de bâtiment, du côté de la cour, est décoré d'un

ordre de colonnes doriques, surmonté d'un second ordre ionique. Au

milieu s'élève également un avant-corps d'ordre corinthien, dont les

colonnes embrassent les deux étages; il est couronné d'un fronton et

d'un attique.

Deux cours, dont la première a soixante-dix toises en carré, et la

seconde environ quarante-cinq, précèdent le principal corps de

bâtiment: le reste consiste en cours adjacentes, jardins et

constructions d'un goût plus simple, pour tous les besoins de ce vaste

établissement[345].

[Note 345: _Voyez_ pl. 204.]

Dans les bâtiments en aile qui bordent la première cour, on éleva, en

1788, un très beau manége et un observatoire, qui existent encore et

dont la construction fut dirigée par M. La Lande.

CURIOSITÉS DE L'ÉCOLE MILITAIRE.

TABLEAUX.

Dans la chapelle, onze tableaux représentant les principaux

événements de la vie de saint Louis, savoir:

1º Saint Louis s'élançant du vaisseau à l'attaque de Damiette;

par _Restout_ fils.

2º Saint Louis rendant la justice sous un chêne dans le bois de

Vincennes; par _Lépicier_.

3º Saint Louis portant la couronne d'épines de Vincennes à Paris;

par _Hallé_.

4º Le mariage de saint Louis; par _Taraval_.

5º Saint Louis remettant la régence du royaume à la reine Blanche

sa mère; par _Vien_.

6º Saint Louis donnant à son fils les instructions nécessaires

pour bien régner; par _Beaufort_.

7º L'entrevue de saint Louis et du pape Innocent IV à Lyon; par

_Lagrenée_ aîné.

8º Saint Louis recevant les ambassadeurs du Vieux de la Montagne;

par _Brenet_.

9º Saint Louis lavant les pieds aux pauvres; par _du Rameau_.

10º Le sacre de saint Louis; par _Carle Vanloo_.

11º Sur l'autel, saint Louis malade de la peste à Tunis, et

recevant le Viatique; par _Doyen_.

Dans la chambre du conseil, le portrait de Louis XV; par _Carle

Vanloo_.

Plusieurs tableaux de siéges, batailles et autres faits

militaires, arrivés sous le règne de ce dernier monarque; par _Le

Paon_.

Sur les frontons des deux faces des bâtiments en aile qui se

prolongent jusqu'à la première grille, des grisailles à fresque;

par _Gibelin_. La première représente deux athlètes, dont l'un

arrête un cheval fougueux; l'autre, la figure allégorique de

l'Étude avec ses attributs.

SCULPTURES.

Au milieu de la cour royale, la statue pédestre de Louis XV, tête

nue et cuirassé; par _Le Moyne_.

Sur le grand escalier, les statues du grand Condé, par _Le

Comte_; de Turenne, par _Pajou_; du maréchal de Luxembourg, par

_Mouchy_; du maréchal de Saxe, par d'_Huez_.

* * * * *

Une machine hydraulique, posée sur quatre puits, faisoit mouvoir

quatre pompes, et fournissoit à la maison quarante muids d'eau par

heure: elle existe encore.

Le réfectoire est immense et d'une belle construction. La

bibliothèque, contenant environ cinq mille volumes, méritoit d'être

vue.

La façade méridionale est fermée par une grille et un fossé en avant

duquel on a planté, sur les dessins de M. Brongniart, une magnifique

avenue qui croise celle des Invalides et se prolonge jusqu'à la rue de

Sèvre.

L'état-major de cette maison se composoit d'un gouverneur, d'un

inspecteur général des colléges du royaume[346], d'un directeur des

études, d'un capitaine de la compagnie des cadets, d'un contrôleur

général, etc. Elle étoit gardée journellement par une compagnie de

cent vingt invalides.

[Note 346: Ces colléges ou écoles royales militaires étoient au nombre

de dix: Sorèse, Brienne, Tiron, Rebais, Beaumont, Pont-le-Voy,

Vendôme, Effiat, Pont-à-Mousson, Tournon. Il y avoit, en outre, au

collége de La Flèche, un pensionnat dépendant de l'école de Paris, où

les élèves étoient placés depuis huit ans jusqu'à quatorze.]

L'École militaire, quant au spirituel, étoit entièrement sous la

direction de l'archevêque de Paris[347].

[Note 347: Cet établissement est aujourd'hui une caserne

d'infanterie.]

CHAMP-DE-MARS.

C'est ainsi qu'on appeloit, et qu'on appelle encore aujourd'hui, une

immense esplanade, entourée d'un fossé revêtu de pierres, qui, du côté

de la rivière, sert d'avenue à l'École royale militaire et fait partie

de la plaine de Grenelle; quatre rangées d'arbres plantés sur les

côtés, tant en dedans qu'en dehors des fossés, y forment de longues et

belles allées. Cinq grilles de fer en ouvrent les entrées. Ce champ,

destiné aux évolutions des élèves de cette école, servoit également

aux exercices du régiment des Gardes-Françoises: il peut contenir dix

mille hommes rangés en bataille[348].

[Note 348: Le Champ-de-Mars n'a point changé de destination; il sert

aux exercices militaires de toutes les troupes stationnées à Paris.]

HÔPITAL DES GARDES-FRANÇOISES.

Cet hôpital, vaste, commode et situé en bon air, fut établi en 1765 au

Gros-Caillou, sous les ordres et par les soins de M. le maréchal duc

de Biron, colonel des Gardes-Françoises. Il étoit spécialement et

exclusivement destiné aux soldats de ce régiment.

Dans la chapelle, un tableau représentant saint Louis en

adoration; par _du Rameau_.

CHÂTEAU DE GRENELLE.

En sortant de l'École militaire par la première grille à gauche du

Champ-de-Mars, on trouvoit le château de Grenelle, situé dans la

plaine du même nom. Ce château, qui n'offroit rien de remarquable que

sa position, avoit haute et basse justice, relevant de l'abbaye de

Sainte-Geneviève. Il dépendoit, ainsi que les maisons qui

l'entouroient, de la paroisse Saint-Étienne du Mont[349].

[Note 349: Ce château, dont on avoit fait une poudrière au

commencement de la révolution, sauta avec un grand fracas et

d'horribles accidents, dans l'année 1793.]

HÔTELS.

ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.

HÔTEL DE NESLE, NEVERS, GUÉNÉGAUD ET CONTI (quai de Conti).

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8) · 第 27 / 39 段