Henriette de Conflans, marquise d'Armentières, morte en 1712.
René de Bec-Crespin, Grimaldi, marquis de Vardes, mort en 1688.
Marie de Bellevenave, veuve du marquis de Clérembaut, dame
d'honneur de Madame, morte en 1724.
Marguerite de Laigue, veuve du marquis de Laigue, morte en
1700[312].
[Note 312: Le tombeau de cette dame, exécuté sur les dessins
d'_Oppenord_, n'avoit point été déposé aux Petits-Augustins.]
Ferdinand, comte de Relingue, lieutenant-général des armées du
roi, mort en 1704.
François-Amable de Monestay, marquis de Chazeron, lieutenant des
gardes-du-corps et des armées du roi, gouverneur de Brest, mort
en 1719.
L'abbé Arthus Poussin, docteur en théologie, l'un des
bienfaiteurs de cette maison, mort en 1735.
Barthélemi Mascarini, maître des requêtes, l'un des bienfaiteurs
de cette maison, mort en 1698.
Charles Gigault, seigneur de Merlus, mort en 1644.
La bibliothèque de ces pères, composée de plus de vingt-quatre mille
volumes, étoit ornée de deux globes de Coronelli. Ils avoient partagé
leur terrain: le cloître et le jardin en occupoient une partie;
l'autre étoit couverte de maisons qu'ils louoient à des
particuliers[313].
[Note 313: L'église des Jacobins réformés a été rendue au culte, et
est devenue une des paroisses de Paris sous le titre de
Saint-Thomas-d'Aquin; les bâtiments du couvent sont habités par des
particuliers.]
Parmi les religieux qui ont illustré cette maison, on distingue le P.
Vincent Baron, docteur conventuel de l'Université de Toulouse, et
considéré comme l'un des premiers théologiens du dix-septième siècle;
le frère Jean André, peintre habile, et dont les tableaux faisoient le
principal ornement de l'église et du monastère; le frère François
Romain ingénieur et architecte très estimé. On lui doit le plan du
pont de Maëstricht et une partie de sa construction. Louis XIV, qui
l'avoit chargé de la conduite du Pont-Royal, fut si content de ses
travaux, qu'il lui confia l'inspection des ouvrages des ponts et
chaussées, et la réparation des bâtiments dépendants de son domaine.
LES THÉATINS.
Ces religieux étoient des clercs réguliers institués en Italie dans
l'année 1524, par saint Gaëtan de Thiéne, Jean-Pierre Caraffe,
archevêque de Théate, aujourd'hui Chieti, au royaume de Naples, Paul
Consiglieri et Boniface de Colle. Leur institut, approuvé d'abord par
Clément VII, sous le simple titre de _clercs réguliers_, prit celui de
_Théatins_, lorsque l'archevêque de Théate, qui s'étoit démis de son
siége pour entrer dans cette nouvelle congrégation, eut été élu pape
en 1555, sous le nom de Paul IV. Le cardinal Mazarin, qui connoissoit
cet ordre, ayant formé le dessein de lui faire avoir un établissement
à Paris, acheta en 1642, sur le quai Malaquais, une maison qu'il fit
arranger convenablement, et appela en France quatre religieux
Théatins. Ils y vinrent en 1644; mais leur établissement légal n'eut
lieu que quatre années après. Ce fut seulement en 1648 que, sur leur
requête présentée à Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain, ils
obtinrent toutes les permissions nécessaires. Le 7 août de la même
année, le prieur de l'abbaye bénit leur chapelle, et le roi plaça
lui-même la croix sur le portail de la maison, qui, d'après ses
ordres, fut nommée _Sainte-Anne la royale_. Des lettres-patentes
confirmèrent, en 1653, tout ce qui avoit été fait[314].
[Note 314: _Histoire de Paris_, t. 4, p. 160 et suiv.]
Le cardinal de Mazarin laissa aux Théatins une somme de 300,000 liv.
pour bâtir une église, à la place de leur chapelle qui étoit beaucoup
trop petite. Ils en confièrent l'exécution à un de leurs religieux
nommé Camille Guarini, qu'ils firent venir exprès d'Italie, et qui
passoit pour un grand architecte. Non seulement il fit un édifice du
plus mauvais goût, mais il le construisit dans de si vastes
proportions qu'il fallut en suspendre l'exécution. Cette église avoit
été commencée en 1662, et le prince de Conti en avoit posé la première
pierre au nom du roi: ce ne fut qu'en 1714 qu'il fut possible d'en
reprendre les travaux, au moyen d'une loterie que Sa Majesté voulut
bien accorder; et de toute l'ancienne, on ne conserva que la croisée.
Elle fut bénite en 1720.
Le portail, sur le quai, fut érigé en 1747 par les libéralités du
dauphin, père de Louis XVI, et à la sollicitation de M. Boyer, évêque
de Mirepoix, qui avoit été religieux dans cette maison. Les dessins en
furent donnés par M. Desmaisons, architecte; et tout médiocre qu'il
est, ce portail passoit alors pour un morceau distingué, en le
comparant à ce que produisoit le goût bizarre de cette époque[315].
[Note 315: _Voyez_ pl. 210. Les bâtiments des Théatins sont occupés
par des particuliers; l'église a été convertie, d'abord en une salle
de spectacle, depuis, en habitations particulières.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Derrière l'autel, le Paralytique à la piscine; copie du tableau
de _Restout_, qui se voyoit à Saint-Martin-des-Champs.
Dans la chapelle Sainte-Anne, la Visitation; sans nom d'auteur.
Dans la chapelle située vis-à-vis, saint Gaëtan; également sans
nom d'auteur.
Dans le réfectoire, une Cène attribuée au _Titien_.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Le coeur du cardinal Mazarin.
Pompée Varesi, nonce du pape, mort en 1678.
Delorme, médecin célèbre, mort en 1678.
Edme Boursault, auteur comique, mort en 1701.
Louis d'Aubusson, duc de la Feuillade, mort en 1725.
Frédéric-Jules de La Tour-d'Auvergne, connu sous le nom de
chevalier de Bouillon et du prince d'Auvergne, mort en 1733.
Dans la chapelle de la Vierge on voyoit le mausolée du marquis du
Terrail, maréchal des camps et armées du roi, exécuté par
_Broche_ jeune[316].
[Note 316: Ce monument n'avoit point été déposé au Musée des
Petits-Augustins.]
* * * * *
La bibliothèque de ces pères étoit composée d'environ douze mille
volumes.
Cette maison, la seule qu'il y eût en France de cet ordre, a produit
plusieurs sujets d'un vrai mérite, et s'est toujours soutenue avec
honneur, quoique la règle de son institut défendît, à la fois, à ses
membres d'avoir aucune propriété, et de demander l'aumône. Ils se
contentoient seulement de recevoir ce qu'on leur donnoit.
Parmi les personnages célèbres qui sont sortis des Théatins, il faut
distinguer le P. Alexis du Buc, controversiste fameux; le P. Quinquet,
et le P. Boursault, fils de l'auteur comique du même nom, tous les
deux habiles prédicateurs; surtout le P. François Boyer, devenu
successivement évêque de Mirepoix, membre des trois académies,
aumônier de la dauphine, etc., etc. Ses talents pour la prédication,
ses vertus religieuses, et les invectives des philosophes modernes,
dont il ne cessa pas un seul instant de signaler les doctrines
dangereuses, sont des titres sans doute suffisants pour rendre sa
mémoire respectable à tous les gens de bien.
LE PONT ROYAL.
Jusqu'en 1632, on ne communiquoit, du faubourg Saint-Germain, au
Louvre et aux Tuileries que par un bac établi en cet endroit. À cette
époque, un particulier nommé Barbier fit construire un pont de bois
que l'on nomma successivement le pont Barbier, le pont Sainte-Anne en
l'honneur de la reine d'Autriche, le pont des Tuileries, parce qu'il
y conduisoit, enfin plus communément le pont Rouge, de la couleur dont
il étoit barbouillé. Ce pont, qui étoit aligné avec la rue de Beaune,
ainsi que le prouve l'inspection de tous les plans, fut brisé
plusieurs fois par l'effort des glaces et par la rapidité de l'eau,
enfin emporté tout-à-fait le 20 février 1684. Alors Louis XIV ordonna
qu'il seroit rebâti en pierre et à ses dépens; les fondements en
furent jetés le 25 octobre 1685, sous la conduite des sieurs Mansart
et Gabriel, auxquels succéda bientôt le frère François Romain, dont
les talents supérieurs étoient reconnus dans ce genre de construction,
et qui en effet surmonta avec beaucoup de hardiesse et de bonheur
toutes les difficultés que lui présentoient, en cet endroit, la
profondeur de l'eau et la rapidité du courant. Ce pont, dont la
dépense ne monte qu'à 720,000 fr., fut, dès-lors, appelé _Pont-Royal_.
Il a soixante-douze toises de long sur huit toises quatre pieds de
large, y compris l'épaisseur des parapets; on y compte quatre piles et
deux culées, formant cinq arches dont la construction a plus de
solidité que d'élégance.
CHAPELLE DE LA VIERGE.
Cette chapelle, qui existoit dans le dix-septième siècle, avoit été
élevée sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la rue Sainte-Marie,
pour servir de succursale à la paroisse Saint-Sulpice. Elle est
indiquée en 1652 sur le plan de Gomboust; on ignore quand elle fut
démolie, mais il est prouvé par d'autres plans qu'elle n'existoit plus
en 1674.
LES CHANOINESSES DU SAINT-SÉPULCRE.
Ces chanoinesses étoient vulgairement appelées les religieuses de
_Belle-chasse_. Leur ordre, institué en Palestine vers la fin du
onzième siècle, ne fut connu en Europe que long-temps après, ce qui
vient de ce que les rois de Jérusalem ne l'avoient d'abord formé que
pour des hommes destinés à la garde du Saint-Sépulcre; les femmes n'y
furent admises par la suite que parce qu'elles devinrent nécessaires
pour remplir un grand nombre de fonctions et de détails qui semblent
appartenir particulièrement à leur sexe. Quelques-unes de ces
religieuses établies à Viset, dans le pays de Liége, en furent
appelées en 1622 par la comtesse de Challigni[317], qui les fixa à
Charleville[318]. En 1632, la baronne de Planci en fit venir cinq à
Paris. Leur établissement dans cette ville éprouva d'abord quelques
difficultés, parce que l'on ne vouloit point y agréer de nouvelles
institutions religieuses, à moins qu'elles ne fussent suffisamment
dotées. Enfin, en 1635, la mère Renée de Livenne de Verville acheta
d'un particulier nommé Barbier une maison située au lieu dit
_Belle-chasse_; et l'année suivante, la duchesse de Croy les gratifia
de 2000 liv. de rente. On acheva, dans cette même année, de bâtir leur
monastère, où elles entrèrent le 20 octobre. Des lettres-patentes,
données en 1637, confirmèrent cet établissement, qu'elles qualifient
«Chanoinesses régulières de l'ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem,
sous la règle de Saint-Augustin.» Ces religieuses ont augmenté depuis
leurs jardins, leurs bâtiments, et fait reconstruire leur chapelle,
qui fut bénite en 1673[319].
[Note 317: _Histoire des Ordres religieux_, t. 2, p. 124.]
[Note 318: _Histoire de Lorraine_, t. 3, p. 775.]
[Note 319: Une partie des bâtiments de cette communauté a été
détruite, l'autre est changée en habitations particulières. On a aussi
percé une rue nouvelle sur le terrain qu'elle occupoit.]
LES PETITES CORDELIÈRES.
Nous avons déjà parlé de l'établissement de ces religieuses au
faubourg Saint-Marcel[320]. Leur nombre s'étant fort augmenté, elles
obtinrent, en 1632, des lettres-patentes qui leur permettoient «de
fonder et instituer dans la ville un petit couvent de leur ordre, par
forme de secour à leur monastère du faubourg[321]». Sur le
consentement que l'archevêque donna la même année à ces lettres, elles
s'établirent, sous le titre de religieuses de _Sainte-Claire de la
Nativité_, dans une maison située rue des Francs-Bourgeois et Payenne,
qui leur avoit été donnée par M. Pierre Poncher, auditeur à la chambre
des comptes. En 1687, ayant acquis, à titre d'échange, l'hôtel de
Beauvais, rue de Grenelle, elles obtinrent de Louis XIV la permission
d'y transférer leur communauté, et y demeurèrent jusqu'en 1749, que ce
monastère fut supprimé par un décret.
[Note 320: _Voyez_ t. 3, 1re part., p. 530.]
[Note 321: _Histoire de Paris_, t. I, p. 465, et t. 5, p. 89.]
L'ABBAYE DE NOTRE-DAME-DE-PENTEMONT.
Deux pieuses personnes, Catherine Florin et Jeanne-Marie Chésar de
Martel, s'étoient associées dans l'intention de former une communauté
qui se destineroit à l'instruction des jeunes filles. Ce nouvel
institut, créé à Lyon en 1625, fut approuvé en 1631 par une bulle du
pape Urbain VIII. Dès 1627, des affaires ayant appelé à Paris la dame
de Martel, l'utilité déjà reconnue de son établissement la fit
accueillir de la reine Anne d'Autriche, et de plusieurs personnes de
la plus haute qualité; et, soutenue par d'aussi puissantes
protections, elle forma aussitôt le projet d'avoir une seconde maison
dans cette capitale. Ce ne fut toutefois qu'en 1643 qu'on lui accorda
les lettres-patentes qui lui permettoient de s'y établir. Elle plaça
son petit troupeau dans une grande maison accompagnée de jardins, dont
la propriété appartenoit à l'hôpital général, et qui étoit située rue
de Grenelle, au lieu dit _l'Orangerie_. La chapelle en fut bénite par
le prieur de Saint-Germain, qui, en 1644, introduisit ces filles dans
ce monastère, sous le titre _d'Augustines du Verbe Incarné et du
Saint-Sacrement_. Cependant, comme cette communauté n'avoit pas de
revenus suffisants pour assurer sa subsistance, les lettres-patentes
de 1643 n'avoient point été enregistrées. Les filles du Verbe Incarné
sollicitèrent et obtinrent en 1667 des lettres de surannation, au
moyen desquelles elles espérèrent en 1670 se soustraire à la
suppression qui fut faite alors de plusieurs hospices et maisons;
mais ce fut moins en raison de ce titre qu'elles échappèrent alors à
cette mesure générale, que parce que l'archevêque de Paris jugea leur
maison propre à recevoir une partie des religieuses qui sortoient des
couvents supprimés. Leurs lettres furent donc enregistrées, mais sous
la condition de ne point recevoir de novices, jusqu'à ce qu'il en eût
été autrement ordonné. Cette faveur qu'on leur accordoit étoit en
effet bien illusoire; car, dès l'année suivante, une ordonnance du
prieur de l'abbaye, confirmée par des lettres-patentes et par arrêt du
parlement, les supprima et appliqua tous leurs biens à l'hôpital
général[322].
[Note 322: Les filles du Verbe incarné furent alors transférées à la
place du Puits-de-l'Ermite, dans la maison dite _de la Crèche_.
(_Voyez_ t. 3, 1re part., p. 501.)]
Ce fut cet événement qui procura aux religieuses de Pentemont
l'occasion de s'établir à Paris. Cette abbaye avoit été fondée, en
1217, par Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, pour des
Bénédictines: cinq ans après, elles embrassèrent la règle de Cîteaux.
On pense que c'est de la situation de leur monastère, bâti près de
Beauvais sur le penchant de la montagne de Saint-Symphorien, que le
nom de _Pentemont_ leur a été donné. Cette situation étoit extrêmement
désagréable, et les débordements de la rivière d'Avalon avoient
plusieurs fois dégradé leurs bâtiments; enfin, en 1646, les ravages
qu'y causa l'inondation furent tels, que ces religieuses se virent
forcées de se retirer dans les faubourgs de Beauvais. S'y trouvant
trop à l'étroit, et jugeant leur maison désormais inhabitable, elles
obtinrent en 1672 des lettres-patentes qui leur permirent de s'établir
à Paris; et, sur le consentement de leurs supérieurs, de l'archevêque
et du prieur de Saint-Germain, elles achetèrent, à titre d'échange,
des administrateurs de l'Hôpital général, le couvent dont nous venons
de parler.
L'église de ce couvent fut rebâtie dans le siècle dernier sur les
dessins et sous la conduite de M. Coutant, architecte du roi. Depuis,
M. Fransque, son élève, et comme lui architecte du roi, acheva
plusieurs détails de ce monument, que son maître avoit laissés
imparfaits. La première pierre en avoit été posée, en 1755, par le
dauphin père de Louis XVI.
C'est une assez jolie coupole, supportée par quatre pendentifs. Le
maître-autel, placé en face de la porte d'entrée, étoit adossé à la
grille du choeur; et l'église, du reste, n'offroit rien de remarquable
que la fraîcheur de son exécution et l'extrême propreté des ornements
dont elle étoit décorée. Le portail sur la rue est orné de deux
colonnes ioniques que surmonte un fronton circulaire dont la forme
pesante s'accorde mal avec la délicatesse de l'ordre[323].
[Note 323: _Voyez_ pl. 211. Les bâtiments de l'abbaye ont été changés
en caserne; on a fait de l'église un dépôt d'effets militaires.]
LES CARMÉLITES.
Ces religieuses, établies d'abord à Notre-Dame-des-Champs, désirant
avoir dans l'intérieur de Paris une maison qui, dans les cas
extraordinaires, pût leur servir de refuge et de retraite, obtinrent
en 1656 des lettres-patentes qui leur permirent d'établir, rue du
Bouloi, un monastère dépendant de celui de la rue Saint-Jacques,
toutefois avec défense d'y recevoir des novices, des professes ou
d'autres religieuses que celles qui seroient envoyées de cette
première maison. Ces défenses subsistèrent jusqu'en 1663 que la reine
Marie-Thérèse d'Autriche voulut, en l'honneur de sa patronne et en
action de grâces de la naissance du dauphin, fonder un nouveau couvent
de Carmélites. Elle obtint en conséquence du roi de nouvelles
lettres-patentes datées de cette même année, qui, détruisant les
premières, déclarèrent l'indépendance de la maison de la rue du
Bouloi, et permirent d'y recevoir des novices, des donations, des
gratifications, etc. La reine fondatrice et la reine Anne d'Autriche
posèrent la première pierre de l'église, le 20 janvier 1664; mais le
peu d'étendue et l'incommodité du lieu qu'elles habitoient firent
désirer à ces religieuses d'être transportées dans le faubourg
Saint-Germain. Elles en obtinrent la permission en 1687, suivant
l'historien de l'abbaye; en 1689, si l'on en croit Piganiol et de La
Barre[324].
[Note 324: Ce couvent a été changé en une caserne de cavalerie.]
Le terrain qu'elles y occupoient, dans la rue de Grenelle, étoit
vaste; les religieuses y étoient bien logées; mais leur église étoit
petite et peu commode.
LES FILLES DE SAINTE-VALÈRE.
C'étoit une communauté de filles pénitentes que le succès de plusieurs
autres établissements du même genre engagea quelques personnes pieuses
à former. Le P. Daure, Dominicain de la maison du noviciat, y eut la
plus grande part. Le 30 avril 1704, on acheta un terrain qui contenoit
neuf cent trente toises de superficie; on y éleva les bâtiments
nécessaires, avec une chapelle, et les filles pénitentes y furent
admises en 1706. Cet établissement fut confirmé en 1717 par des
lettres-patentes[325].
[Note 325: Les bâtiments de cette communauté sont maintenant habités
par des particuliers.]
LES FILLES DE SAINT-JOSEPH OU DE LA PROVIDENCE.
Cette communauté de filles séculières devoit son origine à Marie
Delpech, connue sous le nom de mademoiselle de Létan. Élevée à
Bordeaux dans une maison d'orphelines, elle en devint la bienfaitrice,
et lui procura des statuts, dressés en 1638 par Henri d'Escoubleau de
Sourdis, archevêque de cette ville. L'utilité de cet établissement fit
naître à quelques personnes pieuses le projet d'en former un semblable
à Paris. Mademoiselle de Létan y fut appelée en 1639, et se logea
d'abord, rue du Vieux Colombier. Le nombre toujours croissant de ses
élèves la détermina, peu de temps après, à prendre à loyer, près du
noviciat des Jésuites, une maison qui devint bientôt trop petite pour
quatre-vingts orphelines, dont elle dirigeoit déjà les travaux. Elle
acheta donc, en 1640, rue Saint-Dominique, la maison que cette
communauté a occupée jusque dans les derniers temps, et l'agrandit, la
même année, par l'acquisition de sept quartiers de terre contigus. Le
roi permit cet établissement par lettres-patentes; et M. Henri de
Gondi donna à ces filles des statuts, qu'elles ne cessèrent point
d'observer avec la plus grande exactitude.
L'objet de cette institution étoit d'instruire des orphelines et de
leur apprendre toutes les petites industries convenables à leur sexe,
jusqu'à ce qu'elles fussent en âge d'être mariées, d'entrer en
religion, ou de se mettre en service[326].
[Note 326: Les bureaux de la guerre sont placés dans cette maison.]
LE PALAIS BOURBON.
Ce palais, situé dans la rue de l'Université, à peu de distance de
l'hôtel des Invalides, doit sa première construction à Louise-Françoise,
duchesse de Bourbon. C'est en 1722 qu'il commença à s'élever sur les
dessins de Girardini, architecte italien; continué par l'Assurance,
élève de Jules-Hardouin Mansart, il fut successivement augmenté par
Gabriel Barreau, Charpentier, Belisart, etc. On avoit, dans ces
augmentations diverses, réuni aux constructions primitives, l'hôtel de
Lassai, de manière à n'en former qu'un seul ensemble de bâtiments, dans
lesquels les princes de la maison de Condé avoient rassemblé tout ce que
la distribution intérieure a de plus recherché, tout ce que le luxe
d'ameublement pouvoit offrir de plus élégant. La position de ce palais
sur les bords de la Seine, en face des Tuileries et des Champs-Élysées,
en faisoit une maison de plaisance autant qu'un palais, et du côté de la
rivière, le caractère de l'édifice annonçoit moins un palais qu'une
maison de plaisance.
Son aspect, sur cette face, se composoit de deux pavillons en
longueur, symétriques par la dimension seulement, et formés chacun
d'un simple rez-de-chaussée. Cette composition pouvoit déjà sembler
assez mesquine; mais lorsque Louis XVI eut fait bâtir en avant de ces
deux pavillons le pont auquel on donna son nom, l'obligation absolue
où l'on se trouva de relever le terrain de ce côté fut cause que la
façade entière se trouva masquée dans son soubassement et parut de
loin comme enterrée. La petitesse de l'ordonnance n'en devint que plus
choquante, et l'on peut présumer que, sans la révolution, le prince
qui en étoit propriétaire eût senti la nécessité de faire disparoître
de semblables incohérences[327].
[Note 327: _Voyez_ pl. 198. Cette façade a éprouvé plusieurs
changements: on avoit d'abord élevé un attique sur l'ordonnance, ce
qui exhaussa un peu la masse sans la rendre beaucoup meilleure. Depuis
on l'a changée en un péristyle composé de douze colonnes
corinthiennes, avec fronton. On doit cette construction à M. Poyet.
(Voyez _Monuments nouveaux_.)]
L'entrée de ce palais sur la rue est une des plus magnifiques qui
existent à Paris. Elle consiste en une grande porte accompagnée de
chaque côté d'une colonnade d'ordre corinthien. Ce vestibule donne
bien l'idée d'un grand et riche palais[328]. La première partie de la
cour n'y répond que par son étendue[329]; et les bâtiments dont elle
est formée n'ont aucun caractère. Mais la seconde cour offre un assez
bel ensemble de portiques et de masses bien distribués. L'avant-corps
du fond étoit couronné par un groupe de la main de Coustou jeune,
représentant le Soleil sur son char, entouré des Saisons, que
figuroient quatre Génies tenant les rênes des chevaux. À droite et à
gauche, deux vastes péristyles en colonnes isolées servoient d'entrée
aux appartements. Sur les avant-corps de ces ailes s'élevoient les
statues des Muses, exécutées par Pajou[330].
[Note 328: _Voyez_ pl. 197.]
[Note 329: Cette cour a deux cent quatre-vingts pieds de long sur cent
soixante-deux de large; et ses bâtiments se lient par une corniche
continue à celle de l'ancien palais, qui formoit alors une cour
d'honneur de cent quarante-un pieds de profondeur sur quatre
vingt-seize dans l'autre dimension.]
[Note 330: _Voyez_ pl. 199. Au fond de cette seconde cour, s'élève et
se détache maintenant, sur le nu du mur, un portique orné de colonnes
corinthiennes qui annoncent l'entrée du monument. Cette décoration
est de M. Gisors, architecte.]
L'ancien hôtel de Lassai formoit le petit palais Bourbon, et avoit
subi, dans sa jonction avec le grand palais, des changements et des
augmentations considérables. Dix cours principales composoient le
commun des deux palais réunis, et les écuries pouvoient contenir plus
de deux cent cinquante chevaux.
Le jardin du palais, auquel avoit été également réuni celui de l'hôtel
de Lassai, étoit terminé par une terrasse de cent cinquante-une toises
de long, qui régnoit le long de la Seine, et d'où la vue s'étendoit
sur la plus belle partie de Paris et sur toutes les routes et
promenades qui, de ce côté, y aboutissent.