Les intrigues des partisans de Louis XI semblaient si complètement

étouffées que madame d'Halewyn, bien que parente du sire de Commines,

disait tout haut que le Dauphin était trop jeune pour que l'on pût

songer à lui. Marie elle-même ne cachait point qu'elle était bien

résolue à ne pas devenir la fille d'un prince indigne de la confiance

qu'elle avait placée, infortunée orpheline, dans le lien spirituel qui

le lui désignait pour protecteur: «J'entends, avait-elle dit, que

monsieur mon père régla mon mariage avec le fils de l'Empereur; je

n'en veux point d'autre.» Les ambassadeurs allemands reçurent une

réponse favorable. Leur présence, l'importance de leur mission, la

gravité des intérêts qui devaient dépendre de son succès, calmèrent le

peuple. Marie se montra sur la place du Marché au milieu des métiers

en armes, entourée des députés de la ville de Gand, qui étaient venu

jurer l'alliance des deux grandes cités flamandes. A sa voix, les

bourgeois rentrèrent paisiblement dans leurs foyers, et l'on sonna

toutes les cloches pour célébrer le rétablissement de la paix.

Marie en profita pour se rendre, le 18 avril, à l'hôtel des échevins,

où elle promit de respecter les priviléges de la ville tels qu'elle

venait de les renouveler. Aussitôt après, eut lieu l'élection des

magistrats, conformément aux anciennes coutumes de la Flandre, pendant

si longtemps abolies. Les quatre commissaires de la duchesse

choisirent les treize échevins, cinq parmi les bourgeois et les huit

autres parmi les membres des métiers et des corporations. Les échevins

élurent ensuite entre eux le bourgmestre. Il se nommait Jean de Keyt.

Ces usages remontaient, selon la tradition populaire, à l'époque de

Baudouin le Barbu. Après avoir fécondé le berceau des communes de

Flandre, ils reparaissaient pour jeter un dernier rayon sur leur

déclin et leur décadence.

Trois jours après, le duc de Bavière fiança la duchesse Marie au nom

du duc Maximilien d'Autriche. Selon la coutume suivie dans ces

cérémonies, il se reposa un instant sur un lit d'apparat à côté de la

princesse, qui n'avait pas quitté sa robe de fiancée: une épée nue

l'en séparait, et quatre archers veillaient à ce qu'elle ne fût point

déplacée.

Le même jour (21 avril 1477) on publia, à l'occasion de ces

fiançailles, une nouvelle charte où les franchises des Brugeois

étaient confirmées et augmentées. Leurs libertés devaient désormais

être confiées à la garde des _hooftmannen_ et des doyens; une milice

municipale de chaperons rouges était établie pour veiller à la paix

intérieure; le siége de la châtellenie du Franc était fixé à Bruges,

et aucun privilége ne pouvait lui être accordé sans le consentement

des échevins de cette ville. On y lisait aussi que les mandements du

comte, de ses conseillers ou du parlement de Paris, seraient

dorénavant communiqués aux corps de métiers par les échevins le

lendemain du jour où ils les auraient reçus, et que les possesseurs du

tonlieu de Bruges seraient tenus, ainsi que l'amiral de Flandre,

d'équiper des navires pour protéger le commerce maritime, en chargeant

des échevins qui résideraient dans les ports de réprimer sévèrement

tous les délits qui en troubleraient la sécurité.

La Flandre, attaquée par la France, menacée par l'Angleterre, croyait

ses franchises assurées parce qu'une jeune orpheline, faible héritière

de tant de princes redoutés, lui avait rendu quelques chartes qui

remontaient à la journée de Courtray. Elle avait foi dans son courage,

parce qu'elle combattait sous ses vieilles bannières, qu'elle s'était

hâtée de faire chercher à Notre-Dame de Boulogne et à Notre-Dame de

Halle. De toutes parts un vif enthousiasme se manifestait sans

entraves. Les milices communales se mettaient en marche au son des

cloches. A Gand, six échevins se placèrent à la tête des connétablies

appelées à prendre part à la guerre: elles avaient pour chef le bâtard

d'Herzeele, héritier d'un nom illustre dans les fastes militaires des

communes flamandes.

Le même zèle s'était répandu de l'atelier des corps de métiers à

l'opulente demeure du bourgeois, du château crénelé du noble à

l'humble chaumière du laboureur. Ici l'on chantait:

Galans de Picardie,

De Flandres et d'Artois,

De Haynau la jolie,

Et vous de Boulenois,

Cueilliez trestous corage

A léaument servir

La dame et l'iretage

Qui lui doit partenir.

Chelle jone princhesse,

Que Dieu vueille garder!

Tous cœurs de gentillesse

Se doivent préparer

A servir la pucelle,

Princhesse du pays,

Et tenir sa querelle

Contre ses ennemys.

Ne soiez en doutance,

Car Dieu qui est là sus

Nous baillera vengange...

Che seroit vitupère

Et grant mal à porter,

Qui n'a père, ne mère

Volloir deshireter.

Notre querelle est bonne

Se le roy a Péronne

Et ses gens sur les champs.

Il n'y a rien pris par force,

Pour quoy doïons douter...

Se le roy a des lanches

Bien quatre mil ou plus,

Nous avons des balanses

Pour les peser tous sus;

Mailles et piquenaires

Si ne nous fauront point

Pour les ferre retraire.

Ailleurs on répétait en chœur cette prière:

Saint Donat, saint Boniface, saint Eloy,

Impétrez-nous victoire contre le roy

Qui riens ne tient, ne sçel, ne foy.

Il semblait que personne ne désespérât du salut de la patrie, parce

que chacun était prêt à y concourir de ses efforts et de son sang.

En vain la plupart des capitaines des châteaux et des forteresses se

vendaient-ils successivement à Louis XI; en vain l'araignée venimeuse

cachée dans les fleurs de lis multipliait-elle ses invisibles réseaux:

les vers que Chastelain avait écrits sous le duc Philippe étaient

devenus une prophétie:

Lyon rampant en croppe de montaigne

A combattu l'universal araigne.

Les populations se signalaient dans les plus petits bourgs et jusque

dans les villages par une résistance énergique. Les paysans

interceptaient les convois ou s'assemblaient dans les bois; on vit

même des femmes, tombées au pouvoir des Français, déclarer qu'elles

mourraient plutôt que de crier: «Vive le roi!» La moitié de la ville

d'Arras se défendit deux mois après que l'autre moitié eût été livrée

par le sire de Crèvecœur: les bourgeois avaient repoussé toutes les

propositions qui leur avaient été adressées, en déclarant qu'ils ne se

soumettraient que sur l'ordre exprès de la duchesse de Bourgogne. Un

sauf-conduit leur avait même été accordé pour qu'ils envoyassent des

députés vers elle; mais Louis XI les fit arrêter à Lens et conduire à

Hesdin, où Tristan l'Ermite fut chargé de surveiller leur supplice.

Parmi ceux-ci se trouvait un notable bourgeois d'Arras, nommé Oudart

de Bussy, auquel le roi avait inutilement offert, peu de temps avant,

afin de le gagner, une charge de conseiller au parlement de Paris: sa

mort réjouit fort le roi de France. «Ceux dudit Arras, écrit-il à

l'un de ses conseillers, s'étaient assemblés bien vingt-deux ou

vingt-trois, pour aller en ambassade devers mademoiselle de Bourgogne;

ils ont été pris et les instructions qu'ils portoient, et ont eu les

testes tranchées, car ils m'avoient faict une fois le serment. Il y en

avoit un entre les autres, maistre Oudart de Bussy, à qui j'avois

donné une seigneurie en parlement. Et afin qu'on cogneut bien sa

teste, je l'ay faict atourner d'un beau chaperon fourré et est sur le

marché d'Hesdin, là où il préside.» Le supplice d'Oudart de Bussy

n'empêcha point le sire d'Arcy et Salazar de s'enfermer à Arras; et la

ville se défendit si vaillamment contre l'armée française qui vint

l'assiéger et la garnison qui occupait la cité, que Louis XI se hâta,

dès qu'il s'en fut rendu maître, d'en chasser tous les habitants, sans

en excepter les moines de l'abbaye de Saint-Vaast. Leurs maisons et

leurs biens furent confisqués au profit d'une population nouvelle

appelée de la Normandie, et le nom de la ville d'Arras fit place à

celui de Franchise, que Marie de Bourgogne eût eu le droit de lui

donner comme le prix de son courage, mais qui n'était qu'une dérision

amère imposée par Louis XI pour compléter une œuvre de spoliation et

de ruine.

Le roi de France avait espéré qu'il s'emparerait aisément des

importantes châtellenies de Lille, de Douay et d'Orchies, que

gardaient des hommes d'armes peu nombreux, débris mutilés de la

malheureuse armée de Nancy; mais le triomphe même des Suisses, qui

avaient vaincu le duc de Bourgogne aussi bien que les ducs d'Autriche,

était une leçon dont avaient profité les populations flamandes: la

défense d'Arras éclaira Louis XI sur la résistance qu'il allait

rencontrer comme tant d'autres rois de France qui, longtemps avant

lui, avaient attaqué la Flandre, et aussitôt après, à leur exemple, il

ordonna la convocation de l'arrière-ban dans tout le royaume.

Cependant Louis XI ne cessait de joindre aux avantages que lui

promettait la supériorité de ses forces ceux que son habileté lui

assurait tantôt par la corruption secrète, tantôt par la persuasion et

les perfides ambages d'un langage insinuant. «Mes amis, disait-il aux

habitants du Quesnoy, si je viens en ce pays, ce n'est que pour votre

plus grand profit et dans l'intérêt de mademoiselle de Bourgogne, ma

bien-aimée cousine et filleule. Personne ne lui veut plus de bien que

moi, et elle s'abuse grandement en ne mettant point en moi sa

confiance. De ses méchants conseillers, les uns veulent lui faire

épouser le fils du duc de Clèves: c'est un prince trop faible et trop

peu illustre pour une si glorieuse princesse. Je sais d'ailleurs qu'il

a à la jambe un mauvais ulcère: il est de plus ivrogne comme tous les

Allemands, et, après avoir bu, il lui brisera son verre sur la tête et

la battra. D'autres veulent l'allier aux Anglais, ces anciens ennemis

du royaume qui sont tous de mauvaise vie. Enfin il en est qui veulent

lui donner pour mari le fils de l'Empereur. Ces princes de la maison

impériale sont les plus avares du monde. Ils emmèneront mademoiselle

de Bourgogne en Allemagne, terre étrangère et grossière où elle ne

connaîtra aucune consolation, tandis que votre terre de Hainaut

demeurera sans seigneur pour la gouverner et la défendre. Si ma

cousine était bien conseillée, ajoutait-il, elle épouserait le

Dauphin; ce serait un grand bien pour votre pays; vous autres Wallons,

vous parlez la langue française; il vous faut un prince de France et

non pas un Allemand. Pour moi, j'estime les gens du Hainaut plus que

toutes les nations du monde. Il n'y en a pas de plus nobles, et, selon

moi, un berger du Hainaut vaut mieux qu'un grand gentilhomme d'un

autre pays.» Il les entretenait aussi de ses bonnes intentions à leur

égard, et leur rappelait le sage gouvernement du duc Philippe, leur

vantant son affection et sa reconnaissance pour lui, et se découvrant

même chaque fois qu'il prononçait son nom.

Toutes ces belles paroles semblaient peu dignes de foi: lorsque, peu

après la mort de Charles le Hardi, le sire de Commines s'était

entremis pour exciter une rébellion en Hainaut, Louis XI avait

obstinément refusé de confirmer les priviléges de ce pays. Un

événement récent témoignait également du peu de respect que le roi de

France portait aux franchises les plus anciennes et les moins

contestables. Tournay avait, en payant un impôt annuel, obtenu des

rois de France un droit de neutralité qui lui permettait en temps de

guerre de faire librement le commerce et de fermer ses portes à toute

garnison. Olivier le Diable, honteux du mauvais succès de sa mission à

Gand, avait profité de sa présence à Tournay pour corrompre quelques

bourgeois. Le 23 mai, une porte fut livrée au sire de Mouy, capitaine

de Saint-Quentin; la ville perdit ses libertés, et ses magistrats

furent conduits à Paris, où ils restèrent captifs tant que le roi

vécut.

Louis XI, réduit à recourir à ces intrigues, parce que les succès

qu'il devait à la force des armes lui semblaient trop lents,

regrettait déjà, comme nous l'avons vu par son discours aux habitants

du Quesnoy, d'avoir négligé le mariage du Dauphin et de Marie, ce

moyen qu'il eût dû préférer à tous les autres pour réunir à ses Etats

ceux de la duchesse de Bourgogne, parce qu'en politique les plus aisés

et les plus simples sont toujours les meilleurs. Ce fut pour apaiser

le ressentiment de Marie, si indignement trompée dans la confiance

qu'elle avait placée en lui, qu'il exprima le 16 mai, dans des lettres

patentes de réhabilitation, toute l'indignation qu'il éprouvait du

supplice d'Hugonet et d'Humbercourt dont il était la première cause:

il engageait en même temps le sire de Lannoy, oncle du capitaine

d'Hesdin, à tenter un dernier effort dans le conseil de la duchesse

pour faire rompre son mariage avec le duc d'Autriche.

Les partisans de l'alliance française étaient devenus de plus en plus

rares dans les Etats de Marie de Bourgogne. La Flandre la repoussait

en vertu de toutes les traditions de son histoire; le Hainaut et les

autres provinces où l'on parlait français ne lui étaient pas plus

favorables, parce que leur situation plus voisine des frontières du

royaume leur permettait de mieux connaître l'oppression et la misère

qui y régnaient. Ce qui éloignait surtout les esprits d'un traité avec

la France, qu'aurait sanctionné l'union de Marie et d'un prince

français, c'était la triste expérience des malheurs qui avaient été la

suite du mariage de Marguerite de Male et de Philippe le Hardi. Le

faste, l'orgueil, l'ambition du duc Charles étaient encore des

souvenirs trop récents pour que la Flandre pût songer à se choisir

pour maître le Dauphin de France, ou même à reconstituer une autre

dynastie des ducs de Bourgogne.

On se méfiait d'ailleurs si profondément de la sincérité du roi de

France que plus ses promesses étaient magnifiques, plus elles

semblaient illusoires et perfides. Quelle que fût la solennité des

serments par lesquels il s'engageât, on savait bien avec quelle

facilité il était porté à les violer, et tout traité conclu avec lui

ne pouvait être considéré que comme un piége destiné à perdre ceux qui

s'y laisseraient imprudemment entraîner.

Les émissaires de Louis XI purent aisément se convaincre que des

partis rivaux qui tendaient à empêcher le mariage de Marie de

Bourgogne avec Maximilien, il n'en était que deux qui possédassent

quelques chances de succès; l'un soutenait les titres de Philippe de

Ravestein, de la maison de Clèves; l'autre favorisait le duc de

Gueldre, Adolphe d'Egmont, que les communes avaient délivré de sa

prison au château de Courtray.

Philippe de Ravestein était arrière-petit-fils de Jean sans Peur par

son aïeule, et du roi Jean de Portugal par sa mère. Il avait été élevé

avec sa cousine à la cour de Bourgogne; on ajoutait qu'elle l'aimait;

mais il était sans puissance, et l'on était loin des temps où l'on

avait vu un de ses ancêtres arriver seul, dans une barque traînée par

un cygne, pour délivrer une jeune orpheline menacée par ses ennemis.

Adolphe d'Egmont était beau et plein de courage; quelques voix lui

reprochaient ses longs démêlés avec son père; d'autres cherchaient à

le justifier en blâmant le vieux duc de Gueldre qui, après l'avoir

dépouillé, malgré les pleurs de sa mère, de son légitime héritage,

l'avait livré captif au prince qui l'usurpait. Adolphe d'Egmont était

veuf de Catherine de Bourbon, sœur d'Isabelle de Bourbon, mère de

Marie de Bourgogne.

Dans les premiers jours de mai 1477, le sire de Ravestein résolut de

mettre à profit l'influence qu'il exerçait à la cour et le temps qui

devait s'écouler avant l'arrivée de Maximilien. Son premier soin fut

d'écarter le duc de Gueldre, rival plus dangereux, parce qu'il n'avait

pas quitté la Flandre, et il réussit à obtenir l'ordre de le faire

reconduire dans sa prison de Courtray; mais le duc de Gueldre se fit

inscrire au nombre des bourgeois de Gand, et les communes, à qui il

devait la liberté, la lui conservèrent en invoquant leurs priviléges.

Tandis qu'Adolphe de Clèves, déçu dans ses espérances, se voyait

réduit à se retirer en Allemagne, le duc de Gueldre devenait de plus

en plus populaire. Loin de profiter de l'affection des communes pour

vendre plus cher sa trahison à Louis XI, il ne songeait qu'à la

mériter, en se plaçant à leur tête pour combattre les Français.

Lorsque, dans les premiers jours de juin, les milices communales se

réunirent à Menin, le duc de Gueldre se plaça à leur tête. Les Gantois

obéissaient à Jean de Dadizeele; les capitaines des Brugeois étaient

Louis de la Gruuthuse, Jacques de Ghistelles et Pierre Metteneye. Déjà

le château de Chin avait été enlevé, lorsqu'un désastre imprévu vint

ruiner toutes les espérances qui reposaient sur cette expédition. Les

Flamands, après avoir brûlé le village de Maire et le faubourg de

Sept-Fontaines se préparaient à former le siége de Tournay, grande

entreprise dans laquelle Jacques d'Artevelde lui-même avait échoué. Le

duc de Gueldre ayant appris que les capitaines français Colard de

Mouy, François de la Sauvagière et Jean de Beauvoisis étaient sortis

de Tournay pour l'attaquer, se porta au devant des hommes d'armes

ennemis et se plaça presque seul au delà du pont de Chin, avant que

les siens eussent pu le suivre. Jean Van der Gracht l'engageait à se

retirer, mais il ne voulut point l'écouter: «A Dieu ne plaise,

disait-il, que jamais l'on me voie fuir ou rendre mon épée; je

combattrai jusqu'à ce que je triomphe, ou je mourrai.» François de la

Sauvagière remarqua l'imprudence du duc de Gueldre; il s'élança vers

lui avec quarante lances, et, l'arrachant tout couvert de sang des

bras de Jean Van der Gracht, frappé mortellement à ses côtés, il

l'emporta sur son cheval, en présence des hommes d'armes flamands,

trop éloignés pour s'y opposer. Le duc de Gueldre rendit bientôt le

dernier soupir, et on l'inhuma dans l'église de Notre-Dame, où son

cercueil fut déposé dans un caveau construit au treizième siècle pour

Jean de Vassoigne, évêque de Tournay sous Philippe le Bel.

On avait appris le même jour à Tournay les triomphes de Louis XI dans

le duché de Bourgogne, et maître Simon de Pressy, qui devait prononcer

à ce sujet un discours dans la cathédrale, ne manqua point de parler

aussi «de ce que le roy avoit eu victoire du chief de l'armée des plus

rebelles et désobéissans de tous les pays, c'est à sçavoir du chief

des Flamands.»

Les habitants de Courtray avaient salué par des murmures dictés par la

préoccupation de leur propre péril les milices de Bruges qui étaient

venues leur demander un asile; ils leur reprochaient tantôt leur

indiscipline qui avait, disait-on, été la première cause de la mort du

duc de Gueldre, tantôt leur pusillanimité, qui abandonnait l'entrée de

la Flandre à la garnison de Tournay. Ces reproches émurent les

chaperons rouges de Bruges, et, bien qu'ils se vissent abandonnés des

Gantois, qu'une éternelle rivalité avait éloignés d'eux, aussi bien

que des hommes d'armes de Gueldre indignés de la triste fin d'Adolphe

d'Egmont, ils retournèrent, quatre jours après le combat de Chin,

occuper les retranchements qu'ils avaient élevés près d'Espierres. De

nouveaux revers les y attendaient; dès le lendemain, le sire de Mouy

vint les attaquer avec François de la Sauvagière et Jean de

Beauvoisis. Les Brugeois se défendirent un moment vigoureusement,

mais ils cédèrent bientôt à un sentiment subit de terreur, déplorable

souvenir de celui qu'ils avaient éprouvé au pont de Chin. Dans leur

fuite rapide, ils abandonnèrent aux Français leur camp rempli de vins

et d'épices précieuses. Ils laissaient aussi en leur pouvoir leur

grand étendard, quarante bannières et quatorze cents prisonniers,

parmi lesquels se trouvaient Jacques d'Halewyn, bailli de Bruges, et

Gérard de la Hovarderie, qui commandait les bourgeois d'Audenarde. La

plupart des prisonniers furent mis aux enchères comme faisant partie

du butin, et le sire de la Hovarderie fut vendu, dit-on, deux mille

écus d'or sur l'une des places publiques de cette ville où sa femme

Anne de Mortagne comptait pour aïeux une longue suite de châtelains.

Histoire de Flandre (T. 4/4) · 第 15 / 27 段