CHAPITRE VI

La duchesse de Courlande. -- La comtesse Edmond de Périgord. --

Monsieur de Talleyrand. -- Le cardinal Consalvi. -- Fêtes du

mariage de l'Empereur. -- Mon oncle, l'évêque de Nancy, nommé

archevêque de Florence. -- Triste résultat de cette nomination.

-- Résistance d'Alexis de Noailles. -- Brevets de

sous-lieutenant. -- Madame du Cayla. -- Jules de Polignac.

Quoique, pendant les années qui s'étaient écoulées entre ces fêtes

dont je viens de parler, les deux sociétés de l'ancien et du nouveau

régime fussent habituellement séparées, elles se rencontraient chez

les ambassadeurs et chez les étrangers. Je me rappelle avoir vu toute

la Cour impériale à un très magnifique bal donné par la duchesse de

Courlande. Elle s'était établie à Paris à l'occasion du mariage de sa

fille cadette avec le comte Edmond de Périgord. Je ne sais si la

passion de la duchesse de Courlande pour le prince de Talleyrand a

précédé ou suivi cette union.

Madame Edmond, devenue un personnage presque historique sous le nom de

duchesse de Dino, était, à peine au sortir de l'enfance, excessivement

jolie, prévenante et gracieuse; déjà la distinction de son esprit

perçait brillamment. Elle possédait tous les agréments, hormis le

naturel; malgré l'absence de ce plus grand des charmes de la jeunesse,

elle me plaisait beaucoup. Sa mère, toute occupée de ses propres

aventures, avait laissé le soin de son éducation à un vieux professeur

jésuite qui en avait fait un écolier très accompli et très instruit.

Le ciel l'avait créée jolie femme et spirituelle, mais la partie

morale, l'éducation pratique et d'exemple avaient manqué, ou plutôt ce

qu'une intelligence précoce avait pu lui faire apercevoir autour

d'elle n'était pas de nature à lui donner des idées bien saines sur

les devoirs qu'une femme est appelée à remplir. Peut-être aurait-elle

échappé à ces premiers dangers si son mari avait été à la hauteur de

sa propre capacité et qu'elle eût pu l'aimer et l'honorer. Cela était

impossible; la distance était trop grande entre eux.

J'insiste sur ces réflexions parce que je suis persuadée que, quelque

supériorité qu'on apporte dans le monde, la conduite qu'on y tient est

presque toujours le résultat des circonstances environnantes. Telle

femme qui a beaucoup fait parler d'elle eût été, autrement placée,

chaste épouse et bonne mère de famille. Je crois à l'éducation du

manteau de la cheminée. Lorsqu'on a passé son enfance à entendre les

principes d'une saine morale, simplement professés, et à les voir sans

cesse mettre en pratique, il se forme autour d'une jeune personne un

réseau d'adamant dont elle ne sent ni le poids ni la force mais qui

devient comme une seconde nature. Il faut un rare degré de perversité

pour chercher à en rompre les mailles. Ayons de l'indulgence pour

celles qui sont livrées aux séductions du monde sans être pourvues de

cette défense.

Je viens de prononcer le nom de monsieur de Talleyrand, mais je ne me

hasarderai pas à en parler. Je ne chercherai pas à estomper un

caractère qui appartient au burin de l'histoire; ce sera elle qui

pèsera les torts de l'homme privé avec les services de l'homme d'État

et fera pencher la balance.

Dans ces barbouillages où je m'amuse à faire repasser devant moi

comme des ombres chinoises, sans suite et sans ordre, les différents

souvenirs que ma mémoire me retrace, je m'arrête plus volontiers aux

petites circonstances qui m'ont paru assez piquantes pour être restées

dans ma pensée et ne sont pas assez importantes pour être rappelées

ailleurs. Les personnages historiques ne sont dans mon domaine que par

leurs rapports personnels avec moi, ou lorsque j'ai recueilli sur eux

des détails circonstanciés de la vérité desquels je me tiens assurée.

À cette époque, je me trouvais précisément dans la situation du public

et du public malveillant, vis-à-vis du prince de Bénévent; plus tard,

j'aurai peut-être occasion de parler du prince de Talleyrand. Nous

verrons, si j'arrive à ce temps.

Les cardinaux dispersés dans toute la France eurent la permission ou

plutôt l'ordre de se réunir à Paris à l'époque du mariage de

l'Empereur avec l'archiduchesse. Consalvi se trouva du nombre; il vint

descendre chez nous et ne nous quitta guère pendant son court séjour.

Je fus bien frappée de la lucidité et de la clarté de son esprit en

nous expliquant une position que la théologie et la politique

rendaient si complexe. Il désirait sincèrement pouvoir, dans l'intérêt

de la religion, complaire aux voeux de l'Empereur et pourtant les

canons de l'Église s'y opposaient si formellement qu'il n'y pouvait

arriver.

Si j'ai bien compris alors, ce n'est pas seulement la forme dans

laquelle le mariage de Joséphine était cassé qui faisait les

difficultés mais encore la situation personnelle de l'Empereur. Il

était excommunié _vitando_, ce qui n'empêchait pas qu'il pût recevoir

les sacrements ni qu'un prêtre pût les lui administrer pour nécessité,

seulement les autres ecclésiastiques ne pouvaient y assister. Aussi

les cardinaux étaient-ils prêts à siéger au bal ou à telle autre

fête, mais le banc réservé pour eux à la cérémonie où on administrait

le _sacrement_ du mariage resta vide.

Je crois que, si cela eût dépendu uniquement du cardinal Consalvi, il

eût cherché quelque accommodement. Mais plusieurs de ses collègues

étaient plus chauds et moins raisonnables que lui; et la situation de

tout détenteur du patrimoine de Saint-Pierre est si positivement

spécifiée comme excommunié _vitando_ par les lois de l'Église qu'il

n'y avait pas moyen de les éluder dès qu'elles étaient invoquées.

De son côté, l'Empereur voulait l'emporter de haute lutte; sa fureur

en voyant inoccupé le banc des cardinaux fut excessive. Quelques-uns

furent envoyés dans des forteresses, d'autres, et Consalvi fut du

nombre, obligés de retourner dans les villes fixées pour leur exil. Je

ne me rappelle plus si c'est à ce moment où avant qu'ils eurent la

défense de porter les bas et la calotte rouge, d'où leur est venue

l'appellation de _cardinaux noirs_ qui les a distingués pendant tout

le cours de ces querelles dogmatico-politiques.

Le court séjour que le cardinal Consalvi fit à Paris renoua fortement

les liens d'amitié qui existaient entre nous et, si mes souvenirs

d'enfance avaient été froissés en retrouvant le cardinal Maury, je fus

en revanche enchantée de son collègue. Mon opposition au régime

impérial était certainement fort entachée d'esprit de parti, cependant

j'ai toujours été accessible aux raisonnements qui portaient un

caractère d'impartialité. Et j'étais touchée et édifiée de voir le

cardinal Consalvi, dans sa position d'homme persécuté, parler avec

tant de douceur, se lamenter des violences où il se trouvait entraîné

et chercher de si bonne foi les moyens de les éviter.

Il eut plusieurs conférences avec le ministre des cultes; il offrait

des tempéraments dont j'ai oublié les détails et qu'il nous racontait

heure par heure, mais l'Empereur ne voulait entendre à aucun. Le

public resta persuadé que l'absence des cardinaux tenait uniquement à

ce qu'ils n'admettaient pas le divorce; je crois que c'est une erreur.

Je n'assistai pas plus aux fêtes du mariage que je n'avais fait à

celles du couronnement. Je faisais honneur à mes répugnances

politiques de ce peu de curiosité, mais j'ai découvert depuis que ma

paresse y avait la plus grande part. Je trouve que la peine qu'il faut

se donner surpasse de beaucoup le plaisir qu'on aurait, et le récit

des fêtes suffit complètement à ma satisfaction; je le lis le

lendemain dans mon fauteuil en me réjouissant d'avoir échappé à la

fatigue.

Je ne vis que les illuminations; ce sont sans comparaison les plus

belles que je me rappelle. L'Empereur, auquel les grandes idées ne

manquaient guère, eut celle de faire construire en toile le grand arc

de l'Étoile tel qu'il existe aujourd'hui, et ce monument improvisé fit

un effet surprenant. Je crois que c'est le premier exemple de cette

sage pensée, adoptée maintenant, d'essayer l'effet des constructions

avant de les établir définitivement. L'arc de l'Étoile obtint les

suffrages qu'il méritait.

Mon oncle, l'évêque de Nancy, assista au Concile des évêques de France

réunis à Paris, à l'effet de statuer sur les différends existants avec

le Pape, et qui n'eut aucun résultat. Mon oncle y tint une conduite

fort épiscopale mais pourtant assez gouvernementale pour que

l'Empereur en fût très content. Il lui donna une triste marque de sa

satisfaction, quelque temps après, en le nommant archevêque de

Florence.

Il avait fait beaucoup de bien à Nancy; il y jouissait de la plus

haute considération et il s'y plaisait extrêmement. Abandonner une

telle résidence, où il était établi régulièrement et canoniquement,

pour aller prendre violente possession, malgré le clergé et le Pape,

d'un diocèse italien était une lourde calamité et attirait sur sa tête

ces haines cléricales qui ne pardonnent jamais.

Il arriva à Paris désespéré; mon père, qui l'aimait tendrement, entra

complètement dans sa situation. Ils en causèrent longuement et, après

avoir pesé les inconvénients entre déplaire à l'Empereur et rompre

avec les gens de sa robe, ils conclurent qu'il ne fallait pas assumer

seul cette responsabilité. L'évêque de Nantes, du Voisin, et

l'archevêque de Tours, Barral, avaient été promus à des sièges

importants en Italie qui se trouvaient dans le même prédicament que

celui de Florence. Mon oncle décida que l'acceptation de l'archevêque

de Tours ne suffisait pas, mais que celle de l'évêque de Nantes

entraînerait la sienne.

Monsieur du Voisin passait pour habile théologien, et il était le

prélat le plus considéré de toute l'Église gallicane. Mon père

approuva ce parti; mon oncle, après l'avoir annoncé au ministre des

cultes, alla faire sa cour à l'Empereur qui le reçut très bien. Les

trois prélats désignés se réunirent plusieurs fois. Mon oncle logeait

avec nous. Il nous raconta un matin que l'évêque de Nantes venait de

partir pour Nantes, après un refus formel; qu'en conséquence, il

allait se rendre à Saint-Cloud avec le ministre des cultes pour y

porter son propre refus. Monsieur de Barral n'avait encore aucune

décision arrêtée.

L'évêque donna l'ordre de charger sa voiture de voyage pour retourner

le lendemain à Nancy. Il resta longtemps à causer avec mon père et

moi, récapitulant toutes les excellentes raisons qui rendaient le

parti qu'il avait pris irrévocable. Il revint tard; à dîner, on parla

de chapeaux de paille, l'évêque me dit avec un sourire forcé:

«Ma petite, j'espère que vous me chargerez de vos commissions, je

crois que c'est en Toscane qu'on fait les plus beaux.»

Mon père et moi échangeâmes un regard de surprise. L'évêque prit, en

effet, le lendemain de grand matin la route de Nancy, mais c'était

pour y faire ses paquets et se rendre à Florence. Nous évitâmes de

concert toute explication. Quand un homme de talent et de conscience

agit ainsi contre son propre jugement et que le parti est pris, il n'y

a rien à dire. Je n'en ai jamais su davantage. L'Empereur l'avait-il

intimidé ou séduit? Je l'ignore, ni l'un ni l'autre n'étaient faciles

avec un homme dont l'esprit était aussi distingué que la haute raison.

Le fait s'est passé précisément comme je le raconte.

Au retour de Florence, en 1814, la décision prise avait trop mal

réussi pour qu'il fût opportun de revenir sur le passé. Elle a

éventuellement causé la mort de mon oncle, car les haines du parti

émigré et de l'esprit prêtre se sont réunies dans toute leur âcreté

pour semer d'amertume le reste de sa vie. Et, malgré la haute

considération dont il jouissait à Nancy où il retourna, elles ont tiré

assez de fiel de ce malheureux séjour à Florence pour le tourmenter à

un tel point que sa santé y a succombé. S'il était resté à Nancy,

aucune des tribulations qu'on lui a suscitées n'aurait pu avoir lieu,

et il aurait trouvé dans les papes des protecteurs au lieu

d'antagonistes offensés et voulant se venger. Mais résister à la

volonté de l'Empereur, quelque bon motif qu'on eût, semblait dans ce

temps une espèce de démence; lui-même cherchait à établir cette

pensée.

Alexis de Noailles reçut un brevet de sous-lieutenant pour se rendre

à l'armée; il déclara que sa volonté était de ne point servir; on

insista, il résista. On l'arrêta, on le traîna en prison, il résista

encore. L'Empereur avait bonne envie de l'envoyer à Charenton. On

obtint à grand'peine qu'il restât à Vincennes. Enfin, ne pouvant

vaincre son opposition et craignant peut-être que cette folie ne

devînt contagieuse, l'Empereur le fit relâcher en lui ordonnant de

quitter l'empire où il ne voulait pas de ce _conspirateur de

sacristie_. Et, content de l'affubler de ce sobriquet ironique, il lui

ouvrit les portes de la prison en lui fermant celles de la patrie.

C'est la seule personne qui, à ma connaissance, ait résisté à

l'Empereur, comme madame de Chevreuse est la seule qui ait été forcée

de prendre une place à la Cour impériale.

Alexis de Noailles n'avait pas été le seul à recevoir un brevet de

sous-lieutenant; il y en avait eu une douzaine d'envoyés, en même

temps, aux jeunes gens dont les familles faisaient le plus de tapage

de leur opposition. Ils avaient été expédiés à la suite d'un bal

costumé donné par madame du Cayla, où l'on déploya assez de

magnificence pour que le bruit en parvînt aux oreilles de l'Empereur.

Il voulait bien que les personnes en dehors de son gouvernement

végétassent en paix et en tranquillité, mais, dès qu'on cherchait à se

faire remarquer en quelque genre que ce fût, il fallait qu'on se

rattachât à son gouvernement; il n'admettait aucune distinction qui

n'émanât de lui.

Au reste, il jugea bien en cette circonstance car, à l'exception

d'Alexis, tous ces sous-lieutenants, violemment improvisés, devinrent

de fort zélés soutiens de la couronne impériale. Je ne sais si déjà, à

cette époque, madame du Cayla était avec le duc de Rovigo dans les

liaisons intimes que la prodigieuse ressemblance de son fils a

constatées.

Depuis qu'elle s'est donnée en spectacle au public par ses relations

avec Louis XVIII, mille histoires scandaleuses ont surgi sur son

compte. Je n'en avais jamais entendu parler; elle était aussi agréable

qu'on le peut être avec un teint horriblement gâté, assez spirituelle,

fort désireuse de plaire. Elle vivait mal avec un mari plus que

bizarre, mais était pleine de tendresse et de soins pour sa belle-mère

dont elle était adorée.

Si j'avais été interrogée sur son compte à cette époque, je l'aurais

représentée comme une jeune femme d'une très bonne conduite, même un

peu prude et affichant une grande piété. Je me souviens qu'une fois où

elle avait dansé dans un quadrille le mardi gras, elle se fit

remplacer pour le répéter le samedi suivant quoique les sept autres

femmes ne fissent aucune difficulté d'y reparaître.

Madame du Cayla soignait extrêmement les vieilles dames de la société

de sa belle-mère et les évêques ou gens de la petite Église. Nous

croyions qu'elle suivait son goût; elle a prouvé depuis que l'esprit

d'intrigue et le besoin de se faire prôner l'inspiraient. Elle ne

manquait jamais de faire maigre et de jeûner avec ostentation, ce qui

était beaucoup plus remarquable sous l'Empire que sous la

Restauration. Peu de gens alors affichaient des pratiques extérieures,

et on continuait les bals sans scrupule pendant les deux premières

semaines du carême, mais on n'aurait pas passé la mi-carême.

Je me souviens que le comte de Palfy ayant eu la mauvaise pensée de

donner un bal le vendredi saint, deux femmes seulement, même de la

Cour impériale, s'y rendirent.

Ceci ramène ma pensée à la conversion de Jules de Polignac. Je n'ai

jamais pu croire à la sincérité de sa dévotion et voici sur quoi se

fonde mon incrédulité.

Il y avait à Lyon une riche héritière dont la mère était sous

l'influence des prêtres de la petite Église: on appelait ainsi les

opposants au Concordat. Le mariage de cette jeune fille fut arrangé

par eux avec Alexis de Noailles, alors le coryphée de cette secte. Il

se rendit à Lyon pour le conclure et, en une semaine, réussit à

déplaire si complètement à la fille et à la mère que le mariage fut

rompu.

Jules de Polignac, retenu à Vincennes par la grâce spéciale de

l'Empereur, car il n'avait été condamné qu'à trois années de prison

expirées depuis longtemps, se flattait que la clémence impériale se

lasserait de cette arbitraire aggravation de peine, et il avait

l'espoir de sortir de prison. Adrien de Montmorency soignait fort

amicalement les prisonniers de Vincennes.

On parlait un soir chez moi de la rupture du mariage d'Alexis de

Noailles:

«Pardi, dit Adrien, je viens de le raconter à Jules. Je lui ai dit

que, s'il était aussi bon catholique que royaliste, il serait bien

aisé d'arranger ce mariage pour lui. L'auréole de Vincennes déciderait

tout de suite en sa faveur.»

Huit jours ne s'étaient pas écoulés que nous apprîmes que Jules

tournait à la dévotion de la manière la plus édifiante. Les

distractions très peu orthodoxes qu'il avait recherchées jusque-là

furent repoussées, ses intimités changées. Enfin il s'établit une

révolution si complète dans ses sentiments et dans ses habitudes que

le directeur, qu'il avait choisi parmi les prêtres les plus en

évidence de la petite Église, put mander à ses coreligionnaires de

Lyon que monsieur Jules de Polignac était l'homme suivant leur coeur.

Les négociations pour le mariage furent entamées et assez avancées

pour faire croire à leur succès dès qu'il sortirait de Vincennes; mais

l'Empereur arriva à la traverse et par autorité fit épouser la riche

héritière à monsieur de Marbeuf.

Ce fut dans ce temps qu'il lui prit la fantaisie de marier à son choix

toutes les filles qui avaient au-dessus de cinquante mille francs de

rente. Cette inquisition de famille n'a pas peu contribué à

l'impopularité où il a fini par atteindre. Il admettait cependant la

résistance. Les d'Aligre en sont un exemple. Monsieur d'Aligre était

chambellan; l'Empereur lui fit demander sa fille pour monsieur de

Caulaincourt; il feignit d'accepter avec joie. Mais, peu de jours

après, il vint dire, avec l'air de l'affliction, que mademoiselle

d'Aligre avait une répugnance invincible à la personne du duc de

Vicence.

L'Empereur n'insista pas. Monsieur d'Aligre se crut sauvé, mais,

apprenant peu de temps après que monsieur de Faudoas, le frère de la

duchesse de Rovigo, allait lui être proposé pour gendre, il bâcla en

huit jours de temps le mariage de sa fille avec monsieur de Pomereu,

sous prétexte qu'elle lui donnait la préférence sur tous les

prétendants. L'Empereur bouda un peu monsieur d'Aligre, mais celui-ci,

n'ayant rien à en attendre, se sentait plus indépendant que beaucoup

d'autres.

Quant à Jules, il conserva son odeur de sainteté qu'il ne put

exploiter qu'à la Restauration. Il est resté prisonnier jusqu'en

1814.

Récits d'une tante (Vol. 1 de 4) Mémoires de la Comtesse de Boigne, née d'Osmond · 第 36 / 94 题