XXVII.

L'année 1798 est marquée par un redoublement d'hostilités entre

l'Eglise et l'Etat. Une fois de plus, les représentants de l'autorité

civile, désespérant de gagner le concours du clergé, essaient de

l'écraser ou de le proscrire. L'arsenal des lois de combat édictées

depuis sept ans leur fournit toutes les armes désirables pour cette

lutte, et cependant ils seront obligés, eux aussi, d'avouer leur

impuissance finale. Peu sympathiques au clergé constitutionnel,

hostiles, en partie du moins, à tout sentiment religieux, les

détenteurs du pouvoir en reviennent au système inauguré par

Robespierre, aux fêtes symboliques à grand apparat, à l'imitation

maladroite des cérémonies grecques et romaines, à l'exploitation de

l'idée patriotique, opposée aux tendances catholiques. C'est alors

que l'un des membres du Directoire exécutif, La Réveillère-Lepaux,

inaugure à Paris son culte des _théophilanthropes_, travestissant,

malgré lui, une grande et belle idée par son cérémoniel absurde

et sa phraséologie ridicule. C'est alors aussi que nous voyons la

Cathédrale de Strasbourg redevenir, comme avant le 10 thermidor, le

centre officiel du républicanisme et le sanctuaire de la propagande

patriotique.

Il nous reste toute une série des discours prononcés à cette époque,

lors des fêtes décadaires, à la Cathédrale. Ils ont à peu près

tous le même caractère, et sont composés presque tous par un même

groupe de personnages. Le ministre de l'intérieur d'alors, François

(de Neufchateau), littérateur assez médiocre, bien qu'il ait été

de l'Académie française, avait prescrit d'employer à cette tâche

civique les fonctionnaires municipaux d'abord, puis les professeurs des

nouvelles Ecoles centrales, établies dans chaque département de la

République, et qui remplaçaient les anciens collèges. Il comptait sur

l'éloquence facile, le sérieux et le dévouement obligé des membres

de l'enseignement secondaire officiel, il pensait aussi que la parole

de ces citoyens respectables aurait une autorité plus considérable

que celle des énergumènes entendus pendant la Terreur. Sur le premier

point, son attente ne fut pas déçue; les discours--nous dirions

volontiers les homélies laïques--prononcés à la Cathédrale sont

l'expression, souvent émue, des sentiments les plus dignes de respect.

On y prêche, avec une conviction absolue, la croyance en Dieu, en

l'immortalité de l'âme, la tolérance religieuse et la charité,

l'oubli des haines politiques et la concorde entre tous les

citoyens[638]. La sainteté, l'indissolubilité du mariage n'ont jamais

trouvé de plus sincères défenseurs[639]. Mais à côté de l'exposé

de ces vérités générales et supérieures, la note polémique n'est

jamais absente; elle ne pouvait l'être sans manquer le but même de

l'institution. On y demande au ci-devant d'abjurer ses préjugés contre

l'égalité, au prêtre de reconnaître l'absurdité de bon nombre de

ses dogmes, au piétiste de renoncer à ses cérémonies enfantines, au

juif de se soustraire au rituel vieilli de ses rabbins. On exhorte les

électeurs à ne jamais donner leur voix à qui embrasse encore

d'un bras débile le fantôme de la royauté, à qui, poussé par le

fanatisme religieux, défend encore des superstitions honteuses[640].

[Note 638: _Das Glück der Freiheit, eine patriotische Rede auf den

Dekadi_, 10 ventôse, 6. S. nom d'auteur ni d'impr. Strassb., 8 p.

8°.--_Rede über den Muth des Republikaner's, gesprochen im Tempel

der Freiheit, am 20. Ventose, von Joh. Friedr Aufschlager, Beamter im

Finanzbüreau der Gemeinde_. Strassb., Dannbach. 8 p. 8°.--_Rede

über die patriotische Thätigkeit, gehalten am 20. Messidor von J. F.

Aufschlager_. Strassb., Dannbach. 16 p. 8°.]

[Note 639: _Ueber die Wichtigkeit der Ehe, eine Rede gehalten am Fest

der Ehegatten. den 10. Floreal, im Nationaltempel, von J. B. Escher,

Professor an der Centralschule_. Strassb., Dannbach, 15 p. 8°.]

[Note 640: _Einige Rathschläge für die Wahlmänner, Rede im Tempel der

Freiheit, gehalten am 20. Germinal, von J. F. Aufschlager_. Strassb.,

Dannbach, 14 p. 8°.]

De pareilles paroles devaient repousser naturellement la masse des

fidèles catholiques, aveuglément dévoués à leurs conducteurs

spirituels. Elles n'auraient point été proférées d'ailleurs, que les

orateurs n'auraient pas eu prise sur les citoyens de cette catégorie,

pour un autre motif. Beaucoup d'entre les "prédicants" du décadi

étaient protestants. Leur présence même dans la chaire de la

Cathédrale devait paraître un sacrilège aux âmes pieuses et, par

suite, ceux-là seuls allaient les entendre qui, d'avance, étaient

convaincus. La municipalité avait beau faire imprimer ces harangues,

pour les distribuer ensuite, il n'est pas présumable que leur influence

écrite ait été plus profonde que leur influence parlée.

Pour réussir, il manquait au Directoire, malgré tous ses efforts, le

prestige sanglant de la Terreur. Là où Robespierre lui-même et

ses proconsuls avaient pu supprimer avec peine, et pour quelques

mois seulement, les habitudes enracinées de l'ancien régime et les

traditions de la civilisation chrétienne, les Barras et les Merlin

n'auraient pas dû se flatter de réussir. Ils pouvaient bien exaspérer

l'opinion publique par des mesures vexatoires; ils devaient renoncer

à la dompter. Parmi ces mesures de plus en plus impopulaires, il faut

placer surtout les luttes incessantes pour maintenir le calendrier

décadaire contre le calendrier grégorien. Le Directoire insistait

partout, avec un soin jaloux, pour que l'année officielle fût seule

employée, et le public, d'autre part, s'obstinait à n'en plus

tenir compte. A Strasbourg le nombre des arrêtés, relatifs à cette

question, fut considérable, "l'administration municipale considérant

qu'elle n'avait pas de devoir plus sacré que de seconder, de tous ses

moyens, les mesures propres à la conservation de la république, et

à la destruction du royalisme et des routines théocratiques." Dans

celui du 22 floréal, par exemple, il est ordonné que les paysans,

même ceux d'outre-Rhin, qui viendraient porter leurs provisions au

marché, un autre jour que les tridi et les octidi de chaque décade,

seraient poursuivis comme ayant encombré la voie publique; les travaux

de la voierie ne pourront être suspendus que le décadi; les ouvriers

qui prendraient congé les jours de dimanche ou de fête de l'ancien

calendrier, devront être congédiés; les bals publics et autres lieux

de rassemblement ne pourront être réglés que sur la décade et jamais

ouverts le dimanche; les écoles devront chômer exclusivement d'après

le calendrier républicain, etc.[641]. Mais ces menaces obligées

n'étaient pas, semble-t-il, sérieuses de la part du bureau municipal,

car les choses ne changèrent guère pour cela.

[Note 641: Délibération de l'administration municipale de la commune

de Strasbourg, du 22 floréal an VI (11 mai 1798). Strasb., Dannbach,

placard in-folio.]

Afin d'amener le public aux fêtes décadaires, la loi du 13 fructidor

(30 août 1798) prescrivit que dorénavant les mariages ne pourraient

plus être célébrés que les jours de fête décadaire, au temple de

la Liberté. C'était forcer, en effet, les plus récalcitrants parmi

les catholiques, à pénétrer, une fois au moins dans leur vie, dans

l'enceinte profanée de leurs anciennes églises, pour peu qu'ils

fussent désireux de contracter mariage, mais les coeurs n'étaient

pas gagnés pour cela; bien au contraire. A Strasbourg, cette loi fut

appliquée pour la première fois le 10 vendémiaire (10 octobre 1798);

la cérémonie eut lieu "au temple de la ci-devant Cathédrale, et ne

manqua pas d'être belle et touchante, malgré que le local y mît

de grands obstacles." Le citoyen Démichel, président de

l'administration municipale, prononça à cette occasion un long

discours, dont l'impression fut ordonnée par ses collègues, et dans

lequel il faisait un pompeux éloge du décadi, "ce jour de repos

et de fête nationale, proscrit par le fanatisme, l'ignorance et la

déraison", qui allait devenir, grâce à cette loi, "un jour de

réjouissance et de bonheur pour tous les citoyens français."

Mais l'orateur était amené, dès l'exorde, à s'élever contre les

intentions perfides de ceux qui tenteraient d'engager des citoyens

timorés, enchaînés à la domination des prêtres, à se soustraire

à l'exécution d'une loi si bienfaisante. Cela ne témoignait pas, chez

"les jeunes et innocentes filles", pas plus que chez "les jeunes

et tendres époux", d'un grand empressement "à venir payer le

plus juste tribut à la nature et à la société, en présence de

l'intéressante jeunesse qui doit imiter un jour leur exemple."

La plupart d'entre eux n'étaient guère enflammés de "ce saint

enthousiasme" qui devait les "délivrer des préjugés qui les ont

tenus enchaînés, pendant quatorze siècles, au char du fanatisme et de

la superstition"[642].

[Note 642: Discours prononcé lors de la première célébration des

mariages au temple de la Liberté, le 10 vendémiaire an VII, par le

citoyen Démichel, président de l'administration municipale. Strasb.,

Dannbach, 11 p. 8°.]

On dut reconnaître bientôt combien la Cathédrale était actuellement

mal aménagée pour ces réunions décadaires et les fêtes nationales.

Trois jours seulement après la célébration de cette première

cérémonie, la municipalité adressait aux Strasbourgeois une

proclamation solennelle, pour leur expliquer que le temple de la

ci-devant Cathédrale présentait bien le local nécessaire à ces

fêtes, mais que sa disposition actuelle ne saurait convenir à l'objet

auquel il est destiné. Il faudrait que tous les citoyens pussent

être placés commodément, que chacun puisse arriver à sa place

sans désordre ni tumulte. La fête du dernier décadi n'a pu être

environnée de l'éclat, de la décence, de la dignité qui doivent

accompagner une cérémonie aussi auguste et devant attirer dans tous

les temps un grand concours de citoyens. Malheureusement l'état de

la caisse commune ne lui permet pas de fournir seule à la dépense

nécessaire et les bons citoyens sont donc invités à se pénétrer de

l'importance de cet objet, des avantages qui doivent en résulter pour

eux-mêmes, et à contribuer, chacun selon ses facultés, aux frais de

réparations aussi urgentes qu'elles sont utiles[643].

[Note 643: L'administration municipale de la commune de Strasbourg à

ses concitoyens, 13 vendémiaire (4 octobre 1798), 4 p. 8°.]

Cette adresse, imprimée dans les deux langues, fut "distribuée avec

profusion" et une liste de souscription ouverte au bureau des travaux

publics. Un architecte, alors renommé dans notre ville, le citoyen

Weinbrenner, dressa le plan des constructions à faire pour rétablir

l'ancien amphithéâtre, et présenta le devis, qui se montait à 10,846

fr. 40 c. Dans sa séance du 17 frimaire seulement, le Corps municipal

décida de faire commencer incessamment les travaux par les ouvriers de

la commune[644]. Deux mois s'étaient donc écoulés depuis l'ouverture

de la souscription publique et l'on peut supposer qu'elle n'avait pas

été très fructueuse. Peut-être aussi la municipalité elle-même

n'avait-elle pas apporté grand zèle à hâter l'entreprise, vu les

sentiments intimes de la plupart de ses membres. Nous voyons, en effet,

dans l'intervalle le président même de l'administration, le citoyen

Hirschel, et l'un des officiers municipaux, Schnéegans, être obligés

de déposer l'écharpe municipale, et renvoyés devant les tribunaux

comme accusés de faux en écriture publique pour une singulière

histoire d'_escamotage_ (c'est le mot topique) d'un prêtre

réfractaire. Celui-ci, également nommé Hirschel, et parent sans doute

du fonctionnaire, avait été arrêté à Geispolsheim, mais il put

disparaître, durant le trajet à Strasbourg, sous le nom de Joseph

Hægeli, instituteur, grâce à la dextérité d'un nommé Rosset et à

la connivence présumée des susdits officiers municipaux[645]. Peu de

jours après, la municipalité tout entière s'attirait également une

verte semonce de la part du Département pour contrôler si mal les

prescriptions de la loi sur les décadis, "au point que les bouchers

poussaient l'insolence jusqu'à égorger leurs bestiaux dans la rue,

ces jours-là, et que les poissonniers étalaient avec une scrupuleuse

ponctualité les vendredis, mais avaient soin de supprimer leurs

étalages les jours connus dans le calendrier des cultes sous le nom de

dimanche"[646]. Ces reproches ne changèrent en rien la disposition

des esprits et les artisans, les ouvriers, les paysans continuèrent

à ne tenir aucun compte du calendrier officiel, comme nous le montre

l'amère philippique prononcée contre eux, à la Cathédrale, le 10

frimaire de l'an VII (31 décembre 1798) par le citoyen Bottin[647].

[Note 644: Corps municipal, procès-verbaux manuscrits, 17 frimaire (7

décembre 1798).]

[Note 645: _Ibid._, 1er brumaire (22 octobre 1798).]

[Note 646: Procès-verbaux manuscrits, 3 brumaire (24 octobre 1798).]

[Note 647: _Erste Rede über die Vollziehung der Gesetze, gehalten den

10. Frimaire... von dem Bürger Bottin_. Strassb., Levrault, 20 p. 8°.]

Etait-ce pour se laver de ce reproche d'indifférence ou par pur amour

de l'art, je ne sais, mais la municipalité procéda vers la même

époque à la réorganisation de l'orchestre municipal, qui fut placé

sous la direction du violoncelle Dumouchau père, avec une dépense

annuelle de 4950 livres[648]. Elle souscrivit également à la

"publication décadaire de plusieurs morceaux de poésie

allemande, destinés à consacrer des époques de la Révolution

et particulièrement à célébrer la morale et les fêtes

républicaines". L'auteur en était le pasteur Schaller, de

Pfaffenhofen, bien connu dans la littérature alsatique par son poème

burlesque, la _Stuziade_, illustrée par le crayon de Zix. Mais la

souscription de nos autorités est si modeste qu'il n'est guère

probable qu'on ait pu distribuer un grand nombre d'exemplaires des

dithyrambes patriotiques du ministre de Pfaffenhofen au public ordinaire

des réunions de la Cathédrale[649].

[Note 648: Corps municipal, procès-verbaux, 15 brumaire (6 novembre

1798).]

[Note 649: Procès-verbaux manuscrits, 29 frimaire (19 décembre

1798).--La municipalité prit des exemplaires de ces chants pour

16 livres 50 centimes.]

Nous ne nous arrêterons plus longuement à la description de ces

différentes fêtes, que nous ont conservé les journaux du temps ou ces

plaquettes spéciales, procès-verbaux ou programmes, si recherchées

de nos collectionneurs d'alsatiques. Soit qu'on célèbre le 2 pluviôse

(21 janvier) "la juste punition du dernier roi des Français"[650],

soit qu'on fête, le 30 ventôse (20 mars), la Souveraineté du

peuple[651], ou le 10 prairial (22 mai), la Reconnaissance[652], les

détails de ces cérémonies ne varient guère et ressemblent à celles

que nous avons fait, si souvent déjà, passer sous les yeux du

lecteur. Elles ont peut-être un caractère plus factice encore et plus

théâtral que par le passé, et l'on ne peut s'empêcher de sourire,

en lisant, par exemple, dans le programme de la fête anniversaire

du supplice de Louis XVI: "La cérémonie se terminera par des

imprécations contre les parjures et une invocation à l'Etre suprême,

pour la prospérité de la République, lesquelles pièces seront

composées par les professeurs de l'Ecole centrale du Bas-Rhin." Purs

exercices de rhétorique, où la violence du langage n'avait plus même

l'excuse d'une passion sincère et où les fonctionnaires de tout rang

se prêtaient, sans convictions bien profondes, au rôle de comparses et

d'acteurs![653].

[Note 650: Corps municipal, procès verbaux, 12 nivôse (1er janvier

1799).]

[Note 651: Procès-verbaux du corps municipal, 9 ventôse (27 février

1799).]

[Note 652: Fête de la Reconnaissance. L'administration centrale

du Bas-Rhin aux municipalités. 3 prairial an VII, 4 p. 4°.--Corps

municipal, procès-verbaux du 29 floréal et du 10 prairial (18, 29 mai

1799).]

[Note 653: Nous avons le droit de parler de la sorte quand nous

entendons au même moment la municipalité déclarer à l'administration

départementale, en majorité jacobine. "qu'elle imprime le cachet

fatal de sa réprobation sur le front obscène" des royalistes et des

jacobins. (Corps municipal, 28 nivôse an VII.)]

Un emportement plus spontané se fait sentir dans les nombreuses

manifestations auxquelles donna lieu l'attentat contre les

plénipotentiaires français de Rastatt, consommé le 28 avril 1799. Le

nom des victimes, Roberjot et Bonnier, retentit fréquemment sous

les voûtes de la Cathédrale, dans les semaines qui suivirent cette

violation sauvage du droit des gens. Toutes les cérémonies décadaires

s'y terminaient par le cri de: Vengeance contre la perfide Autriche!

Le 20 floréal, on y donne lecture d'une adresse de l'administration

départementale[654]; le 30 floréal, on y lit une proclamation du

Directoire[655], relatives toutes deux à ce sujet, et si la grande

fête funèbre du 20 prairial en l'honneur des deux envoyés français,

se déroula principalement sur la place d'Armes, le temple décadaire,

tout voilé de noir, "orné d'urnes, représentant les cendres

des citoyens Roberjot et Bonnier", portait, lui aussi, ce jour-là

"l'empreinte lugubre du deuil de tous les citoyens"[656].

[Note 654: Procès-verbaux du Corps municipal, 20 floréal (9 mai

1799).]

[Note 655: Procès-verbaux du Corps municipal, 30 floréal (19 mai

1799).]

[Note 656: Procès-verbaux du Corps municipal, 13, 20, 30 prairial (1er,

8, 18 juin 1799).--_Trauerrede auf das Gedächtnissfest der zu Rastatt

gemeuchelmordeten fränkischen Friedensgesandten_. Strassb., Rupffer, 8

p 8°.]

L'assassinat de Rastatt devait amener également une recrudescence de

haine contre tous ceux qu'on pouvait soupçonner de connivence secrète

avec "les farouches Autrichiens". "Habitants du Bas-Rhin,

s'écriait une proclamation de l'administration centrale du

département, pourriez-vous ne pas ouvrir enfin les yeux sur les dangers

imminents dont vous menace la présence de ces prêtres rebelles, de ces

émigrés cachés, qui surprennent depuis longtemps votre bon coeur? Ah,

ils sont vos ennemis les plus cruels, soyez en sûrs, ils ont le

coeur _autrichien_. Repoussez-les... débarrassez-vous de ces hôtes

dangereux!"[657]. Jusque dans l'intérieur des prisons, on redouble de

vigilance pour empêcher les prêtres détenus de communiquer entre eux,

et les surveillants sont sommés "d'observer scrupuleusement tous les

mouvements parmi lesdits prêtres, qui pourraient intéresser l'ordre

public et la cause de la liberté"[658]. Plusieurs d'entre

les ecclésiastiques, arrêtés alors, furent, sous le coup de

l'effervescence générale, jugés sommairement par des commissions

militaires et fusillés; d'autres, traduits devant les tribunaux comme

étant rentrés, malgré les lois, dans le pays, furent condamnés à

être déportés à la Guyane. Parmi eux se trouvait un des membres

du clergé de la Cathédrale, l'abbé Kaczorowski, ancien vicaire à

Saint-Laurent[659]. On peut dire, sans exagérer, qu'à aucun moment,

depuis la chute de Robespierre. le gouvernement n'avait été plus

hostile à l'Eglise catholique qu'à la veille du 18 brumaire. L'opinion

publique s'en rendait compte et ce ne fut pas peut-être une des

moindres raisons pour lesquelles elle applaudit à l'usurpation

triomphante du général Bonaparte[660].

[Note 657: L'administration centrale du département à ses concitoyens,

14 floréal an VII. Strasb., Levrault, placard gr. in-folio.]

[Note 658: Corps municipal, procès-verbaux, 23 floréal (12 mai 1799).]

[Note 659: Winterer, p. 289.]

[Note 660: Notons, à titre de curiosité, que le nom de Bonaparte

paraît, pour la première fois, passablement tard dans les

procès-verbaux de la municipalité de Strasbourg. A la date du 29

nivôse (18 janvier 1799) nous y lisons: "Le citoyen Adorne ayant

présenté un buste de Buonaparte, formé de bronze, l'administration

municipale l'a acheté et a autorisé l'administration des finances à

en payer au citoyen Adorne le prix demandé de 18 francs."]

La cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. (1789-1802) · 第 30 / 36 题