XXVI.

Le départ des prêtres, et la crainte d'être mal vus ou peut-être

même emprisonnés, empêchèrent dès lors beaucoup de fidèles

d'assister aux réunions de prières à la Cathédrale ou de venir s'y

réunir le dimanche à leurs coreligionnaires. Ils renfermèrent les

manifestations de leur foi dans leurs maisons et une administration

municipale moins sympathique aurait pu arguer du délaissement de

l'édifice pour l'employer à d'autres usages. Cela n'était point à

craindre, il est vrai, pour le moment, mais rien ne garantissait la

stabilité de fonctionnaires aussi mal notés et les chefs, intelligents

autant qu'énergiques, de la communauté catholique résolurent de

conclure, pour ainsi dire, un nouveau bail avec la municipalité, afin

de s'assurer, en tout état de cause, la possession de la Cathédrale.

Il existait à Strasbourg, depuis la fin du dix-septième siècle,

une _Confrérie marianique des bourgeois allemands_, qui se recrutait

principalement parmi les artisans catholiques de notre ville et

jouissait d'une haute considération dans les sphères de la petite

bourgeoisie. C'est dans les rangs de cette confrérie que furent choisis

douze citoyens, fervents croyants tout d'abord, mais sans doute aussi

peu compromis que possible dans les affaires politiques du temps. Ils

se présentèrent comme délégués de tous les autres catholiques de la

ville devant les administrateurs des édifices publics et demandèrent

l'autorisation d'organiser à la Cathédrale des réunions de

prière exclusivement laïques, tous les dimanches, à deux heures de

l'après-midi[590].

[Note 590: _Kathol. Kirchen--und Schulblatt_, 1855, p. 9-10. Les noms de

ces douze citoyens étaient Xavier Antoine, Valentin Koehren, François

Lazar, François Kieffer, Arbogast Heim, Nicolas Varin, Antoine Wescher,

Etienne Hatter, Joseph Studer, Michel Schweighæuser, Michel Starck,

Laurent Detterer.]

Cette demande fut accordée sans peine et dès lors on vit à

Strasbourg, grâce à l'inclémence des temps, ce spectacle si curieux

et si contraire à l'esprit du catholicisme, la foi des fidèles se

passant de prêtres pour parler à Dieu et des réunions de culte,

considérées comme orthodoxes, et présidées pourtant par de simples

laïques. Ce fut le 10 janvier 1796 que furent inaugurés ces services

religieux, placés sous l'invocation des souffrances mortelles du

Christ[591]. L'un des Douze dirigeait les chants qu'accompagnaient les

orgues, et récitait les prières au nom des croyants assemblés. Le 12

février, on célébra la fête de la purification de la Sainte-Vierge,

et après une confession générale des péchés commis contre la mère

de Dieu, les nombreux assistants des deux sexes se prosternent à ses

pieds et l'un des directeurs la proclame à haute voix comme patronne et

protectrice de la cité[592]. Le 4 mars commence une neuvaine spéciale

en l'honneur de Saint-François-Xavier, instituée pour implorer la

miséricorde divine en faveur des prêtres persécutés [593]. Le

25 mars enfin, les cérémonies de la semaine de Pâques commencent,

malgré l'absence de prêtres. Un des Douze a composé une exhortation

aux fidèles, dont on donne lecture; les tableaux des quinze stations

de la croix, ayant appartenu jadis aux Pères franciscains, sont placés

contre les colonnes de la nef et la procession des fidèles se dirige de

station en station, au milieu du chant des cantiques, pour prier et pour

baiser la croix[594].

[Note 591: _Kirchen--und Schulblatt_, p. 47.]

[Note 592: _Kirchen--und Schulblatt_, p. 48]

[Note 593: _Ibid_., p. 49.]

[Note 594: _Ibid_., p. 129-130.]

Nous n'avons voulu qu'esquisser ici quelques-uns des principaux traits

de ce culte laïque, qui semble avoir eu d'autant plus de succès

qu'il répondait à de profonds besoins religieux chez une partie de la

population strasbourgeoise[595]. Ceux qu'intéresserait le détail des

cérémonies, devront se reporter au document dont nous avons tiré les

quelques renseignements fournis plus haut. Ce mémorial lui-même n'a

pas été, malheureusement, publié tout entier et ne saurait d'ailleurs

tout nous apprendre. Il est muet, par exemple--et nous comprenons le

silence prudent de ses rédacteurs--sur l'attitude du clergé proscrit

vis-à-vis de ces manifestations éclatantes, mais légèrement

insolites, de la piété catholique. Cependant on a peine à croire que

le cérémonial de toutes ces réunions religieuses n'ait pas été le

résultat de sa collaboration discrète. Les Douze ne furent sans doute

que les éditeurs, responsables vis-à-vis du pouvoir civil, de ce qui

s'est dit alors à la Cathédrale, et non les véritables auteurs des

sermons laïques prononcés par ces honorables citoyens.

[Note 595: Les préposés du culte catholique procédaient aussi à de

fréquentes quêtes à la Cathédrale, dont ils envoyaient le produit

à la municipalité pour l'Hospice des orphelins. Voy. p. ex. le

procès-verbal du 17 nivôse (7 janvier 1796).]

Le 2 janvier 1796, l'administration municipale avait dû enregistrer la

loi portant que les agents qui ne dénonceraient pas les prêtres

soumis à la déportation seraient sur-le-champ livrés au tribunal

criminel[596], mais elle n'en restait pas moins favorable, au fond

de l'âme, aux nouveaux proscrits. Le 9 janvier, elle accueillait

favorablement une pétition de la citoyenne Marie-Reine Montflambert,

qui demandait pour son frère, l'abbé, la permission de revenir

à Strasbourg[597]. Puis, quand le Directoire du département eut

itérativement ordonné son arrestation, elle osa déclarer nulle et non

avenue cette mesure du Directoire, Montflambert étant couvert par une

des exceptions de la loi sur les émigrés. Cette opposition n'empêcha

pas que le nom du prêtre fugitif ne fût porté sur la liste des

émigrés; mais jusqu'au bout, le Corps municipal persista dans sa

manière de voir et déclara que "l'arbitraire prenait la place de la

justice"[598].

[Note 596: Procès-verbaux du Corps municipal, 12 nivôse (2 janvier

1796).]

[Note 597: Procès-verbaux du 19 nivôse (9 janvier 1796).]

[Note 598: Procès-verbaux du 25 ventôse an IV (15 mars 1796). Il

semblerait pourtant que Montflambert ait fini par tomber entre les

mains de la police, car nous connaissons une délibération de

l'administration départementale du 5 vendémiaire an V, qui ordonne son

élargissement provisoire de la maison de réclusion. (Procès-verbaux

du corps municipal. 8 vendémiaire, 29 sept. 1796.)]

Les mêmes procès-verbaux, auxquels nous empruntons ces détails,

nous ont conservé la liste des lieux de culte ouverts à Strasbourg au

commencement de l'année 1796. Le culte "connu sous la dénomination

de culte catholique, apostolique et romain", occupait l'édifice de

la ci-devant Cathédrale et l'église Louis; les protestants officiaient

aux temples Aurélie, Thomas, Nicolas, Guillaume, Pierre-le-Vieux,

l'Eglise-neuve (Temple-Neuf), la Ruprechtsau, et à l'auberge de la

Charrue, au faubourg de Pierres. Les israélites se réunissaient chez

Scheyen Netter, rue de la Lune; Abraham Auerbach, rue Sainte-Elisabeth;

Moïse Isaac, Vieux-Marché-aux-Vins, et Joseph Lehmann, rue du

Jeu-des-Enfants[599]. Il n'est pas fait mention ici d'un lieu de culte

pour les constitutionnels, mais il est cependant hors de doute qu'ils

célébraient leur culte à part, avant même d'être admis au partage

de la Cathédrale, comme nous le verrons bientôt.

[Note 599: Procès-verbaux du 12 nivôse an IV.]

Pendant ce temps la lutte s'engageait, avec un redoublement de violence,

entre le nouveau gouvernement de la République et les membres du

clergé pénitent, rentrés en foule dans leurs anciennes paroisses,

dans l'attente de jours meilleurs. Plus la connivence tacite des

autorités avait été grande durant de longs mois, plus la répression

dut sembler cruelle quand on se remit à sévir. Les municipalités

favorables au clergé furent frappées, comme les prêtres eux-mêmes.

La municipalité de Truchtersheim fut destituée pour avoir laissé

fonctionner des ecclésiastiques non-assermentés[600]; le président

de celle d'Obernai, le citoyen Apprédéris, se vit casser pour en avoir

hébergé dans sa demeure[601], et les malheureux eux-mêmes furent

traqués partout, jusque dans les hautes vallées des Vosges, pour

"écraser les ennemis de la République"[602]. Ces poursuites ne

restèrent pas infructueuses, et plusieurs de ceux qu'on recherchait,

furent en effet arrêtés. C'est ainsi que le tribunal criminel du

Bas-Rhin condamnait à la déportation sur les côtes de la Guyane le

curé Kappler, de Beinheim[603], puis l'abbé Heckel, ancien desservant

de Grossendorf[604]. Les armes les plus terribles, forgées pour

combattre l'Eglise hostile, devaient être employées elles-mêmes

dans l'ardeur de la lutte et sous l'influence funeste des haines

renaissantes. Dans les premiers jours de février on amenait captif aux

prisons de Strasbourg un prêtre condamné jadis à la déportation

et qui, avec un faux passe-port[605], était revenu dans sa paroisse;

c'était l'abbé Antoine-François Stackler, desservant de Neuve-Eglise.

Son identité sommairement reconnue, le tribunal prononça contre lui la

peine capitale et, le 3 février 1796, le jeune ecclésiastique montait

courageusement les marches de l'échafaud, dressé sur la place d'Armes,

salué comme un martyr par l'immense majorité de ses coreligionnaires,

quoique jugé plus sévèrement par les feuilles républicaines[606].

[Note 600: _Strassburger Weltbote_ (c'est le nouveau titre de la

_Strassburger Zeitung_, du futur _Courrier du Bas-Rhin_), 28 janvier

1796.]

[Note 601: _Strassb. Weltbote_, 15 février 1796.]

[Note 602: _Strassb. Weltbote_, 10 février 1796.]

[Note 603: _Strassb. Weltbote_, 19 mars 1796.]

[Note 604: _Strassb. Weltbote_, 11 avril 1796.]

[Note 605: La falsification fréquente de ces passe-ports est également

avouée par M. Guerber dans sa _Vie de Liebermann_, p. 137.]

[Note 606: _Strassb. Weltbote_, 4 février 1796. Voy. aussi sur Stackler

l'article de M. l'abbé Sifler dans la Revue catholique d'Alsace,

1868, p. 372--Nous rencontrons un trait de fanatisme religieux

épouvantable--s'il est authentique--chez l'une des paroissiennes de

Stackler, dans le _Strassb. Weltbote_ du 15 février 1796.]

Toutes les régions de notre province ne supportèrent pas avec un calme

résigné cette recrudescence dans la persécution religieuse; dans le

Kochersberg, par exemple, presque aux portes de Strasbourg, les paysans

catholiques proféraient des paroles menaçantes et l'on y armait,

disait-on, jusqu'aux garçons de douze ans, pour défendre les prêtres

réfractaires qui s'y tenaient cachés[607]. Huit demi-brigades de

gendarmes durent être établies à Dachstein, Molsheim, Mutzig,

Wasselonne, Westhoffen, Schirmeck et lieux environnants, pour y faire

respecter les arrêtés relatifs au clergé non-assermenté[608], et

surtout aussi celui du 13 ventôse, qui ordonnait d'enlever partout, sur

les églises, dans les cimetières, aux maisons particulières et sur

les grands chemins, les symboles religieux, croix, images des saints,

inscriptions diverses, ayant échappé jusqu'ici au marteau des

démolisseurs. Le piédestal même des crucifix devait être

immédiatement enlevé[609]. On peut se figurer aisément quelles

colères éveillaient d'aussi tyranniques décrets dans le coeur de nos

populations rurales. Il va sans dire que la défense de se servir des

cloches pour la célébration du culte, très rapidement tombée en

désuétude, du moins à la campagne, était réitérée sous les peines

les plus sévères[610].

[Note 607: _Strassb. Weltbote_, 17 mars 1796.]

[Note 608: _Strassb. Weltbote_, 26 mars 1796.]

[Note 609: _Strassb. Weltbote_, 25 mars 1796.]

[Note 610: Procès-verbaux du Corps municipal, 22 germinal (11 avril

1796) et 30 messidor (18 juillet 1796).]

Dans cette lutte, qui renaissait de la sorte âpre et passionnée, le

gouvernement devait nécessairement chercher à gagner des alliés,

dont l'intérêt immédiat les pousserait, non pas à s'associer à

des mesures persécutrices, mais à donner au moins l'exemple d'un

_loyalisme_ patriotique et de l'obéissance aux lois. Il était d'une

importance suprême pour lui de pouvoir montrer aux masses des groupes

religieux se disant et se croyant bons catholiques et se montrant bons

citoyens. La situation générale du pays devait amener et amena en

effet un rapprochement sensible entre les autorités civiles et l'ancien

clergé constitutionnel. Celui-ci n'avait pas attendu, pour organiser

son culte, supprimé par la Terreur, que le pouvoir lui devînt

favorable; au contraire. C'est au moment où la Convention nationale

semblait se désintéresser entièrement de la question religieuse,

pour gagner le clergé réfractaire, que les constitutionnels, sous la

conduite de Grégoire, avaient refait leurs cadres, par la célèbre

circulaire du 15 mars 1795[611]. Au mois de septembre, les anciens

curés assermentés du Haut-Rhin s'étaient réunis pour se donner une

organisation synodale dans le _presbytère_ de Soultz, avec le concours

de l'abbé Maudru, évêque constitutionnel des Vosges. Le 24 avril

suivant on avait procédé dans le même département à l'élection

d'un nouvel évêque et sur 12.800 suffrages exprimés--chiffre minime

quand on songe aux masses catholiques de la Haute-Alsace!--7000 voix

environ avaient porté l'abbé Berdolet au siège épiscopal[612].

[Note 611: Voy. sur cette question plus générale, que nous ne pouvons

aborder ici, le remarquable travail de M. Gazier, chargé de cours à

la Faculté des lettres de Paris, qui vient de paraître: _Etudes

religieuses sur la Révolution française._ Paris, 1887, 8°.]

[Note 612: On peut consulter sur ce mouvement dans la Haute-Alsace, mais

avec une défiance permise vis-à-vis d'un adversaire mortel de l'Eglise

constitutionnelle, l'ouvrage de M. Winterer, souvent déjà cité.]

Tandis que l'Eglise constitutionnelle du Haut-Rhin témoignait ainsi

d'une certaine vitalité, les prêtres assermentés ne faisaient guère

parler d'eux dans le département voisin, si l'on en excepte Strasbourg

même. On n'a pas oublié que bon nombre des membres du clergé dans le

Bas-Rhin, compatriotes et partisans de Schneider, avaient abandonné,

comme lui, le ministère, ou bien étaient retournés dans leur pays,

déçus dans leurs espérances religieuses et matérielles[613]. On se

rappelle aussi ce que nous avons dit du caractère apathique et de la

santé chancelante de l'évêque Brendel, et l'on ne s'étonnera

donc pas s'il ne s'est que faiblement associé au mouvement de

réorganisation provoqué par Grégoire et ses amis. Les mois de

captivité, passés au Séminaire, pendant la Terreur, avaient brisé le

peu de ressort qui pouvait rester à un homme, nullement fait pour agir

en temps révolutionnaire. Aussi n'est-ce pas Brendel, mais un

autre personnage, à nous bien connu, l'abbé Rumpler, qui travaille

indirectement à Strasbourg à la résurrection du mouvement

constitutionnel. Ce singulier original n'avait pas, à vrai dire,

d'antécédents qui l'appelassent à jouer ce rôle. Il n'avait jamais

fait partie du clergé assermenté; il avait été enfermé plus tard

pour avoir dit la messe en cachette et avait lutté, du fond de sa

prison, plus courageusement que bien d'autres, contre la tyrannie

de Monet et de Schneider[614]. Mais c'était une nature belliqueuse,

toujours en émoi, ulcérée par le souvenir de maintes avanies, à lui

faites par le haut clergé de l'ancien régime. Il était de plus bon

patriote et il se croyait en droit de reprocher à ses adversaires de ne

point l'être du tout. Peut-être aussi son amour-propre avait-il

été blessé de se voir écarté, lors de la réorganisation du

culte catholique, par les mandataires secrets du cardinal de Rohan,

Louis-Gilles Zæpffel et Claude Weinborn, l'un cousin germain du

promoteur de l'évêché, l'autre frère de l'ex-secrétaire de

l'officialité strasbourgeoise. Toujours est-il que Rumpler a

contribué, plus que tout autre, à travailler l'opinion publique contre

les réfractaires et contre la communauté catholique libre,

groupée soit à Saint-Louis, soit à la Cathédrale. En criblant

les "successeurs des douze apôtres de ses sarcasmes", avec une

acrimonie peu chrétienne, il a plus fait pour soutenir les faibles

restes de l'Eglise constitutionnelle que celle-ci n'a fait elle-même,

sans cependant se déclarer catégoriquement pour elle. Combien faible

était cette Eglise à Strasbourg, on le voit par le petit nombre

des signataires qui viennent, une fois de plus, demander à la

municipalité, le 12 avril, l'usage de la Cathédrale pour les

citoyens Brendel, Kirchhoffer, Rosswag et Gross, "ci-devant prêtres

constitutionnels"[615].

[Note 613: Ceux qui restaient étaient devenus suspects au gouvernement;

ainsi, dans une lettre du 5 germinal an IV, le ministre de la police

s'informait du "prêtre autrichien" Kæmmerer, et demandait en vertu

de quels titres il résidait encore en France, où, "sous le masque

d'un patriotisme exalté, il s'occupe d'anéantir le gouvernement".

Procès-verbaux du Corps municipal, 23 germinal (12 avril 1796).]

[Note 614: Pour apprécier l'énergie morale de Rumpler, il faut lire

les lettres virulentes et gouailleuses qu'il adressait, du fond de

sa prison, aux autorités départementales, pour protester contre la

tyrannie de "l'adolescent d'Annecy, du _mineur_ du Mont-Blanc". Le

courage assurément ne lui faisait pas défaut. (Actes d'un bon apôtre,

Strasb., Dannbach et Gay, dix cahiers divers, p. 454-495.)]

[Note 615: Ils n'étaient que quarante-sept.]

La municipalité se voyait fort embarrassée, car, au point de vue

légal, sinon en équité, la Cathédrale était vacante. Il ne s'était

pas présenté, on le sait, un seul prêtre pour prêter le

serment préalable, exigé de tous les ministres d'un culte, et les

pétitionnaires pouvaient prétendre, avec assez de logique, qu'en

l'absence d'un célébrant, toute cérémonie religieuse était

impossible, et que le culte catholique ne se comprenait pas sans

un sacerdoce. Mais la municipalité ne songeait pas à expulser du

sanctuaire les préposés de la congrégation catholique, qui venaient

d'être renouvelés par le suffrage des électeurs[616]. Elle déclara

donc aux pétitionnaires qu'elle ne serait dans l'obligation d'accorder

l'usage commun d'un même édifice à des citoyens exerçant des cultes

différents ou prétendus tels, que si cet édifice était le seul dont

on put disposer, et sur la demande qui lui en serait faite, de _part

et d'autre_, par les intéressés. "Considérant que l'édifice connu

sous la dénomination de l'Eglise cathédrale a été réclamée, en

vertu de la loi, par un grand nombre de citoyens pour l'exercice du

culte dit catholique-apostolique-romain, et qu'il a été remis à leur

usage,... que ces citoyens sont encore aujourd'hui en possession de cet

édifice, où ils continuent d'exercer le culte qu'ils ont adopté et

qui paraît différer de celui qui convient aux pétitionnaires,... que

c'est sur l'assurance légale d'y être maintenus, qu'ils ont fait les

dépenses nécessitées par la nouvelle destination de l'édifice,..."

le Conseil finit par "estimer qu'il n'y a pas lieu de délibérer

sur la pétition susdite". Il invite seulement l'administration

départementale à fournir aux impétrants l'une des autres églises

catholiques placées sous séquestre[617].

[Note 616: Procès-verbaux du Corps municipal, 17 germinal (6 avril

1796).]

[Note 617: Corps municipal, procès-verbaux manuscrits, 23 germinal (12

avril 1796).]

Le 8 floréal (27 avril), le Département accorde en effet

aux constitutionnels l'église de Saint-Louis, qu'on prend aux

catholiques-romains. Ceux-ci réclamèrent sans doute, car, le 20 du

même mois (9 mai), on transférait les pétitionnaires de Saint-Louis

à Saint-Pierre-le-Vieux[618]. Ce local ne suffit pas à la longue; le

24 mai treize citoyens demandèrent encore Saint-Pierre-le-Jeune pour

y célébrer un culte constitutionnel et cette demande dut

être accordée[619]. Comment finit-on par établir une espèce

d'_alternative_ dans le principal sanctuaire de la cité? C'est ce

que nous ne saurions dire, malgré nos recherches; cependant la chose

elle-même ne semble pas douteuse, puisque le _Journal de la confrérie

marianique_ mentionne, à la date du 3 juillet 1796, un "culte

latin", célébré par un prêtre constitutionnel, dans le choeur de

la Cathédrale[620].

[Note 618: Procès-verbaux manuscrits, 23 floréal (12 mai 1796).]

[Note 619: Corps municipal, procès-verbaux du 2 prairial (21 mai

1796).]

[Note 620: _Kath. Kirchen--und Schulblatt_, 1855, p. 132.]

Peut-être doit-on voir là le résultat des attaques de Rumpler,

qui, précisément à cette époque, harcelait les préposés du culte

catholique avec une grande véhémence. "Vous êtes reconnus pour des

intriguants dans la bergerie du Seigneur, et pour des intrus dans

une _prépositure_ usurpée, dont les catholiques raisonnables vous

chasseront pour avoir la paix, s'ils consultent un peu le voeu des

citoyens catholiques, apostoliques et romains de la cité et des

fauxbourgs"[621]. Quand on le voit maltraiter ainsi "messieurs

les frères et cousins des docteurs d'outre-Rhin", on devine que

l'antagonisme politique et le sentiment national entrent en jeu,

dans ces luttes intimes, à nous si mal connues, du catholicisme

strasbourgeois d'alors. On s'expliquerait assez bien que la

municipalité n'osât plus sacrifier entièrement les constitutionnels

à des gens aussi vivement accusés et mal notés sans doute auprès du

gouvernement de la République.

[Note 621: Appel pour les citoyens et citoyennes romano-évangéliques,

catholiques, apostoliques de la confession de Saint-Louis à Strasbourg,

25 juillet, fête du P. Jacob. Voy. aussi la préface de la _Tonnéide_,

de Rumpler (Argentcourt, Dannbach, an VII), ironiquement dédiée à

Zæpffel et Weinborn.]

Malheureusement nous savons très peu de chose sur cette seconde

période de l'histoire du culte constitutionnel à Strasbourg,

l'attention publique se détournant vers d'autres sujets et la

littérature des brochures et des pamphlets, si riche pour les années

1790 à 1795, nous faisant maintenant à peu près défaut. Brendel

fonctionna pour la dernière fois comme évêque à la consécration

du nouvel évêque du Haut-Rhin, Berdollet, cérémonie qui se fit

à Colmar, le 15 août 1796. Il y prononça un "discours plein

d'onction" et qui fit couler des larmes, au dire du rapport officiel.

Mais, depuis ce jour, il n'a plus accompli d'actes ecclésiastiques, et

de fait, la juridiction de Berdollet s'étendit, dans les années qui

suivirent, aux départements du Bas-Rhin et du Mont-Terrible. Nous ne

savons pas exactement quand Brendel résigna ses fonctions épiscopales,

mais ce dût être bientôt après la date indiquée tout à l'heure.

Quant au motif de sa décision, il ne l'a déposé dans aucun document

rendu public; un contemporain nous affirme que Brendel "ne donna à

la municipalité sa démission de la juridiction épiscopale que pour

opérer la réunion des différents partis"[622]. Il aurait donc

cru que, lui parti, les catholiques dissidents et les constitutionnels

pourraient s'entendre fraternellement sur la nomination d'un nouvel

évêque, moins compromis dans les luttes antérieures? On a quelque

peine à penser qu'il ait pu se livrer à de pareilles illusions.

Quoiqu'il en soit de cette réunion des différentes fractions

religieuses rêvée par Brendel, "mais à laquelle les fanatiques se

sont opposés", nous voyons l'ancien évêque accepter bientôt les

fonctions, modestement rétribuées[623], d'archiviste départemental. A

partir de ce moment, il disparaît forcément des pages de ce récit.

Il ne survécut pas longtemps d'ailleurs à l'abandon de ses fonctions

épiscopales, ayant succombé, dès le 22 mai 1799, aux maladies qui

le minaient depuis longtemps déjà. Un "cortège de trois cents

patriotes, spontanément réunis", l'accompagna jusqu'à sa dernière

demeure, tandis que des mégères, "égarées par un fanatisme hideux,

se pressaient dans les rues où le convoi devait passer, dirigeant

sourdement des imprécations et des injures grossières vers le

cercueil". L'orateur qui parla sur sa tombe put affirmer que le mort

avait "constamment repoussé avec pitié toutes les tentatives que

l'hypocrisie fit à plusieurs reprises pour l'attirer à une lâcheté.

Ses derniers moments ont ressemblé à ceux de toute sa vie; il est

mort républicain"[624]. Le ton général du discours prononcé par le

citoyen Bottin semble indiquer que l'idée religieuse tenait bien peu

de place dans les dernières pensées du défunt. L'on ne saurait donc

s'étonner que l'Eglise constitutionnelle du Bas-Rhin ait misérablement

fini sous un tel chef. Un ardent apôtre lui-même aurait échoué sans

doute, vu la disposition d'esprit des masses, et Brendel, nous l'avons

dit autrefois, n'était rien moins qu'un apôtre.

[Note 622: Note manuscrite de la main de M. Laquiante, juge à

Strasbourg, sur mon exemplaire du discours de Bottin.]

[Note 623: Il est entièrement faux de dire qu'il avait "_ein

erkleckliches Einkommen_" comme le fait M. Guerber, Liebermann, p.

159.]

[Note 624: Eloge funèbre du citoyen Brendel, chef du bureau des

archives, ci-devant évêque constitutionnel du Bas-Rhin, mort le 3

prairial an VII, prononcé par le citoyen Bottin. Strasb., Levrault, s.

dat., 11 p. 8°.]

L'attitude des populations rurales restait en effet une cause

d'incessants soucis pour l'administration départementale et le

gouvernement de la République. Non contents de laisser inexécutée

les lois contre les prêtres rénitents, certaines municipalités du

Bas-Rhin s'étaient oubliées jusqu'à "tolérer des attroupements

formés dans leurs communes pour enlever des prêtres réfractaires

des mains de la troupe armée"; d'autres avaient "souffert que

les prêtres rebelles célébrassent publiquement le culte dans leurs

communes"; d'autres enfin avaient "laissé subsister, contrairement

à la loi, les signes extérieurs du culte". Un arrêté du

Département, daté du 6 juillet, avait suspendu les adjoints et les

agents municipaux de Crastatt, Itterswiller, Kleingoeft, Mennolsheim,

Reuttenbourg et Sigrist comme coupables de ces méfaits. Par arrêté du

8 août, le Directoire de la République destituait ces fonctionnaires

désobéissants et prescrivait leur remplacement immédiat[625].

Quelques semaines après, le ministre de la police générale, le

citoyen Cochon, insistait, dans une nouvelle missive, sur l'expulsion

immédiate des prêtres insermentés, si nombreux encore en Alsace[626].

Une autre circulaire, datée du 6 fructidor, ordonnait d'enlever

sur-le-champ les croix et les images partout où elles subsistaient

encore. Cette dépêche officielle citait principalement Marmoutier

comme centre de _fanatisme_. On y sonne les cloches, on y fait des

processions au dehors, on y arbore même des cocardes blanches et le

drapeau blanc[627]. On peut supposer que ces objurgations officielles

restèrent, autant que par le passé, sans résultats pratiques.

[Note 625: Extrait des registres des délibérations du Directoire

exécutif. Paris, 21 thermidor an IV. Placard grand-fol. dans les deux

langues.]

[Note 626: _Strassb. Weltbote_, 9 fructidor (26 août 1796).]

[Note 627: _Strassb. Weltbote_, 17 fructidor (9 septembre 1796).]

La fin de l'année 1796 et les premiers mois de l'année suivante

s'écoulèrent sans faits marquants à signaler pour l'histoire

religieuse de l'Alsace et celle de notre Cathédrale. Malgré

les dispositions peu favorables du gouvernement, les _préposés_

catholiques n'ont pas été troublés dans la possession tranquille de

l'antique édifice.[628] Ils y célèbrent leurs réunions de prières,

et y font des quêtes fructueuses, qui semblent indiquer une affluence

de fidèles assez considérable. Le produit de ces collectes est en

partie consacré à l'achat de livres de piété pour les orphelins

de l'hospice communal, et les donateurs peuvent écrire à ce sujet

à l'administration municipale: "Les sentiments que l'administration

professe nous sont garants de son suffrage pour l'emploi de cette

somme", sans craindre un refus d'approbation de sa part.[629]

[Note 628: Toutes les fêtes publiques du temps (fête de la Jeunesse,

au 27 mars 1797; fête en l'honneur de Hoche, au 14 octobre 1797,

etc.) se célèbrent soit au Temple-Neuf, soit sur la place d'Armes;

on n'emprunte à la Cathédrale que ses cloches. (Corps municipal,

procès-verbaux du 7 germinal an V et du 23 vendémiaire an VI.)]

[Note 629: Corps municipal, procès-verbaux manuscrits du 16 germinal

et du 12 floréal (5 avril, 1er mai 1797). La collecte du 20 germinal se

montait à 224 livres 19 sols.]

Les événements politiques du dehors semblent devoir favoriser

ce calme. En avril 1797, les électeurs français procèdent au

renouvellement par tiers des Conseils, et la plupart des conventionnels

sortants sont remplacés par des modérés ou même par des royalistes

avérés. Aussi, le 23 mai déjà, sur la proposition du représentant

Dumolard, on nommait au Conseil des Cinq-Cents une commission chargée

de réviser les lois et décrets relatifs à la police des cultes. La

majorité de cette commission était favorable, par politique ou par

conviction religieuse, aux voeux des catholiques. Elle le montre en

nommant rapporteur l'éloquent Camille Jordan, qui déposa, dès le

17 juin, un rapport resté célèbre et concluant à une liberté des

cultes à peu près complète. La mesure vexatoire du serment devait

être abolie, les processions permises[630], les cloches rendues aux

églises, les cimetières distribués entre les adhérents des cultes

divers, etc. Le 24 août la majorité des Conseils alla plus loin

encore; désireuse de rétablir la paix religieuse dans le pays, elle

rapporta, par la loi du 7 fructidor, toutes les lois antérieures,

relatives à la déportation ou à la réclusion des prêtres

non-assermentés. Mais le Directoire, en majorité formé d'anciens

conventionnels, trouva que cette mesure, et plusieurs autres,

entraînaient les pouvoirs publics sur une pente fatale à la

République.

[Note 630: Il paraît qu'on anticipa même sur cette autorisation, car

dès le commencement de juin, l'administration départementale se voyait

obligée de défendre de pratiquer les cérémonies du culte en

dehors des édifices choisis pour cet exercice. Corps municipal,

procès-verbaux du 20 prairial (8 juin 1797).]

Effrayés par la découverte de complots royalistes, plus ou moins

sérieux, craignant de perdre la direction des affaires, Rewbell, Barras

et La Réveillère-Lepaux s'appuyèrent sur le commandant de Paris, le

général Augereau, envoyé tout exprès dans la capitale par Bonaparte,

afin de prêter main-forte contre "les brigands modérés". Dans

la matinée du 4 septembre, ils exécutèrent le coup d'Etat militaire

connu dans l'histoire sous le nom de la journée du 18 fructidor, le

premier d'une série de violences analogues, qui devaient déconsidérer

la représentation nationale et livrer enfin la France à la dictature

d'un seul.

Une des premières lois révoquées par les Conseils décimés fut celle

du 7 fructidor, et les ministres des cultes furent astreints derechef

à prêter le serment de haine à la royauté. L'Eglise affirmant encore

aujourd'hui, par la bouche de ses pontifes, qu'elle est indifférente

par principe aux formes politiques des Etats, la prestation de ce

serment n'aurait pas dû être nécessairement refusée par le clergé.

Elle le fut pourtant partout en Alsace, sur l'ordre exprès du cardinal

de Rohan qui, de l'autre côté du Rhin, surveillait toujours son

diocèse[631]. C'était montrer bien clairement que l'agitation

fomentée par le clergé dans le pays n'était pas seulement religieuse

mais encore contre-révolutionnaire. Les suites naturelles d'un refus

obstiné de ce genre ne se firent pas attendre. Le Directoire rentra

dans l'ornière jacobine qu'on venait à peine de quitter. A Strasbourg,

l'église de Saint-Louis et son mobilier furent mis en vente au plus

offrant, dès novembre 1797, par le ministère du commissaire de police

Braun et du revendeur Dollinger[632]. Afin d'éviter un sort semblable,

les préposés de la Cathédrale s'empressent de célébrer un _Te

Deum_ d'allégresse pour la conclusion du traité de Campo-Formio avec

François d'Autriche, première cérémonie politique à laquelle nous

les voyons s'associer[633]. Mais ils ne devaient plus jouir longtemps en

paix du sanctuaire qu'ils occupaient depuis deux ans. Dans les premiers

jours de décembre, le citoyen Rumpler, "sans désignation d'aucune

qualité", présente une nouvelle requête à l'administration

municipale pour y officier à son tour. Profitant de ce que ni Zæpffel,

ni Weinborn, ni aucun des autres administrateurs n'osent prêter un

serment, interdit par leur ancien évêque, et répugnant à

leur conscience[34], il vient "réclamer ses droits de prêtre

catholique-romain", sur une église où "il n'y a plus ni ministre

du culte ni administrateurs qui osent se montrer", et demande "à

célébrer le sacrifice" pour "les nombreux citoyens qui l'ont

choisi pour dire la messe".

[Note 631: Winterer, p. 277.]

[Note 632: Corps municipal, procès-verbaux du 21 brumaire (11 nov.

1797).]

[Note 633: Procès-verbaux du Corps municipal, 19 brumaire (9 nov.

1797).]

[Note 634: Cela était vrai; l'administration de la police municipale

constatait qu'aucun des onze préposés en exercice ne voulait prêter

serment, la plupart niant leur propre existence officielle, pour se

dispenser de cette corvée. Procès-verbaux du 12 frimaire an VI (2

décembre 1797).]

Le Corps municipal cherche un moyen de se soustraire à cette mise en

demeure. Bien que Rumpler ait déposé un volumineux dossier de pièces

à l'appui de sa demande, on lui déclare que, n'y trouvant pas le

serment exigé par la loi du 19 fructidor, on devait surseoir à

toute réponse [635]. Mais Rumpler, présent à la séance publique

du Conseil, se lève subitement et exhibe une attestation de la

municipalité d'Obernai, établissant qu'il a satisfait à la loi;

d'ailleurs il se déclare prêt à prêter le serment, une fois de

plus, séance tenante. Ne sachant plus alors quelle attitude prendre

vis-à-vis des catholiques, peu soucieuse de rien faire en faveur des

constitutionnels, l'administration municipale décide enfin de renvoyer

la question à celle du Département. Cinq jours après intervenait

une décision, facile à prévoir: Les préposés prêteront le serment

exigé par la loi, ou bien on leur fermera leur lieu de culte [636]. Un

délai de quatre jours étant écoulé sans que les administrateurs de

la paroisse catholique eussent obtempéré à la sommation contenue dans

la délibération du 17 frimaire, le Directoire du département prit, à

la date du 21 frimaire, une délibération "portant que la ci-devant

Cathédrale était fermée à toute espèce de culte, et le local

uniquement destiné à la réunion des citoyens lors des fêtes civiques

et décadaires." Quelque peu satisfaite qu'elle fût de cette

mesure, la municipalité dut l'enregistrer cependant. Nous lisons au

procès-verbal de sa séance du 25 frimaire, que "vu le refus opposé

(par le Département) à la pétition de quinze citoyens, d'être

conservés dans l'usage de ladite Cathédrale", on enverra copie de ce

refus au citoyen Fink, l'un des préposés au temporel du culte;

qu'ils devront remettre les clefs de l'édifice, et, qu'à partir du

30 frimaire, les fêtes décadaires y seront célébrées avec

décence[637]. Le Corps municipal eut un moment de satisfaction

cependant; il pouvait répondre le même jour à une troisième

pétition de l'infatigable Rumpler "qu'il n'y avait plus lieu de

délibérer" sur sa demande. Comme dans la fable, les deux plaideurs

ennemis étaient renvoyés dos à dos du procès et l'objet du litige

restait entre les mains d'un tiers plus heureux.

[Note 635: Procès-verbaux du 12 frimaire (2 déc. 1797).]

[Note 636: Procès-verbaux du Corps municipal, 17 frimaire (7 déc.

1797).]

[Note 637: Procès-verbaux du 25 frimaire (15 déc. 1797).]

La cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. (1789-1802) · 第 29 / 36 题