Drouet, de vingt pouces de haut sur dix-huit de large;
50º Un tableau: une Femme en lévite blanche;
51º Un autre: Louis XV en habit de revue;
52º Un autre: Louis XV enfant;
53º Une gravure enluminée représentant un paysage;
54º Une estampe représentant la femme Lebrun;
55º Un tableau peint sur toile, par Robert, représentant une esquisse de
la messe, de quatorze pouces de haut sur seize de large.
Après les travaux particuliers des diverses commissions, la commission
générale fit un relevé de tous les procès-verbaux d'inventaires,
enlèvements, reconnaissances et ventes du mobilier ayant eu lieu
successivement sous sa direction; elle y ajouta les récépissés de dépôt
des différents objets extraits, de la maison de madame du Barry, et elle
envoya cet immense travail au district de Versailles pour le faire
passer au directoire du département de Seine-et-Oise. Ce travail, avec
toutes les pièces à l'appui, forme aujourd'hui la plus grande partie des
papiers renfermés aux archives de la préfecture de Seine-et-Oise, sous
le nom de _madame du Barry_.
Le relevé général est terminé par le bordereau du
montant des seuls objets vendus et estimés, lequel s'élève
à 707,251 l. 15 s.
Les bijoux, diamants, cristaux, etc.,
dont le prix n'est pas porté, sont
évalués au même inventaire 400,000 »
Les matières d'or, 89 marcs, 6 onces,
peuvent être appréciées au moins 60,000 l. » s.
Celles d'argent, 1,449 marcs, à 45
livres le marc 65,205 »
Celles de vermeil, 84 marcs, à
50 livres 4,200 »
Galons et franges d'or, 34 marcs 2,700 »
Galons d'argent et brûlé, 121 marcs 3,600 »
Cuivre, fer, plomb et étain 4,000 »
------------------
Total général de l'appréciation des
effets mobiliers confisqués chez
madame du Barry 1,246,956 l. 15 s.[156]
Quand madame du Barry fut arrêtée, elle avait encore un grand nombre de
dettes, et la municipalité de Louveciennes ne tarda pas à être accablée
de mémoires de tous les créanciers. Tous ces mémoires, visés par elle,
furent envoyés au district. Il résulte de leur relevé général qu'ils
s'élevaient à la somme de 956,124 liv. 13 s. 4 d.--La vérification de
ces mémoires fut renvoyée à une commission chargée de mettre la plus
grande sévérité dans l'examen de ces dettes. Le gouvernement d'alors dut
être satisfait de l'habileté des commissaires, car les mémoires ont été
si bien examinés et contrôlés, que presque aucun des créanciers n'a été
payé.
Les parents de madame du Barry, auxquels on a vu qu'elle avait fait des
pensions viagères, réclamèrent aussi la continuation de leurs pensions;
mais on les supprima toutes, à l'exception de celle de Rançon, le mari
de la mère de madame du Barry, qui vint se retirer à Versailles, et y
mourut le 25 octobre 1801.
La propriété de Louveciennes avait été vendue le 20 thermidor an III (7
août 1795)[157], et le comte Guillaume, qui s'était remarié[158], était
mort à Toulouse, le 2 août 1811, à l'âge de 79 ans. Tout avait disparu.
Il ne restait plus, comme souvenir du nom de _du Barry_, que la honte
jetée par lui sur les dernières années du règne de Louis XV. Mais à ce
souvenir, cependant, venait se mêler celui des souffrances supportées
par cette malheureuse femme dans les derniers temps de sa vie, et l'on
se prenait de pitié quand on considérait par quelle horrible mort elle
avait expié ses quelques années de bonheur!
Ce nom devait recevoir encore une nouvelle humiliation, et il devait la
recevoir de ses propres parents, de ses héritiers.
Dans l'acte de mariage de madame du Barry, elle y était dite fille du
sieur _Jean-Jacques Gomard de Vaubernier_, intéressé dans les affaires
du roi. Aussitôt le retour en France, en 1814, du roi Louis XVIII, les
héritiers _Gomard_ firent de nombreuses démarches auprès des ministres
pour être remis en possession des objets ayant appartenu à madame du
Barry, et existant dans les établissements publics. Ils se fondaient,
pour appuyer leur demande, sur l'acte de naissance[159] de madame du
Barry, annexé à celui de célébration de son mariage à la paroisse de
Saint-Laurent, ainsi conçu:
«Extrait des registres de baptême de la paroisse de Vaucouleurs, diocèse
de Touls, pour l'année mil sept cent quarante-_six_.
»Jeanne, fille de _Jean-Jacques Gomard de Vaubernier_ et _d'Anne Bécu_,
dite _Quantigny_, est née le dix-neuf août mil sept cent quarante-six, a
été baptisée le même jour, a eu pour parrain Joseph _de Mange_ et pour
marraine Jeanne _de Birabin_, qui ont signé avec moi:
»L. Gaon, vicaire de Vaucouleurs; Joseph de Mange et Jeanne de Birabin.
»Je soussigné, prêtre-curé de la paroisse et ville de Vaucouleurs,
diocèse de Touls, certifie à qui il appartient, vu le présent extrait
conforme à l'original.
»A Vaucouleurs, ce quatre juillet mil sept cent cinquante-neuf.
»L.-P. Dubois.
»Nous, Claude-François Duparge, licencié ès loix, conseiller du roi,
commissaire enquesteur-examinateur en la ville et prévôté de
Vaucouleurs, faisant les fonctions de M. le président Prevost, absent,
certifions que les écriture et signature ci-dessus sont du sieur Dubois,
curé de Vaucouleurs, et que foy y est et doit y être ajoutée. En
témoignage de quoi nous avons signé les présentes et scellé de notre
cachet.--A Vaucouleurs, ce quatre juillet mil sept cent cinquante-neuf:
»Signé, Duparge, avec paraphe. Approuvé l'écriture, Duparge[160].»
Après beaucoup de démarches infructueuses, et après avoir présenté au
ministre des finances un acte de notoriété constatant que le sieur
_Philbert Gomard_, frère de _Gomard de Vaubernier_, père de madame du
Barry, étant le plus proche parent de la comtesse à l'heure de sa mort,
était son héritier, le même acte établissant leur filiation comme
héritiers directs du sieur _Philbert Gomard_, le ministre les autorisa à
faire retirer de la préfecture de Seine-et-Oise les papiers de madame du
Barry, déposés aux archives lors du séquestre mis sur ses biens en 1793.
Ces papiers devaient servir à les diriger dans les réclamations qu'ils
faisaient au gouvernement. L'inventaire des papiers ainsi donnés un peu
légèrement montre combien de documents intéressants ont été perdus pour
les recherches historiques.
Inventaire des titres et papiers provenant de madame la comtesse du
Barry, condamnée révolutionnairement, et dont les biens ont été
séquestrés; lesquels papiers, par suite du séquestre, ont été extraits
du domicile de ladite dame, à Louveciennes, transférés à
l'administration du ci-devant district de Versailles, et ensuite déposés
aux archives de la préfecture de Seine-et-Oise:
1re _liasse_.--Composée de pièces relatives aux anciens ouvrages
faits au pavillon de Louveciennes, années 1760 et 1770, etc., mémoires
de divers fournisseurs, et ouvriers, quittances, états de payements et
diverses pièces de renseignements.
2e _liasse_.--Anciens mémoires de fournisseurs et ouvriers quittancés
de 1770 à 1774. Bail passé à madame du Barry par la veuve Duru et
consorts, d'une maison située à Versailles, rue de l'Orangerie, le 22
décembre 1768. Bordereau des sommes payées par Me Lepot-d'Auteuil,
notaire.
3e _liasse_.--Autres différents mémoires de marchands, ouvriers et
fournisseurs, également quittancés. Dépenses de tout genre à l'hôtel et
pavillon de l'avenue de Paris, à Versailles, en 1773. Comptes rendus par
M. de Montvallier, intendant de madame la comtesse du Barry, ès années
1773 et 1774.
4e _liasse_.--Divers mémoires de marchands, orfèvres, bijoutiers,
drapiers, modistes, fournisseurs, gagistes, peintres, ouvriers, etc., en
1772 et années suivantes, également quittancés. Inventaires et états
d'effets mobiliers, tels que tableaux, statues, pièces d'ornement, etc.,
étant à Louveciennes, à différentes époques, notamment un inventaire
général du mobilier de Louveciennes, fait en 1774.
5e _liasse_.--Mémoires quittancés d'orfèvres, bijoutiers, marchands
de meubles et d'étoffes. États de gages payés aux personnes de la maison
de madame du Barry, et autres pièces diverses de dépenses, années 1771
et suivantes.
6e _liasse_.--Pièces relatives à la construction du nouveau pavillon
de Louveciennes, en 1771 et 1772. Comptes et mémoires quittancés de
divers entrepreneurs, marchands, ouvriers, etc.
7e _liasse_.--Formée de mémoires et de quittances donnés par des
ouvriers, marchands, fournisseurs, pensionnaires et autres personnes
attachées à madame du Barry, en diverses années.
8e _liasse_.--Mémoires acquittés de marchands, ouvriers,
fournisseurs, notamment du sieur Aubert, joaillier, du sieur Cozette,
entrepreneur de la manufacture royale des Gobelins. Quittances de sommes
payées pour pensions et bienfaits accordés par madame du Barry. Ouvrages
faits à un hôtel, à Versailles, avenue de Paris, et à une maison à
Saint-Vrain.
9e _liasse_.--Pièces relatives aux locations de baraques, boutiques
et appentis établis sur la contrescarpe, à Nantes, concédés à madame du
Barry, pour l'usufruit seulement, sa vie durant, par brevet du roi du
23 décembre 1769. Compte du sieur Dardel, régisseur, et du sieur
Couillaud de la Pironnière, receveur du produit desdites boutiques, etc.
Pièces et plans y relatifs. Baux desdits biens, passés en 1771.
10e _liasse_.--Papiers, mémoires, lettres, relatifs aux dépenses
faites à la Maison-Rouge, sise commune de Villiers-sur-Orge. Inventaire
d'effets mobiliers garnissant ladite maison. _Lettres et autres pièces
de correspondance particulière de madame du Barry, en 1792 et 1793._
Quittances, reçus de l'année 1793. Contrat du 24 octobre 1775, devant
Me Deschesnes, notaire à Paris, concernant vente par madame la
comtesse du Barry à _Monsieur_, frère du roi, d'un grand hôtel sis à
Versailles, avenue de Paris, moyennant 224,000 liv[161].
Tels sont les papiers remis aux héritiers Gomard. Où sont aujourd'hui
ces titres, ces lettres de madame du Barry? Que sont-ils devenus? Ils
ornent probablement la collection de quelque amateur d'autographes[162].
Malgré toutes leurs demandes, ils n'avaient encore rien recueilli de la
succession de madame du Barry, lorsque fut rendue, le 17 avril 1825, la
loi d'indemnité des biens des émigrés.
A l'époque de sa mort, madame du Barry ne possédait aucun immeuble, et
par conséquent ses héritiers n'avaient rien à réclamer de l'indemnité.
Mais l'on se rappela alors le testament de M. de Brissac, et l'on
réclama de la famille de Mortemart, héritière du duc, et qui avait une
part considérable dans la liquidation du milliard d'indemnité,
l'exécution du legs fait au profit de madame du Barry.
Jusque-là, les héritiers Gomard s'étaient seuls présentés. Mais
lorsqu'il se fut agi du legs du duc de Brissac, les héritiers _Bécu_,
c'est-à-dire ceux du côté maternel, vinrent, non-seulement pour entrer
en partage, mais contestèrent même aux _Gomard_ leur titre d'héritiers
de madame du Barry.
On a vu qu'une fois riche, madame du Barry n'a jamais cessé de faire du
bien à sa famille. Elle mit sa mère à l'abri du besoin et fit une
pension viagère à Rançon, son beau-père, lorsqu'il fut devenu veuf. Les
frères de sa mère reçurent aussi d'elle des pensions viagères, et elle
dota leurs filles en leur faisant faire des mariages avantageux. Mais on
ne voit nulle part qu'elle se soit jamais intéressée aux _Gomard_. D'où
vient cette différence dans la manière d'agir de madame du Barry à
l'égard de sa famille? Le procès qui s'est élevé entre les divers
héritiers va nous en donner l'explication.
Les _Gomard_ appuyaient leurs prétentions à l'héritage de madame du
Barry sur l'acte de naissance déposé à la paroisse de Saint-Laurent,
reconnaissant comme père de madame du Barry _Jean-Jacques Gomard de
Vaubernier_. Les Bécu attaquèrent cet acte comme faux, et présentèrent
un autre acte de naissance, levé par eux sur les registres de l'état
civil de la ville de Vaucouleurs, le 25 septembre 1827, constatant que
madame du Barry était _fille naturelle de Anne Bécu_, et que, par
conséquent, les héritiers _Gomard_ n'avaient aucun droit dans cette
succession.
De là, procès entre les deux branches et jugement du tribunal civil de
première instance de la Seine du 9 janvier 1829, confirmé par arrêt de
la cour royale de Paris du 22 février 1830, qui donne gain de cause aux
_Bécu_ et les reconnaît comme seuls héritiers de madame du Barry.
La cause de ce faux acte de naissance s'explique aisément. Madame du
Barry était la maîtresse du roi. Le mariage lui donnait un nom et allait
lui permettre d'arriver aux plus grandes faveurs. Mais il fallait un peu
flatter la vanité des du Barry, et d'ailleurs Louis XV n'aurait-il pas
eu quelque répugnance à conserver pour maîtresse, quoique comtesse, la
bâtarde d'une pauvre fille de campagne?
Il est probable que celui qui joua le rôle le plus important dans la
fabrication de cet acte fut cet _abbé Gomard_, aumônier du roi, qu'on a
vu déjà figurer à la célébration du mariage de madame du Barry, comme
fondé de pouvoir de sa mère et de son beau-père. Depuis longtemps cet
abbé était lié avec Rançon et sa femme, et les pamphlets du temps disent
qu'il connaissait très-bien le père de madame du Barry: il était, de
plus, intime avec Lebel, le valet de chambre de Louis XV, et avec le
comte Jean. On peut donc supposer que ce fut lui qui fit placer dans cet
acte le nom de son propre frère Jean-Jacques Gomard de Vaubernier, mort
depuis longtemps, comme père de _Jeanne Bécu_, et en fit ainsi une fille
légitime[163].
Il est curieux, au reste, d'examiner les transformations que l'on fit
subir à l'acte primitif que voici:
«Extrait des registres de l'état civil de la ville de Vaucouleurs,
déposés aux archives du tribunal de première instance séant à
Saint-Mihiel (Meuse).
»Jeanne, fille naturelle d'Anne Béqus, dit Quantiny, est née le
dix-neufième aoust de l'an mil sept cent quarante-trois, et a été
baptisée le même jour. Elle a eu pour parain Joseph Demange, et pour
maraine Jeanne Birabin, qui ont signé avec moy.
»Les signatures sont ainsi apposées sur l'acte:
»Janne Birabine. L. galon, vic. de Vau.
»Joseph Demange.
Pour copie collationnée sur la seconde minute déposée aux archives.
»Saint-Mihiel, le 25 septembre 1827. Le commis-greffier,
»François.[164]»
D'abord, et c'était la partie essentielle, on donne un père à la fille
naturelle; et, comme le nom de _Gomard_ tout court est encore bien
bourgeois, on y ajoute celui de _Vaubernier_. Puis, comme le parrain et
la marraine doivent être à la hauteur du père de l'enfant, on fait du
simple Joseph Demange, monsieur Joseph _de Mange_ avec une particule, et
de Jeanne Birabin, qui, suivant l'usage de la campagne, est appelée la
Birabine, et signe comme on est dans l'habitude de l'appeler, on fait
madame _de Birabin_. Enfin, comme il paraîtra plus agréable au roi de
lui donner pour maîtresse une _demoiselle noble et mineure_ qu'une
_fille naturelle et majeure_, on retranche trois ans de l'acte primitif,
et on fait naître madame du Barry le 19 août 1746, au lieu du 19 août
1743.
Après l'arrêt de la cour royale de Paris, qui frappe de faux l'acte de
naissance déposé à l'église de Saint-Laurent, et reconnaît les _Bécu_
comme seuls héritiers de madame du Barry, ceux-ci continuèrent à
attaquer la famille de Mortemart pour l'exécution du legs de M. de
Brissac. Le procès dura jusqu'à la fin de 1833. Enfin les héritiers
_Bécu_ s'entendirent avec la famille de Mortemart sur la somme à
recevoir; mais elle leur profita peu et fut presque entièrement absorbée
par les créanciers de madame du Barry et par les frais du procès[165].
Outre les détails généraux qu'on a pu faire connaître grâce à L'analyse
des diverses pièces indiquées dans ce récit, il en est de particuliers à
la personne même de madame du Barry, qu'il est bon de rappeler en
terminant:
1º Madame du Barry était fille naturelle, et son véritable nom était
_Jeanne Bécu_.
2º A l'époque de son mariage on fit un faux acte de naissance, dans
lequel on lui donna pour père légitime _Jean-Jacques Gomard de
Vaubernier_.
3º C'est donc à tort que, dans toutes les biographies, et dans les plus
récents ouvrages sur l'histoire de France, on lui conserve le nom de
_Jeanne Gomard de Vaubernier_, et il faut lui rendre son vrai nom de
_Jeanne Bécu_.
4º Par suite de l'examen de son véritable acte de naissance, on voit que
madame du Barry avait 26 ans quand elle devint la maîtresse du roi Louis
XV, et non vingt-trois ans, comme cela semblait résulter du faux acte.
Elle est, par conséquent, morte sur l'échafaud à l'âge de cinquante ans.
Quant aux sommes que madame du Barry a coûté à la France pour avoir eu
l'honneur d'être la maîtresse du roi, on peut, d'après l'examen de ces
mêmes pièces, en faire le relevé suivant:
1º Mobilier donné par le roi à madame du Barry, lors de
son mariage 30,000 l. »
2º Sommes payées pour madame
du Barry, par _Baujon_, banquier
de la cour, depuis 1769, première
année de sa faveur, jusqu'en
1774, année de la mort
de Louis XV 6,375,559 l. 11 s. 11 d.
3º Pour achat de son hôtel de
Versailles, par _Monsieur_, frère
du roi, le 24 octobre 1775 224,000 »
4º Pour l'échange de 50,000 livres
de rente viagère contre
1,250,000 livres, délivrées par
le trésor royal par arrêt du roi
en avril 1784 1,250,000 »
5º Madame du Barry jouit de
150,000 livres de rente viagère
sur la ville de Paris, les
États de Bourgogne et les loges
de Nantes, depuis l'année 1769
jusqu'en 1784, ce qui donne un
total de 2,400,000 »
6º Depuis l'année 1784 jusqu'en
1793, elle n'a plus que 100,000
livres de rente viagère, ce qui
donne un total de 900,000 »
7º La jouissance du château de
Louveciennes et de ses nombreuses
dépendances; les diverses
dépenses faites à
l'ancien château et la construction
du pavillon, peuvent
s'évaluer à un revenu
de 50,000 livres de rente,
ce qui fait, depuis 1769
jusqu'en 1793 1,250,000 »
Le total général de toutes ces
sommes est de 12,429,559 l. 11 s. 11 d.!!!
NOTES.
Les trois lettres suivantes nous ont été communiquées par M. Vatel,
avocat à Versailles. Elles nous ont paru assez intéressantes pour être
publiées en notes.
Nº I.--_Lettre de M. de Brissac à madame du Barry_.
Brissac, ce samedi 5 septembre 1789.
Les courriers ne sont pas assez fréquents, madame la comtesse, il est
bien vrai; car cette lettre qui partira demain par le Mans, arrivera
aussitôt que celle d'hier par la levée; mais c'est un plaisir que de
s'entretenir avec vous qu'il ne faut pas laisser échapper. Oui, l'avenir
comme le présent est désolant. A moins que la raison, le plus beau de
l'apanage de l'homme, ne le cède à l'esprit, l'ambition, la vanité, quel
est l'homme qui ne désire pas le bonheur et la liberté pour lui et les
autres, a moins qu'il ne soit un forcené? et je vois qu'il y en a trop.
Mais des personnes agissantes, assez franchement loyales pour concourir
à l'arrangement avantageux de tous, à ce gros de la nation, dont la
philosophie parle ainsi que le philosophe, qui par malheur ne connaît ni
n'a les moyens de lui faire éprouver ce charme du vrai bonheur qu'il
n'est pas permis a tout le monde de connaître, où sont-ils, ces hommes?
Bien loin de nous. On ne les écoute pas, ou ils ne parlent pas, ou ils
n'existent pas. Que de tristesse toutes ces idées procurent! L'amour
sortant, ou fuyant l'esclavage, n'est pas mon emblème, madame la
comtesse, quoique ce soit celui de mon âge; il n'en est point, il est
vrai, si la beauté et la bonté d'accord partagent un sentiment senti par
un coeur digne de celui qu'il a pu toucher. Mais, par parenthèse, j'ai
ouï dire du mal de ce tableau, que l'on trouve froid, correct, mais peu
piquant. Je l'ai un peu pensé comme le critique; mais les détails et le
fini, ainsi que le coloris, en sont beaux et donneront toujours du
charme à ce tableau. Pas une dame ne prendra pour elle ces insultes que
leur fait l'amour, ou plutôt le peintre qui peut être froid, ou son âge
et ses travaux. Je pense qu'il y a eu fort peu de portraits, surtout de
madame Lebrun, qui a présenté celui de madame la duchesse d'Orléans.
Elle est faite pour être généralement aimée et estimée, et peut paraître
en public en quel temps que ce soit. Le Salon est-il beau? Je crois que
les campagnards n'auront pas été le voir. D'ailleurs il ne vaut pas la
peine depuis longtemps de se déplacer.--Je ne crois pas vous avoir dit
que je mangeais de mauvais pain; je le fais venir du Pont-de-Cé, et il
est bon, pas très-bien fait, mais mieux qu'ici, où on devrait le manger
excellent a cause de la beauté et bonté du grain. Notre froment est un
des plus beaux de la France, sans vouloir néanmoins attaquer et celui de
Brie, et le bienfait aimable et charmant de vos amies du Pont. Elles
vous aiment pour vous-même, parce qu'elles vous connaissent bien, et
qu'alors il est difficile de vous refuser le tribut qu'arrache et
beauté, _et bonté et douceur, et cette aimable et parfaite égalité
d'humeur qui fait le charme d'une société habituelle_. Aussi
auraient-elles voulu vous garder, aussi vous y voudraient-elles; _et moi
je voudrais également y partager avec vous retraite et solitude, le tout
bien tranquille_. C'est ainsi que le trouble fait penser l'homme
raisonnable, qui a reconnu que le plus grand bien à faire est la chose
la plus difficile, et plus tumultueuse que l'orage, qui ramène si
souvent et si promptement un beau jour. Je ne vois pas que nous
avancions en besogne. Hélas! pourvu qu'elle soit faite, terminée, je
serai content. Je le serai beaucoup aussi, madame la comtesse, quand il
me sera permis de vous offrir tous mes hommages, tout mon respect et
tous les sentiments que je vous ai toujours offerts avec joie et
plaisir.
Vos lettres sont presque toujours sept jours à arriver. Il m'en parvient
de Paris à deux jours de date; celles de Versailles éprouvent le même
retard. Mille respectueux hommages a mademoiselle votre belle-soeur.
Nº 2.--_Lettre de madame du Barry aux administrateurs du district de
Versailles_.
Citoyens administrateurs,
La citoyenne de Vaubernier du Barry est très étonnée qu'après toutes les
promesses qu'elle vous a fournies des raisons qui l'ont forcée d'aller
en Angleterre, vous l'ayez traitée comme émigrée.--Avant son départ elle
vous a communiqué la déclaration qu'elle avait faite à sa municipalité;
vous l'avez enregistrée dans vos bureaux. Vous savez que c'est le
quatrième voyage qu'elle est obligée de faire, toujours pour le même
motif.
Elle espère que vous voudrez bien faire lever les scellés qui ont été
apposés chez elle, contre toute justice, puisque la loi n'a jamais
défendu de sortir du royaume à ceux que des affaires particulières et
pressantes appellent en pays étranger. Toute la France est instruite du
vol qui lui a été fait la nuit du 10 au 11 janvier 1791; que ses voleurs
ont été arrêtés à Londres; qu'elle y a eu une procédure suivie, dont le
dernier jugement n'a été rendu que le 28 février dernier, ainsi que
l'atteste le certificat ci-joint.
Louveciennes, ce 27 mars 1793.
Nº 3.--_Lettre de Lavallery, membre du district de Versailles, à madame
du Barry_.
Citoyenne,
Je me ferai représenter le plus tôt possible votre demande, dont le
succès ne me paraît pas devoir éprouver de grandes difficultés, vu la
notoriété du motif de vos absences, si vous avez eu surtout le soin de
joindre à votre mémoire les pièces justificatives, telles que vos
passe-ports ou leurs copies certifiées, certificats de résidence, etc.
_Soyez convaincue que s'il est des occasions où je désire donner du prix
à mon travail, vous avez droit à les faire naître. Votre sexe vous donne
le droit de désirer la tranquillité, et votre amabilité_.... Mille
pardons, citoyenne, un républicain et un inconnu ne doit parler que la
langue des affaires.
Agréez l'assurance de mon respect et de tout l'intérêt que vous avez
droit d'inspirer.
LAVALLERY[166].
Versailles, 17 mai (an II de la République).
Nº 4.--_Récit de la mort de madame du Barry, extrait du journal_ LA
NOUVELLE MINERVE, _intitulé_ SOUVENIRS DE LA RÉVOLUTION.