avait simplement déclaré que la du Barry, cinq ou six jours avant son
arrestation, lui avait mis dans son tablier plusieurs paquets enveloppés
de papier; que le même jour, d'après les ordres de sa maîtresse, elle
les avait cachés dans un fumier contre la melonnière; mais la suite
prouvera la fausseté de cette déclaration.
»Le 24 frimaire, jour de l'arrivée de Morin, la femme Déliant, voulant
prévenir les perquisitions que les commissaires se disposaient à faire
chez elle, avait, le même jour, demandé à leur parler; mais les
commissaires étant, dans ce moment-là, occupés à faire fouiller le
jardin de Morin, le citoyen Greive, commissaire du Comité de sûreté
générale de la Convention, s'est rendu chez ladite Déliant. Cette femme
lui a remis cent quatre-vingt-treize louis simples en or, à elle confiés
par la du Barry quelque temps avant son dernier voyage en Angleterre.
»Le 16 frimaire, les commissaires ont interrogé ladite Déliant. Il
résulte de sa déclaration que la du Barry, à l'époque de son dernier
voyage en Angleterre, lui avait remis trois coffres renfermant beaucoup
d'objets précieux, pour les mettre soi-disant plus en sûreté et à l'abri
d'être volés; que le lendemain de l'arrestation de la du Barry, ladite
Déliant les avait déposés dans la maison de la veuve Aubert, sa mère, où
ils sont restés environ douze jours; que les perquisitions exercées dans
la maison de la du Barry et dépendances lui donnant à craindre qu'on ne
trouvât chez sa mère les coffres y déposés, elle avait, la veille de son
arrestation et de son incarcération aux Récollets[154], ouvert les trois
coffres, avait vidé les objets y contenus, les avait mis dans son
tablier et cachés le même soir dans un fumier contre la melonnière, à
l'exception de quatre rouleaux de louis simples, d'un gobelet d'or avec
son couvercle, d'une bourse pleine de jetons d'argent et de quelques
flacons; que sa mère avait jeté le lendemain dans la pièce d'eau du
Grand Jet de Marly ces derniers objets, à l'exception cependant de
quatre rouleaux de louis, qu'elle avait gardés pour elle sans en donner
connaissance à son mari.
»Les 24 et 26 frimaire, les commissaires ont interrogé Morin. Mais avant
de rendre compte des découvertes qu'ils ont faites sur ses indications,
il est nécessaire de suivre la conduite de la femme Déliant.
»Le même jour de l'interrogatoire de cette dernière, il a été déposé
entre les mains des commissaires, par Agathe Gournay et la femme
Borgard, une montre enrichie de diamants, trouvée par elles, il y avait
six semaines, dans une pièce d'eau du jardin de Marly; et par Jacques
Richard, fontainier, deux flacons de cristal de roche, sans bouchons ni
sans garnitures, et trouvés dans la même pièce.
»La femme Déliant avait été présente au dépôt de la montre dont est
question, et cet acte de probité, peu conforme à son caractère fourbe et
à sa conduite plus que suspecte, la faisant regarder elle-même comme
très-coupable à ses propres yeux, cette femme, sous prétexte de
satisfaire des besoins naturels, a surpris la surveillance de ses gardes
et s'est coupé la gorge avec un rasoir.
»Les commissaires ont fait dresser par le juge de paix procès-verbal de
cet événement, qui n'a pas eu de suites funestes, au moyen des soins du
chirurgien appelé alors.
»Dans le même moment, le mari de ladite Déliant, alité depuis
longtemps, ayant déclaré que sa femme avait jeté quelque chose par la
fenêtre, l'on a trouvé dans une gouttière, au-dessous du charbonnier,
sous la fenêtre de la chambre desdits Déliant, quatre boîtes, dont une
d'or enrichie de diamants, une autre aussi d'or; lesdites renfermées
dans un sac à poudre, jetées comme il est dit par ladite femme Déliant,
quoique cette dernière n'ait jamais voulu en convenir.
»Les commissaires ont séparé ladite Déliant de son mari, lui ont donné
deux gardes pendant deux jours, au bout desquels ils l'ont fait
transférer à l'infirmerie de Versailles, où elle est encore.
»Les bijoux, diamants et autres effets précieux, cachés dans le fumier
par ladite femme Déliant, y ont été trouvés par le citoyen Greive deux
mois et demi après l'arrestation de la du Barry; mais comme _on n'a
jamais eu l'état désignatif et la connaissance positive des objets que
renfermaient les trois boîtes, il reste incertain si tous ont été
trouvés_.
»_Sans vouloir rien préjuger sur la conduite que l'on a tenue_, le 11
frimaire, _lors de cette découverte_, les commissaires ignorent s'il y a
eu un procès-verbal dressé au moment même, mais il ne leur a été remis
d'autre procès-verbal que celui de reconnaissance, fait le 13 frimaire,
par Houdon, juge de paix actuel de Louveciennes, _c'est-à-dire deux
jours et demi après la découverte_, le juge de paix n'ayant été appelé
qu'à cette époque.
»Quant aux objets jetés dans les pièces d'eau du jardin de Marly par la
mère de la femme Déliant, on a trouvé seulement la montre déposée par
Agathe Gournay et la femme Borgard, les deux flacons remis par Richard,
deux autres flacons trouvés par les commissaires lors de leurs
perquisitions dans la pièce d'eau du Grand Jet de Marly, un flacon remis
au moment même par Joséphine Lochard. Il reste conséquemment à recouvrer
le gobelet et le couvercle en or, provenant d'un plateau de toilette, et
la bourse pleine de jetons d'argent.
»Après être entrés dans les détails des déclarations toujours tardives,
toujours partielles de la femme Déliant, de la nature des dépôts
précieux qui lui ont été confiés par la du Barry, de l'usage
inconcevable qu'elle en a fait, des événements tragiques qui ont suivi
sa conduite, les commissaires rendent compte du résultat de Morin, valet
de chambre et agent secret de la du Barry.
»Les perquisitions les plus amples avaient été faites dans le jardin de
ce prévenu, et toujours infructueusement. Cet homme allait être jugé,
exécuté, emportant avec lui la connaissance des différents dépôts, si
les commissaires n'eussent pas écrit à l'accusateur public, ne lui
eussent pas envoyé un exprès au moment où Morin allait subir la peine
due à ses crimes.
»Les 24 et 26 frimaire, les commissaires ont interrogé ce prévenu:
d'après ses déclarations, et sur ses indications, ils ont trouvé cachés
derrière des bois de charpente placés contre un mur du jardin de Morin
une douzaine de cuillers d'or à café; dans le grenier au-dessus de la
cuisine de sa maison, une croix d'argent, un calice et une patène
d'argent; une boîte à quadrille, la boîte, les fiches et contrats en
ivoire, incrustés en or; dans le jardin de Morin, et enterrés en divers
endroits sous des arbres hors de monter, et près la grille, deux boîtes
de sapin renfermant savoir:
Argent blanc 7,203 liv.
40 doubles louis 1,920
Un louis en or 24
2 guinées et une demi-guinée 36
----------
Total 9,183 liv.
»En outre, 99 jetons d'argent et un globe d'argent-vermeil.
»D'après la déclaration de la du Barry, on aurait dû trouver douze sacs
de 1,200 livres environ, et différents objets précieux. Cependant
lesdites boîtes ne renfermaient que cinq sacs, les louis, les guinées en
or et le gobelet d'argent-vermeil.
»Il est à croire que Morin en a détourné une partie; l'espérance qu'il
avait d'être acquitté l'a sans doute engagé à ne pas déclarer les dépôts
qu'il avait faits pour le compte de sa maîtresse et pour son propre
compte, et il serait nécessaire de faire fouiller son jardin en entier.
»Les commissaires ont aussi trouvé dans la chambre de Morin, et sur ses
indications, une râpe à muscade en argent, dans un étui d'argent; un
paquet intitulé _Graines de panais_, contenant dix-sept aunes de galon
d'argent à livrée, et quelques autres objets.
»Les perquisitions antérieures faites par le citoyen Greive avaient
procuré la découverte de 393 livres en argent blanc, d'un billet qui
prouvait que Morin était chargé de faire passer cette somme à l'abbé de
Fontenille, poste restante, à Coblentz. Cette somme existe encore dans
la chambre de Morin, et les commissaires du district chargés de faire
l'inventaire en rendront compte en tant que de besoin.
»Les commissaires ont fait ce qui dépendait d'eux pour tirer de Morin
tous les aveux qui pouvaient aider leurs découvertes; mais cet homme n'a
déclaré que les dépôts trouvés antérieurement, et il est hors de doute
qu'il avait la connaissance de plusieurs autres, dans le cas où sa
conduite contre-révolutionnaire n'aurait pas été dévoilée et punie.
»L'objet principal de la mission des commissaires était de faire des
recherches. Quoique le citoyen Greive eût découvert une grande partie
des objets déclarés et non déclarés par la du Barry, il restait encore
des recherches à faire, et les commissaires n'ont rien négligé pour les
rendre heureuses.
»A cet effet, ils ont renouvelé dans plusieurs endroits les
perquisitions les plus exactes. Ils ont fait fouiller deux fois dans le
jardin de Morin, et deux jours de suite dans la cave commune de la
maison de la du Barry; mais ces nouvelles fouilles n'ont produit aucune
découverte, et quoique que l'on soit bien persuadé qu'il existe encore
des dépôts cachés, il faudrait avoir, pour les trouver, des indices
particuliers, les terrains environnant la maison de la du Barry étant
trop spacieux pour qu'on puisse hasarder de nouvelles fouilles,
dispendieuses d'ailleurs et d'un succès incertain.
»D'après l'arrêté du comité de salut public et les instructions du
ministre, les commissaires devaient remettre à la Trésorerie nationale
les assignats, espèces monnayées, et aux domaines tout ce qui
consisterait en bijoux, diamants et autres objets précieux.
»Pour remplir une partie de leur mission, il ne suffisait pas de faire
un simple inventaire de ces objets, il fallait en faire le récolement
exact, pour opérer la décharge des commissaires et gardiens
responsables.
»A cet effet, les commissaires ont procédé au dépouillement de tous les
procès-verbaux de l'ancien et du nouveau juge de paix, dressés sur la
réquisition du citoyen Greive, commissaire du comité de sûreté générale
de la Convention, en présence des officiers municipaux de Louveciennes.
Ils ont fermé l'état désignatif de tous les objets y mentionnés par
nature et espèce, en distinguant par ordre l'argenterie, les effets en
or, etc.
»Ce relevé, nécessaire pour assurer la justesse de toutes
vérifications, a demandé un temps très-long, à raison de la lecture
qu'il a fallu prendre de tous les procès-verbaux, et de ce que chaque
objet se trouvait mentionné isolément dans un procès-verbal et dans un
autre.
»Les commissaires ont d'abord procédé à la reconnaissance d'une somme de
37,986 livres en numéraire, trouvée chez la du Barry. Cette somme,
jointe à celle de 13,815 liv. découverte par la commission, forme celle
de 51,801 liv. remise par elle à la Trésorerie nationale.
»Il avait été trouvé, en outre, dans la commode de la chambre à coucher
de la du Barry, une somme de 3,443 liv. en assignats; mais cette somme a
été mise par les citoyens Lacroix et Musset, représentants du peuple à
Versailles, à la disposition du citoyen Greive, pour subvenir aux
dépenses du moment, et il reste encore une somme de 29 liv. en
assignats, et 7 liv. en argent monnayé.
»Les commissaires observent qu'il a été déposé entre leurs mains, le 27
nivôse, par le citoyen Fournier, ancien juge de paix, à l'appui d'un
procès-verbal de découverte, chez la femme Couture, une somme de 1,200
liv., savoir: 400 liv., dont 200 liv. démonétisées appartenant à Morin,
et 800 livr. au nommé Pétry, coiffeur, détenu à Paris. Les commissaires
du district chargés de faire l'inventaire rendront compte de ces sommes
et des autres en tant que de besoin.
»Les commissaires, en suivant l'ordre de leur relevé sur les
procès-verbaux remis entre leurs mains, ont fait, en présence du citoyen
Greive, du juge de paix et du maire de Louveciennes, le récolement et la
reconnaissance de l'argenterie, des effets en or, cristaux, bijoux,
diamants et autres objets précieux, mis sous les scellés dans la chambre
à coucher de la du Barry, nº 4. Ils ont rédigé procès-verbal de chaque
opération, et en ont donné copie au citoyen Greive et à la municipalité
du lieu.
»Cette vérification leur a demandé un temps très-long, attendu que
beaucoup de ces objets n'avaient pas été désignés suivant leur nature et
espèce, et suivant les termes techniques qui leur convenaient.
_Peut-être que le plaisir d'avoir fait les découvertes, la précipitation
avec laquelle on a procédé à leur inventaire, ont fait négliger les
formalités de la rédaction et l'exactitude dans la prescription et
reconnaissance des objets; mais en général les commissaires ont aperçu
un défaut d'ordre, et ils ne peuvent mieux le prouver que par le grand
nombre d'effets qu'ils ont reconnus n'avoir pas été inventoriés._ Le
désordre ne porte pas seulement sur les objets découverts, mais sur tous
ceux en évidence dans la maison. Ces objets sont épars et en confusion.
»_Les commissaires ont trouvé, dans différents endroits de la maison,
plusieurs étuis de chagrin et galuchat, qui renfermaient sans doute des
effets précieux et qui, cependant, ne font pas partie de ceux
inventoriés et reconnus._ Les commissaires ont vu, entre autres étuis,
celui dans lequel devait se trouver une paire de boucles de souliers en
or, garnies de perles, dont l'existence antérieure est prouvée par la
déclaration même de la du Barry. _Tous ces étuis ont été trouvés vides._
Les commissaires ignorent si les objets qu'ils contenaient existaient au
moment de l'arrestation de cette femme, ou si elle n'en aurait pas
disposé elle-même, d'une manière ou d'une autre.
»Les commissaires ont remis successivement à l'administration des
domaines l'argenterie, les bijoux, diamants, effets en or, et
généralement tous les objets provenant soit de leurs découvertes
personnelles, soit des découvertes faites avant eux par le citoyen
Greive, commissaire de sûreté du comité général de la Convention. Ils
invitent à en acquérir la preuve par l'examen de l'état ci-joint, dont
les objets y mentionnés portent le numéro correspondant à celui des
objets désignés dans les procès-verbaux et récépissés de remise aux
domaines. Ils joignent aussi au présent résumé historique d'opérations
l'état de comparaison des objets déclarés par la du Barry et trouvés,
avec ceux qui restent à découvrir.
»Jusque-là les commissaires avaient rempli l'objet intrinsèque de leur
mission. Mais la nature même de leurs fonctions les a entraînés dans une
quantité de détails dont ils devaient prendre connaissance, autant parce
qu'ils se sont trouvés liés à leurs fonctions que parce que le besoin de
se mettre à l'abri de tous reproches leur recommandait de faire tout ce
qui intéressait le bien public.
»Des mesures de sûreté générale, relatives à la conservation des dépôts
précieux, existant dans la maison de la du Barry, avaient exigé la
surveillance d'une garde assez nombreuse; mais l'enlèvement successif de
ces dépôts demandait une économie dans cette dépense. En conséquence,
les commissaires ont réduit, le 6 pluviôse, la garde à six hommes, au
lieu de dix-huit. Cette garde, depuis le 2 vendémiaire, jour de son
établissement par le citoyen Greive, jusqu'au 13 frimaire, avait été
payée sur des fonds mis à la disposition du citoyen Greive, savoir:
3,143 liv. par les citoyens Lacroix et Musset, représentants du peuple à
Versailles, et 3,000 liv. par Voulant et Jajot; mais le citoyen Greive
n'avait plus de fonds disponibles. Il est dû encore à la garde la somme
de 3,151 liv., et les commissaires en ont envoyé l'état à
l'administration du district de Versailles.
»Le besoin de rétablir l'ordre dans la maison de la du Barry devait
fixer, la sollicitude des commissaires. Ce soin paraissait cependant
devoir appartenir plus particulièrement au citoyen Greive, qui depuis
longtemps habitait la maison de la du Barry, connaissait les causes de
la dépense, et l'avait mise ou laissée sur le pied où les commissaires
l'ont trouvée.--_Mais le citoyen Greive, trop occupé sans doute de
l'exécution des grandes mesures de sûreté générale, dont il annonçait
être chargé par sa qualité même, n'avait pas le temps d'entrer dans les
petits détails._ Les commissaires ont cru devoir prendre sur eux de
faire la réforme commandée par l'économie, en attendant d'ailleurs la
solution de plusieurs questions dont la nature les attachait encore à
leur place.
»Jusque-là différentes circonstances, dont il sera parlé ci-après,
avaient occasionné une dépense assez considérable de bouche et de
chauffage; mais les circonstances n'étant plus les mêmes, les
commissaires ont jugé devoir rompre le cours de cette dépense. A cet
effet, ils ont arrêté les mémoires du boulanger, du boucher et des
autres fournisseurs de la maison. Ils ont envoyé à l'administration du
district de Versailles le bordereau de cette dépense, montant à la somme
de 2,749 fr.
»Cette dépense, dont le citoyen Greive peut rendre compte mieux que
personne des causes qui l'ont déterminée, a été plus considérable
pendant le cours de sa mission. En général, cette dépense a été faite
par les différents commissaires qui se sont succédé, par le juge de
paix, son greffier, par les officiers municipaux, dans un temps où le
secret des opérations demandait leur permanence continuelle, par les
personnes que le citoyen Greive a employées à auner les étoffes, à peser
les matières d'or et d'argent, par les prévenus traduits devant la
commission, par les gendarmes, huissiers qui les ont accompagnés, enfin
par toutes les personnes dont la présence a été reconnue nécessaire.
»Les fonctions des commissaires ont acquis, par l'effet des
circonstances, une plus grande latitude. Ils ont appris, par exemple,
qu'il existait à Paris, dans la maison de Brissac, un coffre de fer
caché entre deux boiseries. A cet effet, ils sont allés plusieurs fois à
Paris pour se concerter avec le ministre sur les moyens à employer pour
sa découverte. Le ministre a écrit lui-même au comité de surveillance de
la Fontaine de Grenelle, pour l'inviter à nommer deux membres pour
seconder les commissaires dans leurs recherches. Le citoyen Villette
s'est présenté lui-même au comité de cette section, à celui de sûreté
générale; mais les formalités à remplir pour la levée des scellés chez
Brissac ont arrêté sans doute l'usage de toutes mesures, et le coffre de
fer reste encore à découvrir, ou, s'il a été découvert, la commission
l'ignore.
»Les commissaires ont aussi, sur la réquisition des citoyens Lacroix et
Musset, représentants du peuple à Versailles, fait l'inventaire du vieux
linge existant dans la maison de la du Barry, et l'ont envoyé à
l'hôpital militaire de Saint-Cyr.
»Ces différentes démarches et opérations ont occupé les commissaires en
attendant la réponse à plusieurs questions de la solution desquelles
dépendait la continuation ou la cessation de leurs fonctions.
»Une de ces questions était de connaître la manière dont on disposerait
des étoffes précieuses existant dans la maison de la du Barry. Une
grande partie de ces étoffes, dont la valeur peut s'élever à 200,000
livres, ne pouvait être vendue qu'à l'étranger. Le ministre, sur les
observations des commissaires, avait écrit au comité de salut public:
depuis peu, ce comité a chargé l'administration des subsistances d'en
faire l'inventaire, et dans ce moment ce travail occupe les
commissaires.
»Le rétablissement de l'ordre, des précautions de tout genre, le besoin
d'éviter même des dilapidations, le besoin de liquider la succession de
la du Barry pour payer les créanciers, toutes ces considérations ont
engagé les commissaires à demander qu'il soit procédé promptement à
l'inventaire du mobilier de la du Barry, et, depuis le 20 pluviôse, les
citoyens Delcros et Lequoy ont été nommés à cet effet par
l'administration du district de Versailles.
»En conséquence, les pouvoirs du citoyen Villette, seul commissaire du
pouvoir exécutif à Louveciennes, doivent cesser lorsqu'il aura fini,
conjointement avec le commissaire des subsistances et ceux du district,
l'inventaire des étoffes dont il est spécialement chargé par le
ministre.
»Voici la manière dont les membres composant la commission de
Louveciennes ont cru devoir rendre compte de leur mission, chacun pour
les opérations auxquelles ils ont été présents, nonobstant les pièces
qu'ils joignent à l'appui de leur compte, certifiant le tout sincère et
véritable.
»Signé à la minute: Huvé, Villette, Delcros, Houdon, Bicault et Lequoy,
secrétaire[155].»
Outre la commission générale, deux autres devaient s'entendre avec elle,
l'une, pour faire passer immédiatement à Versailles tout ce qui pourrait
être employé par l'État, l'autre, pour envoyer aussi dans cette ville
les objets d'art, afin de les ajouter à ceux déjà très-nombreux
provenant des maisons du roi et des princes, que l'on réunissait dans le
palais.
La première de ces commissions fit passer au district, en fer, cuivre,
linge, literie, harnais, sucre et eau-de-vie, pour la somme de 128,089
fr. Le linge, la literie, le sucre et l'eau-de-vie furent envoyés à la
maison de Saint-Cyr, transformée en hôpital militaire. Le reste fut
déposé dans les magasins de l'État.
La commission des arts fit choix des objets qui lui parurent dignes
d'être conservés. Comme la plupart de ces oeuvres d'art sont aujourd'hui
dans les musées et dans les palais impériaux, il n'est pas sans intérêt
d'en faire connaître l'origine, en donnant la liste dressée alors par la
commission. Ces objets sont au nombre de cinquante-cinq.
1º Deux tableaux de Vien;
2º Une gaîne avec chapiteau et base de granit d'Italie;
3º Une Vénus Callipyge (petite proportion);
4º Un Apollon du Belvédère;
5º Thésée enlevant Hermione;
6º Une Vestale entretenant le feu sacré, suivie par deux enfants;
7º Un groupe représentant Louis XV porté par quatre guerriers;
8º Un petit buste de Louis XV;
9º Un feu en bronze doré, cerf, sanglier et attributs de chasse;
10º Un tableau représentant une marine, par Vernet, de huit pieds de
haut sur cinq de large.
11º Un autre tableau de même dimension, représentant une ruine, par
Robert;
12º Quatre dessus de porte, par Fragonard;
13º Une Nymphe en marbre, fuyant, et un Amour la menaçant;
14º Une Baigneuse, de Falconnet;
15º Le buste de Louis XV, en marbre, par Pajou;
16º Une pendule représentant l'Amour porté par les Grâces, en bronze
doré d'or moulu;
17º Deux vases de porcelaine de Sèvres, fond azur;
18º Deux vases de porcelaine, forme étrusque;
19º Un baromètre et thermomètre avec cartouches et figures de
porcelaine;
20º Deux vases en marbre blanc et porphyre;
21º Deux feux dorés d'or moulu, les plus riches;
22º Deux figures en marbre blanc, proportion de deux pieds;
23º Deux candélabres à trois branches, représentant deux femmes
groupées;
24º Deux autres, en forme de bouteille;
25º Un feu doré, en forme de vase;
26º Une table en porcelaine de Sèvres, les peintures d'après Vanloo;
27º Un vase de porphyre;
28º Un feu en forme de cassolettes et pommes de pin;
29º Trois chandeliers à trois branches, en cassolettes;
30º Le buste de la du Barry, par Pajou, sur sa gaîne;
31º Partie d'un _forte-piano_;
32º Deux grands vases de porphyre;
33º Une harpe dans sa robe de taffetas noir;
34º Un tableau représentant la Fuite de l'Amour;
35º La Marchande d'Amours, par Vien;
36º La Cruche cassée, par Greuze;
37º Jupiter et Antiope;
38º Une pastorale, par Boucher, de trente-six pouces de haut sur
vingt-huit de large;
39º Un paysage, de Visnose;
40º Une bordure ovale de trois pieds de haut, richement sculptée et
dorée;
41º Une autre de deux pieds de haut;
42º Une commode de vieux laque;
43º Une autre plaquée, en porcelaine de Sèvres, à sujets et figures
très-jolis;
44º Un tableau représentant la Visitation d'Élisabeth;
45º Un autre représentant la Vierge et l'Enfant Jésus;
46º Un autre, non fini, représentant la du Barry en Bacchante;
47º Un pastel: un Enfant jouant du tambour de basque, d'après Drouet;
48º Un Enfant jouant du triangle, d'après Drouet;