«La soudaineté du mal et de la mort de Louvois fit tenir bien des

discours, bien plus encore _quand on sut par l'ouverture de son corps

qu'il avait été empoisonné_. Il était grand buveur d'eau, et en avait

toujours un pot sur la cheminée de son cabinet, à même duquel il buvait.

On sut qu'il en avait bu ainsi en sortant pour aller travailler avec le

roi, et qu'entre sa sortie de dîner avec bien du monde, et son entrée

dans son cabinet pour prendre les papiers qu'il voulait porter à son

travail avec le roi, un frotteur du logis était entré dans ce cabinet,

et y était resté quelques moments seul. Il fut arrêté et mis en prison.

Mais à peine y eut-il demeuré quatre jours, et la procédure commencée,

qu'il fut élargi par ordre du roi, ce qui avait déjà été fait, jeté au

feu, et défense de faire aucune recherche. Il devint même dangereux de

parler là-dessus, et la famille de Louvois étouffa tous ces bruits,

d'une manière à ne laisser aucun doute que l'ordre très-précis n'en eût

été donné.»

Puis, comme si ce n'était pas encore assez de toutes ces insinuations

pour prouver l'empoisonnement, Saint-Simon ajoute l'histoire suivante du

médecin de Louvois, qui, dit-il, lui fut racontée par un gentilhomme

attaché à la maison de ce ministre. «Il m'a conté, dit Saint-Simon,

étant toujours à madame de Louvois depuis la mort de son mari, que

_Séron_, médecin domestique de ce ministre, et qui l'était demeuré de

madame de Barbésieux, logé dans la même chambre au château de

Versailles, dans la surintendance que Barbésieux avait conservée

quoiqu'il n'eût pas succédé aux bâtiments, s'était un jour barricadé

dans cette chambre, seul, quatre ou cinq mois après la mort de Louvois;

qu'aux cris qu'il y fit on était accouru à sa porte, qu'il ne voulut

jamais ouvrir; que ces cris durèrent presque toute la journée, sans

qu'il voulût ouïr parler d'aucun secours temporel ni spirituel, ni qu'on

pût venir à bout d'entrer dans sa chambre; que sur sa fin on l'entendit

s'écrier qu'il n'avait que ce qu'il méritait, que ce qu'il avait fait à

son maître, qu'il était un misérable indigne de tout secours; et qu'il

mourut de la sorte en désespéré au bout de huit ou dix heures, sans

avoir jamais parlé de personne, ni prononcé aucun nom.--A cet événement

les discours se réveillèrent à l'oreille; il n'était pas sûr d'en

parler. Qui a fait le coup? C'est ce qui est demeuré dans les plus

épaisses ténèbres.»

Le récit de Saint-Simon et les détails circonstanciés dans lesquels il

entre, semblent ne point devoir laisser de doutes sur la nature de la

mort de Louvois. Aussi les historiens, tout en admettant avec une

certaine circonspection les insinuations de Saint-Simon, n'ont-ils

jamais repoussé complétement l'idée du poison. Une phrase de son récit,

si elle était vraie, serait surtout la preuve certaine de

l'empoisonnement; c'est celle-ci: _On sut par l'ouverture de son corps

qu'il avait été empoisonné_. En effet, si les médecins ont constaté la

présence du poison, il ne peut plus y avoir d'incertitude que sur la

main qui a commis le crime et sur _la personne qui l'a commandé_. Eh

bien, cette affirmation de Saint-Simon est tout à fait démentie par

l'ouverture du corps de Louvois, et si les historiens n'ont pas été plus

affirmatifs, c'est qu'ils n'ont pas eu connaissance de ce document,

enfoui dans un livre de médecine, où ils étaient bien éloignés d'aller

chercher une pièce si importante.

Dionis était le chirurgien de Louvois. C'était un chirurgien fort

instruit. Il publia plusieurs ouvrages encore recherchés aujourd'hui

pour les observations curieuses qu'ils renferment. Dans l'un de ces

ouvrages intitulé _Dissertation sur la mort subite_[42], voici comment

il raconte la mort de Louvois: «Le 16 juillet 1691, M. le marquis de

Louvois, après avoir dîné chez lui en bonne compagnie, alla au conseil.

En lisant une lettre au roi, il fut obligé d'en cesser la lecture, parce

qu'il _se sentait fort oppressé_; il voulut en reprendre la lecture,

mais ne pouvant pas la continuer, il sortit du cabinet du roi, et,

s'appuyant sur le bras d'un gentilhomme à lui, il prit le chemin de la

surintendance où il était logé.

»En passant par la galerie qui conduit de chez le roi à son appartement,

il dit à un de ses gens de me venir chercher au plus tôt. J'arrivai dans

sa chambre comme on le déshabillait; il me dit: Saignez-moi vite, car

j'étouffe. Je lui demandai s'il sentait de la douleur plus dans un des

côtés de la poitrine que dans l'autre; il me montra la région du coeur,

me disant: Voilà où est mon mal. Je lui fis une grande saignée en

présence de M. _Séron_, son médecin. Un moment après, il me dit:

Saignez-moi encore, car je ne suis point soulagé. M. _d'Aquin_ et M.

_Fagon_ arrivèrent qui examinèrent l'état fâcheux où il était, le voyant

souffrir avec des angoisses épouvantables; il sentit un mouvement dans

le ventre comme s'il voulait s'ouvrir; il demanda la chaise, et, peu de

temps après s'y être mis, il dit: Je me sens évanouir. Il se jeta en

arrière, appuyé sur les bras d'un côté de M. Séron, et de l'autre d'un

de ses valets de chambre. Il eut des râlements qui durèrent quelques

minutes, et il mourut.

»On voulut que je lui appliquasse des ventouses avec scarifications, ce

que je fis, on lui apporta et on lui envoya de l'eau apoplectique, des

gouttes d'Angleterre, des eaux divines et générales; on lui fit avaler

de tous ces remèdes qui furent inutiles, puisqu'il était mort, et en peu

de temps, car il ne se passa pas une demi-heure depuis le moment qu'il

fut attaqué de son mal jusqu'à sa mort.

»Le lendemain, M. Séron vint chez moi me dire que la famille souhaitait

que ce fût moi qui en fît l'ouverture. Je la fis en présence de MM.

_d'Aquin_, _Fagon_, _Duchesne_ et _Séron_.

»En faisant prendre le corps pour le porter dans l'antichambre, je vis

son matelas tout baigné de sang; il y en avait plus d'une pinte qui

avait distillé pendant vingt-quatre heures par les scarifications que je

lui avais faites aux épaules; et ce qui est de particulier, c'est

qu'étant sur la table, je voulus lui ôter la bande qui était encore à

son bras de la saignée du jour précédent, et que je fus obligé de la

remettre, parce que le sang en coulait, ce qui gâtait le drap sur lequel

il était.

»Le cerveau était dans son état naturel et très-bien disposé; _l'estomac

était plein de tout ce qu'il avait mangé à son dîner_; il y avait

plusieurs petites pierres dans la vésicule du fiel; _les poumons étaient

gonflés et pleins de sang_; le coeur était gros, flétri, mollasse et

semblable à du linge mouillé, n'ayant pas une goutte de sang dans ses

ventricules.

»On fit une relation de tout ce qu'on avait trouvé, qui fut portée au

roi, après avoir été signée par les quatre médecins que je viens de

nommer, et par quatre chirurgiens, qui étaient MM. _Félix_, _Gervais_,

_Dutertre et moi_:

«_Le jugement certain qu'on peut faire de la cause de cette mort, est

l'interception de la circulation du sang; les poumons en étaient pleins,

parce qu'il y était retenu, et il n'y en a point dans le coeur, parce

qu'il n'y en pouvait point entrer; il fallait donc que ses mouvements

cessassent, ne recevant point de sang pour les continuer: c'est ce qui

s'est fait aussi, et ce qui a causé une mort si subite._»

Telle est l'opinion des hommes de l'art; c'est à une _apoplexie

pulmonaire_ qu'ils attribuent avec juste raison la cause de la mort, et

l'on ne voit nulle part qu'ils aient parlé d'empoisonnement, ainsi que

l'affirme Saint-Simon. D'ailleurs Louvois était menacé depuis longtemps

de cette affection; il éprouvait fréquemment des oppressions. Les

médecins cherchaient à les combattre, en lui donnant les eaux de forges,

qu'il allait prendre tous les matins dans l'Orangerie, _où le suivaient

ses commis pour ne pas discontinuer son travail ordinaire_[43].

Il résulte de ces faits que Louvois a été frappé d'une attaque

d'apoplexie pulmonaire, et qu'il faut reléguer au rang des fables tous

les bruits d'empoisonnement répandus à sa mort, et recueillis avec

avidité par le caustique Saint-Simon.

L'appartement occupé par Louvois était au premier étage de l'hôtel de la

surintendance; cet appartement a vue sur le parc du côté de la petite

Orangerie. Cela explique le passage de Saint-Simon, dans lequel il parle

de la promenade de Louis XIV le jour de la mort de son ministre.

«Quoique je n'eusse guère que quinze ans, je voulus voir la contenance

du roi à un événement de cette qualité. J'allai l'attendre, et le suivis

toute sa promenade. Il me parut avec sa majesté accoutumée, mais avec

je ne sais quoi de leste et de délivré, qui me surprit assez pour en

parler après, d'autant plus que j'ignorais alors et longtemps depuis les

choses que je viens d'écrire. Je remarquai encore qu'au lieu d'aller

visiter ses fontaines et de diversifier sa promenade, comme il faisait

toujours dans ces jardins, il ne fit qu'aller et venir _le long de la

balustrade de l'Orangerie_, d'où il voyait en revenant vers le château

le logement de la surintendance où Louvois venait de mourir, qui

terminait l'ancienne aile[44] du château sur le flanc de l'Orangerie, et

vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenait vers le

château.»

Le corps de Louvois fut porté aux Invalides. Voici son acte de décès tel

qu'il est inscrit sur les registres de la paroisse Notre-Dame de

Versailles:

«Le seizième jour de juillet mil six cent quatre-vingt-onze, est décédé

au château, dans l'appartement de la surintendance, très-haut et

puissant seigneur monseigneur Michel-François le Tellier, marquis de

Louvois, ministre et secrétaire d'État, surintendant des bâtiments, des

fortifications, des arts et manufactures de France, grand maître des

postes, vicaire général de l'ordre de Saint-Lazare, commandeur et

chancelier des ordres du roi, âgé de cinquante-deux ans, dont le corps

ayant d'abord été apporté en cette église paroissiale, a été ensuite

transporté à Paris, dans l'hôtel royal des Invalides, pour être inhumé

dans l'église; ses entrailles laissées à Meudon, aux révérends pères

capucins, et son coeur porté aux capucines de la rue Saint-Honoré, par

moi soussigné, supérieur de la maison de la congrégation de la Mission

de Versailles et curé de la même ville, en présence de MM. Henri Moreau

et François Maricourt, qui ont signé: Moreau, de Maricourt, prêtres de

la congrégation de la Mission. Et plus bas, signé: Hébert.»

V

L'APPARTEMENT DE MADAME DE MAINTENON.

1686-1715.

Saint-Simon, voulant faire connaître les particularités de la vie privée

de Louis XIV et de madame de Maintenon, dit dans un endroit de ses

_Mémoires_: «Je me trouve, je l'avoue, entre la crainte de quelques

redites et celle de ne pas expliquer assez en détail des curiosités que

nous regrettons dans toutes les histoires et dans presque tous les

Mémoires des divers temps. On voudrait y voir les princes, avec leurs

maîtresses et leurs ministres, dans leur vie journalière. Outre une

curiosité si raisonnable, on en connaîtrait bien mieux les moeurs du

temps et le génie des monarques, celui de leurs maîtresses et de leurs

ministres, de leurs favoris, de ceux qui les ont le plus approchés, et

les adresses qui ont été employées pour les gouverner ou pour arriver

aux divers buts qu'on s'est proposés. Si ces choses doivent passer pour

curieuses, et même pour instructives dans tous les règnes, à plus forte

raison d'un règne aussi long et aussi rempli que l'a été celui de Louis

XIV, et d'un personnage unique dans la monarchie depuis qu'elle est

connue, qui a, trente-deux ans durant, revêtu ceux de confidente, de

maîtresse, d'épouse, de ministre, et de toute-puissante, après avoir été

si longuement néant, et, comme on dit, avoir si longtemps et si

publiquement rôti le balai.» Ces réflexions de Saint-Simon peuvent

également s'appliquer aux recherches des lieux habités par les mêmes

personnages, et en particulier à Versailles, cette magnifique création

de Louis XIV; on voudrait pouvoir connaître l'histoire de chacune des

chambres de ce palais, surtout de ces petits appartements, dans lesquels

on vit l'amour, la jalousie, l'ambition, la haine, toutes les plus

mauvaises passions du coeur humain s'agiter si longtemps pour donner le

spectacle de ces élévations et de ces chutes de favoris et de maîtresses

qui ont eu tant d'influence sur les destinées de la France dans le

dernier siècle. Malheureusement le château de Versailles a subi de

nombreux changements depuis Louis XIV jusqu'à nos jours, et il est

difficile de se reconnaître au milieu de toutes ces transformations.

L'un des appartements que l'on désire généralement le plus connaître, et

sur lequel il y a eu jusqu'à ce jour le plus d'obscurité, est celui de

madame de Maintenon, de cette femme extraordinaire qui, de la position

la plus humble, s'éleva jusqu'au titre d'épouse du roi, et gouverna

pendant plus de trente ans et le monarque et le royaume.

Nous avons étudié avec attention ce point de l'histoire du château de

Versailles, comparé avec soin les divers documents qui peuvent

l'éclairer, et nous croyons pouvoir établir d'une manière positive

l'emplacement de cet appartement.

L'opinion, aujourd'hui la plus répandue, est que cet appartement

occupait quelques pièces situées derrière les petits appartements du

roi, dans l'aile nord de la cour de marbre. C'est cette opinion que M.

Vatout a adoptée dans son livre du _Palais de Versailles_; elle paraît

avoir été suivie dans la réparation de cette partie du château,

puisqu'on y signale plusieurs pièces comme ayant appartenu à

l'appartement de madame de Maintenon, et que _Louis-Philippe_ y a fait

placer le portrait de cette femme célèbre. Voici, du reste, ce que dit

M. Vatout:

SALLE DU DÉJEUNER.

«Louis XVI avait l'habitude de déjeuner dans cette pièce avant de partir

pour la chasse. Il y laissait entrer, pour les caresser, quatre chiens

favoris qu'il aimait tant, que, dans la crainte de trop les fatiguer,

les pages avaient ordre de les conduire en voiture à la chasse.

»Louis-Philippe avait l'habitude de s'y reposer lorsqu'il allait visiter

et suivre les travaux du Musée national de Versailles.

»Cette pièce, éclairée sur la cour des Cerfs, faisait autrefois partie

_du petit appartement de madame de Maintenon_. «Cet appartement, dit

Saint-Simon, était au haut du grand escalier, de plain-pied avec

l'appartement du roi[45].»

Nous verrons plus tard où Saint-Simon plaçait cet appartement, et nous

sommes encore étonné, après la description si claire qu'il en donne, que

M. Vatout ait pu l'indiquer dans ce lieu.

«La destruction de ce grand escalier, ajoute M. Vatout, et les nombreux

changements opérés par Louis XV dans cette partie intérieure du palais,

ne permettent plus aujourd'hui que d'indiquer l'emplacement du logement

occupé par cette femme célèbre. _Ce qu'il y a de certain_, c'est que la

pièce qu'on appelle aujourd'hui _Salle du déjeuner_ faisait partie du

salon par lequel le roi passait, en sortant de la salle à manger, pour

se rendre dans le cabinet de madame de Maintenon. La petite galerie

_Mignard_, avec ses deux salons, pouvait offrir à cet appartement de

brillants accessoires, lorsqu'on y faisait de la musique ou qu'on y

jouait la comédie.»

Cette description ne laisse aucun doute, et l'on voit que M. Vatout

place l'appartement de madame de Maintenon au haut du grand escalier

des ambassadeurs[46], entre les grands et les petits appartements du

roi, tandis que sa place véritable, comme on va le voir, était dans la

partie opposée, c'est-à-dire au haut de l'escalier de marbre, et du côté

des appartements de la reine.

Mais avant d'aller plus loin, et pour bien comprendre ce que nous allons

dire, il est nécessaire de jeter un coup d'oeil sur la distribution des

appartements du château à l'époque de Louis XIV.

En 1671, _André Félibien_, historiographe des bâtiments du roi, publia

une description de Versailles et des embellissements que Louis XIV y

faisait exécuter. Les agrandissements successifs opérés dans le palais,

et les nouveaux arrangements nécessités par le séjour du roi,

déterminèrent _Félibien des Avaux_, son fils et son successeur dans

l'emploi d'historiographe des bâtiments, à faire paraître une nouvelle

description de Versailles. C'est cette nouvelle description, publiée en

l'année 1703, qui va nous servir. Nous en rapporterons tout ce qui peut

faire connaître d'une manière exacte la disposition des appartements, en

retranchant ce qui est inutile à la solution de la question qui nous

occupe; c'est, du reste, une description très-curieuse du Versailles de

Louis XIV, et qui vaudrait la peine d'être publiée de nouveau.

Félibien décrit d'abord les appartements du rez-de-chaussée, occupés

d'un côté par le Dauphin et de l'autre par le duc du Maine, et nous

ferons remarquer qu'il indique comme habité par le _duc du Maine_

l'appartement des bains, situé sous les grands appartements du roi, car

la situation de ce logement pourra nous servir à expliquer ce qui a pu

faire croire que l'appartement de madame de Maintenon devait être de ce

côté du château.

Félibien ajoute ensuite[47]: «Aux côtés de la petite cour pavée de

marbre du milieu du château, et aux côtés de la grande cour par où l'on

a été voir les grands appartements bas, il y a huit escaliers outre ceux

des quatre petites cours voisines. La plupart des uns et des autres

servent à dégager les grands appartements hauts, et à monter à quantité

d'autres appartements que les principaux officiers de la maison du roi,

obligés par leurs charges d'être proche de la personne de Sa Majesté,

occupent, tant dans les logements qui sont aux côtés des grands

appartements, que dans les attiques et proche des combles du vieux et du

nouveau château. Les deux escaliers les plus considérables servent pour

monter aux appartements du roi. Ils sont enrichis de marbre et situés

aux côtés de la grande cour proche des passages, où l'appartement des

bains (pour le grand escalier des ambassadeurs) et l'appartement de

Monseigneur (pour l'escalier de marbre) ont leurs principales entrées.

»Le moins grand de ces deux escaliers, appelé le petit escalier de

marbre, est auprès de ce dernier appartement où l'on entre même

d'ordinaire par une porte qui est proche de la rampe de cet escalier. Il

n'y en a pas de plus fréquenté et qu'on connaisse davantage dans

Versailles. Trois arcades donnent d'abord entrée par la grande cour dans

un vestibule fait en forme d'une double galerie voûtée de pierre et pavé

de carreaux de marbre blanc et de marbre noir. C'est de là qu'on va à

l'escalier proche duquel une des portes de l'appartement de Monseigneur

est ouverte vers le midi. Une autre porte, vers l'occident, donne entrée

dans la petite cour qui est environnée, de ce côté, des bâtiments du

vieux et du nouveau château, et partagée par un corridor orné de

colonnes. Tout l'escalier est pavé de marbre....

»Sur le grand palier du haut, vers le midi, est une porte qui, de ce

grand palier par le bout le plus proche du haut de la dernière rampe,

conduit à l'appartement de la reine, occupé par madame la duchesse de

Bourgogne. Et dans la face vers le septentrion, à l'autre bout du même

palier, il y a une simple porte qui donne entrée dans les appartements

du roi. Deux autres portes proche les précédentes servent, à l'autre

bout de l'escalier vers l'orient, à entrer dans la grande salle des

gardes, la plus proche de l'appartement de la reine. C'est en traversant

un petit passage, qui est au bout de cette salle, qu'on peut aller par

une autre grande salle (salle de 1792) à un petit appartement de jour de

monseigneur le duc de Bourgogne (salles des Gouaches), et par la même

salle à un grand escalier de pierre (des Princes), par où l'on va aux

appartements de Monsieur, de Madame, de monseigneur le duc de Chartres

et de madame la duchesse de Chartres (galerie des Batailles) qui, comme

nous avons déjà dit, sont de plain-pied avec ceux du roi....

»Tâchons à présent, par une description la plus sommaire qu'il nous sera

possible, de faire connaître l'état où les appartements du roi et les

autres appartements hauts du vieux et du nouveau château sont

aujourd'hui.

»Le premier appartement du roi, où l'on entre, comme nous avons dit, par

le petit escalier de marbre du côté du septentrion, a vue sur la petite

cour pavée de marbre, qu'il environne de trois côtés. Un vestibule que

l'on trouve d'abord proche du petit escalier _sert vers l'orient à

donner passage à un appartement particulier qu'occupe madame la marquise

de Maintenon dans une des ailes de la grande cour_; et vers l'occident à

entrer par une salle des gardes dans une antichambre où l'on sert le roi

quand il mange en public.»

Ainsi, il n'y a pas ici de termes ambigus; c'est sur le vestibule placé

près du palier du petit escalier de marbre et en face de l'entrée de

l'appartement de Louis XIV, que se trouvait l'appartement de madame de

Maintenon. Nous reviendrons bientôt sur cet appartement, et nous allons

continuer la description de celui du roi, en suivant toujours Félibien,

afin de montrer qu'il indique la destination de toutes les pièces de cet

appartement, et que l'endroit qu'il vient de désigner est le seul où

l'on puisse placer l'habitation de cette femme célèbre:

«Cette antichambre, _celle où le roi mangeait en public_, a depuis peu,

vers le midi, une porte par où l'on entre dans un petit appartement de

nuit de monseigneur le duc de Bourgogne (depuis petit appartement de la

reine), que l'on a construit de nouveau au-dessus du corridor qui

traverse en bas le milieu de la petite cour la plus proche de

l'appartement de Monseigneur. Mais pour aller par la grande antichambre

du roi dans l'appartement de Sa Majesté, on entre, vers l'occident, dans

la chambre _des Bassans_, ainsi appelée à cause qu'il y a plusieurs

tableaux de ces anciens maîtres au-dessus des portes et dans les

lambris. Cette chambre a trois portes, outre celle de la grande

antichambre par où l'on est entré. Une porte au midi conduit à un

escalier de dégagement par où monseigneur monte de son appartement à

celui du roi (cet escalier en pierre existe encore aujourd'hui,

quoiqu'il ne soit plus d'aucun usage); une autre porte à l'occident

conduit dans la grande galerie haute du nouveau château, du côté des

jardins; et la troisième porte, au septentrion, est celle par où il faut

passer dans la suite du premier appartement du roi, et premièrement dans

la chambre à coucher de Sa Majesté.»

Après la description de la chambre du roi et de son ameublement, il

ajoute: «Les portes du côté de la cheminée donnent entrée vers le

septentrion dans un grand salon carré, situé au milieu de l'ancien

château, sur le vestibule pavé et lambrissé de marbre qu'on a remarqué

en bas.... Ensuite du salon on trouve une autre pièce appelée _chambre

du Conseil_. Le premier des cabinets du roi est entièrement revêtu de

glaces.... On le nomme _cabinet des Termes_, parce que vingt figures de

jeunes enfants en forme de Termes, qui soutiennent des festons dorés,

ornent une manière d'attique élevée au-dessus de la corniche, dans le

même cabinet[48]. Il reçoit son jour vers le septentrion, par la petite

cour de l'appartement des bains.»

Cette description de l'appartement du roi est curieuse en ce qu'elle

nous donne l'époque exacte de l'établissement de la chambre à coucher

dans laquelle mourut Louis XIV. En effet, l'on a pu voir dans les

détails donnés par Félibien que ce que l'on nomme le _salon de

l'OEil-de-boeuf_ était coupé en deux parties, dont l'une était occupée

par une antichambre nommée des _Bassans_, et l'autre par la chambre à

coucher du roi, tandis que la chambre à coucher actuelle, qui occupe le

centre du château, était un grand salon de réception, probablement

l'ancien grand salon de Louis XIII.

Curiosités historiques sur Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour, Mme du Barry, etc. · 第 5 / 21 段