VI.--GÉOLOGIE ET MINÉRALOGIE.

_Minéraux curieux._--Le catalogue déjà si nombreux des espèces minérales

a été enrichi d'une nouvelle espèce que M. Dufrenoy, qui l'a analysée,

appelle _arsenio-sidérite_. C'est un arséniate de fer trouvé dans la

mine de manganèse de la Romanèche, près Mareuil.

Ou a mis sous les yeux de l'Académie des échantillons remarquables de

diamant. Les uns consistent en petits cristaux encore adhérents à leur

gangue, qui est un près quartzeux; ils proviennent du Brésil. Un autre

est un minéral noir très-dur acheté à Bornéo. On voulait s'assurer, par

certaines expériences de polarisation, que ce minéral est bien un

diamant, et pour cela il fallait y déterminer une petite facette

polie.--Mais après un travail continu de vingt-quatre heures, un des

plus habiles lapidaires de Paris n'a pas réussi à émousser une seule des

pointes dont la surface du minéral est recouverte, et sa roue même a

beaucoup souffert de cet essai. M. Dumas, après avoir examiné

l'échantillon, a pensé que ce minéral est un _diamant de nature,_ nom

qu'on donne dans le commerce à des diamants qui ne sont susceptibles ni

de se polir ni de se cliver, et qu'on réserve pour faire la poudre de

diamants.

Les minéraux précieux semblent s'être donné rendez-vous à l'Académie,

car M. de Humboldt lui a communiqué une notice très-intéressante sur une

pépite d'or vraiment monstrueuse, trouvée le 7 novembre dernier sur la

pointe asiatique de la partie méridionale de l'Oural. Cette pépite pèse

plus de trente-six kilogrammes; c'est aujourd'hui la plus grande qui

soit connue. Celle qui fut découverte en 1721 aux États-Unis dans le

comté d'Anson, monts Alléganys, Caroline du Nord, pèse vingt-un

kilogrammes sept cents grammes..

_Recherches sur le diluvium._--On sait quelle importance les travaux de

M. Agassiz et de Charpentier ont donnée aux glaciers, depuis quelques

années, pour l'explication de certains phénomènes géologiques. C'est à

leur action que ces savants attribuent le poli et les stries que l'on

observe sur certaines roches des Alpes et d'autres chaînes de montagnes,

aussi bien que le transport des blues erratiques, souvent énormes, que

l'on trouve parfois à une grande hauteur sur le versant du Jura qui

regarde les Alpes. Les géologues sont encore très-divisés sur ces

questions, et en France comme en Allemagne, la théorie des glaciers a

rencontré d'ardents adversaires. Dans ce nombre il faut ranger MM. de

Collegne et Fournet, qui ont adressé à l'Académie des mémoires, l'un sur

les terrains diluviens des Pyrénées, l'autre sur le diluvium de la

France. Nous ne prétendons en aucune façon nier les conclusions

auxquelles ces messieurs sont parvenus, en refusant aux glaciers toute

influence sur la production du phénomène diluvien dans les localités

qu'ils ont décrites; nous ferons seulement observer qu'ils donneraient à

leurs réfutations de l'hypothèse glaciale beaucoup plus de force, s'il

les appliquaient aux Alpes elles-mêmes, et notamment aux nombreux

exemples sur lesquels MM, Agassiz et de Charpentier ont basé leur

théorie. Les savants suisses méritent bien qu'on leur fasse l'honneur

d'aller les attaquer et les battre sur leur propre terrain. Jusqu'à ce

que quelque habile géologue français se soit dévoué à une expédition de

ce genre, les glaciers pourraient bien gagner encore bon nombre de

prosélytes.

Dans une note sur le phénomène erratique du nord de l'Europe, M.

Daubrée, ingénieur des mines, comme M. Fournet, et comme lui professeur

à une faculté des sciences s'est montré beaucoup plus réservé en ce qui

concerne les causes.

Il a constaté que, dans les Alpes Scandinaves, les traces de transport

et de frottement divergent, à partir des régions culminantes, en se

rapprochant des lignes des plus grandes pentes du massif. MM. Keilhau et

Siljestroem avaient fait la même observation en d'autres points du

massif, M. Daubrée a aussi été conduit à signaler plusieurs

exhaussements et abaissements alternatifs du sol de la presqu'île

Scandinave.

_Paléontologie._--M. Brougniart a lu un rapport très-favorable sur un

mémoire de M. Alcide d'Orbigny, intitulé; _Coquilles fossiles de

Colombie, recueillies par M. Boussigneault._ M. d'Origny est arrivé à

reconnaître l'existence du terrain crétacé dans cette partie de

l'Amérique méridionale, conformément aux conclusions de M. de Buch.

_Nouvelle carte géologique._--Nous avons vu avec lui vif intérêt la

nouvelle carte géognostique du plateau tertiaire parisien que M. Paulin,

secrétaire de la Société de Géologie, a présenté à l'Académie. La

perfection du coloriage fait honneur à M Kaeppelin,

imprimeur-lithographe, comme l'exactitude des détails et la beauté du

dessin à l'auteur de cette carte.

L'Illustration, No. 0017, 24 Juin 1843 · 第 7 / 27 题