Le vent éparpillait les gouttes sur mes cheveux, sur mon visage, sur mes
mains. J’avais le cœur serré à me faire mal, mais je ne voulais pas, je
ne pouvais pas pleurer: nous passions la soirée chez Mme de Lubières.
Pourtant, à mesure que la pluie tombait sur moi, on aurait dit qu’elle
calmait mon angoisse.
Je me rappelais ses yeux, à lui, quand il me disait adieu, là-bas, chez
Mme Divoir... S’il eût aimé Mlle d’Alvaro, il ne m’aurait pas regardée
ainsi!...
Et plus j’étais mouillée, plus je réfléchissais, plus aussi j’étais
certaine qu’on le fiançait à tort à cette «très belle Espagnole».
Et puis s’il en avait été ainsi, il ne serait pas parti pour le Tyrol...
Toute cette histoire ne devait être qu’un bavardage de cet insupportable
M. de Rouvres que je déteste parce qu’il est amoureux de moi.--Je le
vois bien tout en n’ayant pas l’air de remarquer ses yeux
langoureux.--Quand je serais tellement, tellement heureuse d’être rien
qu’un peu aimée par... _lui_!
Mais il ne songe guère à me donner cette joie... Il est bon pour moi,
comme Suzanne l’est pour Patrice; cela ne tire pas à conséquence avec
les enfants!...
C’est toujours ainsi; les personnes dont on ne se soucie pas--M. de
Rouvres, par exemple,--on les voit chaque jour... Et celles dont la
présence est très douce... s’en vont dans le Tyrol...
Pourvu qu’il n’y rencontre pas cette Mlle d’Alvaro!
Pourvu aussi qu’il n’y ait pas trop de jeunes filles dans le Tyrol!