17 novembre.

Eh bien! je ne suis plus aussi désolée de mon cours, car Jeanne et

Suzanne le suivront aussi; et quand nous sommes ensemble--trois

inséparables!--nous nous trouvons toujours bien. Et puis, Suzanne, avec

son cher petit ton raisonnable, m’a un peu grondée, beaucoup encouragée;

si bien qu’en la quittant, j’avais fait ma paix avec la littérature.

Oh! comme je t’aime, ma sérieuse Suzanne! Si depuis quelque temps maman

me trouve plus posée, c’est bien à toi que je le dois!

Pour en revenir à ce fameux cours, ce sera un cours tout à fait

«select», une sorte de petite Sorbonne parisienne, rajeunie, mondaine, à

l’usage des jeunes habitantes des Champs-Elysées et du parc Monceau.

Nous aurons tout ce qu’il y a de mieux en fait de maîtres, absolument le

dessus du panier.

Pour mon compte, je m’intéresse seulement à M. Chambert, qui se charge

des conférences littéraires; car, par bonheur, je n’aurai rien à voir

avec les autres professeurs. C’est, assure-t-on, un homme remarquable

qui, bien sûr, sera un jour ministre de l’instruction publique ou membre

de l’Institut... peut-être tous les deux ensemble... enfin, quelque

chose dans ce genre. Il écrit des articles de fond que tout le monde

lit, même les personnes qui n’y comprennent rien, parce que cela pose

bien d’avoir l’air de les connaître.

C’est à maman que Mme de Simiane donnait tous ces détails; mais

j’écoutais.

Il paraît aussi que jamais, au grand jamais, il ne fait de cours de

jeunes filles. Mais il condescend, cette fois, à s’occuper de nous

autres, humbles petites personnes, en faveur de Mme Divoir, la dame qui

organise nos conférences, parce que leurs deux familles se connaissaient

depuis très longtemps.

Cette pauvre Mme Divoir a été si malheureuse! Son mari était agent de

change, très riche; il s’est mis à jouer tant et si bien, ou plutôt si

mal, qu’un jour il a été tout à fait compromis, et il s’est sauvé,

laissant là sa pauvre femme, avec les petits enfants, s’arranger comme

elle le pourrait... Combien les hommes sont lâches quand ils s’y

mettent!

Mais je ne dois pas dire de mal de M. Divoir, puisqu’il est mort. Il a

été puni tout de suite; le train dans lequel il s’échappait a déraillé,

et il a reçu une si terrible blessure qu’il est mort deux heures après

l’accident. Aussi, c’est presque une bonne œuvre de «lancer» le cours de

Mme Divoir.

Si j’avais su cela dès le commencement, je n’aurais pas même essayé de

lutter pour ne pas le suivre. Les bonnes œuvres sont la passion de

maman; jamais elle ne refuse son offrande à une quête. Et de plus, elle

donne de très grand cœur..., sans, gémir, comme bien des dames que je

connais--je ne les nommerai pas!--qui envoient leur aumône parce

qu’elles ne peuvent pas faire autrement, et avec des soupirs! des

plaintes! des récriminations!

Je trouve, moi, que maman a bien raison, et je tâcherai toujours de

l’imiter.

C’est si naturel de partager un peu!

Rêve blanc · 第 19 / 47 题