L'office que votre excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 2
décembre m'est parvenu de Cassel, par nos avant-postes. Je n'ai pas
différé de le soumettre à LL. MM. Elles y ont reconnu avec satisfaction
que S. M. l'empereur des Français avait adopté des bases essentielles au
rétablissement d'un état d'équilibre et à la tranquillité future de
l'Europe. Elles ont voulu que cette pièce fût portée sans délai à la
connaissance de leurs alliés. LL. MM. II. et RR. ne doutent point
qu'immédiatement après la réception des réponses, les négociations ne
puissent s'ouvrir.
Nous nous empresserons d'avoir l'honneur d'en informer votre excellence,
et de concerter alors avec elle les arrangements qui nous paraîtront les
plus propres à atteindre le but que nous nous proposons.
Je la prie de recevoir les assurances, etc.
_Signé_ le prince de METTERNICH.
Francfort, le 10 décembre 1813.
* * * * *
(Nº 8.) _Lettre de Napoléon_
_Au duc de Vicence, ministre des relations extérieures._
Paris, le 4 janvier 1814.
Monsieur le duc de Vicence, j'approuve que M. de La Besnardière soit
chargé du portefeuille. Je pense qu'il est douteux que les alliés soient
de bonne foi, et que l'Angleterre veuille la paix: moi je la veux, mais
solide, honorable. La France sans ses limites naturelles, sans Ostende,
sans Anvers, ne serait plus en rapport avec les autres états de
l'Europe. L'Angleterre et toutes les puissances ont reconnu ces limites
à Francfort. Les conquêtes de la France en-deçà du Rhin et des Alpes ne
peuvent compenser ce que l'Autriche, la Russie, la Prusse, ont acquis en
Pologne, en Finlande, ce que l'Angleterre a envahi en Asie. La politique
de l'Angleterre, la haine de l'empereur de Russie, entraîneront
l'Autriche. J'ai accepté les bases de Francfort, mais il est plus que
probable que les alliés ont d'autres idées. Leurs propositions n'ont été
qu'un masque. Les négociations une fois placées sous l'influence des
événements militaires, on ne peut prévoir les conséquences d'un tel
système. Il faut tout écouter, tout observer. Il n'est pas certain qu'on
vous reçoive au quartier général: les Russes et les Anglais voudront
écarter d'avance tous les moyens de conciliation et d'explication avec
l'empereur d'Autriche. Il faut tâcher de connaître les vues des alliés,
et me faire connaître jour par jour ce que vous apprendrez, afin de me
mettre dans le cas de vous donner des instructions que je ne saurais sur
quoi baser aujourd'hui. Veut-on réduire la France à ses anciennes
limites? c'est l'avilir...............................................
......................................................................
....................... On se trompe si on croit que les malheurs de la
guerre puissent faire désirera la nation une telle paix. Il n'est pas un
coeur français qui n'en sentît l'opprobre au bout de six mois, et qui ne
la reprochât au gouvernement assez lâche pour la signer. L'Italie est
intacte, le vice-roi a une belle armée. Avant huit jours j'aurai réuni
de quoi livrer plusieurs batailles, même avant l'arrivée de mes troupes
d'Espagne. Les dévastations des Cosaques armeront les habitants, et
doubleront nos forces. Si la nation me seconde, l'ennemi marche à sa
perte. Si la fortune me trahit, mon parti est pris; je ne tiens pas au
trône. Je n'avilirai ni la nation ni moi, en souscrivant à des
conditions honteuses. Il faut savoir ce que veut Metternich. Il n'est
pas de l'intérêt de l'Autriche de pousser les choses à bout; encore un
pas, et le premier rôle lui échappera. Dans cet état de choses, je ne
puis rien vous prescrire. Bornez-vous pour le moment à tout entendre, et
à me rendre compte. Je pars pour l'armée. Nous serons si près, que vos
premiers rapports ne seront pas un retard pour les affaires. Envoyez-moi
fréquemment des courriers. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa
sainte garde.
Paris, le 4 janvier 1814.
_Signé_ NAPOLÉON.
(Nº 9.) _Lettre de M. le duc de Vicence_
_A M. le prince de Metternich_[23].
[Note 23: Extrait du Moniteur supprimé.]
Lunéville, le 6 janvier 1814.