Le courrier que votre excellence a expédié de Paris le 16 novembre est
arrivé ici hier.
Je me suis empressé de soumettre à LL. MM. II., et à S. M. le roi de
Prusse, la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'adresser.
LL. MM. ont vu avec satisfaction que l'entretien confidentiel avec M.
de Saint-Aignan a été regardé par S. M. l'empereur des Français comme
une preuve des intentions pacifiques des hautes puissances alliées.
Animées d'un même esprit, invariables dans leur point de vue, et
indissolubles dans leur alliance, elles sont prêtes à entrer en
négociation, dès qu'elles auront la certitude que S. M. l'empereur des
Français admet les bases générales et sommaires que j'ai indiquées, dans
mon entretien avec le baron de Saint-Aignan.
Dans la lettre de votre excellence, cependant, il n'est fait aucune
mention de ces bases. Elle se borne à exprimer un principe partagé par
tous les gouvernements de l'Europe, et que tous placent dans la première
ligne de leurs voeux. Ce principe, toutefois, ne saurait, vu sa
généralité, remplacer des bases. LL. MM. désirent que S. M. l'empereur
Napoléon veuille s'expliquer sur ces dernières, comme seul moyen
d'éviter que, dès l'ouverture des négociations, d'insurmontables
difficultés n'en entravent la marche.
Le choix de la ville de Manheim semble ne pas présenter d'obstacles aux
alliés. Sa neutralisation, et les mesures de police, entièrement
conformes aux usages, que propose votre excellence, ne sauraient en
offrir dans aucun cas.
Agréez, monsieur le duc, les assurances de ma haute considération.
_Signé_ le prince de METTERNICH.
Francfort, le 25 novembre 1813.
(Nº 5.) _Déclaration de Francfort._
Francfort, le 1er décembre 1813.
Le gouvernement français vient d'arrêter une nouvelle levée de trois
cent mille conscrits. Les motifs du sénatus-consulte renferment une
provocation aux puissances alliées. Elles se trouvent appelées à
promulguer de nouveau à la face du monde les vues qui les guident dans
la présente guerre, les principes qui font la base de leur conduite,
leurs voeux et leurs déterminations.
Les puissances alliées ne font point la guerre à la France, mais à cette
prépondérance hautement annoncée, à cette prépondérance que, pour le
malheur de l'Europe et de la France, l'empereur Napoléon a trop
long-temps exercée hors des limites de son empiré.
La victoire a conduit les armées alliées sur le Rhin. Le premier usage
que LL. MM. II. et RR. en ont fait a été d'offrir la paix à S. M.
l'empereur des Français. Une attitude renforcée par l'accession de tous
les souverains et princes d'Allemagne n'a pas eu d'influence sur les
conditions de la paix. Ces conditions sont fondées sur l'indépendance de
l'empire français comme sur l'indépendance des autres états de l'Europe.
Les vues des puissances sont justes dans leur objet, généreuses et
libérales dans leur application, rassurantes pour tous, honorables pour
chacun.
Les souverains alliés désirent que la France soit grande, forte et
heureuse, parce que la puissance française, grande et forte, est une des
bases fondamentales de l'édifice social. Ils désirent que la France soit
heureuse, que le commerce français renaisse, que les arts, ces bienfaits
de la paix, refleurissent, parce qu'un grand peuple ne saurait être
tranquille qu'autant qu'il est heureux. Les puissances confirment à
l'empire français une étendue de territoire que n'a jamais connue la
France sous ses rois, parcequ'une nation valeureuse ne déchoit pas pour
avoir, à son tour, éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et
sanglante où elle a combattu avec son audace accoutumée.
Mais les puissances aussi veulent être libres, heureuses et tranquilles.
Elles veulent un état de paix qui, par une sage répartition des forces,
par un juste équilibre, préserve désormais les peuples des calamités
sans nombre qui depuis vingt ans ont pesé sur l'Europe.
Les puissances alliées ne poseront pas les armes sans avoir atteint ce
grand et bienfaisant résultat, ce noble objet de leurs efforts. Elles ne
poseront pas les armes avant que l'état politique de l'Europe ne soit de
nouveau raffermi, avant que des principes immuables n'aient repris leurs
droits sur de vaines prétentions, avant que la sainteté des traités
n'ait enfin assuré une paix véritable à l'Europe[20].
[Note 20: «Personne ne fut entraîné ou séduit par cette proclamation de
Francfort, qui déclarait la guerre à une métaphysique appelée
prépondérance: aussi l'effet de cette proclamation fut-il manqué.»
Beauchamp, tom. I, liv. VIII, pag. 323.]
(Nº 6.) _Lettre de M. le duc de Vicence_
_Au prince de Metternich_[21].
[Note 21: Extrait du Moniteur supprimé.]
Paris, 2 décembre 1813.